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Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

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vendredi 28 décembre 2012

Dernier En Vrac pour 2012

mardi 11 décembre 2012

Quel avenir pour les prochains natifs du numérique ?

Mercredi dernier à Lille, j'ai participé à une matinée sur les natifs du numérique dans le cadre de la conférence FOSSa 2012. Mes diapos sont en anglais à la demande des organisateurs.

Past & Future of Digital Natives: HACK THE FUTURE!

J'ai enregistré ma présentation sous forme de vidéo (diapos + commentaire sonore) : Quel futur pour les digital natives ? - Tristan Nitot a FOSSa 2012 (Lille, France).

Il me sera difficile d'être aussi complet que les 45 minutes de la présentation, mais voici un résumé de mon intervention :

Je suis parti du fait que j'étais un vieux natif du numérique. J'ai eu la chance (en 1980, je crois) d'avoir accès à un des premiers micro-ordinateurs, un TRS-80 Model I. Vinrent ensuite un Sinclair ZX-81 puis un Acorn Atom et enfin la meilleure machine de l'époque, à savoir un Apple ][.

photo du micro-ordinateur Apple II ouvert

Apple II. source: Wikipedia

La machine la plus bidouillable du moment

L'Apple ][ était une invitation permanente à la bidouille, tant par sa conception que par le logiciel et la documentation qui l'accompagnaient. Coté doc, outre le classique manuel pour l'ordinateur, on recevait aussi le schéma électronique de la machine. Coté logiciel, le langage BASIC, facile à apprendre était complété par un désassembleur[1] Enfin, coté matériel, le boitier pouvait s'ouvrir sans outil grâce à une fermeture qui ressemblait un peu à du Velcro. Une fois le capot soulevé, on avait accès à 8 fentes d'extension. Il était possible d'acheter des cartes d'extension prêtes à l'usage (modem, contrôleur de disquettes…) ou des cartes vierges qui permettaient de prototyper des extensions. Plus ouvert, plus bidouillable et donc plus excitant, c'était difficile.

Le rôle des communautés

A l'époque, les ordinateurs étaient rares et chers, et certains lieux permettaient d'en partager. Le lieu qui m'a le plus marqué, c'était le Centre Mondial de l'Informatique et des Ressources Humaines (CMI/CMIRH) où des ordinateurs étaient en libre service (et où j'ai eu incidemment l'occasion de croiser Richard Stallman sans réaliser le rôle qu'il allait jouer plus tard dans ma vie d'informaticien). D'autres lieux offraient des services comparables comme le Palais de la Découverte ou les clubs Microtel. Au delà du partage de la machine physique, ces lieux ont permis la création de communautés où s'échangeaient des trucs et astuces, du savoir et de la passion. Ils ont permis de former un nombre incroyable de gens qui ont entre 40 et 55 ans aujourd'hui et qu'on retrouve dans l'industrie de l'informatique aujourd'hui, en France et dans le monde entier.

Centre Mondial de l'Informatique

Centre Mondial de l'Informatique. source : INA

L'arrivée de la télématique et des réseaux

A peu près au même moment, j'ai eu l'occasion de découvrir les télécoms et les réseaux, la "télématique" comme on disait à l'époque. Il y avait bien sûr l'infâme Minitel, mais surtout les premiers modems. J'ai successivement utilisé un coupleur acoustique qui offrait la vitesse de transfert vertigineuse de 30 caractères par seconde[2]. Le luxe à l'époque, c'était le modem 1200 bps. Du coup, envoyez une image relevait d'une infinie patience et encore, il fallait qu'elle soit monochrome et grande comme un timbre poste. Mais surtout, les réseaux ont permis de rendre les communautés virtuelles (en fait réelles, mais en faisant fi des distances du monde réel). C'est une telle communauté qui a permis le développement du noyau Linux, initié par un jeune étudiant, Linus Torvalds.

Les réseaux sont devenus plus accessibles au grand public en France avec le Minitel et aux USA avec les services propriétaires qu'étaient AOL et Compuserve. Leur principal inconvénient était qu'ils étaient contrôlés par une entité centralisée, ce qui limitait grandement la participation du "bidouilleur".

Internet et le Web

Internet existait déjà depuis plusieurs années quand est arrivé un service qui l'a fait sortir du placard académique dans lequel il était consigné : le Web. Avec des principes simples comme l'URL (une adresse pour une page), HTML et HTTP, il a offert une "couche hypertexte" à l'Internet existant. Le Web est particulièrement intéressant dans la mesure où le code source des pages est visible (commande View source) et compréhensible par les humains. Du coup, un simple éditeur de texte suffit pour commencer à produire des pages Web. Combiné au fait que c'est un ensemble de standards ouverts, cela signifie qu'il n'est pas nécessaire d'acheter un "kit de développement" auprès d'une société pour commencer à bidouiller. Autrement dit, tout le monde peut participer sans avoir à demander la permission.

Le code, c'est la loi

Je précise dans la présentation ce que tout Libriste a compris : le code, c'est la loi (titre d'un excellent livre de Larry Lessig, Code is Law). Plus précisément, celui qui contrôle le code source a un immense pouvoir sur les utilisateurs du code. Sans code, on ne peut as modifier le logiciel, on n'a pas la possibilité de faire ce que l'on veut. Dans un monde où le logiciel est chaque jour plus présent, le contrôle du code est essentiel.

Le monde de l'informatique est maintenant mobile

Il se vend plus de smartphones que de PC[3]. Prenons un extrait d'une présentation de BI Intelligence :

Global Internet connected devices shipment

Le mobile est dominé par des plateformes propriétaires

Aujourd'hui, Apple avec iOS (iPhone et iPad) dominent le marché avec Android de Google. Dans les deux cas, ce sont des silos d'information, avec des produits tout intégrés, du matériel à l'OS jusqu'au applications via la boutique applicative (iPhone + iOS + AppStore vs Android + Google Play Store[4]). Microsoft essaye de s'imposer depuis 10 ans, avec le même modèle et un partenariat avec Nokia, mais sans grand succès.

La censure par l'AppStore

Chez Apple[5], il n'est pas possible d'installer une application sans l'accord de la firme de Cupertino, laquelle applique des critères plus restrictifs que la loi. Quelques exemples d'applications refusées :

  1. Baby Shaker. Une application (de très mauvais goût) qui permet de faire taire (de façon définitive) un bébé qui pleure en secouant le téléphone. Source.
  2. Le quotidien allemand Bild, plus gros tirage d'Europe occidentale avait l'habitude de mettre une jeune femme a demi-dévétue en couverture (exemple. Bild a du faire des versions spécifique de sa version électronique pour être acceptée par l'AppStore, juste parce que la nudité, même partielle n'est pas autorisée par Apple. C'est très préoccupant pour la liberté de la presse… D'autres journaux ont subi les même déboires.
  3. Mark Fiore, caricaturiste politique, a vu son application censurée par Apple sous prétexte qu'il "se moquait de gens célèbres". Ca n'est que lorsqu'il a reçu le prix Pulitzer (plus haute distinction pour un journaliste) que l'affaire n'a été remarquée par la presse, ce qui a forcé Apple à faire demi-tour. Mark Fiore a alors déclaré : "Mon appli a été approuvée, mais si quelqu'un en fait une meilleure que la mienne sans avoir le Pulitzer ? Faut-il nécessairement avoir un buzz médiatique pour qu'une application à contenu politique soit admise par l'AppStore ?"

La complexité du développement limite la participation

La vision d'Apple et de Google est fondamentalement celle d'un écosystème constitué de professionnels. Pour faire une appli pour le mobile, il faut signer un contrat, payer un droit d'entrée, utiliser le langage (Objective C ou Java) et les APIs propriétaires de la plateforme. Ensuite, il faut obtenir l'autorisation de l'App Store pour pouvoir diffuser son logiciel.

Tout cela limite l'appropriation de la technologie par les utilisateurs, qui ont tendance à devenir des consommateurs passifs, faute de ne pouvoir voir comment fonctionnent les applications et comment on peut les bricoler pour apprendre.

Il faut opposer cela au Web, où seul un éditeur de texte suffit, View source, documentation librement accessible faisant le reste.

Autrement dit, les App Stores fabriquent des consommateurs passifs d'application. On peut comparer un smartphone Apple ou Android à un distributeur automatique de nourriture en sachets plastique comme on en trouve dans les gares.

Chez Apple, le passage de l'Apple II, incroyablement ouvert (merci à Woz, son concepteur pour cela) à l'iPhone, complètement fermé. Le souci, c'est que ce modèle génère des natifs du numérique a qui on apprend depuis le plus jeune âge que l'informatique (et le mobile), c'est fait pour être consommé de façon passive.

Comment redonner le pouvoir à la prochaine génération de natifs du numériques ?

Deux approches complémentaires faites par Mozilla

Education

WebMaker.org, un ensemble d'outils technologiques et d'événements visant à redonner le pouvoir aux utilisateurs, de façon à ce que le Web ne soit pas juste en "lecture seule", mais en "lecture écriture".

Firefox OS

Firefox OS est un système d'exploitation mobile pour le Web ouvert, dont les applications sont écrites en HTML5 et JavaScript, avec les APIs du Web.

Dans Firefox OS, toutes les applications sont en fait des pages Web (que l'on a en local, et que l'on peut écrire de façon à ce qu'elle fonctionnent même sans accès réseau).

Et maintenant ?

Mozilla a besoin de vous pour que nous construisions le futur numérique que nous voulons, pour nous et les générations futures, plutôt que le futur qu'on voudra bien nous laisser.

Deux liens pour commencer dans cette direction :

Notes

[1] Logiciel permettant de décoder le langage machine et donc comprendre comment était écrit le système d'exploitation.

[2] Non, ça n'est pas une faute de frappe. 300 bps (on disait Bauds).

[3] Cette info n'est pas présentée ainsi dans la vidéo, car je n'ai eu connaissance du graphe ci-dessous qu'après la présentation à FOSSa.

[4] N'oublions pas que Google est aussi fournisseur de matériel depuis son rachat de Motorola Mobility.

[5] Chez Android, il est possible d'avoir des App Stores alternatifs, mais la procédure est suffisamment intimidante pour que l'immense majorité des utilisateurs ne tentent pas l'expérience.

samedi 23 juin 2012

En vrac du samedi

En direct de Bologne, de retour de ConfSL 2012 à Ancône.

Note

[1] Ca donne même envie de citer Audiard : "… c'est même à ça qu'on les reconnaît !" ;-)

mercredi 16 mai 2012

En vrac du mercredi

jeudi 12 avril 2012

Promouvoir une société numérique libre

Jeudi dernier, j'ai eu l'honneur de recevoir le prix 2012 du "promoteur de la société numérique" dans le cadre du Prix des Technologies Numériques organisé par Telecom ParisTech et l'associations des anciens Telecom ParisTech Alumni. Les autres lauréats sont Eric Carreel (serial entrepreneur) et Jean-Paul Bailly (PDG du groupe La Poste). J'ai bien sûr pris des photos à cette occasion. Voici les notes du discours prononcé à cette occasion.

La cérémonie, vue depuis la scène

Bonsoir,

Me voilà donc distingué par le prix de "Promoteur de la Société Numérique". Je tiens à remercier tout particulièrement Telecom ParisTech et son association de diplômés pour avoir ajouté mon nom à une liste prestigieuse, où l'on trouve Tariq Krim, Jean-François Abramatic, Daniel Kaplan ou plus récemment Jean-Michel Billaut.

Si j'en crois les organisateurs - je le rappelle pour ceux qui sont venus juste pour le cocktail - "le Prix du Promoteur de la Société Numérique est décerné à une personnalité ayant contribué à l’essor de la Société Numérique par son action personnelle ou ses travaux".

Les sentiments que j'éprouve à cet instant tiennent à la fois de l'évidence, de l'étonnement et de l'embarras. Permettez-moi de m'en expliquer.

L'évidence, parce que j'ai toujours été à la fois un promoteur de tout ce qui m'intéresse et un enfant du numérique. En substance, comme Obélix, je suis tombé dans ces deux marmites quand j'étais petit. Je peux vous parler d'Internet, de Web, et de logiciels Libres sans jamais m'arrêter. Et je peux aussi vous parler de moto et de photo avec le même enthousiasme, et ce depuis que je m'intéresse à ces sujets. Je vous encourage à en parler à ma maman, présente dans la salle, ou à mon épouse, elle vous le confirmeront : il a toujours été difficile de décoller de mon écran d'ordinateur, de mon appareil photo ou de ma moto, trois passions qu'elles qualifieront sans aucun doute d'envahissantes. Je suis un passionné, c'est dans mes gênes, et je partage mes passions... avec passion !

Le deuxième sentiment, c'est l'étonnement. L'étonnement que cette passion soit ici reconnue. Je me qualifie comme étant un vieux natif du numérique, un des premiers "digital natives". J'ai eu la chance d'avoir accès à un ordinateur depuis tout petit, en 1980, je crois. Cela fait donc 32 ans que je suis "scotché" à la micro-informatique et aux réseaux. 32 ans que je réfléchis aux possibilités de ces outils, que j'agis et que je discute sur les changements de la société provoqués par l'informatique et les réseaux.

Le 3eme sentiment, c'est l'embarras. Accepter ce prix à titre personnel serait source d'embarras, et peut-être même une imposture, car il m'est impossible de mentionner ces 14 dernières années passées à promouvoir la société de l'information sans parler d'une projet que vous connaissez tous : Mozilla.

Il y a 14 ans et une semaine, le projet Mozilla était annoncé, et je commençais à en faire la promotion en Europe puis dans le monde. Mais ne nous méprenons pas. Ca n'est pas l'individu que je suis qui importe, mais le projet que je promeus, Mozilla.

Cela fait une vingtaine d'années que le Web existe, 42 ans[1] que les premiers données ont été transférées sur Internet. Et pourtant, nous n'en sommes qu'au tout début. Cela pose la question de la société numérique que nous voulons construire.

Alors voilà, même si je suis devant vous ce soir pour accepter ce prix, je pense que c'est à Mozilla qu'il devrait être attribué, à ces milliers de bénévoles qui oeuvrent dans l'ombre pour que la technologie soit au service du citoyen et pas le contraire.

Il faut dire que les défis sont nombreux. Le Web était initialement un outil de communication et de partage de la connaissance, mais par certains aspects comme la surveillance, le filtrage, et les menaces de déconnexion, il connait une dérive sécuritaire à la "1984" qui est inquiétante. Ne nous voilons pas la face, dans ce domaine la France rivalise avec les leaders mondiaux que sont Chine, la Tunisie de Ben Ali et la Corée du Nord.

Le problème n'est pas franco-français, ni même européen. Notre identité en ligne n'est plus garantie par nos gouvernements mais par des sociétés privées américaines. Quiconque ayant eu son compte Google ou Facebook clôturé par erreur - et il y en a sûrement dans cette salle - saura vous expliquer à quel point il est douloureux de se voir confisquer sa vie numérique par une entreprise sans visage.

Le téléphone mobile, interface de tous les instants entre l'individu et sa vie numérique, ses amis, ses sources d'information, son travail, n'est pas sous contrôle des utilisateurs. Certains Appstores monopolistiques offrent une pléthore d'applications, mais ils décident pour nous, utilisateurs, ce qu'on a le droit d'installer comme logiciel sur nos smartphones, avec toutes les dérives que cela implique en terme de liberté.

Les livres numériques sont un formidable moyen d'accéder au savoir et de transporter avec soi toute une bibliothèque, mais il est toujours impossible de prêter un livre numérique à un ami.

L'apparente gratuité des services sur Internet est trop souvent un marché de dupe où l'utilisateur échange des données personnelles - sur lesquelles il et impossible de mettre un prix - contre un service qui ne coûte presque rien à faire tourner. Ceci est bien résumé par cette phrase à laquelle je vous invite à méditer : "si vous ne payez pas un service Web, vous n'êtes pas le client, vous êtes le produit qui est vendu".

Tous ces défis peuvent être relevés pour construire la société numérique dans laquelle nous voulons voir vivre nos enfants. C'est pourquoi je fais appel à vous, personnalités du numérique, pour que dans nos efforts au quotidien, nous construisions un avenir dont nous pourrons être fiers.

Je considère qu'Internet est une promesse faite à l'humanité, et il ne tient qu'à chacun de nous pour qu'elle se réalise de la meilleure façon possible. Comptez sur moi pour que Mozilla, comme d'autres associations, mais aussi certaines entreprises (les vôtres ?), soit à la hauteur de cette tache qui nous attend.

Merci.

Note

[1] Forcément.

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