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Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

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mercredi 18 août 2010

En vrac et en retard

Balle de tennis

Microsoft aurait éliminé une option de IE permettant aux utilisateurs de mieux contrôler l'utilisation de leurs données personnelles. Microsoft a de nombreux intérêts qui débordent depuis très longtemps la création d'OS. L'argent se trouve dans la publicité (ahaha !). Fabriquer un produit qui ne leur permet pas d'optimiser leurs revenus publicitaires est idiot. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas : Google avec Chrome et probablement Apple avec Safari (et produits dérivés) de plus en plus.

Notes

[1] Karl met le doigt sur le fait qu'il y a une différence fondamentale entre Apple, Google et Microsoft d'une part (ce sont des sociétés cotées en bourse dont la vocation est de rémunérer les actionnaires à court terme) et Mozilla d'autre part, une communauté de développeurs menés par une fondation à but non lucratif, dont la vocation est de préserver les opportunités qu'Internet offre à ses utilisateurs.

mercredi 12 mai 2010

L'après Facebook : Diaspora

Je suis tombé sur un très bel article : The Evolution of Privacy on Facebook, où l'on voit bien à quel point Facebook a tendance au fil du temps à rendre publiques toutes vos données, ce qui est bien loin de la promesse de départ, ré-affirmées encore récemment.

Voici par exemple ce qui était publié par Facebook en 2005 :

Visibilité de vos données Facebook en 2005

La même chose, en 2010 :

Visibilité de vos données Facebook en avril 2010

(documents utilisés sous licence Creative Commons BY-SA. Source : Matt McKeon)

De plus en plus de personnes quittent Facebook (souvent des gens qui l'ont adopté en avance) au point que The Consumerist (l'équivalent américain de Que Choisir) explique à ses lecteurs comment quitter définitivement Facebook ! Les utilisateurs ne savent plus à quels saints se vouer : Une étude met en lumière la confusion des utilisateurs de Facebook

Wired, pose le problème de façon très claire en titrant Facebook est devenu malhonnête, le temps est venu d'une alternative ouverte (…) "Il faut que le reste de l'écosystème du Web le remplace par une alternative ouverte et distribuée".

Mise à jour du 16/5 : on notera que l'excellent Framablog a publié une traduction de l'article ci-dessus : Facebook a maintenant des méthodes de voyou… c’est le moment de lancer une alternative libre et ouverte. Longue vie à l'équipe Framalang !

Justement, On apprend la création du Diaspora Project, une alternative à Facebook, mais décentralisée, respectueux de la vie privée, contrôlé par les utilisateurs (et bien sûr sur du code Libre).

Diaspora - the privacy aware, personally controlled, do-it-all distributed open source social network. We are four talented young programmers from NYU’s Courant Institute trying to raise money so we can spend the summer building Diaspora; an open source personal web server that will put individuals in control of their data.

Quelques liens pour en savoir plus sur Diaspora

mercredi 31 mars 2010

Laïcité, identité et Facebook

Il est arrivé il y a quelques jours un incident au Royaume du Maroc : un groupe Facebook militant pour la séparation entre religion et enseignement a été fermé, tout comme le compte du créateur du groupe. Pourtant, le groupe et son créateur respectaient les conditions générales d'utilisation imposées par Facebook, ainsi que la législation américaine (pays d'origine de Facebook). J'ai appris par la suite que le groupe avait réapparu et que son créateur avait la possibilité de créer un nouveau compte (en ayant perdu l'ancien). D'autres personnes ont subi des problèmes similaires (dont Rodrigo Sepulveda Schulz ou Robert Scoble).

Il y a plusieurs choses qui sont vraiment dérangeantes dans ces affaires : d'une part le côté arbitraire de la sanction, et d'autre part la lourdeur de cette sanction.

Le côté arbitraire de la sanction

Un beau jour, Facebook a décidé de supprimer ce groupe et ce compte, qui pourtant ne violait pas les conditions générales d'utilisation du service. Comme ça. On censure ainsi un groupe par une décision opaque, sans raison apparente. Il n'y a aucune notion de justice dans cette décision.

La violence de la sanction

Pour le groupe en question, c'est la mort. Pour l'individu, c'est pire. Son login disparaît, la clé de son réseau et de beaucoup de ses données. Ses photos, ses vidéos, ses applications FB, ses messages, son mur, son carnet d'adresses, tout disparaît, comme s'il était viré de sa vie en ligne, enfermé à l'extérieur. Il a construit son réseau de relations, il a donné à Facebook sa liste d'amis, mais il l'a perdue. Comble de l'absurde, c'est en voulant faire une sauvegarde de ces informations que Robert Scoble a été bloqué de Facebook. Pour la plupart des gens qui perdent leur compte FaceBook, c'est un peu la fin de leur vie sociale...

Tout ce billet pourrait n'être que l'expression de mon amertume et une mise en garde contre FaceBook, tout puissant face à des utilisateurs qui n'ont qu'une compréhension très partielle des limites du modèle. Mais une magnifique interview d'Eben Moglen (le juriste qui a travaillé sur la GPL) par Glyn Moody donne une ébauche de solution technique qui pourrait bien signer la fin du Minitel 2.0 : La liberté contre les traces dans le nuage. Eben Moglen y explique en 2eme page comment des petits ordinateurs comme le Shivaplug ou le Linutop 2 pourraient bien changer la donne en permettant la construction d'un réseau social distribué (ou a-centré) dont chacun pourrait contrôler un bout et surtout contrôler son niveau de participation. En effet, l'identité en ligne, la liste de nos relations, les archives de nos messages échangés sont bien trop précieuses pour être confiées à quelconque organisation privée, quelle qu'elle soit.

jeudi 4 mars 2010

En vrac

vendredi 19 février 2010

Notre vie privée est une monnaie

(Ca va sans dire, mais ça va mieux en le disant : comme indiqué en bas de chaque page de ce blog, ce que j'exprime ici n'est que mon opinion personnelle et ne saurait aucunement être attribué à mon employeur.[1])

(Ce billet est une adaptation de Privacy is a currency).

privacy, please

Cela fait plusieurs mois que je réfléchis à la vie privée. J'ai déjà écris un peu, et j'ai encore beaucoup de choses qui ne sont pas publiées. Et puis je suis tombé sur cet article de Dan Lyons dans NewsWeek, qui explique pile-poil ce que je pense. J'écrivais ceci le mois dernier à propos des services en ligne apparemment gratuits :

Il n'y a pas de prix qu'on peut discuter, comparer avec d'autres. Les utilisateurs — sous prétexte qu'il n'y a pas d'argent qui sort de leurs poches — pensent que c'est une bonne affaire. Ils ne réalisent pas que leurs données personnelles, leur vie privée, valent infiniment mieux qu'un peu de temps CPU issu d'un datacenter. Ca rappelle un peu la conquête de l'Amérique, où les colons échangeaient des terres contre quelques verroteries à des indigènes. L'image est forte, je le reconnais, mais elle évoque bien ce marché de dupes, où une des deux parties ignore tout des règles et se fait donc dépouiller d'un bien très précieux qu'elle ne récupérera jamais.

Dan Lyons — connu pour tenir le blog Fake Steve Jobs — exprime à nouveau ce point de vue, avec une verve que j'aimerais avoir. En voici un extrait, traduit par mes soins :

Notre vie privée est devenu une monnaie. On l'utilise pour payer les services en ligne. Google ne nous demande pas d'argent en échange de l'utilisation de Gmail. À la place, il lit vos emails et vous affiche de la publicité en fonction de mots-clés présents dans vos messages privés.

Mais l'ultime trésor, c'est votre liste d'amis. Avec ces informations, les marketeurs peuvent vous envoyer des messages encore plus ciblés. Si vous aimez un film, un album, un VTT, vos amis vont probablement l'aimer aussi. Ils seront donc des cibles de valeur pour ces produits. Bien sûr, vos amis ne vont pas acheter exactement la même chose que vous. La précision n'est pas millimétrique. Mais ces données aident les marketeurs à faire de la publicité beaucoup plus précise qui est bien plus efficace que la pub à la télé ou les bannières qu'on voit partout sur le Net.

Le génie de Google, Facebook, Google et leurs semblables c'est qu'ils créent des services qui sont tellement utiles ou amusants que les gens vont abandonner une partie de leur vie privée pour les utiliser. L'astuce consiste à en obtenir encore plus des gens, de façon à augmenter le prix du service.

Ces sociétés ne vont jamais arrêter de grignoter notre vie privée. Leur modèle économique consiste fondamentalement à "monétiser" notre vie privée. Pour réussir, elle doivent changer progressivement la notion de vie privée — ce que Facebook appelle "la norme sociale" — de façon à ce que ce que nous abandonnons ne nous paraisse pas important en terme de valeur. Et puis elles doivent gagner notre confiance. Ainsi chaque érosion de notre vie privée se voit accompagnée, paradoxalement, de discours pompeux expliquant à quel point la société X respecte notre vie privée. Je me demande à quel point Orwell serait catastrophé ou impressionné. Qui aurait pu deviner que Big Brother ne serait en fait pas un ministère, mais une bande de gamins de la Silicon Valley ?

Le problème d'acheter des choses avec votre vie privée c'est qu'on ne sait pas vraiment combien on paye. Avec de l'argent, on sait que 5 euros valent 5 euros. Mais quelle est la valeur de votre liste d'amis ? Si elle ne vaut pas beaucoup, peut-être que votre adhésion à Facebook est l'affaire du siècle. Mais si sa valeur est très élevée, vous êtes alors en train de vous faire arnaquer dans les grandes largeurs. Seuls les développeurs savent combien cette information représentent, et ils restent silencieux. Mais le fait qu'ils préfèrent vos données à votre argent en dit long.

Notes

[1] Voir en particulier Ne pas confondre Tristan Nitot et Mozilla

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