samedi 16 janvier 2021

Quelles sont les conséquences du changement climatique ?

Lever de soleil façon apocalypse : rouge avec un panache de fumée sur la ville

C’est un sujet dont parle assez peu, mais qui est essentiel. On entend plus les injonctions classiques façon « il faut faire quelques chose », avec son chapelet d’exigences parfois justes comme « limitez l’avion, la voiture et la viande » ou fantaisistes comme « pensez à effacer vos mails et faites pipi sous la douche ».

Reste qu’on a du mal à comprendre pourquoi il faut le faire. Le changement climatique a déjà des conséquences concrètes (comme fait que la grande majorité des années les plus chaudes sont arrivées ces deux dernières décennies) mais trop peu compréhensibles pour le citoyen lambda.

Une récente interview du climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’Université catholique de Louvain et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est de ce point de vue très intéressante, même si elle est porteuse de mauvaises nouvelles. En voici un court extrait :

Des zones de la Terre seront-elles bientôt inhabitables ?

Le dérèglement climatique se traduit par une hausse de la température mais aussi de l’humidité – sous l’effet notamment de l’évaporation des océans. Cette combinaison met les organismes vivants sous pression, car notre transpiration, qui nous permet de nous réguler, a du mal à s’évaporer. Si l’humidité est par exemple de 55 %, une température de 45 °C peut être mortelle pour les humains en bonne santé en quelques heures.

Avec 70 % d’humidité, une température de 35 °C est déjà considérée comme extrêmement dangereuse. Dans les bassins du Gange et de l’Indus, où vit un cinquième de la population mondiale, 15 % des habitants connaissent aujourd’hui régulièrement ces conditions de vie dangereuses. Cette proportion augmenterait à 75 % d’ici à la fin du siècle dans un scénario d’émissions très élevées.

Le travail et la vie dehors vont devenir insupportables dans des régions de plus en plus vastes et une part de plus en plus grande de la planète sera inhabitable. Les animaux et les végétaux souffriront aussi énormément, ce qui affectera la production agricole. Si l’on n’arrête pas cette machine infernale, des centaines de millions de gens devront fuir leurs terres pour survivre. Les plus vulnérables, souvent les plus pauvres, seront les plus touchés mais les autres ne seront pas indéfiniment à l’abri.

A la fin du siècle, dans un scénario d’inaction contre le dérèglement climatique, près des deux tiers de la population européenne pourraient être affectés chaque année par des événements climatiques extrêmes, contre 5 % sur la période de référence 1981-2010. Le nombre moyen de décès annuels dus à des extrêmes climatiques en Europe pourrait passer de 3 000 aujourd’hui à environ 100 000 au milieu du siècle et 150 000$ vers 2100, principalement à cause des vagues de chaleur.

Je récapitule :

  • des zones importantes de pays pauvres vont devenir inhabitables ;
  • Les rendements de production agricole vont baisser, ce qui va dire qu’on va avoir des famines ;
  • On va donc avoir des déplacements massifs de population ;
  • On risque donc d’avoir des conflits armés pour lutter contre la migration, le contrôle des fleuves (pour l’irrigation) ;
  • Même sans cela, en Europe, le nombre de morts à cause de canicules vont être multipliés par 30 en 2050 (100 000 morts) et par 50 en 2100 (150 000 morts).

Pour comprendre comment ou pourrait en arriver là, pour saisir le fonctionnement du changement climatique et en avoir une vue d’ensemble, je vous recommande vivement de faire un atelier fresque du climat, qui repose sur les travaux du GIEC.

Ensuite, vous renseigner sur ce que l’on peut faire au quotidien pour limiter l’impact du changement climatique, avant qu’il ne bouleverse tout. Pour vous aider, voici ma démarche, entamée il y a plus de deux ans. Car oui, la démarche de chacun est importante, et chaque dixième de degré évité est une victoire.

mardi 22 décembre 2020

Le changement climatique, ça change tout !

Tout le monde aujourd’hui ou presque a entendu parler du changement climatique. Une infime minorité n’y croit pas, laissons les de coté. Prenons ceux qui savent que le changement climatique est en cours, c’est à dire toi, cher lecteur. Je me permets de te tutoyer parce que nous ne sommes pas si nombreux ici. Alors voilà, tu sais que le climat change. Et tu sais qu’il va falloir changer nos habitudes, nos modes de consommation. Bien !

Mais sais-tu à quel point il va falloir changer et pourquoi ?

Il y a une question que je pose souvent autour de moi (encore cette après-midi à quelqu’un que je rencontrais pour la première fois) :

Sais-tu quelle est ton empreinte carbone ?

La réponse 99 fois sur 100, est négative : on ne connait que rarement son empreinte carbone. Seulement voilà, l’histoire démontre qu’on ne peut bien changer que ce que l’on mesure. Et notre empreinte carbone est probablement la principale chose à changer dans les années à venir. Et pour ça, il faut la mesurer (c’est très compliqué), ou au moins l’estimer (c’est beaucoup plus facile).

Tiens, on va le faire maintenant, tu prends 5 minutes, et tu réponds au questionnaire de l’ADEME. Vas-y, je t’attends ici, ça va te prendre 5 minutes.

Ça y est, c’est fait ? (Je te rassure, même si ça n’est pas le cas, tu peux continuer à lire l’article).

Tu as trouvé un nombre de tonnes d’équivalent CO2 par an qui doit être quelque part entre 3 et 30. La moyenne française est entre 11 et 12 t[1].

Dans tous les cas, c’est trop. Je m’explique.

Le changement climatique en une minute

On sait depuis plusieurs décennies que le climat change et se réchauffe en moyenne. On a pris comme référence de température celle des débuts de la révolution industrielle, autour des années 1850. Pour l’instant, nous sommes à 1°C environ au dessus de cette référence. Idéalement, il faudrait éviter d’aller au delà de 1,5°C pour éviter de trop changer le climat. À 2°C de plus que la moyenne de 1850, on commence à vraiment changer le climat. Au dessus, ça vire à la catastrophe[2].

Par ailleurs, on sait calculer combien on peut émettre de CO2 pour rester en dessous de 1,5°C (ou 2°C). On sait combien on a d’habitants sur la planète, donc on sait combien chacun peut encore produire de CO2 pour rester dans les limites de réchauffement qu’on s’est fixé, entre 1,5°C et 2°C. C’est ce qu’on appelle le budget carbone.

Bref, de 11 à 12 tonnes de CO2 émis par français par an en moyenne, il va falloir passer à 2 t. Oui, il va falloir diviser nos émission de CO2 par 5 ou 6. En quelques décennies ! Voilà pourquoi j’estime que le changement climatique change tout… Cela nécessite de repenser plein de choses, en profondeur !

Voici un graphe qui explique combien on peut encore dépenser pour rester en dessous de 1,5°C :

Graphe 1.5°C

On voit que plus on tarde, plus le changement doit être rapide. C’est un peu comme un virage qu’on doit prendre face à un mur : plus on tarde, plus il faut tourner le volant fort et subir d’autant plus la force centrifuge…

Ainsi, si on avait commencé à prendre le virage en 2000, il aurait suffit réduire nos émission de 4% par an pour rester à 1,5°C. Mais on a attendu 20 ans de plus, et pour y arriver, il faudrait les réduire de 7,6 % par an, ce qui est évidemment beaucoup plus difficile, presque 2 fois plus…

Voici les trajectoires possibles pour rester en dessous de 2,0°C :

Graphe 1.5°C

L’objectif étant moins audacieux (mais le climat sera beaucoup moins clément), le virage sera un peu moins difficile à négocier.

Il n’en reste pas moins que même si on sait cela, et on le sait depuis très longtemps, on tarde à agir.

L’inaction jusqu’à ce jour

Voici par exemple la concentration de CO2 (principal gaz à effet de serre) tel que mesurée à l’Observatoire de Mauna Loa, avec les multiples engagements internationaux pour réduire les gaz à effet de serre.

concentration_CO2_1960-2020.jpg, déc. 2020

On le voit, les engagements des États succèdent aux discours grandiloquents mais la courbe monte comme si de rien n’était.

Parallèlement, les travaux des scientifiques, compilés par le GIEC, sont sans appel : chaque dixième de degré évité compte.

Ce maudit virage, il va bien falloir le prendre, et soit on l’anticipe, on choisit d’y faire face, soit on va le subir, et le choc sera infiniment plus violent. On peut toujours nier les travaux des scientifiques, mais il est très difficile de négocier avec les lois de la physique et de la nature. Autrement dit, on n’échappera pas au changement, et la vraie question est de savoir si on choisit le changement ou si on le subit.

Ce que cela implique dans nos métiers

Alors que nous vivons dans un système capitaliste qui décrète que la croissance est absolument indispensable, on se retrouve avec l’obligation de réduire d’urgence nos émissions de gaz à effet de serre (GES), CO2 en tête.

Cela veut dire que toutes les décisions structurantes que nous prenons actuellement doivent être mises en rapport avec l’absolue nécessité de faire face au changement climatique. Et cela touche toutes les industries et activités humaines. Absolument toutes, soit parce qu’elles sont productrices de beaucoup de GES (logement, agriculture, transport routier), soit parce qu’elles sont en forte croissance et donc leur production de GES est en forte croissance aussi alors qu’il faut la réduire d’urgence.

Pour recourir à une métaphore, je pense à un paquebot dont la coque est pleine de trous, et dont les passagers qui ont des petits trous dans leurs cabine estiment qu’on peut les agrandir, puisqu’ils sont petits, alors que ceux qui ont des gros trous feraient bien de s’activer pour les boucher, sinon on va tous mourir. Bien sûr, une telle attitude est aberrante, inacceptable. Et pourtant, aujourd’hui, de trop nombreuses industries, de l’aviation à la 5G, veulent accélérer et déployer des équipements qui vont à l’inverse de ce dont l’humanité a besoin, à savoir plus de frugalité.

Il convient à chacun de regarder le problème en face, y compris pour son propre métier, et se demander si, face au changement climatique, qui est le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face, son métier, son travail, vont dans le sens qui va permettre de prendre le virage ou si au contraire, son action en tant que professionnel mène l’humanité droit dans le mur.

Bien sûr, c’est difficile. C’est bien plus facile de s’énerver, de tomber dans le déni, de s’emporter contre les “khmers verts” et de traiter l’autre camp d’Amishs. C’est crétin mais c’est humain : les émotions ne sont pas toujours compatibles avec la raison. Pourtant, alors que je vois mes concitoyens et mes collègues s’emporter et nier le climat, je me souviens que le déni et la colère sont en fait les deux premières étapes du deuil du monde d’avant, qui permet ensuite l’acceptation du changement en cours, laquelle permet de trouver un nouveau sens au monde qui vient et de se mettre en action et y trouver sa place.

Notes

[1] Au passage, le top 1% des européens est en moyenne à… 55 t d’équivalent CO2 par an !

[2] Il faut que je revienne sur ce sujet dans un prochain billet, mais pour résumer, le changement climatique va amener 4 dangers : des famines, des réfugiés climatiques, donc des conflits armés et donc au final un impact négatif (euphémisme) sur la santé humaine.

mercredi 18 novembre 2020

L'énergie et le climat expliqués aux jeunes

Je découvre (avec beaucoup de retard) qu’il existe un MOOC Energie & Climat à l’attention des jeunes, produit par l’association Avenir Climatique et l’Association Bilan Carbone. Je viens de visualiser la Saison 1, et elle est vraiment bien faite. On pourrait dire que c’est comme le cours de JM Jancovici à l’école des Mines, mais moins pointu en terme de pré-requis scientifiques.

copie d'écran de Youtube

Ca se présente sous forme de 5 épisodes d’une vingtaine de minutes :

  1. MOOC Energie / Climat S01E01 : Nous sommes accros aux énergies fossiles
  2. MOOC Energie / Climat S01E02 : Combien nous reste t-il d’énergie fossile ?
  3. MOOC Energie / Climat S01E03 : Changement Climatique - Chaud Devant !
  4. MOOC Energie / Climat S01E04 : 2°C - Evitons l’ingérable, gérons l”inévitable !
  5. MOOC Energie / Climat S01E05 : Et maintenant qu’est ce qu’on fait ?

Tout l’intérêt est que contenu est très professionnel, bien présenté, bien filmé, avec les bonnes sources scientifiques et même le support associé (kit du conférencier). Par la suite, deux autres saisons vous attendent :

Allez hop, au boulot !

jeudi 5 novembre 2020

Quand le changement climatique nous emmène vers le deuil

Depuis que je parle de changement climatique (17 ans tout de même), j’ai différentes réactions de mes interlocuteurs : du déni (« c’est impossible !»), de la colère (« c’est n’importe quoi ! »), voire parfois du marchandage (« si passe à l’électrique/hydrogène/solaire, si on découvre de nouvelles solutions technologiques, on va s’en sortir »). Parfois, je rencontre des militants écolos, ou des gens qui ont étudié le sujet, qui sont déprimés par cet état de fait. D’autres ont fait un travail personnel et semblent accepter la situation et s’activent pour éviter qu’elle n’empire.

Ce qui est fascinant, c’est qu’il existe depuis la fin des années 1960, en 1969 exactement, un modèle de ces comportements, publié par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. Ce modèle à 5 étapes et s’applique aux personnes qui doivent faire face à une très mauvaise nouvelle, à une perte catastrophique, comme le fait d’être atteint d’une maladie incurable, de perdre un être cher, son travail… ou constater qu’à cause du changement climatique, son avenir ne sera pas comme espéré.

Voici les 5 étapes du modèle :

  1. Déni (Denial). Exemple : « Ce n’est pas possible, ils (les médecins, le GIEC) ont dû se tromper. »
  2. Colère (Anger). Exemple : « Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n’est pas juste ! » ou « Au GIEC? C’est tous des connards, ils prennent l’avion ! »
  3. Marchandage (Bargaining). Exemple : « Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus » ou « Je vais trier mes déchets, acheter une Tesla », « la technologie va nous sauver », « ça va pas être simples mais on va faire de la croissance verte / du développement durable »
  4. Dépression (Depression). Exemple : « C’est foutu, à quoi bon ? »
  5. Acceptation (Acceptance). Exemple : « Maintenant, je suis prêt, j’attends mon dernier souffle avec sérénité. » ou « Je passe à l’action pour éviter le pire à mes enfants ».

Quelques précisions importantes :

  • Tous le monde ne passe pas par les 5 phases ;
  • On peut passer par les phases dans le désordre et les repasser plusieurs fois.

Il existe des variantes du modèle, avec plus de détails dans la phase d’acceptation. Voici un schéma initié par Mathieu Van Niel que j’ai retouché (voir l’original en bas de ce billet) :

Les étapes du deuil

Variante du modèle des phases du deuil d’Elizabeth Kübler-Ross, par Matthieu Van Niel sous licence libre CC BY-SA

Il est intéressant de noter que quand on rencontre des gens et qu’on leur parle du climat, quand ils sont en déni ou en colère, en fait il sont déjà dans leur démarche de deuil. Au début, certes, mais ça y est, le processus est entamé. Il suffit d’attendre.

Ensuite, une chose très importante pour ceux qui savent pour le changement climatique et qui sont dans la phase dépression : c’est une période extrêmement pénible et dangereuse. Il ne faut pas s’y attarder, sinon on passe de la déprime à la dépression, laquelle peut s’installer. (J’ai testé pour vous, c’est effectivement l’horreur).

Arc en ciel sur la Manche

Sortir du deuil

Pour moi, il y a plusieurs choses pour passer à l’acceptation et sortir de l’ornière. Voici quelques pistes, dont certaines ne parleront pas à tous (vous allez vite les repérer !) mais dont la diversité est une richesse :

1 - Prendre soin de soi et regarder ce qui va bien au quotidien

Il est facile de se laisser emporter par l’immensité du problème du changement climatique, de se sentir débordé par ce problème qui arrive. C’est d’autant plus nécessaire d’apprécier ce qui va bien au quotidien. Un lever de soleil, le vent frais sur le visage quand on sort prendre l’air, la nature, les amis, la première gorgée de bière, les enfants qui grandissent, tout ce qui fait qu’on peut ressentir de la gratitude. Il faut cultiver cette gratitude : elle aide à tenir la dépression à distance pour permettre ensuite de passer à l’étape de l’acceptation

Pour aller plus loin, il existe des astuces et des rituels (par exemple noter chaque jour dans un cahier 3 choses positives qui vous sont arrivées dans la journée), des méthodes, comme faire de la méditation pleine conscience et une enfin toute une discipline de la psychologie, la psychologie positive[1]. D’aucuns pourront se tourner vers la spiritualité si ça leur parle (les cathos apprécieront Laudato Sì, l’encyclique du Pape François sur la sauvegarde de la maison commune, par exemple).

2 - Rester en lien avec d’autres personnes faisant face à la même situation

Un deuil est difficile, mais seul, c’est encore pire. C’est pourquoi il faut rester en contact étroit avec d’autres personnes qui vivent ou ont vécu la même chose, pour traverser l’épreuve en groupe. C’est en fait une façon de prendre soin de soi !

3 - Comprendre pour préparer l’action

Il est indispensable de comprendre le problème si on veut savoir par quel bout le prendre. La lecture de la presse en ligne peut aider, mais il est recommandé d’aller plus en profondeur, donc sur des médias comme des podcasts, des vidéos de personnes de référence comme JM Jancovici ou, pour les plus courageux, des cours en ligne. On notera aussi la possibilité de faire un atelier comme la fresque du climat (j’ai adoré !)

4 - Passer à l’action

Il y a plein de choses à faire, car la tâche est immense ! Des gestes du quotidien (oui, ils sont importants même s’ils ne sont pas suffisants, rejoindre un groupe d’action de citoyens (on notera par exemple que Extinction Rebellion a un slogan qui cadre formidablement avec le présent article : « Quand l’espoir meurt, l’action commence »). Même en cette période de confinement, il est possible aussi d’agir, à distance, sur les réseaux sociaux, ou en faisant des dons à des associations.

Voilà, vous en savez à peu près autant que moi sur le sujet. Demandez-vous où vous en êtes de ce processus. Notez vos progrès, vos retours en arrière. Encore une fois, il est courant de faire le yoyo entre les différentes étapes, l’essentiel étant d’avancer progressivement vers l’acceptation et l’action…

Et vous, que recommanderiez-vous pour avancer dans le processus de deuil, éviter la dépression et passer à l’action ? Les commentaires sont là pour ça !

Mise à jour :

  • L’épisode #10 de Mâche-Patate (le podcast des Urbainculteurs) est un délice de ce point de vue. Charles Baron, psychologue québécois, explique comment faire face à l’éco-anxiété / Solastalgie. J’ai adoré ! Merci Seb Solere !
  • Il est important aussi de garder le sourire, voici donc Bridget Kyoto : comment rester écolo sans devenir dépressif ? :-)
  • Un grand classique, les 7 leçons du bonheur de Tal Ben Shahar, rapidement résumé et traduit par mes soins :
    • 1 — Donne toi l’autorisation d’être humain. Accepte tes émotions même les négatives. ;
    • 2 — Le bonheur est à l’intersection du plaisir et du sens. Choisis des activités qui ont à la fois du sens pour toi et qui te donnent du plaisir ;
    • 3 — Souviens-toi que le bonheur est surtout dépendant de notre état d’esprit, pas de notre status social ou de notre compte bancaire. Notre niveau de bien être est déterminé par ce sur quoi on se focalise et par notre façon d’interpréter les événements qui nous entourent ;
    • 4 — Simplifie ! Savoir dire “non” aux autres signifie souvent dire “oui” à nous-même ;
    • 5 — Souviens-toi le l’esprit et le corps sont connectés. Prendre soin de soi, faire de l’exercice régulièrement, bien dormir, de bonnes habitudes alimentaires mènent à la fois à la santé mentale et à la santé physique ;
    • 6 — Exprime ta gratitude à chaque fois que c’est possible. On pense trop souvent que la vie nous acquise. Apprends à apprécier et à savourer les belles choses de la vie, les gens et la nourriture, la nature et les sourires ;
    • 7 — Mets la priorité sur les relations. Ce qui permet en premier de prédire le bonheur est le temps que nous passons avec les gens qu’on aime et qui prend soin de nous. La plus grande source de bonheur est peut-être la personne à coté de qui tu es assis. Apprécie-la, savoure le temps que vous passez ensemble.
  • Vidéo Effondrement et Eco-anxiété (Pablo Servigne x Soif de Sens) ;

Note

[1] J’ai apprécié par exemple le TED talk de Shawn Achor et son livre Comment devenir un optimiste contagieux paru chez Belfond.

samedi 17 octobre 2020

Savoir éco-conduire pour économiser de l'énergie

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Voilà un billet que j’ai envie d’écrire littéralement depuis des années pour partager un truc que j’ai appris il y a plus de 10 ans et qui m’a fait économiser des fortunes tout en limitant mon bilan carbone. Ce truc, c’est l’éco-conduite.

Éco-conduire, c’est conduire en consommant le moins possible d’énergie. Cela fait des années que j’éco-conduis, aussi bien en voiture thermique qu’à moto thermique. Et ça marche aussi avec un véhicule électrique, lui permettant de gagner en autonomie ! Avant d’expliquer comment éco-conduire, il faut passer par un petit moment de théorie (désolé !). En effet, pour savoir comment économiser l’énergie (pétrole ou électricité) utilisée pour faire avancer un véhicule (auto ou moto), il faut savoir ce qui fait qu’il en consomme…

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne sur une moto Suzuki V-Strom 1000, là où la plupart des propriétaires et journalistes essayeurs consomment plus de 6,5 L aux 100 km

Qu’est-ce qui consomme de l’énergie quand on roule ?

En théorie, si vous avez eu des cours de physique, on sait qu’une bille peut rouler indéfiniment sur une surface horizontale, dans le vide, pour peu qu’il n’y ait pas de frottements. En pratique, nous ne sommes pas dans le vide, et il y a des frottements. En plus, la route est rarement horizontale ! Alors qu’est-ce qui fait qu’on consomme de l’énergie pour rouler ?

  1. l’air. Il suffit de sortir sa main par la fenêtre d’une voiture qui roule pour réaliser à quel point l’air oppose une résistance au déplacement. Et plus on roule vite, plus la résistance et forte, et plus il faut d’énergie pour vaincre cette résistance. En gros, plus on roule vite, plus on consomme. À l’inverse, plus on roule lentement, moins on consomme.
  2. l’accélération, le fait de prendre de la vitesse. Pour prendre de la vitesse, il faut donner de l’énergie. Quiconque a roulé à vélo sait cela. Une fois la vitesse acquise, c’est beaucoup plus facile de maintenir la vitesse
  3. le freinage. Quand on freine, l’énergie cinétique (l’élan, pour faire simple) est réduite et transformée en chaleur par le système de freinage. Donc moins on freine, mieux c’est pour conserver l’énergie. En électrique, il y a un système de récupération (on dit parfois régénération) d’énergie sur certains véhicules[1] où l’énergie cinétique est utilisée pour générer de l’électricité qui va dans la batterie et qui pourra servir plus tard à accélérer. La Zero SR/S dispose d’un tel système. Mais comme les batteries chargent lentement, ce système ne peut récupérer qu’un peu d’énergie à la fois et le reste de l’énergie est perdu… dissipé sous forme de chaleur par les freins.
  4. les frottements autres que l’air (pneus, roulements etc). On ne peut pas y faire grand chose, à part choisir des pneus de route, en évitant absolument les pneus à crampons. Bon, les tétracapillosecteurs[2] pourraient envisager de changer leurs roulements à bille pour des modèles plus performants, mais là, on pinaille !

L’éco-conduite en tant que telle

Une fois qu’on sait ce que je viens d’expliquer, on réfléchit un peu et on fait les choses suivantes :

  1. On roule doucement en respectant les limitations de vitesse. Comme ça on limite au maximum les frottements de l’air. Sur autoroute, on limite sa vitesse à 110 km/h (oui, je sais, ça n’est pas facile). Mais du coup, on s’embête au guidon ou au volant ? C’est possible, mais je partage avec les motards mon astuce : c’est beaucoup plus facile de s’amuser sans rouler vite en empruntant une jolie route qui tournicote que sur une autoroute ou une nationale toute droite. C’est pour ça que j’utilise l’application GPS Calimoto dont le slogan est « Fini les lignes droites », car elle fait justement passer par les routes à virages. Dans de telles routes, c’est facile d’avoir une moyenne de 60 km/h :-)
  2. On anticipe les changements d’allure pour freiner le moins possible. Par exemple, quand je vois un feu au loin, je me laisse glisser sur l’élan plutôt qu’accélérer pour piler au feu. En électrique, c’est encore mieux puisque les lentes décélérations rechargent (un peu) la batterie.
  3. On freine moins. On s’autorise à freiner bien sûr, mais si on freine beaucoup, c’est probablement qu’on a loupé son coup en terme d’anticipation. Et du coup on se demande comment on pourra faire la prochaine fois. Au bout d’un moment, ça devient un automatisme, au point que maintenant j’éco-conduis sans même y penser.
  4. On apprend à connaître son véhicule. Sur un véhicule thermique, on surveille l’ordinateur de bord en lui faisant afficher la consommation instantanée et on cherche le régime le plus efficace. Ni en sous-régime (moteur qui cogne) ni en sur-régime (moteur qui hurle), probablement plutôt en bas de la “zone de confort” du moteur, à un régime où le moteur tourne bien sans forcer. Quand on démarre après un stop ou un feu, on passe les vitesse en souplesse jusqu’à atteindre ce régime et on s’y tient. En cas de réduction de vitesse, au lieu de freiner, on débraye et on laisse les frottements du vent ralentir le véhicule. Pendant ce temps là, on constate que la consommation du moteur est quasiment nulle ! Mise à jour suite aux commentaires (merci à ceux qui ont laissé des commentaires en ce sens) : il y a plusieurs possibilités pour réduire sa vitesse :
    1. On débraye, et le moteur continue de tourner au ralenti et donc de consommer un peu d’essence (ce qu’indique probablement l’ordinateur de bord), et le véhicule ralentit très progressivement ;
    2. On lâche l’accélérateur sans débrayer, et normalement le moteur ne consomme pas d’essence, par contre le freinage (moteur) est plus franc, plus rapide. À vous de voir ce qui convient le mieux à la situation. On notera qu’il est interdit par le code de la route de rouler moteur éteint ou au point mort, pour des raisons de sécurité.
  5. Couper son moteur à l’arrêt. C’est le principe du système Start/Stop de plus en plus livré en standard dans les véhicules. Si un arrêt s’avère être assez long, on peut couper le moteur et le relancer quelques secondes avant de devoir repartir (par exemple quand le feu piéton passe du vert au rouge, on anticipe que le feu des voitures va passer du rouge au vert et on redémarre le moteur). (Merci Al pour la suggestion que j’utilise mais que j’avais oublié de lister ici).

538,8 km avant la panne sèche sur une moto de 2004 et un réservoir de 22 L

538,8 km avant la panne sèche sur une moto Suzuki V-Strom 650 de 2004 et un réservoir de 22 L, soit 4,08 L/100 km

Voilà, vous savez tout ou presque sur l’éco-conduite ! À vous de mettre cela en pratique, en voiture ou à moto, thermique ou électrique, pour faire des économies et rejeter moins de dioxyde de carbone (et en plus, faire des économies de plaquettes de freins et de pneus !).

Je ne vous cache pas que consommer moins, quand on a compris les enjeux du climat, c’est quand même très plaisant et en plus ça occupe pendant les voyages… (et que cela ne vous empêche pas de vous mettre au vélo ! ;-) )

Notes

[1] Mon vélo n’a pas ce système, par exemple.

[2] Ne cherchez pas ce terme dans le dictionnaire. Il signifie coupeurs de cheveux en quatre chez certains esprits malades (comme le mien).

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