lundi 29 mars 2021

En vrac du lundi

Parc André Citröen, à Paris

Numérique

Climat

jeudi 25 mars 2021

Faut-il faire le ménage dans ses mails pour être écolo ?

iphone_casse.jpg, mar. 2021

TL; DR : un petit résumé pour ceux qui sont trop pressés pour lire l’article :

  1. Supprimer ses mails pour sauver la planète, c’est comme faire pipi sous la douche, l’effet est extrêmement limité en plus d’être désagréable[1]
  2. Pour être efficace, il faut se concentrer là où c’est important, et c’est particulièrement vrai dans le cas présent
  3. L’essentiel de l’empreinte carbone du numérique (70 % !) provient de la fabrication et distribution des terminaux (smartphones, ordinateurs portables ou de bureau, télévisions, tablettes). C’est donc là qu’il faut agir en premier
  4. Comment faire durer son terminal ?
    1. Smartphone : le faire durer plus de deux ans. Pour cela, j’indique des solutions ;
    2. Ordinateur : d’autres solutions, par exemple passer au SSD ;
    3. La TV ? Éviter de passer au modèles 4K et faites réparer votre TV HD si nécessaire ;
  5. Faire le ménage sur son ordinateur ou son smartphone (supprimer les gros fichiers inutiles, telles que les vidéos, les mails avec des grosses pièces jointes, les vieux dossiers) ne sont intéressants que dans la mesure où votre machine sature et faire ce ménage pourrait éviter d’avoir à la changer.

Aujourd’hui, c’est le Cyber World Cleanup Day, la version numérique du World Cleanup Day, et de nombreux événements sont organisés dans toute la France pour « créer une première prise de conscience autour du sujet des émissions de gaz à effet de serre liées au numérique », comme l’explique le site.

Beaucoup de gens, souvent bien intentionnés, vont vous dire qu’il faut supprimer ses emails pour être écolo. Comme souvent, c’est bien plus compliqué que ça… Du coup j’ai décidé de faire un petit article sur le sujet.

Alors je supprime mes mails ou pas ?

Oui, supprimer ses emails est une bonne idée, d’autant plus qu’on vide la corbeille de sa messagerie après. Mais la vraie question est plutôt : quel est le geste qui a le plus d’impact et qui me demande le moindre effort ? Car c’est ça l’enjeu : le temps et l’énergie que j’investis à supprimer mes mails pourraient être plus utiles et plus efficaces à faire autre chose. C’est sur ces points là qu’il faut focaliser nos efforts.

Alors on va déjà voir comment passer le moins de temps possible pour supprimer le plus de volume de données en moins de temps possible.

Trier ses mails vite et bien

Comme on était à parler messagerie, on va partir de là et rapidement passer à autre chose.

Déjà, il faut savoir que tous les mails ne sont pas égaux : certains sont très légers (quelques kilo octets / ko), d’autres ont des pièces jointes qui peuvent peser beaucoup plus lourd (plusieurs dizaines de Mo, soit 1000 fois plus que les messages légers). C’est là qu’il faut agir en priorité !

La méthode est simple : on trie les mails par taille. (Attention, j’ignore si cela fonctionne dans Gmail : je n’ai pas trouvé comment faire. Par contre, ça fonctionne très bien dans Thunderbird et autres “clients lourds”).

Donc on trie ses messages par taille décroissante (les plus lourds en haut de la liste). On s’assure que la taille de chaque message est affichée et on clique dans l’en-tête de la colonne, sur la taille. Et si ça apparait dans le mauvais sens, on re-clique. Si vous avez réussi, les messages sont maintenant listés par taille décroissante.

On regarde quels messages méritent d’être conservés, peut-être les plus récents et ceux qui n’ont pas encore été traités, et on sélectionne tous les autres. Ensuite on les supprime. Puis on vide la corbeille.

De même, on fait le tri dans les dossiers de messagerie (pour ceux qui s’en servent) : quels sont ceux qui méritent d’être conservés ? Dans certaines entreprises, on considère que les dossiers d’un certain âge n’ont pas besoin d’être conservés. Ma femme a tendance à dire quand elle fait le ménage dans ses placards que si elle trouve un vêtement qu’elle n’a pas mis depuis plus d’un an, elle le donne à une association. J’ai tendance à faire la même chose avec mes dossiers de mail que j’offre alors à ma corbeille !

Et voilà, ça suffit, pas besoin de passer des heures à trier à la main des milliers de petits messages : leur poids sur le disque de votre machine et/ou de votre serveur est équivalent à celui d’un ou deux messages avec des grosses pièces jointes.

Trier ses photos sur son smartphone

Même approche pour gagner de la place sur son smartphone. Avec leurs appareils photos qui sont de plus en plus performants, on a tendance à multiplier les films et les vidéos. Et, la plupart du temps, on ne retourne pas les regarder. Comment faire le ménage efficacement ? Même méthode que pour les mails : se concentrer sur ce qui compte et faire un max de place en un minimum de temps.

Il faut savoir qu’une vidéo, c’est beaucoup consommateur de place sur dans la mémoire Flash d’un smartphone ou le disque dur d’un ordinateur. Par exemple, une vidéo d’une minute, c’est 120 Mo de données. Soit l’équivalent de 120 millions de caractères. Pour une seule minute de vidéo ! Une photo, c’est de l’ordre de 2 Mo, soit 60 fois moins. Conclusion, il faut faire la chasse aux vidéos ratées ou inutiles en priorité. Pour cela, allez dans l’application qui recense vos photos et vidéos et supprimez tout ce qui n’a pas d’intérêt, en faisant les vidéo en priorité. Comme ça, c’est du ménage rapide et efficace !

En faisant cela régulièrement, cela prend peu de temps à chaque fois et on évite au maximum le renouvellement du smartphone (et la consommation d’espace disque dans le cloud pour la sauvegarde de vos appareils, le cas échéant).

Supprimer les vieux fichiers sur son disque

Sur sujet est plus complexe car il est possible de faire des bêtises en supprimant des fichiers sur son disque dur, s’il s’agit de fichiers système (nécessaires au bon fonctionnement de l’ordinateur). C’est donc une démarche à réserver à ceux qui savent ce qu’ils font.

Si tel est le cas un utilitaire d’analyse de disque sera très utile pour visualiser les répertoires les plus volumineux. Voici quelques suggestions :

Le mail est l’arbre qui cache la forêt des terminaux

Il convient d’appliquer notre méthode consistant à se focaliser sur ce qui consomme le plus, et pourtant, j’ai commencé par le mail, qui était notre sujet de départ. Mais justement qu’est-ce qui fait notre empreinte carbone dans nos usages numériques ?

On a de la chance, le Sénat a fait réaliser une étude sur le sujet[2] en 2020, et le résultat peut surprendre :

Les terminaux sont à l’origine d’une très grande part des impacts environnementaux du numérique (81 %)

Là, on parle des terminaux sur l’ensemble de leur cycle de vie : Extraction des matières premières, fabrication, distribution, utilisation (et réutilisation) et recyclage[3]. Autrement dit, les datacenters et les équipements réseaux représentent 19 % du problème. Ça n’est pas négligeable, mais si on veut être efficace, il vaut mieux s’attaquer au 81 % qu’au 19 % :-)

Comme en France l’électricité est peu émetteur de carbone (grâce au fait que l’électricité française est produite essentiellement à base de nucléaire et d’hydraulique), ça n’est pas l’utilisation qui pollue, mais la fabrication !

La fabrication et la distribution (la « phase amont ») de ces terminaux utilisés en France engendrent 86 % de leurs émissions totales et sont donc responsables de 70 % de l’empreinte carbone totale du numérique en France

Voilà, la fabrication et la distribution des terminaux (ordinateurs portables ou non, smartphones, télés connectés, tablettes, imprimantes) sont responsables de 70 % de l’empreinte carbone totale du numérique en France.

Donc c’est avant tout là qu’il faut agir pour réduire l’empreinte carbone. Si on fait durer son terminal, c’est là qu’on fait le geste le plus utile, celui qui a le plus d’impact.

Comment faire durer son terminal ?

Le smartphone

Ça, c’est facile :

  1. J’achète une coque pour le protéger
  2. Je choisis une marque qui ne pousse pas à l’obsolescence via le logiciel. Par exemple, Apple fait que les nouvelles versions de son logiciel iOS est compatible avec des appareils qui ont 5 ans. C’est moins le cas du coté de chez Android[4]
  3. Je choisis un modèle étanche, surtout si j’ai tendance à le laisser tomber dans les toilettes (beurk !)
  4. Je fais le ménage dans mes messages (pas merci les copains qui m’envoient des tonnes de vidéos par messagerie instantanée), mes mails, mes vidéos, mes photos pour ne pas saturer le stockage du téléphone[5]
  5. Je choisis un modèle dont on peut changer la batterie facilement (là, Apple est plutôt moins bon que sa concurrence car ils forcent à passer chez un professionnel agréé pour cela).
  6. Je choisis un matériel qui est facilement réparable (chouette, il y a un nouvel indice de réparabilité mis en place sur ces équipements !)
  7. Je fais réparer mon appareil quand c’est nécessaire
  8. Et surtout je résiste aux sirènes du marketing pour éviter de changer de modèle trop tôt !

Pour l’instant, la durée de vie d’un téléphone en France est de 23 mois en moyenne. Un smartphone peut durer beaucoup plus longtemps que cela !

L’ordinateur

Là aussi il y a des choses à faire pour faire durer votre machine. Si vous trouvez que votre ordinateur se traîne un peu trop à votre goût, il existe une recette miracle pour ceux qui sont encore équipé de disque durs magnétiques (ceux qui font un petit bruit quand ils tournent) : il suffit de les remplacer par des disques dit SSD (Solid State Drive). Les bricoleurs pourront le faire eux-même mais il est aussi possible de passer par un réparateur de quartier qui a l’habitude de ce genre d’opération. Il faut savoir que les processeurs Intel (qui équipent la majorité des PC) ont fait moins de progrès ces dernières années que les décennies précédentes. Par contre, le passage du disque dur au SSD a permis d’énormes gains de performance. Mon ordinateur de bureau a maintenant 9 ans est il est toujours utilisable, surtout depuis le passage au SSD !

Les plus téméraires ou plus proches de la technique pourraient envisager un passage à une version légère de GNU/Linux, qui peut faire des merveilles là où Windows 10 fait ramer une machine. Mais attention, cela demande de pas mal changer ses habitudes !

La télévision

Évitez d’en changer, c’est tout ! Et pas besoin d’acheter un modèle 4K pour se faire mousser, ça ne va pas du tout dans le sens de la limitation de l’empreinte numérique (et les contenus format 4K sont encore très rares).

Si elle fonctionne mal, faites-la réparer. Et si vraiment il faut la changer car elle est irréparable, achetez-en une de qualité en évitant les premiers prix dont la fabrication bon marché ne permet pas d’assurer une longue vie au matériel.

Le bon coté du numérique

Le numérique, c’est génial pour des tas de raisons, et on a pu vérifier que ça pouvait même aider à réduire l’empreinte carbone en permettant par exemple le télétravail, lequel permet de réduire les trajets domicile-travail. Mais il ne faudrait pas que le coté positif du numérique soit effacé par son empreinte carbone et sa pollution…

Notes

[1] Vous aimez les éclaboussures de pipi sur les pieds, vous ?

[2] Plus précisément : « étude relative à l’évaluation des politiques publiques menées pour réduire l’empreinte carbone du numérique (juin 2020), réalisée par le cabinet Citizing, épaulé par Hugues Ferreboeuf et le cabinet KPMG, à la demande de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat ».

[3] Soyons clair, je mentionne le recyclage pour lister tous les aspects du cycle de vie, mais très peu de terminaux sont recyclés pour l’instant, encore moins les smartphones que les ordinateurs…

[4] Et pile au moment où je dis ça, Fairphone annonce qu’Android 9 est supporté par le Fairphone 2 d’il y a 5 ans, et c’est cool ! Bravo à la team Fairphone, qui est vraiment en avance sur les autres en terme de modularité, réparabilité et sourcing éthique !

[5] C’est là qu’on réalise que finalement, faire le ménage dans ses mails et ses photos était finalement une bonne idée !

vendredi 22 janvier 2021

Un peu de sagesse pour le week-end

Un petit morceau de sagesse qui nous vient tout droit d’Arnold Schwarzenegger et qui porte sur le vaccin et le complotisme. C’est traduit par mes soins :

Je dis toujours qu’il faut connaître ses points forts et écouter les experts. Si vous voulez savoir comment cultiver vos biceps, écoutez-moi, parce que j’ai passé toute ma vie à étudier comment leur donner une forme idéale et on considère que je suis le plus grand bodybuilder de tous les temps. Nous avons tous nos différentes spécialités.

Le Dr Fauci[1] et les virologues, épidémiologistes et docteurs ont étudié les maladies et les vaccins toute leur vie, du coup je les écoute et je vous demande de faire de même. Aucun d’entre nous n’arrivera à les dépasser en regardant quelques heures de vidéos. C’est simple : si votre maison est en feu, vous n’allez pas sur YouTube, vous appelez les pompiers. Si vous avez une crise cardiaque, vous n’allez pas vérifier auprès de votre groupe Facebook, et vous appelez une ambulance.Si 9 docteurs vous disent que vous avez le cancer et que vous avez besoin d’un traitement sinon vous allez mourir, et qu’un docteur dit que le cancer va s’en aller tout seul, il faut toujours se mettre du coté des 9 docteurs. Dans le cas présent, quasiment tous les vrais experts dans le monde entier nous disent que le vaccin est sûr et quelques personnes sur Facebook disent qu’il ne l’est pas.

De façon générale, je pense que si le cercle de personnes en qui vous avez confiance devient de plus en plus petit et que vous vous retrouvez de plus en plus isolé, c’est le signe indéniable que vous vous enfoncez dans la désinformation. Certains disent que c’est faire preuve de faiblesse que d’écouter les experts. C’est faux. Cela réclame de la force que de reconnaître que vous ne savez pas tout sur tout. La faiblesse est de penser que vous n’avez pas besoin de l’avis des experts et e n’écouter que les sources qui confirment ce que vous avez envie d’entendre.

On notera que c’est quelque chose qu’on pourrait très bien appliquer au changement climatique : faire confiance aux experts (du GIEC, par exemple) plutôt que de n’écouter que les sources qui confirment ce que vous avez envie d’entendre.

Note

[1] Médecin immunologue américain qui a géré la crise COVID-19 auprès de Trump. Il a été beaucoup décrié par des complotistes de son pays.

samedi 16 janvier 2021

Quelles sont les conséquences du changement climatique ?

Lever de soleil façon apocalypse : rouge avec un panache de fumée sur la ville

C’est un sujet dont parle assez peu, mais qui est essentiel. On entend plus les injonctions classiques façon « il faut faire quelques chose », avec son chapelet d’exigences parfois justes comme « limitez l’avion, la voiture et la viande » ou fantaisistes comme « pensez à effacer vos mails et faites pipi sous la douche ».

Reste qu’on a du mal à comprendre pourquoi il faut le faire. Le changement climatique a déjà des conséquences concrètes (comme fait que la grande majorité des années les plus chaudes sont arrivées ces deux dernières décennies) mais trop peu compréhensibles pour le citoyen lambda.

Une récente interview du climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’Université catholique de Louvain et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est de ce point de vue très intéressante, même si elle est porteuse de mauvaises nouvelles. En voici un court extrait :

Des zones de la Terre seront-elles bientôt inhabitables ?

Le dérèglement climatique se traduit par une hausse de la température mais aussi de l’humidité – sous l’effet notamment de l’évaporation des océans. Cette combinaison met les organismes vivants sous pression, car notre transpiration, qui nous permet de nous réguler, a du mal à s’évaporer. Si l’humidité est par exemple de 55 %, une température de 45 °C peut être mortelle pour les humains en bonne santé en quelques heures.

Avec 70 % d’humidité, une température de 35 °C est déjà considérée comme extrêmement dangereuse. Dans les bassins du Gange et de l’Indus, où vit un cinquième de la population mondiale, 15 % des habitants connaissent aujourd’hui régulièrement ces conditions de vie dangereuses. Cette proportion augmenterait à 75 % d’ici à la fin du siècle dans un scénario d’émissions très élevées.

Le travail et la vie dehors vont devenir insupportables dans des régions de plus en plus vastes et une part de plus en plus grande de la planète sera inhabitable. Les animaux et les végétaux souffriront aussi énormément, ce qui affectera la production agricole. Si l’on n’arrête pas cette machine infernale, des centaines de millions de gens devront fuir leurs terres pour survivre. Les plus vulnérables, souvent les plus pauvres, seront les plus touchés mais les autres ne seront pas indéfiniment à l’abri.

A la fin du siècle, dans un scénario d’inaction contre le dérèglement climatique, près des deux tiers de la population européenne pourraient être affectés chaque année par des événements climatiques extrêmes, contre 5 % sur la période de référence 1981-2010. Le nombre moyen de décès annuels dus à des extrêmes climatiques en Europe pourrait passer de 3 000 aujourd’hui à environ 100 000 au milieu du siècle et 150 000$ vers 2100, principalement à cause des vagues de chaleur.

Je récapitule :

  • des zones importantes de pays pauvres vont devenir inhabitables ;
  • Les rendements de production agricole vont baisser, ce qui va dire qu’on va avoir des famines ;
  • On va donc avoir des déplacements massifs de population ;
  • On risque donc d’avoir des conflits armés pour lutter contre la migration, le contrôle des fleuves (pour l’irrigation) ;
  • Même sans cela, en Europe, le nombre de morts à cause de canicules vont être multipliés par 30 en 2050 (100 000 morts) et par 50 en 2100 (150 000 morts).

Pour comprendre comment ou pourrait en arriver là, pour saisir le fonctionnement du changement climatique et en avoir une vue d’ensemble, je vous recommande vivement de faire un atelier fresque du climat, qui repose sur les travaux du GIEC.

Ensuite, vous renseigner sur ce que l’on peut faire au quotidien pour limiter l’impact du changement climatique, avant qu’il ne bouleverse tout. Pour vous aider, voici ma démarche, entamée il y a plus de deux ans. Car oui, la démarche de chacun est importante, et chaque dixième de degré évité est une victoire.

mardi 22 décembre 2020

Le changement climatique, ça change tout !

Tout le monde aujourd’hui ou presque a entendu parler du changement climatique. Une infime minorité n’y croit pas, laissons les de coté. Prenons ceux qui savent que le changement climatique est en cours, c’est à dire toi, cher lecteur. Je me permets de te tutoyer parce que nous ne sommes pas si nombreux ici. Alors voilà, tu sais que le climat change. Et tu sais qu’il va falloir changer nos habitudes, nos modes de consommation. Bien !

Mais sais-tu à quel point il va falloir changer et pourquoi ?

Il y a une question que je pose souvent autour de moi (encore cette après-midi à quelqu’un que je rencontrais pour la première fois) :

Sais-tu quelle est ton empreinte carbone ?

La réponse 99 fois sur 100, est négative : on ne connait que rarement son empreinte carbone. Seulement voilà, l’histoire démontre qu’on ne peut bien changer que ce que l’on mesure. Et notre empreinte carbone est probablement la principale chose à changer dans les années à venir. Et pour ça, il faut la mesurer (c’est très compliqué), ou au moins l’estimer (c’est beaucoup plus facile).

Tiens, on va le faire maintenant, tu prends 5 minutes, et tu réponds au questionnaire de l’ADEME. Vas-y, je t’attends ici, ça va te prendre 5 minutes.

Ça y est, c’est fait ? (Je te rassure, même si ça n’est pas le cas, tu peux continuer à lire l’article).

Tu as trouvé un nombre de tonnes d’équivalent CO2 par an qui doit être quelque part entre 3 et 30. La moyenne française est entre 11 et 12 t[1].

Dans tous les cas, c’est trop. Je m’explique.

Le changement climatique en une minute

On sait depuis plusieurs décennies que le climat change et se réchauffe en moyenne. On a pris comme référence de température celle des débuts de la révolution industrielle, autour des années 1850. Pour l’instant, nous sommes à 1°C environ au dessus de cette référence. Idéalement, il faudrait éviter d’aller au delà de 1,5°C pour éviter de trop changer le climat. À 2°C de plus que la moyenne de 1850, on commence à vraiment changer le climat. Au dessus, ça vire à la catastrophe[2].

Par ailleurs, on sait calculer combien on peut émettre de CO2 pour rester en dessous de 1,5°C (ou 2°C). On sait combien on a d’habitants sur la planète, donc on sait combien chacun peut encore produire de CO2 pour rester dans les limites de réchauffement qu’on s’est fixé, entre 1,5°C et 2°C. C’est ce qu’on appelle le budget carbone.

Bref, de 11 à 12 tonnes de CO2 émis par français par an en moyenne, il va falloir passer à 2 t. Oui, il va falloir diviser nos émission de CO2 par 5 ou 6. En quelques décennies ! Voilà pourquoi j’estime que le changement climatique change tout… Cela nécessite de repenser plein de choses, en profondeur !

Voici un graphe qui explique combien on peut encore dépenser pour rester en dessous de 1,5°C :

Graphe 1.5°C

On voit que plus on tarde, plus le changement doit être rapide. C’est un peu comme un virage qu’on doit prendre face à un mur : plus on tarde, plus il faut tourner le volant fort et subir d’autant plus la force centrifuge…

Ainsi, si on avait commencé à prendre le virage en 2000, il aurait suffit réduire nos émission de 4% par an pour rester à 1,5°C. Mais on a attendu 20 ans de plus, et pour y arriver, il faudrait les réduire de 7,6 % par an, ce qui est évidemment beaucoup plus difficile, presque 2 fois plus…

Voici les trajectoires possibles pour rester en dessous de 2,0°C :

Graphe 1.5°C

L’objectif étant moins audacieux (mais le climat sera beaucoup moins clément), le virage sera un peu moins difficile à négocier.

Il n’en reste pas moins que même si on sait cela, et on le sait depuis très longtemps, on tarde à agir.

L’inaction jusqu’à ce jour

Voici par exemple la concentration de CO2 (principal gaz à effet de serre) tel que mesurée à l’Observatoire de Mauna Loa, avec les multiples engagements internationaux pour réduire les gaz à effet de serre.

concentration_CO2_1960-2020.jpg, déc. 2020

On le voit, les engagements des États succèdent aux discours grandiloquents mais la courbe monte comme si de rien n’était.

Parallèlement, les travaux des scientifiques, compilés par le GIEC, sont sans appel : chaque dixième de degré évité compte.

Ce maudit virage, il va bien falloir le prendre, et soit on l’anticipe, on choisit d’y faire face, soit on va le subir, et le choc sera infiniment plus violent. On peut toujours nier les travaux des scientifiques, mais il est très difficile de négocier avec les lois de la physique et de la nature. Autrement dit, on n’échappera pas au changement, et la vraie question est de savoir si on choisit le changement ou si on le subit.

Ce que cela implique dans nos métiers

Alors que nous vivons dans un système capitaliste qui décrète que la croissance est absolument indispensable, on se retrouve avec l’obligation de réduire d’urgence nos émissions de gaz à effet de serre (GES), CO2 en tête.

Cela veut dire que toutes les décisions structurantes que nous prenons actuellement doivent être mises en rapport avec l’absolue nécessité de faire face au changement climatique. Et cela touche toutes les industries et activités humaines. Absolument toutes, soit parce qu’elles sont productrices de beaucoup de GES (logement, agriculture, transport routier), soit parce qu’elles sont en forte croissance et donc leur production de GES est en forte croissance aussi alors qu’il faut la réduire d’urgence.

Pour recourir à une métaphore, je pense à un paquebot dont la coque est pleine de trous, et dont les passagers qui ont des petits trous dans leurs cabine estiment qu’on peut les agrandir, puisqu’ils sont petits, alors que ceux qui ont des gros trous feraient bien de s’activer pour les boucher, sinon on va tous mourir. Bien sûr, une telle attitude est aberrante, inacceptable. Et pourtant, aujourd’hui, de trop nombreuses industries, de l’aviation à la 5G, veulent accélérer et déployer des équipements qui vont à l’inverse de ce dont l’humanité a besoin, à savoir plus de frugalité.

Il convient à chacun de regarder le problème en face, y compris pour son propre métier, et se demander si, face au changement climatique, qui est le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face, son métier, son travail, vont dans le sens qui va permettre de prendre le virage ou si au contraire, son action en tant que professionnel mène l’humanité droit dans le mur.

Bien sûr, c’est difficile. C’est bien plus facile de s’énerver, de tomber dans le déni, de s’emporter contre les “khmers verts” et de traiter l’autre camp d’Amishs. C’est crétin mais c’est humain : les émotions ne sont pas toujours compatibles avec la raison. Pourtant, alors que je vois mes concitoyens et mes collègues s’emporter et nier le climat, je me souviens que le déni et la colère sont en fait les deux premières étapes du deuil du monde d’avant, qui permet ensuite l’acceptation du changement en cours, laquelle permet de trouver un nouveau sens au monde qui vient et de se mettre en action et y trouver sa place.

Notes

[1] Au passage, le top 1% des européens est en moyenne à… 55 t d’équivalent CO2 par an !

[2] Il faut que je revienne sur ce sujet dans un prochain billet, mais pour résumer, le changement climatique va amener 4 dangers : des famines, des réfugiés climatiques, donc des conflits armés et donc au final un impact négatif (euphémisme) sur la santé humaine.

- page 1 de 20