mercredi 20 octobre 2021

Numérique et climat : se focaliser sur ce qui est important

Il y a beaucoup de débats autour de la relation complexe entre numérique et climat. L’industrie et ses représentants clament que le numérique fait partie de la solution face au défi climatique. Et c’est vrai ! Mais le numérique fait aussi partie du problème, et comme tous ce qui a une empreinte carbone, il est important, pour éviter la catastrophe climatique, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. D’où cette question essentielle : quelle partie du numérique émet-elle le plus de gaz à effet de serre ? C’est ce que je vous propose de voir (et en plus, comme ça on saura si supprimer ses emails est la chose la plus importante à faire ou pas[1]) !

Terminaux, réseau ou Datacenter ?

Pour faire simple, on va diviser le numérique en trois niveaux :

  1. le data center et ses serveurs et son stockage,
  2. le réseau, et
  3. l’équipement de l’utilisateur, donc PC de bureau, PC portable, smartphone, TV et décodeurs / box associés. On y ajoutera les objets connectés utilisés à la maison, genre montre connectée, thermostat connecté, balance connectée et autres brosses à dents elles aussi connectées.

Au delà de la simple utilisation et du CO2 : analyse multi-critères et cycle de vie

Les gens sérieux qui réfléchissent sur ces sujets ont deux principes essentiels :

  1. Penser multicritères et ne pas se focaliser sur un seul critère (par exemple seulement les Gaz à Effet de Serre — GES). Pour une raison toute simple : si on n’a qu’un seul critère, on a vite fait d’optimiser pour ce seul critère et donc reporter le problème ailleurs, là où on ne fait pas de mesures. Certes, pour lutter contre le changement climatique, mesurer les GES est essentiel, mais n’oublions pas l’utilisation d’eau (qui est une ressource critique : seulement 1 % de l’eau est potable et accessible), sa pollution, l’utilisation de ressources abiotiques[2] (par exemple les minerais dans le sol), qui eux aussi s’épuisent.
  2. penser à l’ensemble du cycle de vie du produit. Logiquement, en tant que consommateurs, on a tendance à regarder ce que consomme un appareil. Mais avant qu’il n’arrive à la maison, il y a eu des tas de choses qui ont été faites en amont : extraire les minerais et différentes matières premières pour le fabriquer, déplacer ces matières premières, assembler l’objet, le livrer au magasin, puis l’amener à la maison. De même, en aval, l’objet peut être réutilisé, réparé, voire recyclé ou dans une décharge (cas le plus fréquent). Chaque étape peut consommer de l’eau, de l’énergie, des ressources abiotiques ou polluer. Il faut le prendre en compte.

Les chiffres !

Une étude, intitulée iNUM : impacts environnementaux du numérique en France est parue en janvier 2021. Elle nous donne les chiffres que nous cherchons. Au début, ça fait un peu peur, mais pas d’inquiétude, ça se lit très bien avec un peu d’explications…

Répartition par tiers des impacts du numérique en France en 2020

Dans le tableau ci-dessus, on voit très bien, dans la colonne « GES » (gaz à effet de serre) qui est la plus importante pour le climat, que c’est du coté des terminaux des utilisateurs que se trouve l’essentiel du problème, avec 84 % des gaz à effet de serre produits. Les centres informatique (datacenters) et le réseau ne génèrent que 6 % et 10 % respectivement des GES. Dans l’idée d’avoir une approche multi-critères, on voit que coté consommation d’eau et de ressources abiotiques, c’est encore du coté des terminaux que se situe l’essentiel du problème.

Mais parce qu’il faut prendre et respecter les bonne habitudes, voyons voir du coté du cycle de vie. Du coup, ça fait un tableau un peu plus compliqué, puisque pour chaque niveau, on sépare la phase de fabrication (notée FAB) de la phase d’utilisation (notée USE).

Répartition des impacts du numérique en France en 2020

J’ai fais une variante simplifiée du schéma pour qu’il soit plus lisible :

Répartitien par tiers des impacts en GES du numérique en France en 2020

Au niveau des émissions de gaz à effet de serre, toujours par rapport au climat, on constate que c’est la fabrication des terminaux qui domine de très loin (pour 76 %), en terme de production de gaz à effet de serre. À coté, la production de GES par les datacenters (10 %) et le réseau (6 %) sont négligeables[3].

Quelles leçons à retenir ?

La première des solutions face à cette information, c’est que pour réduire l’empreinte carbone du numérique, on dispose d’un levier beaucoup plus efficace que les autres : il faut augmenter la durée de vie des terminaux. L’étude iNum (téléchargeable au format PDF (400 Ko) recense 4 recommandations que je ne vais pas paraphraser ici, et nous verrons dans un prochain billet comment utiliser au mieux le fait que l’immense majorité des gaz à effet de serre du numérique reposent sur la fabrication des terminaux.

Notes

[1] Pour faire simple, non, ça n’est pas la bonne solution, c’est comme croire que faire pipi sous la douche sauve la planète, c’est rassurant, mais pas efficace. Il peut y avoir un cas où c’est bien, c’est quand vos messages email sont stockés en local et que votre appareil est à bout de son “espace disque”, ce qui vous pousse à le changer. À ce moment-là, supprimer des emails peut aider à garder son terminal plus longtemps. Astuce : commencez par ceux ayant de grosses pièces jointes. Et dans la foulée, supprimez les vidéos les plus grosses.

[2] Ressources non vivantes se trouvant naturellement dans l’environnement, non créées ou produites par l’homme ou l’activité humaine.

[3] On notera que ce sont des chiffres pour des équipements réseau et datacenter situés en France, où l’énergie est beaucoup plus décarbonée qu’ailleurs, grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Pour des datacenters situés à l’étranger, le pourcentage de GES serait un peu plus élevé.

lundi 18 octobre 2021

En vrac du lundi

La Rochelle

À propos de technologie

Économie et politique

Climat

  • Rapport Grand public 2021 du Haut Conseil pour le Climat est vraiment très bien fait. Facile à lire, merveilleusement illustré, plein de schémas très clairs. Un résumé du troisième rapport annuel qui est très réussi d’un point de vue pédagogique ;
  • Convention des Entreprises pour le Climat dont la promesse est : « Plus de 150 dirigeantes et dirigeants se réuniront pendant 8 mois pour aligner le monde de l’entreprise en France avec les accords de Paris ». Plus d’info pour les abonnés du Monde : Une convention pour le climat réunit 150 patrons, déterminés à trouver un nouveau modèle économique. J’ai regardé leur vidéo de lancement et à la 29eme minute, et je suis fan de l’idée. Pour moi, la Convention Citoyenne pour le Climat a été une immense bouffée d’espoir (et la déception fut donc de même taille quand j’ai vu le peu fait par l’exécutif). Pourtant, je souhaite le meilleur à cette nouvelle initiative pour imaginer comment transformer les entreprises, trouver des solutions afin d’accélérer la transformation du modèle économique. C’est un sujet essentiel. J’ai tout de même pris conscience que ça n’allait pas être un chemin facile, quand un certain David Sussmann a déclaré « je crois à cette blue et à cette green économie, je crois qu’on va être dans un monde de croissance, je ne suis pas du tout inquiet pour le futur » (insérer ici un son discordant ou triste). J’admire le volontarisme du monsieur, mais partir sur la base d’un « monde de croissance » pour inventer le monde de demain, c’est possible qu’il y ait maldonne (euphémisme). Quoi qu’il en soit, mes voeux accompagnent cette équipe, dans laquelle on retrouve tout de même le DG de Renault Trucks et le PDG de Caterpillar France ;
  • Pourquoi, par nature, notre cerveau n’est pas écolo ? ;
  • SONDAGE. Dans les médias, les Français veulent moins de Covid et davantage de climat.
    • « 53% trouvent que la question du changement climatique et de l’environnement n’est pas assez présente dans les médias. Ce chiffre est en hausse de 5 points par rapport à février 2020, signe de la prise en compte du sujet par les Français. »  ;
    • J’aime bien la citation de Christophe Cassou du GIEC et du CNRS : « Il n’y a pas besoin de passer par le catastrophisme pour informer sur la crise climatique parce que le factuel est déjà assez alarmant. On ne peut plus seulement traiter les phénomènes climatiques avec des images impressionnantes en disant à chaque fois ‘waouh, c’est inédit’. Parce que tout ça s’inscrit dans une continuité.” Coauteur du rapport du Giec publié le 9 août, il juge que les médias s’en sont « plutôt bien emparés sur le moment » : « Mais, très vite, on est passé à autre chose alors qu’il faut une stratégie à long terme ; et que la question du climat ne soit pas cantonnée à la rubrique environnement des médias. Les journalistes qui traitent de politique ou d’économie notamment doivent traiter de la question climatique. »
    • « 35% seulement pensent que les journalistes sont suffisamment outillés, que leur culture scientifique est suffisante pour répondre à la nécessité de fournir des informations vérifiées et fiables scientifiquement. »
    • « Si les Français comptent sur les experts, ils ne veulent pas seulement des débats contradictoires, ils veulent que les journalistes jouent davantage le rôle de médiateurs et, surtout, donnent leur propre expertise, bref départagent les experts, indiquent Adrien Broche et Stewart Chau, de l’institut Viavoice. On assiste à un passage de relais entre les experts et les médias. ». En effet, les débats où experts du GIEC et climatosceptiques sont mis sur un pied d’égalité, ça suffit !
    • depuis janvier 2020, il y a eu 94 fois plus d’articles consacrés au Covid (3,5 millions) qu’aux enjeux climatiques (37 369).
  • La neutralité carbone est-elle une arnaque ? (Spoiler : OUI !) ;
  • Tout fier de voir mon podcast, l’Octet Vert, être cité comme ressource pédagogique par la conférence Reboot 2021 ;
  • Bon Pote recense les meilleurs podcasts à suivre sur le climat, et me fait l’honneur de citer l’Octet Vert ;
  • Grâce à Christophe Clouzeau, je découvre Revolt, une vélorution énergétique. Un jeu de société visant à expliquer la notion d’énergie. Je découvre aussi la notion de “Pedalpunk”, un univers qui est assez proche du “solarpunk” et aussi de “l’écotopie” dont j’ai déjà parlé ;
  • C’est vieux (2018) mais c’est excellent : Ce qu’implique le changement climatique à 1.5°C, 2.0°C et plus. C’est farci de données, et c’est vraiment extraordinaire[1]. Par exemple :
    • À 1,5°C, on a 42 % de chances d’avoir un été en Europe comme 2003. À 2°C, c’est 59 %. Autrement dit, avec le réchauffement, l’été 2003 est la nouvelle norme.
    • Autour de la Méditerranée, la surface touchée par les incendies va augmenter de 41 % à 1.5°C et de 62 % à 2°C.
  • Sur le même thème mais plus récent : Sept fois plus de canicules, deux fois plus de feux de forêt… Les jeunes vont souffrir plus que leurs aïeuls d’événements météorologiques extrêmes, selon une étude inédite ;
  • Scientifiques, magistrats, ingénieurs : les nouveaux militants du climat

Note

[1] J’aimerais vraiment une mise à jour avec des études un peu plus récentes, vu les apports du nouveau rapport du GIEC.

mercredi 13 octobre 2021

Comprendre le changement climatique en 10 minutes

Tristan Nitot explique le changement climatique en 10 visuels et 10 minutes

Le changement climatique est probablement le défi du siècle pour l’humanité, mais c’est un sujet hyper complexe. J’ai essayé de l’expliquer de façon claire en une dizaine de minutes.

En effet, lors d’un récent conférence technologique, NWX Summer Festival à Rouen, j’étais invité à parler de mon parcours, qui tourne en ce moment autour du numérique et du changement climatique, j’ai expliqué ma vision de la relation entre ces deux sujets.

Je pense que si vous avez envie de comprendre le changement climatique en 10 slides et 10 minutes, c’est là qu’il faut aller. Évidemment, ce n’est qu’une partie parmi un propos plus large, dont voici les principaux thèmes, avec des liens vers chaque partie (le tout fait environ 40 minutes) :

  1. Comment j’en suis arrivé à m’intéresser à tout ça (mon parcours, et en quoi je suis une feignasse)
  2. Le changement climatique expliqué en 10 slides (à 8 mn et 27 s)
  3. Et le numérique dans tout ça ? Son rôle positif et son coté moins glorieux (à 19 mn et 55 s);
  4. Le poids du numérique dans le changement climatique et sa tendance (à 24 mn et 37 s) ;
  5. Que peut-on faire à notre niveau, en tant qu’acteur du numérique ? (à 30 mn et 12 s) ;
  6. Que peut-on faire à notre niveau, en tant que citoyen et consommateur d’objets numériques ? (à 36 mn et 01 s) .

Si vous avez des questions sur le sujet, des suggestions pour améliorer la clarté du propos, je suis preneur dans les commentaires ci-dessous !

mardi 5 octobre 2021

Facebook, le cauchemar

J’étais ce matin l’invité de la matinale de France Culture pour parler de la panne géante qui a fait que Facebook, WhatsApp, Instagram et Messenger ont tous disparu des écrans, impactant aussi les sites tiers utilisant Facebook Connect pour authentifier leurs utilisateurs. Au delà de cette panne incroyable tant en terme de personnes potentiellement concernées (3,5 milliards d’internautes !) et en terme de durée (7 heures !)[1], on en profitera pour réaliser à quel point on a mis de pouvoir dans les mains de quelques uns, ce qui est d’autant plus grave quand les dirigeants de ces entreprises font preuve d’un sens moral défaillant.

En effet, les scandales Facebook s’enchaînent et se ressemblent.

Ainsi, j’ai voulu imprimer l’article Wikipedia “Criticism of Facebook” qui recense les innombrables scandales, mais j’ai reculé devant le volume : 45 pages format A4 !

C’est un véritable dossier qui nous rappelle à quel point il est fou de confier nos données personnelles, nos interactions sociales et notre accès aux informations à des gens avec aussi peu de scrupules et autant de casseroles aux fesses. L’article va de la fraude fiscale au génocide des Rohingyas en Birmanie (Source PDF), en passant par les expériences psychologiques à grande échelle sur les utilisateurs et à leur insu (Source), la discriminations envers les minorités raciales et les handicapés (Source), le financement d’organisations néo-nazi (Source).

Une longue enquête du Wall Street Journal, avec l’aide de la lanceuse d’alerte Frances Haugen (voir ci-dessous), démontre par exemple que Facebook sait depuis longtemps que sa filiale Instagram est toxique pour les ados : “13,5 % des adolescentes concernées affirment qu’Instagram augmentent leurs envies de suicide, 17 % des adolescentes interrogées affirment qu’Instagram fait empirer leurs problème d’anorexie”. Mais la direction continue de faire comme si de rien n’était au dépend de la souffrance de ces jeunes.

On se rassurera en se disant que pendant les 7 heures où les services étaient “down”, Facebook, Instagram auront cessé de diffuser des fake news et de pomper nos données personnelles ;-)

Pour ma part, j’ai fermé mes comptes Facebook et Instagram, remplacé WhatsApp par Signal. Je vous encourage à faire de même dans la mesure de vos possibilités et à tenir Facebook à l’oeil : le numérique est bien trop important dans nos vies pour le laisser dans les mains de gens tous puissants qui n’ont pas de scrupules.

Quelques liens qui expliquent la situation de Facebook :

Les Facebook Files, un dossier du Wall Street Journal, qui après 18 mois d’enquête, lance quelques pavés massifs dans la mare. Jugez plutôt :

Note

[1] Le plus drôle (ou tragique ?) c’est que les badgeuses du campus de Facebook ne fonctionnaient plus, et les accès distants non plus, gênant les responsables dans leurs tentatives de résoudre la panne !

vendredi 10 septembre 2021

En vrac du vendredi

Ciel orageux et contrasté au dessus de Paris

Quelques liens en vrac au retour de l’été, parfois très ancien, souvent plus récent. Bonne lecture !

Numérique

Vélo

3 cercles vertueux faisant que plus il y a de vélos sur la route, plus ça encourage d'autres à se servir de leur vélo

Climat

Bien sûr, et je ne comprends pas qu’elle soit encore un motif de divisions, de doutes, de railleries alors qu’elle doit être un impératif d’unité. Chaque matin, l’histoire donne raison à l’écologie. Les enfants qui naissent maintenant seront confrontés, dans trente ans, à un chaos monstrueux. C’est ça la réalité, elle ressort de toutes les pages du rapport du Giec.

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