jeudi 20 mai 2010

Les grenouilles, la stabilité et la performance

Grenouille, Par Lawrence Whittemore, Sous licence CC-BY-ND

Grenouille, par Lawrence Whittemore, utilisée sous licence CC-BY-ND

Imaginez une course de grenouilles organisée par des enfants un beau week-end de printemps… Elles progressent par bonds successifs. Un coup celle de gauche est en avance, un coup celle de droite, et puis celle du milieu, qui n'a pas encore bondi, rattrape tout le monde d'un coup alors qu'elle semblait très en retard.

C'est exactement ce qui est en train de se passer actuellement sur le marché des navigateurs. On a d'un côté Microsoft qui fait des bonds rares et pas toujours grands (ce qui fait qu'ils sont très en retard), on a Firefox qui fait des bonds plus fréquents, et puis on a un petit nouveau — Chrome — qui "challenge" le challenger Firefox. Ça redonne son intérêt à une "compétition" qui semblait bien gagnée par Firefox.

On notera qu'il y a des limites à la métaphore de la course de grenouilles, en particulier parce que la compétition des navigateurs est multi-dimensionnelle (performances JavaScript, ergonomie, rapidité de lancement, de chargement de pages, fonctionnalités, innovation de l'interface, innovation dans le domaine des standards, stabilité, sécurité, etc.). Mais l'idée générale persiste : chaque nouvelle version majeure d'un navigateur peut changer la donne en rattrapant les autres dans un domaine particulier.

Quel sont les prochains bonds pour la grenouille Firefox ? Stabilité et performance !

Firefox va franchir deux étapes dans les mois à venir.

D'abord, la version 3.6.4 qui va se focaliser sur la stabilité. Cette version semblera identique à la 3.6, sauf qu'elle exécutera les plug-ins[1] (comme Flash, QuickTime, Java & co) dans un processus séparé[2]. Aucun changement dans l'interface utilisateur, mais un progrès de taille en termes de stabilité (et accessoirement en terme de performance), car une proportion très significative des plantages apparents de Firefox sont en fait dus aux plug-ins[3], qui crashent et entraînent Firefox dans leur chute. Même si Firefox n'est pas responsable, l'utilisateur a l'impression que c'est Firefox qui plante… Avec la 3.6.4, les plantages des plug-ins n'entraîneront plus celui de Firefox ! On devrait voir arriver la version 3.6.4 courant juin 2010, c'est à dire très bientôt.

Ensuite, le gros morceau, Firefox 4, dont mon collègue Mike Beltzner, Director of Firefox présentait récemment : Firefox 4: fast, powerful, and empowering. J'ai mis les diapos de sa présentation en ligne, au format PDF (2,6Mo).

En gros, ce qu'on attend pour Firefox 4, c'est :

  • Beaucoup plus rapide
  • Plus puissant (au niveau des applications Web)
  • Donnant à l'utilisateur plus de contrôle (de ses données, de son usage du Web).

Comment va-t-on s'y prendre en terme de vitesse ? (Ceux qui ont des migraines en lisant des choses techniques peuvent sauter directement à la conclusion[4]…)

Les efforts portent sur plusieurs fronts :

  1. Nouveau parser HTML 5. Un parser vraiment écrit pour HTML 5. Je pense qu'on sera les premiers à disposer d'un tel parseur. Ce parseur sera dans un thread séparé pour avoir plus de réactivité de l'interface utilisateur.
  2. Nouvelle génération de moteur JavaScript, JaegerMonkey, qui sera la combinaison du "Method-based tracing" de Webkit et du "JIT-tracing" de TraceMonkey. Pour faire bonne mesure, nous allons améliorer le Garbage Collector.
  3. Utilisation du GPU pour l'affichage de la vidéo, les dessins, la typographie, etc. Ces ressources matérielles sont pour l'instant très largement sous-utilisées, et ça va changer avec Firefox 4.
  4. Une des principales causes de ralentissement de Firefox est lié à l'utilisation trop fréquente du disque dur. Comme les processeurs font de gros progrès, bien plus que les disques (surtout sur les ordinateurs portables), ça devient particulièrement sensible. Nous nous sommes donc attachés à cela, et nous devrions voir les accès disques réduits de 50% pour le thread principal avec Firefox 4.
  5. D'autres optimisations sont en cours, dont l'accélération du DOM et la réduction du temps de démarrage.

Voici donc comment Mozilla compte s'y prendre (ou plutôt, comment Mozilla est déjà au travail) pour deux aspects importants que sont la stabilité et la performance. Dans des billets à venir (mais pas tout de suite), je parlerai des progrès ergonomiques réalisés pour les utilisateurs, des nouvelles fonctionnalités ainsi que les changements concernant les développeurs Web (nouveaux standards et outils de développements). En attendant, n'hésitez pas à tester des pré-versions (Alpha et Bêta) :

Mise à jour : Firefox 4 sera bien plus qu'un Firefox plus rapide. La présentation de Mike Beltzner le démontre très bien. On aura l'occasion d'en reparler d'ici la sortie de la version 4. En attendant, je voulais parler des progrès déjà réalisés par Firefox dans deux domaines que sont la stabilité et les performances. Coté performances, il y a un sujet que j'ai trop rapidement abordé, c'est celui du démarrage de Firefox. J'encourage les anglophones à lire les rapports de mon collègue Dietrich Ayala sur ce sujet.

Notes

[1] à ne pas confondre avec les extensions !

[2] Mais seulement pour les version Linux et Windows pour l'instant. Le portage sur Mac reste à venir.

[3] C'est d'autant plus rageant que le code des plug-ins est presque toujours propriétaire, donc nous ne pouvons pas corriger leurs problèmes de fiabilité, et cela entache la réputation de Firefox…

[4] Bon, pour ceux qui ne comprennent rien à la technique, je résume : on se demandait si Firefox était un panda roux ou un renard de feu, et voilà qu'on apprend que c'est une grenouille ! ;-)

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mercredi 17 mars 2010

Internet Explorer 9 : à boire et à manger

Microsoft a annoncé à sa conférence Mix la sortie de Internet Explorer 9 Platform Preview. Il s'agit d'une pré-version du moteur d'Internet Explorer 9. Le logiciel est inutilisable en tant que tel (pas de barre d'adresse, ni de marque-pages ni d'onglets !) son seul intérêt est de voir ce qu'IE9 va proposer aux développeurs Web quand il sortira en version finale.

D'après ce que je peux lire, et voir en installant le logiciel, mes impressions sont très mitigées, et j'ai peine à décider si le verre est à moitié plein ou à moitié vide...

Le bon

On constate des progrès en terme de support de certains standards et technologies :

  1. SVG. On n'y croyait plus, mais voici — enfin — du SVG natif dans Internet Explorer ! Rappelons que SVG a commencé à être développé en 1998 et que la version 1.0 a été terminée en Septembre 2001...
  2. Progrès au niveau DOM et CSS
    1. Border-radius (coins arrondis)
    2. CSS3 Selectors
    3. DOM events
    4. DOM Style
  3. JavaScript accéléré. Internet Explorer 9 est donc le dernier navigateur à offrir cette technologie (l'avant-dernier, c'était Opera avec la 10.50 récemment sortie). La bonne nouvelle, c'est que les développeurs Web vont pouvoir disposer sur l'ensemble des navigateurs d'un moteur JavaScript rapide, qui va donc permettre des applications bien plus complexes qu'avant. En terme de performances JavaScript, IE9 est comparable à Firefox 3.7 Alpha 2, c'est-à-dire 6 fois plus rapide qu'IE8 :-)
  4. Accélération graphique par l'utilisation du GPU. J'ai envie d'y croire, mais sur ma machine, toutes les démos étaient inutilisables car trop lentes (carte graphique Intel 945 Express, ceci expliquant probablement cela).
  5. l'élément <video> de HTML 5 n'est pas présent dans cette pré-version, mais il a été démontré lors de la conférence

Le mauvais

  1. L'absence de l'élément <canvas> de HTML 5, pourtant trivial à implémenter, surtout quand on compare avec ce qui a déjà été fait (dont SVG)
  2. l'élément <video> de HTML 5 repose sur le codec propriétaire et soumis à royalties H.264 et non pas le codec libre et ouvert qu'est Theora.
  3. nombre de standards n'ont pas été implémentés.
  4. IE9 ne sera pas disponible sur Windows XP, qui représente l'immense majorité des utilisateurs de Windows pour l'instant.

Conclusion

J'ai du mal à avoir un avis tranché sur l'annonce de Microsoft. D'un côté, le progrès par rapport à IE8 est très significatif, et c'est tant mieux pour le Web. D'un autre côté, la liste des standards non supportés par IE9 est longue comme un jour sans pain (ou une journée de développement Web sans Firebug), comme le démontre le site What Can I use. On peut toutefois espérer que les futures versions beta d'IE9 feront des progrès dans ce domaine, ce qui pourrait bien sonner la mort de Silverlight et — pour peu qu'IE9 soit rapidement adopté — un vrai bond en avant pour le Web. C'est tout ce que je souhaite !

Quelques liens complémentaires

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lundi 22 février 2010

Ecran de choix du navigateur : à vous de jouer !

Suite à l'accord entre la Commission Européenne et Microsoft intervenu en décembre dernier (pour plainte déposée par Opera), les utilisateurs de Windows (Seven, Vista et XP) vont se voir proposer dans les semaines à venir l'écran suivant :

Ecran de choix du navigateur

Ecran de choix des navigateurs pour Windows

C'est un événement important dans l'histoire du Web en Europe. Pour la première fois, près de 190 millions d'Européens vont devoir choisir leur navigateur. Mais on sait à quel point beaucoup d'utilisateurs ont du mal à cerner ce qu'est un navigateur. Nombre de fois, j'ai posé la question autour de moi : "quel navigateur utilisez-vous ?". Trop souvent, j'ai entendu "Orange" ou "Google". Alors, pour éviter que l'écran de choix ne se transforme en concours de beauté d'icône de navigateur, il faut sensibiliser les gens à l'importance du choix d'un navigateur, de leur navigateur.

À cet effet, mes collègues Mitchell Baker et John Lilly publient sur un site dédié — Open to Choice — une lettre ouverte.

Ici, je vous demande de parler autour de vous de l'importance du navigateur pour chacun. Souvenez-vous que le navigateur, c'est l'interface entre nous et notre vie en ligne. De sa sécurité, de sa fiabilité, de son respect de la vitre privée, de sa capacité à être personnalisé dépendent notre vie en ligne.

Parlez de l'importance du choix du navigateur. Dans la vraie vie, sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Identi.ca), sur vos blogs, expliquez pourquoi ce choix — que l'on n'avait plus il y a encore quelques années, avant la sortie de Firefox — est très important. Je ne vous demande pas d'articles élogieux sur Firefox ou sur tel ou tel autre navigateur. Mais j'aimerais voir des articles qui pourraient par exemple aborder les sujets suivants :

  • l'importance du choix pour chacun de nous
  • l'impact de l'état du marché des navigateurs sur le développement du Web
  • comment les standards ouverts et le logiciel Libre bénéficient au développement du Web
  • le futur du Web
  • l'impact du Web sur la création, l'innovation et la démocratie.

J'ai déjà écrit personnellement à quelques contacts francophones, en espérant qu'ils participeront à cette discussion importante, qui prend place à un moment particulier de l'histoire du Web.

Je compte sur vous pour qu'on sorte nos contemporains de l'apathie et du status-quo issu du monopole d'un certain navigateur obsolète. les futurs possibles de notre vie en ligne en dépendent.

D'avance, merci.

Quelques liens, pour plus de contexte

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samedi 30 janvier 2010

Sortie de Firefox pour Nokia N900 (ex-Fennec)

Browsing without borders

C'est un grand jour pour l'équipe mobile de Mozilla, avec la sortie cette nuit de Firefox pour Nokia N900 1.0. C'est la première version mobile de Firefox. En quoi est-ce important ? Fondamentalement, c'est Firefox 3.6, mais avec une interface utilisateur adaptée à l'écran tactile de petite dimension. On retrouve donc dans Firefox pour Nokia N900 les choses suivantes :

  • Les perfectionnements qui ont fait de Firefox un succès, dont la barre d'adresse intelligente (d'autant plus importante qu'il est pénible de saisir une URL sur un téléphone mobile), la navigation par onglets et le Safe Browsing (anti-phishing).
  • Un moteur de navigateur ultra-moderne, qui supporte les derniers standards[1] :
    • CSS3 (dont les polices téléchargeables)
    • HTML 5 (canvas, etc.)
    • SVG
    • Moteur JavaScript accéléré TraceMonkey
  • Le système d'extension de Firefox
  • Et surtout la synchro de l'historique de navigation et des marque-pages avec le Firefox d'une autre machine via Weave Sync 1.0.

Je tiens à féliciter tous les gens qui ont été impliqués dans la sortie de Firefox Mobile que ce soit les employés de Mozilla (évidemment), mais aussi ceux de la communauté toute entière, des ingénieurs de Nokia qui ont mis la main à la pâte aux bénévoles qui ont fait un travail de titan pour traduire le logiciel en 30 langues et les pages Web associées.

C'est le premier pas de Mozilla dans le monde du mobile, et il y en aura de nombreux autres. C'est d'une part essentiel pour Mozilla d'aller dans cette direction, alors que de plus en plus d'utilisateurs accèdent au Web via des "ordiphones" (version française de smartphone). D'autre part, c'est une façon pour Mozilla d'influencer notre futur numérique, de démontrer qu'il est possible de fournir un navigateur d'excellente qualité, simple d'utilisation, mais éminemment bidouillable, où les utilisateurs ne sont pas considérés comme de simples consommateurs mais à qui on laisse la possibilité de personnaliser leur utilisation et d'inventer de nouveaux usages.

Quelques liens :

Notes

[1] Je trouve réjouissant d'avoir un Firefox mobile plus avancé qu'un Internet Explorer 8 de bureau, par exemple :-)

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mardi 19 janvier 2010

La sécurité des navigateurs au journal de France 2

C'est Glazou qui me l'a signalé, on parlait sécurité des navigateurs dans le journal du matin de France 2.

Journal télévisé de France 2 à 8h11

Le présentateur :

Il devait être une porte sur le monde pour les ordinateurs, en réalité il est devenu une porte pour les pirates dans les ordinateurs. Le logiciel Internet Explorer — l'un des plus utilisés — a une faille et apparemment c'est suffisamment grave pour que la France et l'Allemagne aient décidé de lancer une alerte. Les deux pays recommandent de ne plus utiliser ce logiciel tant que le constructeur n'aura pas résolu ce problème.

Voix off du sujet :

Un logo célèbre, un nom connu de tous, Internet Explorer le navigateur le plus exploité au monde aujourd'hui déconseillé parce que dangereux. C'est le centre d'expertise gouvernemental, un organisme spécialisé dans les attaques informatiques qui met en garde. Le CERTA diffuse depuis vendredi ce bulletin d'alerte : "Une vulnérabilité permet à une personne malintentionnée d'exécuter du code arbitraire à distance." Autrement dit, une faille dans la sécurité affecte le navigateur. Une faille à l'origine de l'attaque contre Google en Chine. Des militants des droits de l'homme et des journalistes notamment ont ainsi eu leur messagerie piratée. Les autorités allemandes déconseillent elles aussi d'utiliser Internet Explorer et préconisent l'utilisation d'un autre logiciel. Un coup du pour le géant mondial Microsoft, qui tente actuellement de résoudre ces problèmes, un coup dur au moment même où la firme commence à souffrir de la concurrence de nouveaux navigateurs.

Les autres publications se font aussi état de la chose :

A quelques semaines de l'écran de choix des navigateurs qui sera présenté à tous les utilisateurs de Windows, c'est une très mauvaise nouvelle pour la firme de Redmond. Alors que les utilisateurs devront choisir parmi 5 logos de navigateurs affichés, peut-être hésiteront-ils à cliquer sur le E bleu marqué du sceau de l'infamie suite à cette faille hautement médiatique.

On notera toutefois — comme je l'ai déjà dit — que la faille de sécurité 0 day aurait pu toucher n'importe quel navigateur. Aucun éditeur n'est à l'abri de ce genre de choses, qu'il soit libre ou propriétaire. Tous les logiciels complexes ont des bogues. Tous. Sans exception. Là où l'on va pouvoir juger de la sécurité d'Internet Explorer n'est pas en les pointant du doigt pour cette faille 0 day, c'est en chronométrant le temps de réaction de Microsoft. Combien de temps leur faudra-t-il pour corriger cette faille qui touche plusieurs centaines de millions d'utilisateurs ?

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