mardi 17 mai 2016

En vrac du mardi

nous avons décidé de réorganiser notre activité interne : moins de suivi législatif français, davantage d’action européenne commune aux mouvements qui émergent aussi dans d’autres pays. Beaucoup plus de réflexions, ouvertes à des interventions externes et des compétences que nous n’avons pas dans nos équipes, plus de production écrite, graphique, audio ou vidéo. Moins de travail avec le monde politique, et davantage avec les individus volontaires pour nous accompagner sur ce terrain. Nous nous consacrerons à plus de sensibilisation de fond, plus de participation, de décentralisation de nos actions, d’engagement des bénévoles, plus d’indépendance face aux agendas imposés.

mercredi 10 février 2016

Un nouveau CNNum

La nouvelle version du CNNum vient d’être annoncé officiellement. Il est confirmé que ma candidature n’a pas été retenue.

On retrouve six (excellents) anciens : Marie Ekeland, Daniel Kaplan, Godefroy Beauvallet, Sophie Pène, Marc Tessier et Benoît Thieulin (ex-président) et 24 nouveaux, avec une forte connotation entrepreneuriale et, me semble-t-il, plus jeune. Bonne nouvelle, la parité est toujours de mise !

Et le libre, dans tout ça ?

Ce nouvel équilibre, intéressant, se fait toutefois aux dépens de l’Open Source et du Logiciel Libre. Exit les piliers de cette mouvance, dont Valérie Peugeot (Orange et Vecam), Michel Briand, Serge Abiteboul (chercheur, professeur, blogueur et… romancier !) et moi-même. À une période où les signaux anti logiciel libre se sont multipliés (EducNat et Microsoft, absence de priorité au libre et refus des biens communs dans la loi numérique), c’est très très préoccupant. L’excellente Véronique Torner, co-fondatrice et présidente d’Alter Way, se sentira bien seule quand il s’agira de pousser les thématiques du libre au CNNum…

Quoi qu’il en soit, je souhaite le meilleur à la nouvelle équipe et à son président, Mounir Mahjoubi. Je sais qu’ils pourront compter sur un secrétariat général ultra-compétent et très dynamique, mené par l’infatigable Yann Bonnet, que je remercie ici (Charly, Camille, Judith, Somalina, et les autres).

mercredi 4 mars 2015

Flicage-brouillon - Partie 3 chapitre 22 - Le logiciel libre

Le logiciel libre est une condition nécessaire (mais pas suffisante) pour avoir le contrôle et la maîtrise de l’informatique que nous utilisons. En effet, il est possible d’accéder au code du logiciel libre pour l’analyser, l’auditer, comprendre son fonctionnement et finalement se l’approprier en le modifiant si nécessaire. Cette transparence du logiciel libre est garante de la confiance que l’on pourra lui accorder.

À l’inverse, le logiciel propriétaire est une boite noire : on ne sait pas exactement ce qui est fait par ce logiciel. L’utilisateur en est réduit à croire sur parole le fournisseur du logiciel, lequel, pour différentes raisons, peut avoir introduit dans le produit fourni des portes dérobées, soit pour des raisons mercantiles, soit sous la pression de services de renseignements, soi à son insu.

Si le logiciel libre est infiniment supérieur au logiciel propriétaire pour ce qui est de la transparence, il a d’autre défis à relever, en particulier autour de l’ergonomie et du modèle commercial.

l’expérience utilisateur

Bien trop souvent, les logiciels libres souffrent d’un déficit d’ergonomie. Dans le jargon informatique, on parle d’« expérience utilisateur » (UX, User Experience) imparfaite. Ca n’est pas simplement un problème d’esthétique, mais plutôt de simplicité et d’intuition quand il s’agit d’accomplir une tâche avec le logiciel en question. Ce sont des questions qui touchent à la facilité d’usage, à l’évidence de l’interface, au fait que l’utilisateur n’a pas à réfléchir (ou le moins possible) pour se servir de l’outil.

C’est un sujet difficile à aborder pour la plupart des projets de logiciels libres, et ce pour plusieurs raisons.

D’une part, les développeurs de logiciels ont tendance à avoir internalisé le fonctionnement du logiciel sur lequel ils travaillent. Du coup, pour eux, il est évident qu’il faut passer par l’étape 1 avec de faire l’étape 2 puis la 3. C’est normal, ils ont eux-même conçu le logiciel. Ils connaissent son fonctionnement de l’intérieur.

Par contre, l’utilisateur final n’a pas cette connaissance intime du produit et de son architecture. Il a donc besoin d’être guidé autant que possible, besoin qu’on ne lui offre pas trop d’options inutiles à cette étape du processus.

Par ailleurs, les développeurs ont souvent un parti-pris pour des approches qui sont très efficaces mais qui peuvent rebuter l’utilisateur final. Je prends un exemple : la ligne de commande, ce mode d’interaction avec l’ordinateur qui consiste à taper des commandes dans un « terminal » au lieu de cliquer sur des boutons avec une souris. La ligne de commande peut-être formidable de puissance par sa concision. Elle peut aussi être reproduite facilement et programmée dans des « scripts ». Pour toutes ces raisons, elle est souvent très appréciée des développeurs. Mais voilà, elle rebute l’immense majorité des utilisateurs. C’est une parfaite illustration de ce fossé qu’il faut combler entre développeurs et utilisateurs, faute de quoi l’investissement réalisé par le projet libre pour créer une bonne technologie ne deviendra pas un bon produit capable de concurrencer des logiciels propriétaires.

Pour cela, il faut avoir que l’expérience utilisateur soit une préoccupation permanente au sein du projet de logiciel libre, et ce dès le début de ce projet.

Imaginer de voir travailler des développeurs et des UX designers ensemble pour faire du logiciel libre n’est pas quelques chose d’impossible. L’expérience utilisateur a été un grand facteur de différenciation pour le navigateur Web Firefox, ce qui lui a permis de concurrencer Internet Explorer. La distribution GNU/Linux Ubuntu a fait de l’ergonomie son cheval de bataille et a permis son adoption par des personnes qui n’auraient pas pu, auparavant, utiliser Linux.

Des applications Web libres comme l’outil de blog Dotclear et plus récemment, Known ont brillamment démontré que libre et ergonomie n’étaient pas antinomiques. Dans les deux cas, cela a été rendu possible par la collaboration de UX designers et de développeurs.

L’épineux problème du business model

L’utilisation de logiciels libres implique une (petite) contrainte pour l’utilisateur : comprendre comment le logiciel en question est financé. Puisqu’a priori ça n’est pas via la collecte de données personnelles, comment le projet peut-il vivre ? Certains projets, comme Dotclear, cité plus haut, sont 100% non-lucratif et reposent sur le travail de bénévoles. Cela peut permettre à un tel projet de survivre, pour peu que l’équipe soit motivée. Malgré quelques aléas, Dotclear va bientôt fêter ses 12 ans.

A l’inverse, le projet Wikipédia, qui est un projet libre (d’encyclopédie plutôt que logiciel), a besoin de revenus pour payer l’infrastructure (serveurs, location de data-center, connexion à Internet) et ses permanents. Pour cela, Wikipédia fait régulièrement des appels aux dons. Cela en fait une encyclopédie gratuite… pour laquelle il faut faire des dons.

De nombreux projets de logiciels libres reposent sur les dons, et il appartient aux utilisateurs de ces logiciels de donner régulièrement pour que les projets soient pérennes. Pour ma part, je donne quelques dizaines d’euros par mois à ces projets. C’est toujours moins que mon abonnement Internet, et tout aussi important. Je vous encourage à donner en fonction de vos moyens, mais si tout le monde donnait 3 EUR par mois, nos logiciels seraient bien meilleurs !

vendredi 5 décembre 2014

Comment avoir un smartphone aussi Libre que possible ?

Voilà, toute la question est dans le titre : je me demande comment on pourrait avoir un smartphone de type Android (ça retire de l'équation l'option Firefox OS) qui ne me flique pas et qui est donc autant que faire se peut basé sur du logiciel Libre associé à des services éthiques et/ou Libres et décentralisés.

Est-ce que ça existe ?

Note : j'ai déjà lu The great Ars experiment—free and open source software on a smartphone?! , mais je voudrais en plus ajouter un critère : ne pas être (trop ?) fliqué par les services en ligne associés.

Je suis sûr que j'ai parmi mes lecteurs des gens qui se sont déjà posé ces questions et qui se feront un plaisir de partager leur expérience dnas les commentaires... A vous de jouer ! (Note : les commentaires doivent être relus avant publication et ne sont publiés qu'après modération, patience, donc !)

Mise à jour

Il faut le dire haut et fort : mes lecteurs sont formidables ! 15 commentaires et des réponses sur Twitter, c'est génial ! Je récapitule les principales options :

  1. Des téléphones du marché, équipés d'une distro indépendante de type CyanogenMod (attention, elle n'est pas 100% libre !), avec un AppStore dédié au Libre comme F-Droid. c'est l'option la plus souvent citée.
    1. Campagne Libérez votre Android par la FSFE ;
    2. Replicant semble être la solution la plus Libre, elle est en tout cas recommandée par la Free Software Foundation|https://www.gnu.org/philosophy/android-and-users-freedom.fr.html|fr]. Par ailleurs, rappelons que certaines couches logicielles comme les pilotes et ce qui touche aux modules radio sont presque toujours propriétaires...
    3. OmniROM ;
    4. ParanoidAndroid, qui malgré son nom se focalise sur l'éexpérience utilisateur ;
  2. Des téléphones spécifiques :
    1. FairPhone (Variante d'Android avec un objectif de fabrication éthique, mais rien sur l'aspect Libre et respectueux de la vie privée)
    2. Jolla (Sailfish OS, partiellement Libre)
    3. BlackPhone focalisé sur la vie privée, sur une base Android, avec un abonnement annuel pour bénéficier de services sécurisés respectueux de la vie privée ;
    4. Neo900, un projet visant à redonner une nouvelle vie au Nokia N900

A voir aussi : À quand les smartphones et tablettes libres ? qui est très complet dans une optique libriste, même s'il date de mai 2013.

lundi 1 février 2010

Le libre au-delà des logiciels : Shtooka et l'apprentissage des langues

Il y a quelque temps, je rencontrais Nicolas Vion, fondateur du projet Shtooka, projet qui vise à créer des collections audio libres de mots et expressions dans différentes langues.

Nicolas Vion, préparant une séance d'enregistrement

Nicolas Vion (du projet Shtooka) préparant une séance d'enregistrement

À l'occasion de cette rencontre avec Nicolas, j'ai pu apporter ma modeste pierre à l'édifice Shtooka en prêtant ma voix à une nouvelle collection de 144 proverbes français.

Quelques questions à Nicolas Vion, du projet Shtooka

Nicolas, tu travailles sur Shtooka.net depuis ses débuts, projet dont j'ai déjà parlé suite au billet de Framablog lecture recommandée avant de poursuivre la lecture de cet entretien). Tu peux nous expliquer ce qu'est Shtooka et à quoi ça sert ?

Le projet Shtooka vise à enregistrer des collections de mots, expressions, proverbes avec la voix de locuteurs dans leur langue maternelle. Ce projet est rendu possible grâce à une technique d'enregistrement originale que nous avons mise au point et affinée avec le temps. Cette technique permet l'enregistrement systématique de listes de mots ou expressions, le locuteur n'ayant qu'à lire à haute voix les mots qui défilent à l'écran. Grâce à cette technique, nous pouvons enregistrer près de 1000 mots en moins d'une heure. Tu as d'ailleurs eu l'occasion de tester cette technique lorsque nous avons enregistré ensemble les proverbes français.

Et c'est sous licence Libre ? Pourquoi ?

Finalement, les collections audio que nous proposons, c'est une matière un peu brute, quasiment inutilisable en l'état. Pour être utile, il faut donc que nos enregistrements puissent être utilisés par d'autres projets (comme par exemple, le dictionnaire de Wikipedia : le Wiktionnaire) ou bien être intégrés dans des activités pédagogiques par des professeurs de langues. Nous ne pouvons à nous seuls imaginer tous les usages rendus possibles par nos collections. Nous sommes d'ailleurs souvent surpris par l'imagination des internautes. Nous avons même récemment découvert que nos enregistrements pouvaient servir à la reconnaissance vocale pour les personnes à mobilité réduite. La seule façon de rendre tout cela possible est de diffuser nos collections sous licence libre !

Tu as un scoop à révéler "en exclusivité" pour le Standblog ? Quoi de neuf dans le projet Shtooka ?

Nous venons de mettre en ligne le 100 000 ème enregistrement audio !

Wow, 100'000 !

Pour fêter cet événement nous organisons une journée de promotion de notre projet et plus généralement des logiciels libres pour l'enseignement des langues. Nous présenterons de courts exposés suivis de discussions mais aussi des ateliers, des démonstrations... Cet événement aura lieu à Paris, à l'espace de travail La Cantine le 13 février de 13h à 18h.

Donc on peut faire un appel aux bonnes volontés ! C'est une bonne façon de découvrir l'association... Qui peut venir à cet événement ?

L'entrée est libre ! Nous nous adressons à tous les libristes de la région parisienne, mais aussi aux professeurs de langues, aux associations culturelles, mais aussi à tous les curieux. Alors, venez nombreux !

J'allais le dire ! Merci Nicolas pour avoir pris le temps de répondre à mes questions, et longue vie au projet Shtooka !

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