Standblog

Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 16 février 2007

Yahoo Music et la Fnac clament en coeur 'les DRM, c'est de la merde' (enfin, surtout pour la musique)

Oui, bon, d'accord, j'exagère. Ils ne le disent qu'à mots couverts, mais ils le disent tout de même !

Dave Goldberg, patron de Yahoo Music explique par exemple :

  • que les DRM De Microsoft "ne fonctionnent pas la moitié du temps" ;
  • que Yahoo Music a déjà fait des tentatives de musique sans DRM, et que retirer les DRM augmente les ventes ;
  • "Il y a déjà beaucoup de musique disponible sans DRM, et cela (NdTles DRM) ne fait que rendre les chose plus compliquées pour l'utilisateurs".

Bref, la messe est dite, et les DRM, pour Yahoo Music, c'est néfaste pour les utilisateurs et les affaires. En substance, les DRM, c'est de la merde !

Et voilà Denis Olivennes, patron de la Fnac, qui enchaîne :

Si elle veut donner une chance à la vente de musique en ligne, l’industrie musicale n’a plus le choix: elle doit ou bien rendre compatible vite ses systèmes de protection ou bien faire une croix sur les DRM.

Globalement, les gens achètent deux fois plus de musique en ligne si elle est sans DRM !

A propos des majors :

ou bien elles convainquent Sony Apple etc de rendre compatibles leurs systèmes ou bien ce changement sera inexorable et elles ne pourront pas y résister. Chaque utilisateur doit avoir la liberté d’utiliser comme il le veut le titre qu’il a acheté et nous sommes clairement dans le camp des consommateurs. Les verrous numériques des DRM sont aujourd’hui une incitation au piratage, rendant paradoxalement la musique plus difficile à acheter qu’à télécharger sur les réseaux P2P ! Il faut que l’achat soit au moins aussi pratique que le piratage !

Je ne pense pas qu’il faille abandonner définitivement les DRM parce qu’il est légitime de trouver un mécanisme de protection de la musique pour les ayants-droits. La création doit être rémunérée. Mais ce mécanisme doit être universel et si les constructeurs sont incapables de s’entendre, il faut l’abandonner. Si l’égoïsme des constructeurs triomphe et si les majors sont myopes, l’abandon des DRM va s’imposer.

On notera la position toute en nuance de Denis Olivennes, qui n'est pas contre les DRM en tant que tel, loin s'en faut. Il est contre si c'est mauvais pour les affaires, et c'est bien le cas, d'après lui, pour la musique. Par contre, il n'a rien contre le principe. Dans le domaine de la vidéo, où il n'y a pas de contenu non protégé, il ne pipe pas un mot, et pour cause : tout ce que vend la Fnac en terme d'équipement vidéo HD (Haute Définition) est bardé de DRM d'un bout à l'autre, à commencer par les fameuses prises HDMI/HDCP. Là aussi, on pourrit la vie des consommateurs, mais c'est moins grave, car ça n'est pas concurrencé encore par le piratage...

(Merci à Pascal pour les liens...)

jeudi 8 février 2007

Quand Steve Jobs dit du mal des DRM...

J'ai publié hier un rapide résumé de l'article de Steve Jobs sur les DRM (la version anglaise est sur le site d'Apple). Depuis, l'ami Vinvin en propose une traduction en français MàJ : Vinvin a baclé le truc en faisant juste un Google translate. Ma version est donc moins exhaustive, mais beaucoup plus compréhensible.

Il y a plusieurs choses qui clochent dans le discours de Steve Jobs, mais il est toutefois convaincant. C'est ce que les américains appellent le reality distortion field de Jobs. Autrement dit, son champ de distortion de la réalité, son charisme de vendeur. Le souci, c'est que ça marche mieux en vrai, sur scène (les fameuses keynotes), voire en vidéo que par écrit, justement parce que par écrit, on peur relire les arguments, passer outre les effets pour s'attaquer au fond du message, une fois la forme dépassée.

Par exemple, au paragraphe 9, Jobs considère que les utilisateurs ne sont pas verrouillés par les formats de l'iPod et d'iTunes. C'est faux.

  1. d'une part, les baladeurs lisent le MP3 beaucoup plus que l'AAC à ma connaissance. Et bien évidemment, quand on importe ses CD avec iTunes, c'est en AAC, pas en MP3. Pour éviter cela, il faut aller fouiller dans les préférences, ce que les utilisateurs normaux font rarement (d'autant moins que la notion de format de compression numérique leur est tout à fait étranger). Mise à jour : les commentaires m'indiquent que l'AAC est plus répandu que je l'imaginais (ou plutôt, plus répandu qu'à l'époque où j'ai pris la décision de tout coder en MP3 pour des raisons d'interopérabilité).
  2. d'autre part, si on importe beaucoup de CD, c'est parce qu'on a un existant. Mais la musique qu'on écoute, celle qu'on vient d'acheter, bien plus que celle qu'on a importé, et donc seuls quelques très bons titres surnagent. Et si on a acheté de la musique pour l'iPod, c'est forcément via le magasin iTunes, donc avec des DRM qui empêchent de passer à un système concurrent, sauf à accepter de tout perdre[1].
  3. Enfin, Steve Jobs considère dans son calcul que tous les iPods vendus sont encore utilisés. C'est oublier un peu vite l'effet de mode, le fait que les batteries vieillissent et poussent au renouvellement. Autrement dit, on peut sûrement considérer que le chiffre de 3% est grossièrement sous-estimé.

Mais finalement, là n'est pas le gros du problème. Pourquoi Steve Jobs fait-il la critique des DRM, alors qu'il en est le premier bénéficiaire, vu son emprise sur le marché des lecteurs audios ? Pour Apple, les DRM sont des barrières à l'entrée qui empêchent les concurrents de se mesurer à armes égales à l'iPod et au magasin iTunes. Qui affirme une telle chose ? Des tas d'analystes, mais aussi la SABAM, équivalent belge de la SACEM : "La limitation d'utilisation de musique téléchargée d'iTunes n'a rien avoir avec les droits d'auteur ou la lutte contre le piratage. Il s'agit d'un choix de Apple, qui veut sans doute stimuler l'achat d'iPods plutôt que d'autres lecteurs mp3.".

Certains pensent que Steve Jobs détecte un changement dans l'industrie et veut laisser penser qu'il en est à l'origine pour cultiver le mythe. Ca n'est certes pas exclu...

Pourtant, je pense que l'intervention publique de Steve Jobs dans le débat a un effet. Car Jobs n'est pas qu'un observateur du marché, c'est surtout un des acteurs les plus puissants, du moins dans le domaine de la musique. Le fait qu'il dénonce les DRM et démontre qu'ils sont imposés par les majors, met ces dernières dans une position encore plus délicate vis à vis des clients, et peut pousser à la prise de conscience par les consommateurs qu'on se moque d'eux. Accessoirement, on peut aussi y voir une démarche hypocrite, celle du type qui dit "c'est pas moi, c'est lui", en pointant du doigts les majors, s'offrant ainsi une virginité à peu de frais.

Une dernière hypothèse émerge dans mon cerveau parfois trop favorables aux théories de la conspiration... Et si Apple avait compris que l'inclusion des DRM dans Vista était mauvais pour le business ? Car on ignore encore comment Apple va procéder pour permettre à ses machines de lire du contenu Haute Définition. Vista, pour sa part, a joué la carte d'Hollywood en bridant complètement le système, à tous les niveaux (périphériques, logiciels pilotes, chiffrement à tous les étages et certification et possibilité de révocation à distance de chacun des composants). Où en est Apple sur ce problème ? Vont-ils eux aussi plier l'échine face à Hollywood ? Ou bien préfèrent-ils voir les DRM s'écrouler au niveau de l'industrie musicale, en espérant voir la même chose arriver pour l'industrie cinématographique ? Je sais que ça peut sembler capillotracté. Mais il y a plusieurs années, rares étaient ceux qui croyaient possible que les ordinateurs seraient bridés par l'entreprise qui les contrôlaient. Et pourtant, Vista est sorti, avec les tristes limitations qu'on lui connaît.

Notes

[1] note : j'ai appris et testé récemment qu'en exportant sur CD vierge la musique achetée en ligne et sans éjecter le disque, on pouvait la réimporter sans perdre les meta-données (titre, album, artiste, genre). Par contre, on y perd très probablement en qualité au passage.

mercredi 7 février 2007

Steve Jobs, d'Apple, se prononce sur (et contre) les DRM

Ma boite aux lettres déborde aujourd'hui de messages m'indiquant la parution sur la page d'accueil d'Apple.com d'un article de Steve Jobs (le mythique patron d'Apple) intitulé Thoughts on music.

Voici un résumé télégraphique de son article. J'ai mis ça avec des numéros de paragraphe pour une critique par la suite :

  1. Certains demandent à ce qu'Apple ouvre les DMR de l'iPod.
  2. Rappelons que les utilisateurs encodant leurs propres CD le feront en AAC ou en MP3, qui sont des formats sans DRM
  3. Le problème vient que la musique vendue sur l'iTunes Music Store (iTMS) est achetée auprès des 4 majors du disques (Universal, Sony-BMG, Warner et EMI), qui contrôlent 70% du marché de la musique mondiale. Ils ont exigé d'Apple que la musique soit protégée par des DRM.
  4. Apple a réussi à leur arracher un accord en promettant que si quelqu'un pouvait pirater ce contenu, Apple devait résoudre le problèmes en quelques semaines, faute de quoi les majors retireraient leur catalogue.
  5. Certains s'amusent à briser les DRM, et Apple doit répliquer rapidement.
  6. Trois possibilité s'ouvrent pour le futur :
  7. 1ère possibilité : continuer dans la même direction, avec chaque fournisseur disposant de son système propriétaire de DRM (Sony, Zune, iPod).
  8. Certains disent[1] que les utilisateurs sont verrouillés par de tels systèmes car la musique protégée n'est pas transférable.
  9. Apple considère que l'essentiel de la musique écoutée sur les iPod n'est pas protégée, à hauteur de 97%.
  10. 2eme possibilité : Apple propose sa technologie de protection FairPlay à ses concurrents. La multipliacation des partenaires augmente les chance qu'une info confidentielle sur le fonctionnement interne du système s'échappe, donc on a une chance beaucoup plus grande que le système soit craqué.
  11. Si le DRM est "craqué", il sera quasiment impossible de corriger le problème pour tous les utilisateurs de FairPlay sur Mac, PC, et les différents lecteurs audio/vidéo. C'est peut-être cette raison qui a poussé Microsoft à passer d'un système ouvert (où le DRM est utilisé par plusieurs constructeurs) à un système exclusif pour le Zune.
  12. En cas d'ouverture du système de DRM à d'autres constructeurs, Apple ne pourra plus honorer sa promesse faite aux majors.
  13. 3eme possibilité : Abandonner complètement les DRM. C'est le mieux pour les utilisateurs. Si les 4 majors acceptent cela, alors Apple adoptera cette option immédiatement.
  14. Pourquoi les majors feraient-elles cela ? Parce que le DRM n'ont pas marché jusqu'à présent, et pourraient bien ne jamais représenter de solution. Aucun système ne s'est jamais développé pour le CD, et ça n'empêche pas, bien au contraire, de vendre des milliards de CD.
  15. Si les majors commercialisent 90% de leur musique sans protection, pourquoi vendre les 10% restants avec DRM ? Il n'y a pas de raison de procéder ainsi. S'il n'y avait pas de DRM, on verrait de nouveaux magasins, de nouveaux lecteurs, et ça serait bon pour les maisons de disques.
  16. Les inquiétudes autour des DRM sont surtout localisés en Europe. Mais Universal (France), EMI (GB), Sony-BMG (à moitié allemand) sont Européens. Ce sont eux qu'il faut convaincre de laisser Apple diffuser leur musique sans DRM pour un marché vraiment interopérable. Apple serait ravi d'aller dans ce sens.

Dans un second temps, je ferais une critique de ce qui est dit, car je reconnais bien la pate de Steve, redoutable rhéteur, qui joue des demis-vérités avec une aisance qui force le respect. En attendant, voici un peu de lecture :

PS : j'ai corrigé a posteriori quelques soucis de mise en forme et un contre-sens dans le paragraphe 13.

Notes

[1] Votre serviteur en fait partie.

vendredi 2 février 2007

Les DRM, c'est de la merde (ter)

Une vidéo à voir pour qui parle l'anglais, qui semble reprendre le thème à la mode ces temps ci : Les DRM, c'est de la MERDE. En anglais, ils disent "A load of C.R.A.P.", sachant que c'est acronyme de Content, Restriction, Annulment, and Protection (Contenu, restriction, annulation et protection). Pour ceux qui n'aiment pas la vidéo (ou l'anglais parlé), il existe une retranscription de 'A load of CRAP'.

Un doute m'assaille, et si "MERDE" (comme dans la phrase "Les DRM c'est de la merde"), c'était l'acronyme de "Methode pour Emmerder Régulièrement qui Dépense son argent avec de l'Electronique" ? (Si vous avez de meilleures idées d'acronymes, vous pouvez vous lâcher dans les commentaires !)

PS : merci au sympathique lecteur dont j'ai oublié le nom et qui m'a passé ces URL.

lundi 29 janvier 2007

C'est la St Pascal Nègre !

Encore une sortie malheureuse du pauvre Pascal Nègre (pauvre par la réputation, mais riche financièrement) sur BFM...

Je ne sais pas si vous avez une voiture, mais si vous avez une voiture, elle roule soit à l'essence, soit au gazole , eh bien votre moteur n'est pas interopérable. Vous pouvez pas mettre du gazole dans un moteur à essence. " ou encore "Le mec qui achète une PlayStation ne va pas acheter des jeux Nintendo. C'est la même chose pour la musique

La réponse de François Nonnenmacher est exemplaire :

Si aujourd'hui ceux qui roulent en Renault ne sont pas obligés d'aller faire le plein chez Total, c'est parce que Pascal Nègre n'a jamais travaillé dans le secteur automobile.

Vous aussi, si vous refusez les DRM, si vous considérez qu'il s'agit d'une restriction à votre droit à la copie privée (et à votre vie privée tout court), alors n'hésitez pas, faites un blog et écrivez un billet DRM de merde.

- page 2 de 11 -