mardi 15 janvier 2013

Table ronde sur la neutralite du Net

Fleur Pellerin à la table-ronde sur la neutralité du Net à Bercy

Ce matin, j'étais à Bercy pour assister à la table ronde sur la neutralité du Net. Les discussions furent relativement intéressantes (des longueurs tout de même), et à mon goût certains aspects ont été trop peu abordés, notamment en faveur de propos sur l'économie :

  • Internet est un bien commun
  • L'accès à un Internet neutre devrait être un droit fondamental, comme le droit de se déplacer comme on le souhaite, ou le droit de s'exprimer.

La conclusion de la ministre, Fleur Pellerin, est de demander au Conseil National du Numérique, qui sera nommé vendredi, de donner son avis sur l'opportunité de faire une loi sur ce sujet.

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dimanche 13 janvier 2013

Mon coming-out

Aujourd'hui, 13 janvier 2013, c'est la "Manifestation contre le mariage homo" à Paris. et c'est aussi un bon moment pour révéler aux lecteurs du Standblog un secret de polichinelle un peu honteux.

Je suis catho.

Je suis catho, et ça n'est pas facile à vivre. Mais pour moi, être catho n'est probablement pas ce à quoi vous pensez. Et si je vis mal cet état, ça n'est probablement pas non plus pour les raisons que vous imaginez.

Je suis né au milieu des années 60, d'une famille de la bourgeoisie parisienne. Baptème, école primaire chez les soeurs, première communion et profession de foi, collège chez les frères. Mariage à l'église. Mon besoin de spiritualité, cette recherche spirituelle que je revendique, a été naturellement encadré par la religion dans laquelle j'ai toujours baigné. Ma foi est catholique, parce que c'était évident que ça ne pouvait pas être autre chose, vu l'environnement.

Avoir des aspirations spirituelles est passablement mal vu en ce début de 21° siècle. En effet, on a tendance à mélanger religion, Église, dogmes et foi et par là même, à jeter le bébé avec l'eau du bain. Alors on apprend à courber l'échine face à l'animosité ambiante contre tout ce qui est religion et spirituel. On ferme sa gueule. On aborde le sujet avec crainte. On ne cherche surtout pas à convaincre qui que ce soit.

Malgré tout, j'essaye de vivre ce en quoi je crois. Mon implication dans les formats ouverts, le logiciel Libre découle de ma foi et la nourrit. Je crois qu'il est de mon devoir de construire un monde meilleur, reposant sur le partage, l'empowerment de mes concitoyens, le respect de l'autre (en n'essayant pas de contrôler, en particulier pour ce qui est de sa vie numérique). Ca n'est pas un propos très populaire, alors je le tais. C'est pour cela qu'en plus de 4200 billets ici sur le Standblog, vous n'avez probablement pas entendu parler de cette facette de ma vie.

Mais ce silence ne peut plus durer, car il est pénible à vivre. En effet, la manifestation qui a lieu en ce moment même révèle à quel point mes coreligionnaires peuvent se montrer intolérants et rétrogrades, dans le cas présent en faisant preuve d'une homophobie qui ne dit pas (toujours) son nom.

J'ai de nombreux amis et collègues homosexuels. Je ne me sens pas le droit de leur interdire le mariage civil. Qui serais-je pour leur interdire cela ? De quel droit pourrais-je décider cela ? L'article premier de la déclaration universelle des droits de l'homme indique-t-il que "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (sauf les homos)" ? Non.

Je crois au respect de l'autre quel que soit sa couleur de peau et son orientation sexuelle. C'est une valeur fondamentale pour moi, en tant que citoyen et en tant que croyant. Que d'autres, se revendiquant de la même religion, aient un réflexe de rejet, d'homophobie, une contraction morale, une telle attitude réactionnaire m'afflige et m'indigne au plus au point.

Être catho en 2012 n'était pas facile. En 2013, c'est devenu beaucoup plus difficile.

Et d'ailleurs, je me demande si je me reconnais désormais sous ce terme. En d'autres lieux, en d'autre temps, ma recherche spirituelle aurait pu s'orienter vers d'autres religions ou d'autres philosophies. Faut-il que je continue à m'accrocher au catholicisme ? J'y ai rencontré des personnes formidables, respectueuses de l'autre. Il serait fort dommage que les gens ordinaires qui vivent leur foi catholique sans bruit et de façon authentique et généreuse soient mis dans le même sac qu'un groupe bruyant animé par la peur et exprimant l'intolérance. Alors aujourd'hui, je suis toujours catho, juste encore un peu moins fier de l'être.

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vendredi 23 novembre 2012

Internet, un bien commun

Vendredi 23 novembre 2012, j'ai été invité par la Fondation France Libertés - Danielle Mitterrand à participer au colloque Sur les pas de Danielle Mitterrand pour participer à une table ronde sur les biens communs. Bien entendu, j'ai parlé des logiciels Libres et d'Internet et de biens communs. Voici le brouillon du texte que j'avais préparé pour l'occasion. La version prononcée est évidemment un peu différente, parce que je n'ai pas strictement lu le texte. Attention, c'est long !


Je voudrais vous parler d'un bien commun dont nous avons tous, ici dans cette salle, un usage grandissant. Je veux vous parler d'Internet et de la façon dont il est menacé.

Rappelons qu'Internet touche tous les aspects de notre vie sans que nous le réalisions vraiment. Il nous permet de nous informer, de rester en contact avec nos proches malgré les distances. Il nous permet d'apprendre, et Wikipedia est un outil fabuleux qui a changé pour toujours la relation que nous avons avec le savoir. Internet est utile dans le travail, essentiel pour les loisirs. il permet de partager nos passions avec des gens au bout du monde. Il facilite même les rencontres amoureuses.

Internet est devenu indispensable à tous. Contrairement aux biens communs tangibles et fait d'atomes, Internet est composé d'électrons et cela lui donne une caractéristique étonnante : il est infini par nature. Il n'a pas de limite. Ca n'empêche qu'il peut être privatisé.

Internet est un formidable espace pour l'innovation et l'invention, et il faut préserver cela. Parfois, l'innovation est sans but lucratif, comme Wikipedia. Souvent, c'est à but commercial, comme Google, Facebook, Amazon et Apple.

Internet est paradoxal de ce point de vue là en ce sens qu'il a très largement bénéficié de la participation d'entreprises commerciales. De nombreuses sociétés ont en fait aidé à "faire grandir l'Internet". Pourtant, à mon sens et pour paraphraser Clémenceau, "Internet est une chose bien trop grave pour la laisser aux entreprises commerciales".

Permettez-moi de vous expliquer une chose essentielle et trop peu comprise dans le monde numérique dans lequel nous vivons : nous autres utilisateurs de logiciels dépendons totalement du bon vouloir de l'auteur du logiciel (ce qu'on appelle "le développeurs" ou "le programmeur"). L'ordinateur obéit exactement au logiciel qu'on lui a demandé d'exécuter. Ce logiciel est écrit par un développeur. Du coup, nous autres utilisateurs ne pouvons faire que ce qu'a prévu l'auteur du logiciel.

Lawrence Lessig, l'a longuement expliqué dans un livre fondateur intitulé "Code is Law", paru en 2000. Le code, c'est la loi du cyberespace. Celui qui contrôle le code fait la loi.

Vous utilisez Facebook ? Vous ne pouvez l'utiliser que comme l'ont décidé ses auteurs. Pareil pour Google.

Le pire est à venir, car depuis que nos téléphones sont devenus "intelligents" - c'est à dire qu'il sont devenus des ordinateurs - l'influence des développeurs est venu se faire sentir jusque dans nos poches et nos sacs à main.

Laissez-moi vous donner un exemple. Il faut savoir qu'Apple contrôle tout. Ils ont dessiné le téléphone, ils ont écrit le système d'exploitation et ils sont les seuls à décider ce que vous pouvez installer comme application dessus. Ils ont un contrôle total de l'AppStore. Vous voulez faire une application pour les appareils Apple ? Il faut payer, et il faut espérer qu'Apple voudra bien la distribuer à ses clients (en prenant 30% de marge). Trop souvent, l'application est rejetée. Prenons l'exemple du quotidien allemand Bild. C'est le plus gros tirage d'Europe occidentale, et il doit une partie de son succès au fait qu'il y a des jeunes femmes dénudées dans ses pages. Apple a bloqué l'application Bild jusqu'à ce que la version électronique du journal ne contienne plus de telles images. Il en a été de même avec l'hebdomadaire allemand Stern. Un caricaturiste américain, Mark Fiore, a vu son application supprimée, car "il ne respectait pas assez les personnalités représentées" dans son travail. Le même jour, il a obtenu le prix Pulitzer et Apple a fait marche arrière. Mais tous les auteurs d'applications rejetées n'ont pas cette chance.

Du même, sur la "liseuse" électronique Kindle d'Amazon, des livres de George Orwell (dont 1984 et La ferme des animaux) ont été supprimés à distance par la firme.

Que pouvons nous faire face à ces problèmes ? Devons-nous nous résoudre à l'impuissance ?

Pas nécessairement.

Permettez-moi de partager avec vous ce sur quoi je travaille depuis maintenant 15 ans, à savoir le projet Mozilla.

Mozilla est une fondation à but non-lucratif, et nous sommes connus pour faire le logiciel Firefox, qui est un navigateur, c'est à dire le logiciel qui vous permet d'afficher des pages Web. C'est un logiciel qui est devenu indispensable à près d'un demi-milliard d'internautes. Ses concurrents sont tous faits par des sociétés cotées en bourse, dont Microsoft, Google et Apple.

Notre approche, chez Mozilla, est d'être une organisation hybride. A but non lucratif, mais agissant sur un marché, offrant un logiciel concurrent de produits commerciaux.

Firefox est un logiciel Libre, c'est à dire que son code source, ce qui fait qu'il fonctionne, est ouvert à tous. Tout le monde peut le regarder, le modifier, le partager. D'ailleurs, le logiciel est réalisé en grande partie par des bénévoles du monde entier, qui collaborent sur Internet. Toutes les six semaines, nous sortons une nouvelle version de Firefox, plus rapide, plus évoluée, plus sécurisée. Disponible pour les machines Apple, Windows, Linux et les téléphones et tablettes sous Androïd, et ce en plus de 85 langues, la traduction étant réalisées par des bénévoles. Autrement dit, toutes les 6 semaines, nous offrons au monde environ 300 versions de Firefox. Gratuitement. Firefox est un logiciel qui non seulement permet d'accéder au Web et de consommer son abondance d'information, mais surtout il permet aux utilisateurs de le faire comme il le souhaitent, avec le respect de leur vie privée, avec la possibilité de personnaliser leur utilisation.

Parallèlement à Firefox, nous avons un programme éducatif intitulé WebMaker. Son objectif : faire que les utilisateurs d'Internet ne soient pas que des consommateurs passifs, mais s'approprient Internet, apprennent à "écrire sur le Net" et pas seulement à lire. Notre objectif, c'est de créer une nouvelle génération d'utilisateurs qui comprennent les rouages d'Internet et qui soit du coup acteurs de leur vie numérique.

Enfin, nous avons lancé une troisième initiative, qui s'appelle Firefox OS. C'est un système d'exploitation pour smartphone. Ce logiciel n'est pas encore finalisé, mais il vise à donner le pouvoir aux utilisateurs, pour éviter les problèmes que j'ai mentionné plus tôt à propos d'Amazon et d'Apple. Nous voulons aussi libérer nos smartphones. Bien entendu, comme tout ce que nous faisons, Firefox OS est conçu de façon collaborative et ouverte. C'est un logiciel Libre.

Voilà, j'en arrive à la conclusion, et j'espère que je ne vous ai pas trop barbé avec des termes techniques.

J'espère aussi que vous comprendrez l'urgence à protéger nos libertés sur Internet, à choisir des logiciels Libres, qui sont garants de nos libertés et nous permettent de contrôler nos vies numériques.

Si j'ai réussi à avoir votre attention et à vous convaincre de l'importance de ce que j'ai partagé avec vous, j'ai quelques conseils à vous donner :

  1. D'une part, je vous engage à soutenir financièrement des organisations à but non-lucratif qui luttent à nos cotés. Je pense par exemple à Wikipedia, à la Quadrature du Net, à Framasoft et à l'APRIL. Ils ont besoin de fonds, bien plus que ces grands groupes commerciaux.
  2. D'autre part, je vous encourage à utiliser des logiciels libres plutôt que des logiciels propriétaires. Il existe dans presque chaque cas une alternative libre au logiciel propriétaire. Renseignez-vous.
  3. Enfin, avant de faire un achat numérique demandez-vous dans quelle mesure vous n'êtes pas en train de vous enfermer dans une prison numérique.

Ainsi, avec une telle approche, en restant à la fois curieux et sur nos gardes, nous pouvons construire le futur numérique que nous voulons pour nous et nos enfants, pas celui qu'on voudrait bien nous imposer.

Je vous remercie de votre attention.

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lundi 8 octobre 2012

Le brevet logiciel, cette plaie pour l'innovation

Le New York Times vient de publier un article passionnant sur les brevets : La guerre des brevets entre géants de la technologie bride la concurrence

L'article est long, mais on y trouve quantité de preuves de la nocivité des brevets dans le domaine du logiciel. En voici quelques uns :

  • Comment Vlingo, start-up innovante dans la reconnaissance vocale, a été rachetée par Nuance, concurrent moins innovant, mais qui a réussi à mettre à genoux la première à coups de procès (pourtant perdus !) pour des brevets logiciels. La distraction causée par ces procès, combinée aux dépenses juridiques ont suffi pour que la société innovante soit à la merci de son concurrent plus établi et moins innovant. On notera que la technologie de Vlingo était à la base de celle de Siri, l'assistant vocal de l'iPhone
  • "Un système de brevets logiciels décrit par les juges, les économistes, les juristes et les cadres de sociétés de technologies comme étant si bancal qu'il empêche souvent l'innovation"
  • Dans l'industrie du smartphone, d'après une analyse de l'université de Stanford, 20 milliards de dollars ont été dépensés en procès et achats de brevets ces deux dernières années, soit 8 fois le coût d'une mission d'exploration de la planète Mars.
  • L'année dernière, pour la première fois, les dépenses d'Apple et Google pour les procès liés aux brevets et les achats de brevets ont dépassé les investissements en recherche et développement de nouveaux produits.

Comme l'indique Michael Phillips, le fondateur de Vlingo, "les startups, c'est là que se trouve l'innovation. Si vous passez votre temps au tribunal, alors vous ne pouvez plus créer de la technologie". Michael Phillips, écoeuré par six ans de bataille juridique, racheté par son concurrent a passé l'été à récupérer ses forces après des années difficiles. Et puis, en septembre, il a démissionné. Il a beau être l'un des meilleurs spécialistes en synthèse vocale au monde, diplômé du MIT et de Carnegie Mellon, il a décidé d'abandonner ce champ de recherche, en faveur d'un secteur moins miné par les brevets logiciels.

Une histoire que l'on devrait garder à l'esprit alors que le Brevet Unitaire est en cours de discussion au niveau européen. A ce titre, je vous encourage à suivre l'actualité du brevet unitaire et à agir en conséquence.

PS : lire aussi Monopole sur les idées, pour approfondir le sujet.

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mercredi 4 juillet 2012

ACTA est mort

ACTA est mort… ou du moins on l'espère…

Aujourd'hui, à l'heure du déjeuner, ACTA a été rejeté par le parlement européen.

Les résultats du vote sont sans équivoque :

  • Pour : 39
  • Contre : 478
  • Abstention : 165

Copie d'écran du résultat du vote

Je tiens à remercier les associations, les réseaux et les individus qui ont combattu sans relâche les lobbies des multinationales, réussissant ainsi à faire entendre l'intérêt et les libertés des citoyens. La Quadrature du Net mérite une mention spéciale. Tout l'argent que je leur ai donné est finalement un excellent placement ;-)

C'est une immense victoire, mais cette victoire n'est qu'une étape dans la défense d'un Internet Libre. Beaucoup reste à faire, comme par exemple une réforme du copyright ainsi que les autres lois liberticides qui sont dans le tuyau (genre IPRED).

Bref, comme le dit la formule, "ce n'est qu'un début, continuons le combat". Ah, et si vous avez aimé cette victoire importante, pensez à acheter des munitions à ceux qui en ont besoin[1] !

Note

[1] Cette métaphore militaire est une spéciale dédicace à Jérémy, qui a mis un treillis pour cette journée exceptionnelle ;-)

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