samedi 17 octobre 2020

Savoir éco-conduire pour économiser de l'énergie

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Voilà un billet que j’ai envie d’écrire littéralement depuis des années pour partager un truc que j’ai appris il y a plus de 10 ans et qui m’a fait économiser des fortunes tout en limitant mon bilan carbone. Ce truc, c’est l’éco-conduite.

Éco-conduire, c’est conduire en consommant le moins possible d’énergie. Cela fait des années que j’éco-conduis, aussi bien en voiture thermique qu’à moto thermique. Et ça marche aussi avec un véhicule électrique, lui permettant de gagner en autonomie ! Avant d’expliquer comment éco-conduire, il faut passer par un petit moment de théorie (désolé !). En effet, pour savoir comment économiser l’énergie (pétrole ou électricité) utilisée pour faire avancer un véhicule (auto ou moto), il faut savoir ce qui fait qu’il en consomme…

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne sur une moto Suzuki V-Strom 1000, là où la plupart des propriétaires et journalistes essayeurs consomment plus de 6,5 L aux 100 km

Qu’est-ce qui consomme de l’énergie quand on roule ?

En théorie, si vous avez eu des cours de physique, on sait qu’une bille peut rouler indéfiniment sur une surface horizontale, dans le vide, pour peu qu’il n’y ait pas de frottements. En pratique, nous ne sommes pas dans le vide, et il y a des frottements. En plus, la route est rarement horizontale ! Alors qu’est-ce qui fait qu’on consomme de l’énergie pour rouler ?

  1. l’air. Il suffit de sortir sa main par la fenêtre d’une voiture qui roule pour réaliser à quel point l’air oppose une résistance au déplacement. Et plus on roule vite, plus la résistance et forte, et plus il faut d’énergie pour vaincre cette résistance. En gros, plus on roule vite, plus on consomme. À l’inverse, plus on roule lentement, moins on consomme.
  2. l’accélération, le fait de prendre de la vitesse. Pour prendre de la vitesse, il faut donner de l’énergie. Quiconque a roulé à vélo sait cela. Une fois la vitesse acquise, c’est beaucoup plus facile de maintenir la vitesse
  3. le freinage. Quand on freine, l’énergie cinétique (l’élan, pour faire simple) est réduite et transformée en chaleur par le système de freinage. Donc moins on freine, mieux c’est pour conserver l’énergie. En électrique, il y a un système de récupération (on dit parfois régénération) d’énergie sur certains véhicules[1] où l’énergie cinétique est utilisée pour générer de l’électricité qui va dans la batterie et qui pourra servir plus tard à accélérer. La Zero SR/S dispose d’un tel système. Mais comme les batteries chargent lentement, ce système ne peut récupérer qu’un peu d’énergie à la fois et le reste de l’énergie est perdu… dissipé sous forme de chaleur par les freins.
  4. les frottements autres que l’air (pneus, roulements etc). On ne peut pas y faire grand chose, à part choisir des pneus de route, en évitant absolument les pneus à crampons. Bon, les tétracapillosecteurs[2] pourraient envisager de changer leurs roulements à bille pour des modèles plus performants, mais là, on pinaille !

L’éco-conduite en tant que telle

Une fois qu’on sait ce que je viens d’expliquer, on réfléchit un peu et on fait les choses suivantes :

  1. On roule doucement en respectant les limitations de vitesse. Comme ça on limite au maximum les frottements de l’air. Sur autoroute, on limite sa vitesse à 110 km/h (oui, je sais, ça n’est pas facile). Mais du coup, on s’embête au guidon ou au volant ? C’est possible, mais je partage avec les motards mon astuce : c’est beaucoup plus facile de s’amuser sans rouler vite en empruntant une jolie route qui tournicote que sur une autoroute ou une nationale toute droite. C’est pour ça que j’utilise l’application GPS Calimoto dont le slogan est « Fini les lignes droites », car elle fait justement passer par les routes à virages. Dans de telles routes, c’est facile d’avoir une moyenne de 60 km/h :-)
  2. On anticipe les changements d’allure pour freiner le moins possible. Par exemple, quand je vois un feu au loin, je me laisse glisser sur l’élan plutôt qu’accélérer pour piler au feu. En électrique, c’est encore mieux puisque les lentes décélérations rechargent (un peu) la batterie.
  3. On freine moins. On s’autorise à freiner bien sûr, mais si on freine beaucoup, c’est probablement qu’on a loupé son coup en terme d’anticipation. Et du coup on se demande comment on pourra faire la prochaine fois. Au bout d’un moment, ça devient un automatisme, au point que maintenant j’éco-conduis sans même y penser.
  4. On apprend à connaître son véhicule. Sur un véhicule thermique, on surveille l’ordinateur de bord en lui faisant afficher la consommation instantanée et on cherche le régime le plus efficace. Ni en sous-régime (moteur qui cogne) ni en sur-régime (moteur qui hurle), probablement plutôt en bas de la “zone de confort” du moteur, à un régime où le moteur tourne bien sans forcer. Quand on démarre après un stop ou un feu, on passe les vitesse en souplesse jusqu’à atteindre ce régime et on s’y tient. En cas de réduction de vitesse, au lieu de freiner, on débraye et on laisse les frottements du vent ralentir le véhicule. Pendant ce temps là, on constate que la consommation du moteur est quasiment nulle ! Mise à jour suite aux commentaires (merci à ceux qui ont laissé des commentaires en ce sens) : il y a plusieurs possibilités pour réduire sa vitesse :
    1. On débraye, et le moteur continue de tourner au ralenti et donc de consommer un peu d’essence (ce qu’indique probablement l’ordinateur de bord), et le véhicule ralentit très progressivement ;
    2. On lâche l’accélérateur sans débrayer, et normalement le moteur ne consomme pas d’essence, par contre le freinage (moteur) est plus franc, plus rapide. À vous de voir ce qui convient le mieux à la situation. On notera qu’il est interdit par le code de la route de rouler moteur éteint ou au point mort, pour des raisons de sécurité.
  5. Couper son moteur à l’arrêt. C’est le principe du système Start/Stop de plus en plus livré en standard dans les véhicules. Si un arrêt s’avère être assez long, on peut couper le moteur et le relancer quelques secondes avant de devoir repartir (par exemple quand le feu piéton passe du vert au rouge, on anticipe que le feu des voitures va passer du rouge au vert et on redémarre le moteur). (Merci Al pour la suggestion que j’utilise mais que j’avais oublié de lister ici).

538,8 km avant la panne sèche sur une moto de 2004 et un réservoir de 22 L

538,8 km avant la panne sèche sur une moto Suzuki V-Strom 650 de 2004 et un réservoir de 22 L, soit 4,08 L/100 km

Voilà, vous savez tout ou presque sur l’éco-conduite ! À vous de mettre cela en pratique, en voiture ou à moto, thermique ou électrique, pour faire des économies et rejeter moins de dioxyde de carbone (et en plus, faire des économies de plaquettes de freins et de pneus !).

Je ne vous cache pas que consommer moins, quand on a compris les enjeux du climat, c’est quand même très plaisant et en plus ça occupe pendant les voyages… (et que cela ne vous empêche pas de vous mettre au vélo ! ;-) )

Notes

[1] Mon vélo n’a pas ce système, par exemple.

[2] Ne cherchez pas ce terme dans le dictionnaire. Il signifie coupeurs de cheveux en quatre chez certains esprits malades (comme le mien).

samedi 10 octobre 2020

La Fresque du Climat

Logo de la Fresque du Climat

Je crois qu’il est essentiel que chacun se mette à niveau et se forme sur le climat : c’est le plus grand problème que l’humanité ait à affronter, et comment faire face à un problème si on ne le comprend pas ?

Cela fait des années que je travaille dessus à titre personnel, à lire des tas de choses, à suivre des cours en ligne, écouter des conférences en vrai ou en ligne, à écrire, ici sur le Standblog ou à gribouiller sur du papier. Et c’est compliqué : on parle physique de l’atmosphère, chimie organique, économie, politique et gouvernance, sociologie et psychologie.

Comment comprendre comment fonctionne tout ce système, comment tout cela s’imbrique ? Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la meilleure solution pour comprendre vite et bien passe par la fresque du climat. C’est un atelier ludique où on apprend en groupe comment fonctionne le changement climatique et comment tout cela s’articule, le tout basé sur les travaux scientifique du GIEC. En 3 heures, on comprend beaucoup mieux, et cet apprentissage s’est fait dans la bonne humeur, avec d’autres personnes. C’est infiniment plus facile, plus rapide et plus entraînant que de lire un livre, et on fait ça en groupe !

Il y a plein de dates d’atelier déjà programmés, dans la vraie vie ou en ligne. Ça ne coûte que quelques euros et c’est même gratuit pour les chômeurs et étudiants.

Ça vaut vraiment le coup, allez-y, vous ne le regretterez pas !

samedi 12 septembre 2020

A propos de la taxe carbone

J’aime beaucoup cette interview de l’économiste Christian Gollier, très pédagogue sur la notion de taxe carbone : pourquoi elle est indispensable pour que nous puissions prendre le virage climatique : « Soyons honnêtes, la transition énergétique nous coûtera à tous de l’argent ».

Le problème de la taxe carbone, c’est que les gens voient ça comme une taxe supplémentaire, qui va donc réduire leur sacro-saint pouvoir d’achat. C’est vrai, explique Christian Gollier. Mais si ça permet de sauver leur futur, c’est un mal nécessaire. Aujourd’hui, émettre une tonne de CO2 vaut 30 €, mais c’est trop peu. Il faudrait augmenter cela de façon à ce que les prix des services et produits reflètent les émissions carbone qu’ils induisent. Sinon, les entreprises vont continuer à faire comme avant : peu importe d’émettre du carbone du moment que je produits à moindre coût et donc que je reste compétitif. Alors que si la taxe carbone est en place et qu’on sais qu’elle va augmenter au fil du temps, on peut commencer à modifier la façon dont on travaille de façon à décarbonater notre production, sinon les concurrents vont le faire et seront plus compétitifs.

La responsabilisation passe par le principe pollueur-payeur. Ce n’est pas punitif, mais incitatif: faire en sorte que chacun, entreprise et consommateur, internalise les conséquences de sa pollution. Pour réaligner les intérêts privés avec l’intérêt général, il faudrait faire payer un prix du carbone qui soit égal au dommage causé, de sorte que le pollueur soit la victime de sa propre pollution.

L’économiste, comme bien d’autres, souhaite que la taxe carbone atteigne 100 € en 2030.

Mais si on ne le fait pas, est-ce grave ? Justement, un nouvelle étude[1] de l’Université de Chicago donne une indication du coût ultime du carbone. À terme, une tonne de carbone émise coutera 100 000 € à l’humanité, si on n’agit pas maintenant. En substance, tel que je comprends le concept — très théorique, il faut le reconnaître — un tonne de carbone émise aujourd’hui coutera à l’humanité 100 000 $, soit environ 1000 fois plus que ce qu’on voudrait la taxer à terme.

Alors, on la met quand en place, cette taxe carbone ?

Pour continuer la réflexion sur la taxe carbone, deux très bons articles :

  1. Taxe carbone, tout savoir en 10 questions (une bonne intro sur le sujet) ;
  2. Social cost of carbon. Plus ardu, forcément, la notion de coût social du carbone, complémentaire à la notion de coût ultime du carbone.

lundi 31 août 2020

Loi de Brandolini

La loi de Brandolini, est toute simple, et en ces périodes d’anti-science, malheureusement de plus en plus applicable. Voici ce qu’elle dit :

Il est 10 fois plus facile de dire une connerie que d’expliquer pourquoi elle est fausse. Autrement dit, ça prend 10 fois plus de temps pour réfuter des fake news que pour les publier.

Wikipédia est plus châtiée et moins directe :

La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire.

Cela fait 6 ans que je suis tombé sur cette affirmation, et comme je m’apprête à aborder des sujets polémiques, je la garde sous le coude, avec une URL facile à dégainer. Te voir prévenu, cher lecteur ! (Et comme un lecteur averti en vaut deux, je viens de doubler mon lectorat, nous sommes maintenant 6 : toi, ma maman et moi !).

mardi 19 mai 2020

Comprendre la problématique énergie / climat

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j’ai voulu profiter du temps libre offert par le confinement, pour suivre le cours que donne Jean-Marc Jancovici à l’École des Mines Paris Tech. 20 heures de cours qui, parce qu’on peut arrêter le prof quand on veut d’un simple clic pour mieux prendre des notes, m’ont pris au moins 30 heures pour générer 71 pages de notes manuscrites, c’est dire si c’est passionnant.

Pourquoi s’infliger un tel effort intellectuel ? Pour comprendre les problèmes énergétiques et climatiques auxquels doit faire face l’humanité. Et pour ça, Jean-Marc Jancovici est un professeur passionnant, drôle (à condition d’aimer l’humour d’ingénieur !), un véritable puis de science, qui parle d’histoire de l’humanité, de pétrole, d’histoire des sciences, d’économie, de politique avec un charisme certain, osant poser les questions qui fâchent et en y répondant avec des informations sourcées. Bref, je recommande à tout le monde qui s’intéresse aux sujets du climat et de l’énergie. Notons que le cours s’adresse à des élèves ingénieurs de haut niveau, donc ça demande une certaine culture scientifique.

Parmi les sujets abordés :

  1. L’énergie — introduction, et pourquoi elle a permis le développement économique d’une partie du monde
  2. L’énergie fossile — À quel point nos sociétés sont dépendantes des énergies fossiles, même en France
  3. Le changement climatique (partie 1) — Comment le recours aux énergies fossiles intensifie l’effet de serre et contribue à changer le climat (et c’est grave)
  4. Le changement climatique (partie 2) — Faire face à la fois à la raréfaction des énergies fossiles et le besoin de réduire les émissions de GES
  5. Les économies d’énergie — l’équation de Kaya
  6. Le nucléaire — un argumentaire pour défendre le nucléaire comme seule option permettant de négocier plus facilement le virage énergétique et climatique
  7. Les énergies renouvelables — Les nouvelles énergies renouvelables : on en parle beaucoup, mais elles ne couvrent qu’une toute petite partie des besoins et en plus ne sont pas pilotables, par opposition aux centrales à gaz, pétrole, charbon ou nucléaires.
  8. La comptabilité carbone — Il sera difficile (euphémisme) de décarboner l’énergie et donc l’économie et il faut pourtant le faire très vite (diviser par 3 les émissions de GES D’ici à 2050).

Pour suivre le cours :

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