jeudi 4 juillet 2013

Firefox OS : nous ne cherchons pas à être la troisième plateforme mobile

smartphone Firefox OS vendu en Espagne

Smartphone Firefox OS vendu en Espagne

Firefox OS est sorti cette semaine en Espagne et sortira la semaine prochaine en Pologne. C'est un moment important de l'histoire de Mozilla. La nouvelle a généré des centaines, peut-être même des milliers d'articles dans la presse mondiale. Pourtant, je constate que bien souvent on approche la démarche de Mozilla comme si nous étions une n-ième société commerciale. C'est logique, tous nos concurrents sont cotés en bourse. Du coup, nombreux sont ceux qui pensent que Mozilla convoite la 3ème place derrière Android et l'iPhone. Ca n'est pas comme cela que je vois les choses.

Mozilla ne cherche pas à occuper la troisième place. Mozilla veut que le Web prenne la première place.

Mitchell Baker explique bien ce que veut Mozilla :

Nous construisons des produits qui offrent une excellente expérience utilisateur et qui engendrent l'ouverture, l'innovation et ouvrent des opportunité dans la technologie même du Web (…) Nous avons toujours travaillé sur Firefox de façon à donner aux développeurs d'immenses opportunités d'innover là où ils le souhaitent. Nous ne cherchons pas à contrôler comment les développeurs peuvent innover, ni comment les gens peuvent contrôler leurs logiciels. (…)

Avec Firefox OS, nous espérons faire de même dans le monde du mobile. Nous voulons y apporter la puissance du Web ouvert. Nous voulons apporter au monde mobile la flexibilité, les opportunités et la liberté du Web, comme Firefox l'a fait pour l'ordinateur personnel.

Aussi, quand vous pensez à l'approche de Mozilla, n'oubliez pas que nous sommes une organisation à but non-lucratif (et fière de l'être), dont l'objectif est de conserver la puissance du Web dans les mains des utilisateurs. En un mot comme en cent, ce que nous faisons, nous ne le faisons pas pour nous. Nous le faisons pour le Web.

mercredi 1 mai 2013

20 ans de Web libre !

Ce billet aussi disponible en anglais sur mon blog Mozilla officiel Beyond the Code sous le titre 20 years of a free Web.

Tim Berners-Lee (co-inventeur du Web) et Mitchell Baker (Mozilla)

Il y a 20 ans cette semaine, le Web a du jour au lendemain changé de nature pour le meilleur. En effet, le 30 avril 1993, le code des premiers outils Web est devenu libre et chacun pouvait utiliser le logiciel, les protocoles et formats sans avoir à payer de royalties.

Pour simplifier, chacun pouvait créer une partie du Web sans avoir à demander la permission. Combiné à la simplicité des concepts (URL, HTML et HTTP) et au fait que HTML était lisible par l'homme (c'est du texte par opposition au binaire), a fait que le Web s'est répandu sur la planète à la vitesse que l'on sait, remplaçant les systèmes propriétaires.

Le 30 avril 1993, le simple fait d'avoir mis les logiciels permettant d'utiliser le Web dans le domaine public a, sans qu'on le réalise bien à l'époque, changé la face du monde.

Robert Caillau l'explique très bien :

Les propriétés essentielles du Web sont finalement peu nombreuses : il utilise le nommage de l'Internet, son modèle hypertexte est si simple qu'il peut grandir à l'infini, il utilise un format texte simple, il est guidé par des standards libres et ouverts auxquels chacun peut contribuer. Et il a été rendu disponible gratuitement dès ses débuts.

20 ans plus tard, le Web est partout. Il a changé le monde, la façon d'apprendre, d'accéder au savoir, de s'informer, de travailler et de communiquer avec nos proches. Il connait des défis qu'il ne faut pas négliger si nous voulons le voir vivre longtemps. Le Web pourrait bien changer la nature de l'autre industrie qui change nos vies, le mobile, si Firefox OS rencontre le succès que nous souhaitons.

En attendant, je souhaite remercier remercier Tim Berners-Lee et Robert Caillau pour avoir pris la bonne décision et fait preuve de désintéressement en donnant le fruit de leur travail au monde. Comme le dit Robert Caillau :

Finalement, nous étions plus intéressés par l'idée de faire quelque chose d'utile plutôt par la perspective de devenir riches. Nous avons donc opté pour la bonne vieille méthode du CERN pour permettre à une technologie de quitter le monde de la recherche. Nous l'avons rendu publique.

Partager plutôt que privatiser, voilà un exemple d'approche - qui est aussi celle de Mozilla - qui a contribué à littéralement changer le monde !

mardi 2 avril 2013

15 ans de Mozilla

Ce billet est l'adaptation d'un billet publié sur mon blog officiel Mozilla sous le titre 15 years of Mozilla.

Le 31 mars 1998, c'est à dire il y a tout juste 15 ans, Netscape, société aujourd'hui disparue, libérait le code source de son navigateur Web. Le projet Mozilla était né. J'en suis tout de suite tombé amoureux. J'ai des excuses… J'avais déjà eu l'expérience du logiciel libre (j'ai utilisé Emacs étant adolescent), et j'ai entrevu le potentiel résultant de la combinaison d'Internet (collaboration à l'échelle du globe) et du logiciel libre (partage du résultat du travail collaboratif). Pourtant, autour de moi, rares étaient ceux qui comprenaient les possibilités de ce qui venait d'être annoncé. Il faut dire que - comme le déclarait Eric Raymond dans le communiqué de Netscape - "Netscape est la première entreprise majeure à exploiter la puissance de l'Open Source".

Le contexte était très différent de celui d'aujourd'hui. Le logiciel propriétaire était la norme et à ma connaissance aucun logiciel libre à destination de l'utilisateur final n'avait réussi à dominer la concurrence.

Ce qui a motivé les mozilliens, employés ou bénévoles, c'était le contraste entre le potentiel de cette promesse qu'était le Web et le constat que le Web stagnait techniquement, la faute à la position monopolistique d'un certain navigateur.

De cette frustration est née une idée révolutionnaire : fabriquer l'Internet que l'on voulait, pas celui qu'on allait bien vouloir nous laisser. Ca semblait délirant à beaucoup de gens. Et ça l'était : comment imaginer qu'une petite poignée de Mozilliens sous la bannière d'une fondation à but non-lucratif pourraient menacer ce qui était la société la plus puissante de l'industrie informatique ?

Et pourtant… Nous sommes maintenant en 2013, et Mozilla peut être fier de ses accomplissements. La concurrence est indéniablement de retour sur le marché des navigateurs Web, ce qui a mené à un Web plus rapide, plus sûr et plus innovant. Parallèlement, le logiciel Libre est aussi devenu une évidence pour tous et a touché d'autres secteurs comme Wikipedia. Mozilla peut être fier de ses 15 ans !

Mozilla Europe fêtant la sortie d'une nouvelle version de Firefox

Pourtant, l'avenir numérique n'est pas tout rose. La nouvelle frontière est dorénavant celle du mobile, et l'ouverture du Web est bien loin d'être d'être la norme dans ce nouvel univers. Le Web a offert à tous la liberté de créer et de diffuser sans demander la permission; la liberté d'apprendre en faisant un simple "View Source"; la liberté de faire une application qui tournera partout, avec une technologie qui n'est pas la propriété d'un acteur en particulier.

Mozilla s'est lancé le défi de s'attaquer à ce problème, de faire du Web un citoyen de premier rang sur le mobile. Première étape : Firefox pour Android. Deuxième étape : Firefox OS.

Comme il y a 15 ans, il s'agit de fabriquer l'Internet (mobile) qu'on veut, pas celui qu'on veut bien nous laisser. Comme il y a 15 ans, cela peut sembler à certains un objectif délirant. Ca l'est peut-être. Sûrement. Mais pour ceux qui entrevoient le potentiel de cette idée, l'attrait est irrésistible. Je vois le potentiel de cette grande idée. Et vous ?

dimanche 3 mars 2013

L’ADN de Mozilla et le Mobile Word Congress

(Adaptation d’un article en anglais publié sur mon blog officiel Mozilla, Beyond the Code, sous le titre Mozilla’s DNA and Mobile World Congress). Merci à Framalang et MozFr (Sphinx, Lamessen Tchevalier, Goofy) pour la traduction.

stand Mozilla à Barcelone

Le stand Firefox OS au Mobile World Congress 2013 de Barcelone

Je viens de rentrer du Congrès mondial du mobile (MWC) à Barcelone, où Mozilla a annoncé des partenariats avec 18 opérateurs et 4 constructeurs de périphériques, qui vont lancer des appareils disponibles en 2013 dans plusieurs pays à travers le monde, avec une focalisation sur les marchés émergents. Combinées à son énorme et magnifique stand, les annonces de Mozilla ont eu un impact considérable sur le show. Il y a eu des centaines de points presse, et probablement plus de deux mille articles publiés sur Firefox OS. Dans le même temps, au milieu du plus grand événement dans le monde du mobile, Mozilla est resté fidèle à ses valeurs.


L’innovation avec les standards du Web ouverts

Mozilla a présenté Firefox OS. De nombreux visiteurs sur le stand demandaient si Mozilla pourrait réussir à créer un troisième écosystème mobile pour égaler iOS d’Apple et Android de Google. Mais ce ne sont pas les objectifs de Mozilla : nous sommes en train de construire un écosystème mobile web, avec des applications qui peuvent fonctionner sur différents systèmes d’exploitation mobiles, grâce au HTML5 qui est en cours d’implémentation sur la majorité des plates-formes. Pour cela, nous avons créé des nouvelles API web, elles permettent aux applications de fonctionner aussi bien que des applications natives. Par exemple, avec ces nouvelles API web, les pages web peuvent accéder aux fonctionnalités des téléphones portables, comme le GPS, les accéléromètres, etc.

Une autre innovation basée sur les standards a été présentée au MWC : WebRTC. Cette initiative permet de communiquer en audio, vidéo et avec des données (chat) entre deux points d’accès prenant en charge le HTML5. La démonstration de WebRTC a reçu un accueil très favorable auprès des opérateurs.


Proposer le Web au plus grand nombre

Comme Firefox OS est hautement optimisé, il peut fonctionner sur du matériel peu coûteux qui sera abordable pour équiper de téléphones les utilisateurs qui souhaitent passer à l’utilisation d’un smartphone. Comme le dit Gary Kovacs, PDG de Mozilla : « nous voulons connecter les deux prochains milliards d’utilisateurs ».


La participation de la communauté

Mozilla ne pourrait pas exister sans la participation de bénévoles dans tous les domaines de son activité. Sur la scène du grand show de Barcelone, les employés de Mozilla et les bénévoles ont ensemble présenté des démos et ont beaucoup communiqué avec les représentants de la presse.

Nukeador rencontre la presse

Nukeador, un bénévole de Mozilla-Hispano présente Firefox OS à la presse. Son compte-rendu sur son blog.

Guillermo fait une démo de Firefox OS

Guillermo, bénévole de Mozilla, fait une démo de Firefox OS



Open source et sans but lucratif

Les Mozilliens ont travaillé en open source depuis si longtemps que nous oublions parfois à quel point cela peut être surprenant pour les partenaires commerciaux. Je ne saurais dire le nombre de fois où les visiteurs du stand était surpris d’apprendre que nous étions une organisation à but non lucratif dont le rôle est de rendre le Web ouvert et accessible à tous, ou d’entendre que Firefox OS est développé ouvertement et que son code source peut être téléchargé gratuitement sur Internet.


Ce que cela représente pour les développeurs et les utilisateurs

Les Mozilliens (bénévoles et salariés) travaillent sans relâche pour créer les conditions d'une concurrence plus favorables aux développeurs comme aux utilisateurs finaux. C’est le cœur de notre mission de promouvoir l’ouverture, l’innovation et les opportunités du Web. Voici comment les développeurs et les utilisateurs en profiteront :

  • Les développeurs pourront mettre à profit leurs connaissances en HTML5/JS/CSS afin de créer des applications web fonctionnant sur Firefox OS. Ils peuvent ensuite optimiser leur code afin de le distribuer sur d’autres plates-formes mobiles. Les applications peuvent être distribuées via le Firefox Marketplace. Elles peuvent également être mises à disposition des consommateurs depuis le site web du développeur ou depuis d’autres marketplace alternatifs qui s’ouvriront. Le Firefox Marketplace sera un moyen de distribution parmi de nombreux autres ;
  • Les utilisateurs bénéficieront d’une expérience abordable sur smartphone grâce à la possibilité d’utiliser les applications HTML5 qu’ils ont achetées sur l’ensemble des appareils qu’ils possèdent, à condition d’utiliser une facturation numérique. Les utilisateurs de Firefox OS pourront également profiter de la toute nouvelle fonctionnalité de « recherche dynamique d’applications » qui permet d’accéder directement à une liste d’applications grâce à une recherche par mots-clés.

Firefox OS et le mobile selon Mozilla, ça vous intéresse ?

Si les valeurs de Mozilla et ses objectifs vous intéressent, si vous désirez prendre une part active à la mutation imminente de l’industrie du mobile, voici deux manières de nous aider :

  • Si vous êtes développeur, vous pouvez vous lancer dès maintenant dans la réalisation d’applications web qui tourneront sous Firefox OS et sous Android. Pour les premiers pas parcourez la documentation pour les développeurs ;
  • Si vous voulez contribuer à Mozilla, votre aide sera toujours la bienvenue. Voyez notre page Contribuer.

vendredi 8 février 2013

La fin du navigateur ?

(Adaptation d'un article en anglais publié sur mon blog officiel Mozilla, Beyond the Code, sous le titre What if the browser disappeared?). Merci à Framalang (Sky, Slystone, goofy) pour la traduction.

L'autre jour, je lisais un article provocateur intitulé The end of the browser? (NDT : « La fin du navigateur ? »). Cet article soutient fondamentalement que tout le monde utilisant de plus en plus d'appareils nomades, les applications mobiles natives remplacent les navigateurs Web pour diverses raisons, la principale étant qu'elles sont plus pratiques que les pages Web affichées dans les navigateurs.

Bien qu'en désaccord avec l'auteur, je pense qu'il s'agît d'une question très intéressante qui soulève deux problèmes :

  1. Et si le Web était remplacé par les applications mobiles natives ? En quoi serait-il dommageable de perdre les navigateurs Web en tant que canal principal d'accès à l'information et aux services ?
  2. Que pouvons-nous faire pour nous assurer que le navigateur Web ne devienne pas une relique du passé pendant que le monde devient mobile ?

Et si le Web était remplacé par les applications mobiles natives?

Je pense que le monde y perdrait énormément. Il y perdrait tellement que je ne sais même pas par où commencer…

Liberté d'expression

Le Web n'est pas seulement fait de contenu commercial. Avoir la possibilité de s'exprimer est fondamental. Le Web permet cela, et avoir une structure décentralisée sur laquelle publier des trucs est nécessaire. Les magasins d'applications centralisés, comme les Appstores, ont montré une certaine tendance à censurer agressivement les contenus pour éviter les litiges, qu'il s'agisse d'art, de politique, de liberté de la presse ou simplement de mauvais goût.

Liberté de façonner mon expérience

Les navigateurs Web modernes sont équipés d'un système d'extensions qui permet aux utilisateurs de personnaliser leur expérience. Mais même avant que Firefox ne rende les extensions si populaires, il était possible d'utiliser des feuilles de styles alternatives ou même les feuilles de style de l'utilisateur pour modifier la présentation du contenu d'un site. Il ne s'agît pas seulement des goûts et des couleurs, mais également de l'importance pour le contenu du Web d'être accessible par aux personnes handicapées..

N'oublions pas que chaque plateforme majeure propose un navigateur Web, de Windows à MacOS en passant par GNU/Linux et tous les smartphones : les utilisateurs n'ont pas à acheter un matériel ou un logiciel spécifique pour accéder au Web. Tout ce dont ils ont besoin c'est un ordinateur qui puisse faire tourner un navigateur Web.

Liberté d'apprendre, de bricoler et de créer

Ce qui rend le Web différent des autres médias est la possibilité pour chacun de participer. Contrairement à la télévision, vous n'avez pas besoin de posséder une chaîne de télé pour partager votre point de vue avec un public. Tout le monde peut publier un billet de blog qui renvoie vers d'autres pages, partager des photos ou des vidéos, et c'est un progrès fantastique pour la démocratie, comparé aux temps de la télé, de la radio et des journaux.

Mais l'Internet et le Web ne sont pas seulement des médias. Ce sont des plateformes d'innovation. Comme tout le monde peut apprendre comment le Web fonctionne en regardant le code source, le Web permet à chacun de créer une application Web, ce qui conduit à plus d'innovations, provenant d'encore plus de gens.


Que pouvons-nous faire pour nous assurer que le navigateur Web ne devienne pas une relique du passé pendant que le monde devient mobile ?

La réponse à cette question est plus courte que la précédente, je vais vous présenter ce que fait Mozilla à ce sujet :

  1. Continuer de faire un super navigateur pour le bureau : Firefox ;
  2. Continuer de faire un super navigateur pour les mobiles : Firefox pour Android ;
  3. Travailler sur un système d'exploitation mobile ouvert pour faire du Web la plateforme mobile de choix : Firefox OS (bientôt sur les téléphones portables près de chez vous !).

La nature ouverte du Web donne à chacun toutes sortes de libertés, et c'est pourquoi Mozilla s'investit dans Firefox OS : c'est le meilleur moyen de s'assurer que le Web a un futur dans un monde où la plupart des gens utilisent Internet sur leur téléphone portable.

Que pensez-vous que le monde perdrait si le navigateur Web disparaissait ? Vous pouvez nous le dire dans les commentaires ci-dessous.

Mise à jour du 11/03/2013 : J'ai réajouté à plusieurs reprises le mot "natives" à "applications mobiles". En effet, je le sous-entendais, mais l'ami Karl m'a signalé en privé que ça manquait vraiment. Il s'est même fendu d'un billet pour dire à quel point j'écrivait des choses fausses en ayant raison ;-)

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