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Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

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samedi 10 janvier 2009

Ishmael, de Daniel Quinn

Un lecteur, Bernard, a laissé un commentaire le 30 décembre dernier à propos d'un livre intitulé Ishmael[1], écrit par Daniel Quinn. Je l'ai dévoré en quelques jours, trouvant chaque fois le trajet en métro trop court ! Je viens de le finir à l'instant dans sa version anglaise. C'est probablement l'un des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Fascinant, faisant réfléchir et changeant vraiment la façon de voir le monde.

Je crois que si j'ai autant aimé ce livre, c'est parce qu'il a en fait validé et conforté un certain nombre de réflexions qui occupent mon esprit depuis plusieurs années, tout en éclairant ces sujets avec un angle très différent du mien. C'est après la lecture (très plaisante) de l'ouvrage que je découvre que Daniel Quinn est l'un des penseurs de l'anarcho-primitivisme[2] !

La forme de l'ouvrage est à la fois novatrice et très classique : un gorille devient maître à penser d'un écrivain qui se fait disciple. Voilà pour la partie novatrice. Ce qui est bien plus ancien, c'est qu'un dialogue socratique s'instaure entre l'animal et l'humain, qui est le narrateur. Là où Quinn fait très fort, c'est qu'il réussit à tenir en haleine le lecteur en lui expliquant des choses qu'il n'aurait pas été forcément capable d'aborder dans un livre traditionnel. Franchement, je ne crois pas qu'on aurait pu me faire revisiter le mythe d'Abel et Caïn ou discuter d'anthropologie ainsi. Et pourtant, c'est arrivé.

La thèse - inattendue - de Daniel Quinn, c'est que l'homme fait fausse route actuellement : à vouloir dominer le monde, il le détruit. Mais comme ca semble bien réussir jusqu'à présent, l'homme se dit qu'il faut continuer dans cette direction. Seulement voilà, avec ce qui se profile en terme d'écologie, on commence à réaliser que ça ne peut plus durer. Le livre Ishmael explique comment on en est arrivé là et plonge dans les mythes fondateurs de la société dite "civilisée".

Les livres de Daniel Quinn ont servi de base au film Instinct, avec Anthony Hopkins dans le rôle principal.

Notes

[1] Voir aussi sur Wikipedia FR : Ishmael (Roman)

[2] Rien que le nom fait peur... Anarchie, primitivisme, c'est déjà flippant séparément, mais ensemble, c'est encore pire !

dimanche 3 février 2008

A propos de Netocratie

Le livre Les Netocrates est sorti avant-hier (dispo chez Amazon).

A cette occasion, le numéro 42 de Chronic'art fait sa couverture sur ce livre. J'ai été interviewé par la charmante Peggy Sastre sur le livre et sur le concept de Netocratie. Manque de bol, mon interview ne figure finalement pas dans le magazine. Qu'a cela ne tienne, la voici. Attention, ça pique un peu les yeux :

Connaissez-vous la théorie "netocrate" d'Alexander Bard et Jan Söderqvist et si oui qu'en pensez-vous ?

C'est un des rares livres qui propose une réflexion sur les changements profonds induits par la société de l'information, il sera en bonne place dans ma bibliothèque, à coté de "Cause Commune", de Philippe Aigrain, "Une brève histoire de l'avenir", de Jacques Attali, et des livres de Lawrence Lessig, celui de Florent Latrive, "Du bon usage de la piraterie". On pourra regretter toutefois que les auteurs abusent du jargon des sociologues et philosophes. Etait-il nécessaire de faire un choix entre clarté et crédibilité, pour finalement préférer cette dernière ?

Vous considérez-vous comme un "netocrate" ?

Oui, probablement, sans le savoir jusqu'à présent, comme Monsieur Jourdain et sa prose. Ce qui me gène, c'est la notion d'élite. Je préfère parler d'avant-garde, dans la mesure où si j'ai de l'avance, c'est parce que j'ai plus d'expérience que d'autres, car je me suis engagé plus tôt dans le monde du Net et de l'information.

Dans votre entourage, connaissez-vous des personnes que vous pourriez, sans aucun doute possible, qualifier de " netocrates " et pourquoi ?

Un certain nombre de blogueurs le sont à différents niveaux : ils manipulent de l'information sur le réseau, consomment, sélectionnent, retransmettent, ajoutent (parfois) de la valeur. Les responsables de communautés, qu'il s'agisse de Wikipedia ou de Mozilla, sont des netocrates, et cela s'applique plus largement de responsables de wikis, de mailing-lists, de groupes de réseaux sociaux, ou de projets de logiciels Libres. Il ne faut pas non plus oublier les développeurs de logiciels qui font, comme l'explique Lawrence Lessig dans son livre Code, and the other laws of Cyberspace, la loi du Net.

Dans un contexte de trop-plein informationnel comme nous le connaissons aujourd'hui, quelles sont les manières de faire un tri efficace et quels sont les nouveaux " médias " crédibles et / ou dignes d'intérêt ?

Plusieurs services existent, je pense par exemple à Technorati, Google News et Google Alertes, TechMeme, Wikio.fr, Digg.com. Aucun de ces services n'est parfait, et cela ne risque pas d'arriver : au fur et à mesure que ces outils sont créés et qu'ils gagnent en audience, il est de plus en plus intéressant de savoir les manipuler, car cela donne de la visibilité à celui qui sait le faire. Pour cela, il y a plusieurs approches, la SEO (Search Engine Optimization), pour manipuler les logiciels de recherche ou l'Astroturfing et ses variantes, pour tromper les moteurs sociaux.

Du coup, chaque source est à prendre avec précaution car une manipulation est toujours possible, et de nouveaux outils émergent régulièrement. C'est peut-être d'ailleurs ce qui fait la valeur du savoir-faire des Netocrates...

Au-delà des clichés, quels sont les mutations fondamentales qu'Internet et, plus généralement, la société en réseau, a engendré ou va engendrer selon-vous par rapport à l'ère capitaliste que nous avons connu ces dernières années ?

C'est d'un point de vue économique que les changements sont les plus fascinants. Tout le capitalisme est fondé sur la notion de rareté. Mais avec l'information au sens large (logiciel, données), dont la copie est possible à l'infini de façon quasi instantanée jusqu'à l'autre bout du monde, la rareté n'existe plus. L'industrie du disque, avec le MP3 et le peer-to-peer on subit cet effet de plein fouet, tentant avec les DRM de créer une rareté artificielle, sans succès. En ce qui concerne l'industrie du logiciel, ça n'est pas la copie pirate qui dérange, mais l'avènement du logiciel Libre auprès du grand public, bien plus qu'on ne le pense. Le succès de Firefox n'est que la partie émergée de l'iceberg, mais chacun utilise déjà du logiciel Libre sans le savoir, alors qu'il est caché dans les routeurs, les boxs ADSL, dans les serveurs Google et de tous les services innovants. Enfin, au niveau du contenu, des projets comme Wikipedia (l'un des dix sites les plus visités au monde) démontre que le partage du savoir à l'échelle du globe peut se faire en dehors du système capitaliste. J'ai écrit un petit billet là dessus, la soupe au caillou.

Comment réveiller la France qui paraît être à la traîne en qui concerne l'ère netocratique annoncée par Bard et Söderqvist ?

Je ne crois pas que la France soit si en retard que cela. La France est très connectée à haut-débit, grâce à une guerre des prix autour de l'ADSL. En terme de mentalité, la France a certes une peur du changement et refuse la prise de risque, mais il y a aussi une culture de la liberté, de la contestation et du partage non-commercial qui font que nous sommes plutôt en avance par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne, qui est elle complètement dans une optique libéraliste (au sens économique du terme), où ce qui ne peut pas se vendre n'a pas de valeur. En fait, ce n'est pas la France qui est en retard, mais tout les occidentaux de plus de 30 ans, ceux de la dernière génération analogique, qui constatent que quelque chose se passe, qu'on leur retire la carpette de sous les pieds, et qui veulent préserver l'ordre établi.

Dans 10 ans, qui êtes-vous, où êtes-vous, que faites-vous ?

Dans 10 ans, je serais Tristan Nitot, et j'aurais 51 ans (sauf si j'ai trépassé d'ici là) et probablement toujours en face d'un ordinateur connecté. Mais pour le reste, franchement, je n'en sais rien. J'ignore de quoi est fait demain. Je constate aujourd'hui un changement de paradigme lié à la disparition de la rareté, ce qui pousse le capitalisme vers l'obsolescence. Mais le livre de Bard et Söderqvist l'explique très bien : l'ancien système va résister tant qu'il peut. On peut déjà le constater avec les brevets logiciels, l'extension des copyrights, les tentatives parfois fructueuses des grands acteurs établis à tuer l'innovation (Netscape vient officiellement de mourir, 10 ans après les premiers coups de boutoir de Microsoft) et les systèmes ouverts. Et la question que je me pose est la suivante : "Est-ce que dans 10 ans, le système aura réussi à empêcher le changement ou pas ?" En attendant, je continue d'œuvrer et à rendre ce changement possible, en mettant en place des outils d'accès au réseau performants, évolutifs, personnalisables et à la disposition de tous. Et j'observe avec fascination ce que les utilisateurs du réseau en font.

MIse à jour : Finalement, Chronic'art a publié mon interview. Le titre a fait exploser mes deux pauvres chevilles ;-)

Ma bibliothèque de Geek

J'ai pas mal de livres dans ma bibliothèque, de la BD à la trilogie du millénium, mais dans tout cela, j'ai un bout d'étagère fétiche qui devrait intéresser les lecteurs du Standblog. Ici, point de chefs d'oeuvres de la littérature, de BD à rallonge avec scenarii alambiqués, mais des livres qui ouvrent des perspectives pour le Libriste et amoureux du Web que je suis. Ils sont souvent en rapport avec l'avenir de notre société où la gratuité de l'information et son partage sont à l'opposé de la rareté ds biens physiques qui gouverne notre économie. Voici ces livres, dans le désordre :

Ma bibliothèque de geek

  • Getting things done, par David Allen. Un peu l'exception de la série, mais une lecture indispensable pour ceux qui veulent mieux s'organiser. Conjugué avec un logiciel GTD, c'est vraiment très utile.
  • The Search, par John Battelle. Sur l'histoire de Google et sa perspective. Fascinant à tous points du vue, de l'histoire de la société (intéressante) à la thèse de la "base de données des intentions", franchement flippante.
  • How the Web was born, par Robert Caillau, qui travaillait avec Tim Berners-Lee lors de l'invention du Web
  • Weaving the Web, par Tim Berners-Lee, que j'ai préféré au précédent, mais quand on aime, on lit les deux ;-)
  • Au delà de la rareté, Bruno Ventelou. Un bouquin d'économie très intéressant, qui réfléchit aux perspectives d'une économie ne reposant plus sur la rareté, comme c'est le cas pour celle du savoir. A lire après le bouquin de Philippe Aigrain.
  • The Undercover Economist, par Tim Hartford, un cours d'économie qui n'en a pas l'air pour ceux qui y sont réfractaires (comme moi). Passionnant, divertissant, et finalement très instructif pour comprendre quelques principes de base.
  • La révolte du pronétariat, par Joël de Rosnay et Carlo Revelli. Un bouquin autour de la possibilité de chacun d'être partie prenante de la chaîne de l'information, et ce que ça implique pour l'économie et la démocratie ;
  • We the Media, par Dan Gillmor, qui décrit la bataille du Web et du journalisme citoyen contre les médias établis.
  • Une brève histoire de l'avenir, par Jacques Attali. Pas le meilleur de l'étagère, mais une réflexion (déprimante) sur l'évolution de la société.
  • Du bon usage de la piraterie, par Florent Latrive. Une merveille, un genre de synthèse des idées de Larry Lessig adaptées dans un contexte franco-européen. A lire pour comprendre les enjeux des oeuvres numériques.
  • L'avenir des idées, par Lawrence Lessig. Impossible d'être impartial à propos de Lessig. Je suis un fan absolu.
  • Cause commune, par Philippe Aigrain. Un bouquin qui serait fabuleux sur la gratuité de l'information et son partage, s'il n'était pas aussi bardé de jargon. C'est dommage, ça limite grandement la diffusion des idées qui sont contenues.
  • La bataille du logiciel libre, par Perline et Thierry Noisette. Petit livre facile à lire à partager avec les proches qui ont du mal à comprendre les enjeux du Libre.
  • Il était une fois Linux, par Linus Torvalds. Une lecture divertissante de la vie (de geek) de Linus Torvalds.

Cher lecteur, si tu as aussi dans ta bibliothèque un ou deux livres exceptionnels et relativement faciles à lire sur le Web, le Libre, et les changements qu'ils provoquent déjà et continueront de provoquer dans l'économie et la société, les commentaires sont ouverts !

vendredi 30 mars 2007

Le livre Du bon usage de la piraterie, par Florent Latrive

Ca fait une éternité que je dois faire une critique du livre de Florent Latrive Du bon usage de la piraterie, que j'ai adoré lire. Il se trouve que le livre ressort cette semaine en librairie, cette fois ci au format poche, et c'est une bonne occasion pour chanter les louanges de l'ouvrage (et je ne plaisante pas, il est excellent !).

Le livre est disponible en plusieurs formats (et prix) :

  1. édition originale (épuisée) à 18 EUR ;
  2. édition de poche à 7,5 EUR (éditions de la découverte) ;
  3. Des tas de formats électroniques (gratuit), en PDF zippé, en HTML, et même en version audio !

Pendant que nous y sommes, deux liens sympas sur le sujet :

En substance, c'est un excellent livre, indispensable pour nous aider à comprendre les enjeux liés à la diffusion de la culture, enjeux aussi bien culturels qu'économiques.

lundi 20 novembre 2006

Le livre "Bien développer pour le Web 2.0"

Il y a quelques semaines, Christophe Porteneuve m'a demandé d'écrire la préface de son livre Bien développer pour le Web 2.0. Le livre est maintenant sorti chez Amazon et chez Eyrolles. Je n'ai eu accès à l'époque qu'à une version PDF, et elle m'a inspiré la préface qui suit :

Vous tenez donc entre vos main un exemplaire du livre "Bien développer pour le Web 2.0". On pourrait croire que ce qui est important dans le titre, c'est "Web 2.0". Certes, ça l'est. La participation grandissante des utilisateurs, qui est l'une des deux particularités du Web 2.0, est importante. Vitale, même. Paradoxalement, cette notion d'un Web où chacun pourrait à la fois lire et écrire, consommer et produire, est celle de son inventeur, Tim Berners-Lee, même si peu d'internautes ont réalisé cela. Mais ce qui est aussi important dans le titre de cet ouvrage, c'est surtout "Bien développer". Développer comme il faut. Car le Web dit "1.0" ne s'est pas seulement traduit par un Web où seuls quelques auteurs publiaient pour une foule grandissante de lecteurs : le "Web 1.0" s'est aussi traduit par des errements technologiques qui ont fait que de la promesse du Web n'a été tenue que partiellement, dans la mesure où les exclus étaient nombreux. Vous n'utilisez pas tel plug-in ? ah, dommage ! Vous avez recours à tel navigateur trop moderne ? Tant pis pour vous ! Vous souhaitez consulter le site avec votre téléphone mobile ? Vous devrez attendre de trouver un PC connecté. Vous avez désactivé JavaScript dans votre navigateur pour des raisons de sécurité ? Passez votre chemin ! Vous avez un handicap visuel ou des difficultés pour manipuler une souris ? Navré, le service n'est pas conçu pour vous. Combien de millions de personnes se sont retrouvées confrontées à de tels problèmes du Web 1.0 ? C'est impossible de le dire... Mais ça n'était pas tant le Web qui était en cause que la mauvaise façon dont les sites ont été développés, souvent par faute de formation, de recul sur la technologie, encore toute récente.

Aussi, alors que le Web 2.0 fait tant parler de lui, qu'il convient d'acquérir les compétences techniques pour construire un site utilisant ces technologies, autant apprendre dès le début la bonne façon de faire. La bonne façon, c'est celle qui consiste à utiliser des méthodes permettant de conserver la compatibilité avec un éventail aussi large que possible de navigateurs, d'utilisateurs, de paramétrages, et de connexions.

Le Web 2.0 fait deux promesses explicites : plus de participation des utilisateurs, et des interfaces plus agréables et ergonomiques. Il en est une autre qui est implicite : que les développeurs Web apprennent des échecs et difficultés du Web 1.0 pour ne pas les répéter. Pour éviter le bricolage que fut le Web à ses débuts, en passant à l'époque de la maturité et de l'industrialisation, en permettant un accès à tous. C'est en cela que ce livre est important : il ne s'agit pas tant d'apprendre à "développer pour le Web 2.0" qu'apprendre à "bien développer pour le Web".

Mise à jour : Interview vidéo de Christophe Porteneuve sur le Silicon Show.

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