mercredi 18 novembre 2020

L'énergie et le climat expliqués aux jeunes

Je découvre (avec beaucoup de retard) qu’il existe un MOOC Energie & Climat à l’attention des jeunes, produit par l’association Avenir Climatique et l’Association Bilan Carbone. Je viens de visualiser la Saison 1, et elle est vraiment bien faite. On pourrait dire que c’est comme le cours de JM Jancovici à l’école des Mines, mais moins pointu en terme de pré-requis scientifiques.

copie d'écran de Youtube

Ca se présente sous forme de 5 épisodes d’une vingtaine de minutes :

  1. MOOC Energie / Climat S01E01 : Nous sommes accros aux énergies fossiles
  2. MOOC Energie / Climat S01E02 : Combien nous reste t-il d’énergie fossile ?
  3. MOOC Energie / Climat S01E03 : Changement Climatique - Chaud Devant !
  4. MOOC Energie / Climat S01E04 : 2°C - Evitons l’ingérable, gérons l”inévitable !
  5. MOOC Energie / Climat S01E05 : Et maintenant qu’est ce qu’on fait ?

Tout l’intérêt est que contenu est très professionnel, bien présenté, bien filmé, avec les bonnes sources scientifiques et même le support associé (kit du conférencier). Par la suite, deux autres saisons vous attendent :

Allez hop, au boulot !

jeudi 5 novembre 2020

Quand le changement climatique nous emmène vers le deuil

Depuis que je parle de changement climatique (17 ans tout de même), j’ai différentes réactions de mes interlocuteurs : du déni (« c’est impossible !»), de la colère (« c’est n’importe quoi ! »), voire parfois du marchandage (« si passe à l’électrique/hydrogène/solaire, si on découvre de nouvelles solutions technologiques, on va s’en sortir »). Parfois, je rencontre des militants écolos, ou des gens qui ont étudié le sujet, qui sont déprimés par cet état de fait. D’autres ont fait un travail personnel et semblent accepter la situation et s’activent pour éviter qu’elle n’empire.

Ce qui est fascinant, c’est qu’il existe depuis la fin des années 1960, en 1969 exactement, un modèle de ces comportements, publié par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. Ce modèle à 5 étapes et s’applique aux personnes qui doivent faire face à une très mauvaise nouvelle, à une perte catastrophique, comme le fait d’être atteint d’une maladie incurable, de perdre un être cher, son travail… ou constater qu’à cause du changement climatique, son avenir ne sera pas comme espéré.

Voici les 5 étapes du modèle :

  1. Déni (Denial). Exemple : « Ce n’est pas possible, ils (les médecins, le GIEC) ont dû se tromper. »
  2. Colère (Anger). Exemple : « Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n’est pas juste ! » ou « Au GIEC? C’est tous des connards, ils prennent l’avion ! »
  3. Marchandage (Bargaining). Exemple : « Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus » ou « Je vais trier mes déchets, acheter une Tesla », « la technologie va nous sauver », « ça va pas être simples mais on va faire de la croissance verte / du développement durable »
  4. Dépression (Depression). Exemple : « C’est foutu, à quoi bon ? »
  5. Acceptation (Acceptance). Exemple : « Maintenant, je suis prêt, j’attends mon dernier souffle avec sérénité. » ou « Je passe à l’action pour éviter le pire à mes enfants ».

Quelques précisions importantes :

  • Tous le monde ne passe pas par les 5 phases ;
  • On peut passer par les phases dans le désordre et les repasser plusieurs fois.

Il existe des variantes du modèle, avec plus de détails dans la phase d’acceptation. Voici un schéma initié par Mathieu Van Niel que j’ai retouché (voir l’original en bas de ce billet) :

Les étapes du deuil

Variante du modèle des phases du deuil d’Elizabeth Kübler-Ross, par Matthieu Van Niel sous licence libre CC BY-SA

Il est intéressant de noter que quand on rencontre des gens et qu’on leur parle du climat, quand ils sont en déni ou en colère, en fait il sont déjà dans leur démarche de deuil. Au début, certes, mais ça y est, le processus est entamé. Il suffit d’attendre.

Ensuite, une chose très importante pour ceux qui savent pour le changement climatique et qui sont dans la phase dépression : c’est une période extrêmement pénible et dangereuse. Il ne faut pas s’y attarder, sinon on passe de la déprime à la dépression, laquelle peut s’installer. (J’ai testé pour vous, c’est effectivement l’horreur).

Arc en ciel sur la Manche

Sortir du deuil

Pour moi, il y a plusieurs choses pour passer à l’acceptation et sortir de l’ornière. Voici quelques pistes, dont certaines ne parleront pas à tous (vous allez vite les repérer !) mais dont la diversité est une richesse :

1 - Prendre soin de soi et regarder ce qui va bien au quotidien

Il est facile de se laisser emporter par l’immensité du problème du changement climatique, de se sentir débordé par ce problème qui arrive. C’est d’autant plus nécessaire d’apprécier ce qui va bien au quotidien. Un lever de soleil, le vent frais sur le visage quand on sort prendre l’air, la nature, les amis, la première gorgée de bière, les enfants qui grandissent, tout ce qui fait qu’on peut ressentir de la gratitude. Il faut cultiver cette gratitude : elle aide à tenir la dépression à distance pour permettre ensuite de passer à l’étape de l’acceptation

Pour aller plus loin, il existe des astuces et des rituels (par exemple noter chaque jour dans un cahier 3 choses positives qui vous sont arrivées dans la journée), des méthodes, comme faire de la méditation pleine conscience et une enfin toute une discipline de la psychologie, la psychologie positive[1]. D’aucuns pourront se tourner vers la spiritualité si ça leur parle (les cathos apprécieront Laudato Sì, l’encyclique du Pape François sur la sauvegarde de la maison commune, par exemple).

2 - Rester en lien avec d’autres personnes faisant face à la même situation

Un deuil est difficile, mais seul, c’est encore pire. C’est pourquoi il faut rester en contact étroit avec d’autres personnes qui vivent ou ont vécu la même chose, pour traverser l’épreuve en groupe. C’est en fait une façon de prendre soin de soi !

3 - Comprendre pour préparer l’action

Il est indispensable de comprendre le problème si on veut savoir par quel bout le prendre. La lecture de la presse en ligne peut aider, mais il est recommandé d’aller plus en profondeur, donc sur des médias comme des podcasts, des vidéos de personnes de référence comme JM Jancovici ou, pour les plus courageux, des cours en ligne. On notera aussi la possibilité de faire un atelier comme la fresque du climat (j’ai adoré !)

4 - Passer à l’action

Il y a plein de choses à faire, car la tâche est immense ! Des gestes du quotidien (oui, ils sont importants même s’ils ne sont pas suffisants, rejoindre un groupe d’action de citoyens (on notera par exemple que Extinction Rebellion a un slogan qui cadre formidablement avec le présent article : « Quand l’espoir meurt, l’action commence »). Même en cette période de confinement, il est possible aussi d’agir, à distance, sur les réseaux sociaux, ou en faisant des dons à des associations.

Voilà, vous en savez à peu près autant que moi sur le sujet. Demandez-vous où vous en êtes de ce processus. Notez vos progrès, vos retours en arrière. Encore une fois, il est courant de faire le yoyo entre les différentes étapes, l’essentiel étant d’avancer progressivement vers l’acceptation et l’action…

Et vous, que recommanderiez-vous pour avancer dans le processus de deuil, éviter la dépression et passer à l’action ? Les commentaires sont là pour ça !

Mise à jour :

  • L’épisode #10 de Mâche-Patate (le podcast des Urbainculteurs) est un délice de ce point de vue. Charles Baron, psychologue québécois, explique comment faire face à l’éco-anxiété / Solastalgie. J’ai adoré ! Merci Seb Solere !
  • Il est important aussi de garder le sourire, voici donc Bridget Kyoto : comment rester écolo sans devenir dépressif ? :-)
  • Un grand classique, les 7 leçons du bonheur de Tal Ben Shahar, rapidement résumé par mes soins :
    • Give yourself permission to be human. Accept emotions, even the negative ones ;
    • Happiness lies at the intersection between pleasure and meaning. Engage in activities that are both personally significant and enjoyable ;
    • Keep in mind that happiness is mostly dependent on our state of mind, not on our status or the state of our bank account. Our level of well being is determined by what we choose to focus on and by our interpretation of external events ;
    • Simplify! Knowing when to say ‘no’ to others often means saying ‘yes’ to ourselves.
    • Remember the mind-body connection. Regular exercise, adequate sleep, and healthy eating habits lead to both physical and mental health.
    • Express gratitude, whenever possible. We too often take our lives for granted. Learn to appreciate and savor the wonderful things in life, from people to food, from nature to a smile.
    • Prioritize relationships. The number one predictor of happiness is the time we spend with people we care about and who care about us. The most important source of happiness may be the person sitting next to you. Appreciate them, savor the time you spend together.
  • Vidéo Effondrement et Eco-anxiété (Pablo Servigne x Soif de Sens) ;

Note

[1] J’ai apprécié par exemple le TED talk de Shawn Achor et son livre Comment devenir un optimiste contagieux paru chez Belfond.

samedi 17 octobre 2020

Savoir éco-conduire pour économiser de l'énergie

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Voilà un billet que j’ai envie d’écrire littéralement depuis des années pour partager un truc que j’ai appris il y a plus de 10 ans et qui m’a fait économiser des fortunes tout en limitant mon bilan carbone. Ce truc, c’est l’éco-conduite.

Éco-conduire, c’est conduire en consommant le moins possible d’énergie. Cela fait des années que j’éco-conduis, aussi bien en voiture thermique qu’à moto thermique. Et ça marche aussi avec un véhicule électrique, lui permettant de gagner en autonomie ! Avant d’expliquer comment éco-conduire, il faut passer par un petit moment de théorie (désolé !). En effet, pour savoir comment économiser l’énergie (pétrole ou électricité) utilisée pour faire avancer un véhicule (auto ou moto), il faut savoir ce qui fait qu’il en consomme…

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne sur une moto Suzuki V-Strom 1000, là où la plupart des propriétaires et journalistes essayeurs consomment plus de 6,5 L aux 100 km

Qu’est-ce qui consomme de l’énergie quand on roule ?

En théorie, si vous avez eu des cours de physique, on sait qu’une bille peut rouler indéfiniment sur une surface horizontale, dans le vide, pour peu qu’il n’y ait pas de frottements. En pratique, nous ne sommes pas dans le vide, et il y a des frottements. En plus, la route est rarement horizontale ! Alors qu’est-ce qui fait qu’on consomme de l’énergie pour rouler ?

  1. l’air. Il suffit de sortir sa main par la fenêtre d’une voiture qui roule pour réaliser à quel point l’air oppose une résistance au déplacement. Et plus on roule vite, plus la résistance et forte, et plus il faut d’énergie pour vaincre cette résistance. En gros, plus on roule vite, plus on consomme. À l’inverse, plus on roule lentement, moins on consomme.
  2. l’accélération, le fait de prendre de la vitesse. Pour prendre de la vitesse, il faut donner de l’énergie. Quiconque a roulé à vélo sait cela. Une fois la vitesse acquise, c’est beaucoup plus facile de maintenir la vitesse
  3. le freinage. Quand on freine, l’énergie cinétique (l’élan, pour faire simple) est réduite et transformée en chaleur par le système de freinage. Donc moins on freine, mieux c’est pour conserver l’énergie. En électrique, il y a un système de récupération (on dit parfois régénération) d’énergie sur certains véhicules[1] où l’énergie cinétique est utilisée pour générer de l’électricité qui va dans la batterie et qui pourra servir plus tard à accélérer. La Zero SR/S dispose d’un tel système. Mais comme les batteries chargent lentement, ce système ne peut récupérer qu’un peu d’énergie à la fois et le reste de l’énergie est perdu… dissipé sous forme de chaleur par les freins.
  4. les frottements autres que l’air (pneus, roulements etc). On ne peut pas y faire grand chose, à part choisir des pneus de route, en évitant absolument les pneus à crampons. Bon, les tétracapillosecteurs[2] pourraient envisager de changer leurs roulements à bille pour des modèles plus performants, mais là, on pinaille !

L’éco-conduite en tant que telle

Une fois qu’on sait ce que je viens d’expliquer, on réfléchit un peu et on fait les choses suivantes :

  1. On roule doucement en respectant les limitations de vitesse. Comme ça on limite au maximum les frottements de l’air. Sur autoroute, on limite sa vitesse à 110 km/h (oui, je sais, ça n’est pas facile). Mais du coup, on s’embête au guidon ou au volant ? C’est possible, mais je partage avec les motards mon astuce : c’est beaucoup plus facile de s’amuser sans rouler vite en empruntant une jolie route qui tournicote que sur une autoroute ou une nationale toute droite. C’est pour ça que j’utilise l’application GPS Calimoto dont le slogan est « Fini les lignes droites », car elle fait justement passer par les routes à virages. Dans de telles routes, c’est facile d’avoir une moyenne de 60 km/h :-)
  2. On anticipe les changements d’allure pour freiner le moins possible. Par exemple, quand je vois un feu au loin, je me laisse glisser sur l’élan plutôt qu’accélérer pour piler au feu. En électrique, c’est encore mieux puisque les lentes décélérations rechargent (un peu) la batterie.
  3. On freine moins. On s’autorise à freiner bien sûr, mais si on freine beaucoup, c’est probablement qu’on a loupé son coup en terme d’anticipation. Et du coup on se demande comment on pourra faire la prochaine fois. Au bout d’un moment, ça devient un automatisme, au point que maintenant j’éco-conduis sans même y penser.
  4. On apprend à connaître son véhicule. Sur un véhicule thermique, on surveille l’ordinateur de bord en lui faisant afficher la consommation instantanée et on cherche le régime le plus efficace. Ni en sous-régime (moteur qui cogne) ni en sur-régime (moteur qui hurle), probablement plutôt en bas de la “zone de confort” du moteur, à un régime où le moteur tourne bien sans forcer. Quand on démarre après un stop ou un feu, on passe les vitesse en souplesse jusqu’à atteindre ce régime et on s’y tient. En cas de réduction de vitesse, au lieu de freiner, on débraye et on laisse les frottements du vent ralentir le véhicule. Pendant ce temps là, on constate que la consommation du moteur est quasiment nulle ! Mise à jour suite aux commentaires (merci à ceux qui ont laissé des commentaires en ce sens) : il y a plusieurs possibilités pour réduire sa vitesse :
    1. On débraye, et le moteur continue de tourner au ralenti et donc de consommer un peu d’essence (ce qu’indique probablement l’ordinateur de bord), et le véhicule ralentit très progressivement ;
    2. On lâche l’accélérateur sans débrayer, et normalement le moteur ne consomme pas d’essence, par contre le freinage (moteur) est plus franc, plus rapide. À vous de voir ce qui convient le mieux à la situation. On notera qu’il est interdit par le code de la route de rouler moteur éteint ou au point mort, pour des raisons de sécurité.
  5. Couper son moteur à l’arrêt. C’est le principe du système Start/Stop de plus en plus livré en standard dans les véhicules. Si un arrêt s’avère être assez long, on peut couper le moteur et le relancer quelques secondes avant de devoir repartir (par exemple quand le feu piéton passe du vert au rouge, on anticipe que le feu des voitures va passer du rouge au vert et on redémarre le moteur). (Merci Al pour la suggestion que j’utilise mais que j’avais oublié de lister ici).

538,8 km avant la panne sèche sur une moto de 2004 et un réservoir de 22 L

538,8 km avant la panne sèche sur une moto Suzuki V-Strom 650 de 2004 et un réservoir de 22 L, soit 4,08 L/100 km

Voilà, vous savez tout ou presque sur l’éco-conduite ! À vous de mettre cela en pratique, en voiture ou à moto, thermique ou électrique, pour faire des économies et rejeter moins de dioxyde de carbone (et en plus, faire des économies de plaquettes de freins et de pneus !).

Je ne vous cache pas que consommer moins, quand on a compris les enjeux du climat, c’est quand même très plaisant et en plus ça occupe pendant les voyages… (et que cela ne vous empêche pas de vous mettre au vélo ! ;-) )

Notes

[1] Mon vélo n’a pas ce système, par exemple.

[2] Ne cherchez pas ce terme dans le dictionnaire. Il signifie coupeurs de cheveux en quatre chez certains esprits malades (comme le mien).

samedi 10 octobre 2020

La Fresque du Climat

Logo de la Fresque du Climat

Je crois qu’il est essentiel que chacun se mette à niveau et se forme sur le climat : c’est le plus grand problème que l’humanité ait à affronter, et comment faire face à un problème si on ne le comprend pas ?

Cela fait des années que je travaille dessus à titre personnel, à lire des tas de choses, à suivre des cours en ligne, écouter des conférences en vrai ou en ligne, à écrire, ici sur le Standblog ou à gribouiller sur du papier. Et c’est compliqué : on parle physique de l’atmosphère, chimie organique, économie, politique et gouvernance, sociologie et psychologie.

Comment comprendre comment fonctionne tout ce système, comment tout cela s’imbrique ? Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la meilleure solution pour comprendre vite et bien passe par la fresque du climat. C’est un atelier ludique où on apprend en groupe comment fonctionne le changement climatique et comment tout cela s’articule, le tout basé sur les travaux scientifique du GIEC. En 3 heures, on comprend beaucoup mieux, et cet apprentissage s’est fait dans la bonne humeur, avec d’autres personnes. C’est infiniment plus facile, plus rapide et plus entraînant que de lire un livre, et on fait ça en groupe !

Il y a plein de dates d’atelier déjà programmés, dans la vraie vie ou en ligne. Ça ne coûte que quelques euros et c’est même gratuit pour les chômeurs et étudiants.

Ça vaut vraiment le coup, allez-y, vous ne le regretterez pas !

samedi 12 septembre 2020

A propos de la taxe carbone

J’aime beaucoup cette interview de l’économiste Christian Gollier, très pédagogue sur la notion de taxe carbone : pourquoi elle est indispensable pour que nous puissions prendre le virage climatique : « Soyons honnêtes, la transition énergétique nous coûtera à tous de l’argent ».

Le problème de la taxe carbone, c’est que les gens voient ça comme une taxe supplémentaire, qui va donc réduire leur sacro-saint pouvoir d’achat. C’est vrai, explique Christian Gollier. Mais si ça permet de sauver leur futur, c’est un mal nécessaire. Aujourd’hui, émettre une tonne de CO2 vaut 30 €, mais c’est trop peu. Il faudrait augmenter cela de façon à ce que les prix des services et produits reflètent les émissions carbone qu’ils induisent. Sinon, les entreprises vont continuer à faire comme avant : peu importe d’émettre du carbone du moment que je produits à moindre coût et donc que je reste compétitif. Alors que si la taxe carbone est en place et qu’on sais qu’elle va augmenter au fil du temps, on peut commencer à modifier la façon dont on travaille de façon à décarbonater notre production, sinon les concurrents vont le faire et seront plus compétitifs.

La responsabilisation passe par le principe pollueur-payeur. Ce n’est pas punitif, mais incitatif: faire en sorte que chacun, entreprise et consommateur, internalise les conséquences de sa pollution. Pour réaligner les intérêts privés avec l’intérêt général, il faudrait faire payer un prix du carbone qui soit égal au dommage causé, de sorte que le pollueur soit la victime de sa propre pollution.

L’économiste, comme bien d’autres, souhaite que la taxe carbone atteigne 100 € en 2030.

Mais si on ne le fait pas, est-ce grave ? Justement, un nouvelle étude[1] de l’Université de Chicago donne une indication du coût ultime du carbone. À terme, une tonne de carbone émise coutera 100 000 € à l’humanité, si on n’agit pas maintenant. En substance, tel que je comprends le concept — très théorique, il faut le reconnaître — un tonne de carbone émise aujourd’hui coutera à l’humanité 100 000 $, soit environ 1000 fois plus que ce qu’on voudrait la taxer à terme.

Alors, on la met quand en place, cette taxe carbone ?

Pour continuer la réflexion sur la taxe carbone, deux très bons articles :

  1. Taxe carbone, tout savoir en 10 questions (une bonne intro sur le sujet) ;
  2. Social cost of carbon. Plus ardu, forcément, la notion de coût social du carbone, complémentaire à la notion de coût ultime du carbone.

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