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jeudi 1 octobre 2009

Bidouillabilité : une définition

Paul Rouget montre du code

Paul Rouget démontrant la pierre angulaire de la bidouillabilité du Web : View Source

Mardi dernier, c'était le 17eme Bar Camp à Paris. J'y étais, pour parler entre autre de Bidouillabilité (traduction française de hackability). J'ai déjà parlé de bidouillabilité, mais sans en définir le sens. Il n'est pas trop tard, dont acte :

Bidouillabilité nom féminin, traduction du terme anglais Hackability. Capacité – pour un objet technique ou un outil – à être détourné de sa vocation initiale en vue d'essayer de lui trouver de nouveaux usages. Se dit d'un système dont on peut observer le fonctionnement interne pour le comprendre, en vue de le modifier. Issu du terme anglais Hacker qui a donné hackability, qu'il ne faut pas prendre au sens de pirate informatique (abus de langage récent, surtout dans les médias). La bidouillabilité ne tient pas compte de la légalité de la démarche : quand on détourne l'usage d'un système technique de façon créative, c'est démontrer sa bidouillabilité, que la démarche soit légale ou pas. Voir aussi le Jargon file : The meaning of Hack, qui définit le hack comme étant "une démonstration de créativité intelligente".

J'ai écrit il y a quelques mois un article en anglais sur la notion de générativité. Je compte le traduire prochainement, car les deux notions sont très proches, la générativité découlant de la bidouillabilité…

Quelques liens :

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mardi 4 août 2009

Co-création : comment ça marche, et qui profite ?

Un gentil lecteur m'a envoyé un article dont le titre était prometteur : Co-création : les nouvelles règles du jeu. Il a été écrit par deux experts qui veulent proposer leurs services dans le domaine (ce qui est déjà limite d'un point de vue déontologique), j'ai trouvé le contenu creux, alors que le sujet est formidablement intéressant.

J'ai laissé un commentaire, mais il n'est toujours pas publié plusieurs heures plus tard. Heureusement, j'ai eu la bonne idée de faire un copier-coller pour éviter qu'il ne se perde !

Voici le contenu de mes réflexions :

Votre article m'a laissé un peu sur ma faim...

La co-création existe bien dans l'Open Source / Logiciel Libre depuis toujours, mais certains cadres sont plus efficaces que d'autres. Chez Mozilla par exemple (où je travaille), la co-création est une réalité depuis 10 ans, et nous travaillons d'arrache-pied à améliorer le système, pour aider les gens à participer et à inventer le futur qu'ils veulent voir exister. Un des fondements de notre approche, c'est que le résultat du travail (en l'occurence du code) appartient à tous grâce à l'utilisation de licences Libres type GPL (ça évite la crainte de se "faire plumer" comme l'explique le 1er commentaire).

Par ailleurs, vous écrivez en conclusion "Les miracles n’existent pas plus sur le web que dans le monde off-line." C'est vrai, et pourtant, il y a une différence fondamentale – presque miraculeuse – qui fait que dans le monde virtuel, quand on partage, on multiplie, alors que dans le monde réel, on divise. On invente une fois, et le résultat peut être utilisé par tous. L'arrivée d'un nouvel utilisateur ne prive pas les précédents de l'invention.

Finalement, avec le recul, je constate qu'on touche aux limites de la co-création si on essaye de faire rentrer le concept dans le moule habituel de l'économie de marché. Du coup, on se demande qui et comment on va récupérer la valeur commerciale de ce qui est co-inventé. On se demande comment rafler l'invention pour la vendre au plus grand nombre. Evidemment, ça pose des problèmes éthiques, et ça rend les contributeurs potentiels méfiants.

Chez Mozilla, on fait de la co-création au quotidien. Le système fonctionne bien, mais on s'assure qu'il continue de s'améliorer en permanence. Voici quelques pistes sur lesquelles on travaille :

  • Le résultat du travail est réutilisable par tous. On ne cherche pas à "rafler la valeur créée". Pour ça, on a les licences Libres (le code de Firefox est sous triple licence MPL/GPL/LGPL).
  • On s'efforce d'abaisser les barrières à l'entrée (pas besoin d'un type d'ordinateur spécifique, un éditeur de texte suffit avec une connexion Internet). On travaille aussi à réduire les compétences nécessaires pour participer (par exemple Jetpack) et on cherche à toucher plus de gens, par exemple avec Personas, sur des aspects graphiques ou encore Creative Collective.
  • L'organisation est à but non-lucratif (et l'argent qui est généré sert à alimenter la viabilité du projet et assurer son indépendance)
  • Le projet auquel on s'attelle est énorme et utile à plus d'un milliard d'individus sur la planète. On fait un navigateur Web qui est actuellement utilisé par plus de 300 millions de personnes. C'est d'autant plus important que le navigateur est l'interface entre les individus et leur vie en ligne.
  • Le projet a un certain nombre de valeurs qui le font sortir du lot – explicitement définies dans le Mozilla Manifesto, et le navigateur Firefox n'est qu'un outil qui reflète notre vision et nous aide à l'accomplir.

Je n'ai pas l'intention de donner des leçons en terme de co-création, car il y a plein de choses qu'on doit encore améliorer et repenser, mais je voulais juste partager quelques éléments de réponse provenant de notre expérience chez Mozilla, sans aucune prétention.

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