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Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

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mardi 29 décembre 2009

Rétrospective 2009

C'est la fin de l'année, et donc l'occasion d'en faire le bilan. C'est ce que je vous propose sur le thème du Web, de ses standards et des navigateurs. J'ai divisé ce bilan en trois points : l'évolution du marché des navigateurs, la montée en puissance de HTML 5 et l'apparition du modèle App Store.

Renforcement de la concurrence au niveau des navigateurs

  • Google Chrome en version 1.0 pour Windows en décembre 2008
  • Parts de marché de Firefox en constante augmentation (saisonnalité : on a toujours un plateau pendant l'été avec une forte augmentation en octobre novembre). Firefox a maintenant 350 millions d'utilisateurs actifs.
  • Baisse d'Internet Explorer toutes versions confondues
  • Sortie d'Internet Explorer 8, qui provoque la baisse d'Internet Explorer 7.
  • IE 6 résiste encore trop et plombe les services Web qui pourraient être beaucoup plus innovants sans lui.
  • Augmentation de la fréquence de sortie des nouvelles versions chez Mozilla (20 mois entre Firefox 2.0 et 3.0, 12 mois entre 3.0 et 3.5, 7 mois entre 3.5 et 3.6)
  • Arrivée des extensions dans Chrome 4 Beta fin novembre
  • Sortie de Chrome pour Linux et Mac OS X en version finale fin novembre 2009.
  • Chrome dépasse Safari en parts de marché et se retrouve donc troisième derrière Firefox et Internet Explorer.

L'actualité de l'année, c'est la montée en puissance des navigateurs modernes, sous la pression des libres, Firefox et Chrome[1]. Microsoft mène toujours en terme de parts de marché toutes versions confondues, mais Firefox se retrouve dominant dans plusieurs pays, dont l'Allemagne.

HTML 5 : maturation et visibilité

Au niveau technique, HTML 5 et CSS3, ainsi que plusieurs APIs et spécifications associées ont bien avancé à la fois sur le papier et au niveau d'implémentations intéropérables dans les navigateurs modernes. En voici un petit résumé, forcément incomplet :

Ce qu'il faut retenir de cela, c'est que les applications Web sont en train de monter en puissance. De plus en plus de possibilités sont offertes aux développeurs Web, ce qui fait qu'ils ne sont plus obligés de se tourner vers les applications natives.

Pour ceux que ça intéresse, mon collègue Paul Rouget (@PaulRouget) a publié plusieurs démonstrations de ces nouvelles technologies sur le blog Mozilla Hacks (@MozHacks).

On notera que les navigateurs modernes tels que Safari, Chrome et Firefox disposent chacun d'un moteur JavaScript qui est beaucoup plus rapide, du fait de l'adoption de la compilation juste à temps[2]. Ceci, combiné à la montée en puissance de HTML 5, permet au Web ouvert de gagner en crédibilité en tant que concurrent des technologies propriétaires comme Adobe Flash et Microsoft Silverlight[3]

Succès des App Store

Alors qu'Internet arrive sur les mobiles et que ces derniers sont de plus en plus utilisés pour se connecter, un phénomène nouveau est arrivé : les App Store, ces magasins en ligne qui permettent de télécharger de nouvelles applications (gratuites ou pas) pour les téléphones mobiles haut de gamme. Apple revendique ainsi 2 milliards de téléchargements pour 100'000 applications disponibles et 50 millions d'iPhone en circulation à ce moment là.

l'App Store d'Apple est à l'opposé des principes du logiciel libre et du Web ouvert :

  1. L'installation des logiciels ne peut se faire que depuis l'App Store. Le développeur doit payer Apple pour pouvoir utiliser le kit de développement et n'a pas le droit de diffuser lui même son application et signe plusieurs contrats et NDA (contrats de confidentialité). Il est du coup impensable de diffuser le code source du logiciel, sachant que l'utilisateur ne pourra pas l'installer lui même sur son iPhone.
  2. Apple a le contrôle total de ce qui est autorisé ou pas sur l'App Store, et peut refuser une application sans avoir à se justifier.[4]

Le succès de l'App Store d'Apple auprès des utilisateurs le positionne en concurrence des applications Web, car celles-ci sont pour l'instant moins ergonomiques que les applications natives et elles ne peuvent pas accéder à certains composants du téléphone comme le GPS, l'appareil photo et l'accélérometre. HTML 5 prévoit un certain nombre de solutions pour accéder à ces périphériques, via par exemple l'API Geolocation.

D'un point de vue financier, l'App Store se différencie du Web par le fait qu'il offre un modèle de rémunération aux développeurs, autre que la publicité. Toutefois, il semblerait que la perspective de rémunération mise en avant par les App Stores soit grandement exagérée. Ainsi, une équipe française a récemment démontré qu'une application raisonnablement réussie se révélait très déficitaire (3000 à 4000 EUR d'investissement pour 660 EUR de recettes).

Conclusion

2009 a été une excellente année du point de vue des standards et des navigateurs. En effet, les deux ont fait d'immenses progrès aux dépens des navigateurs obsolètes tels qu'IE 6 et IE7, ainsi que les technologies propriétaires telles que Flash. Par contre, une technologie concurrente s'est établie entre temps, celle des App Store, sous l'impulsion d'Apple, qui est suivi par d'autres acteurs du mobile, dont Palm (Palm WebOS Applications) et Android (Marketplace), avec des règles semble-t-il moins strictes.

Notes

[1] Chrome n'est en fait pas libre, mais est basé sur une base de code — Chromium — qui l'est.

[2] Opera 10.5, sorti fin décembre 2009 en pré-Alpha, dispose d'un moteur JavaScript comparable appelé Carakan.

[3] Ces deux technologies ne font pas partie de l'Open Web. Leurs applications sont certes diffusées via le protocole HTTP et s'affichent dans le navigateur, mais elles nécessitent l'installation d'un plug-in propriétaire sans lequel on ne peut pas faire tourner ces applications.

[4] C'est la raison pour laquelle il n'est pas possible de disposer d'une version de Firefox pour l'iPhone. Apple refuse les applications qui dupliquent des fonctionnalités existantes dans le téléphone tel qu'il est livré par Apple.

mardi 17 novembre 2009

De la liberté du Web mobile

Joe Hewitt est un développeur d'exception. Il a un palmarès impressionnant : il était aux débuts de Firefox, a créé l'excellent Firebug (extension Firefox pour les développeurs) et DOM Inspector. Il est ensuite passé chez Facebook, où il a développé Facebook pour l'iPhone. Rien que ça.

Et puis d'un coup, Joe a plaqué le développement pour l'iPhone et s'en est expliqué auprès de TechCrunch. En substance, il ne supporte plus qu'Apple décide quelles applications sont autorisées sur l'App Store ou rejetées. Il veut participer à un système Libre, le Web mobile.

Locked - G7Locked

Cadenas verrouillé, photo par Daniel Y. Go, utilisé sous licence Creative Commons BY-NC-SA

Dans un billet sur son blog – On middle men ("à propos des intermédiaires") – Joe Hewitt rentre dans les détails. J'ai traduit le plus important :

Nous sommes à un moment critique de l'évolution du logiciel. Le Web est toujours là, toujours fort. Tout le monde peut encore publier de l'information ou des applications sur un serveur Web sans devoir demander l'autorisation, et tout le monde peut encore y accéder juste en tapant une URL. Ça n'est que récemment que j'ai réalisé à quel point tout cela est important. Plus personne ne construit de systèmes de ce genre, ou du moins peu d'entre eux ont connu le succès. Le Web est apparu suite à un incroyable concours de circonstances. Ça serait une honte que de laisser cette liberté disparaître.

Je ne veux pas combattre les fabricants de téléphones mobiles qui veulent créer un écosystème logiciel tout en se comportant en garde-barrières de cet écosystème. Ce que je veux faire, c'est me battre pour la viabilité du Web mobile. Les développeurs se précipitent pour faire des applications natives, délaissant leurs applications Web mobiles (j'ai moi même eu cette attitude). La technologie Web est relativement faible et s'améliore lentement. À ce rythme, à quoi ressemblera le Web mobile dans 10 ans ? Va-t-on se réveiller un jour en réalisant que la nouvelle génération de créateurs de logiciels font de très puissantes applications natives, mais les sites Web mobiles ne sont rien de plus que des pages "A propos" ?

En bref, le Web mobile a besoin de meilleurs outils, de meilleurs standards, de meilleurs navigateurs et il en a besoin rapidement, avant que les seules technologies qui comptent soient celles qui sont contrôlées par des garde-barrières.

Chez Mozilla, nous sommes très conscients de cet état de fait. C'est pour ça qu'on développe Firefox for Mobile, dont la version 1.0 pour le Nokia N900 approche à grands pas. Ça, c'est pour le coté "meilleur navigateur". En effet, Firefox for Mobile dispose du même moteur que Firefox 3.6, qui sortira très bientôt. Il ne faudra pas non plus oublier nos concurrents du Web mobile. Autant certains laissent à désirer (suivez mon regard), autant Safari sur l'iPhone et le navigateur d'Android, ainsi qu'Opera Mobile[1] sont modernes et respectueux des derniers standards.

Pour les meilleurs standards, c'est en cours. HTML 5, la vidéo native, bientôt la 3D native avec WebGL, les progrès au niveau CSS3, tout cela avance à nouveau. Il y a bien sûr des obstacles, mais ils sont surmontables.

Au niveau des outils enfin, il reste des choses à faire. Bespin est un pas dans la bonne direction. Il y a quantités d'outils libres (ou non) qui sont complémentaires.

Le futur des applications mobiles reste à inventer. Pour ma part, je fais tout ce que je peux pour qu'il soit basé sur des technologies Web, histoire qu'on se retrouve plus tard avec plus de choix qu'on en a aujourd'hui sur les PC, où deux systèmes d'exploitation représentent près de 99% des utilisateurs.

Notes

[1] La mention d'Opera Mobile a été rajoutée par la suite. C'était un oubli : Opera a été un pionnier du Web mobile.