vendredi 16 février 2018

Facebook sans boussole morale

Mise à jour du 19/02/2018 : Le magazine Usbek & Rica me fait l’honneur de reprendre mon article : Facebook, un navire dont le capitaine a perdu sa boussole.

Je titrais récemment la mauvaise réputation de Facebook, qui vient juste derrière Marlboro quand on demande aux américains de choisir les entreprises qui sont toxiques pour la société. Cette semaine continue dans la même veine, avec Wired qui balance une couverture choc :

Wired cover bruised Zuck.jpg

“Réparer Facebook”

Début janvier, Zuckerberg, qui apparaît abimé sur le photomontage ci-dessus, promettait qu’il choisissait comme objectif personnel pour 2018 de “réparer Facebook”.

Un mois et demi plus tard, on constate à quel point Facebook ne peut pas être “réparé”, pour la raison toute simple que la notion même d’éthique a toujours été absente de la culture d’entreprise. Le slogan de départ chez Facebook était “move fast and break things”, “aller vite et casser des choses”. Et on le voit à l’œuvre : casser des règles, des lois, des concurrents, et même des gens.

Mais continuer à piller les gens en misant sur leur besoin de sécurité

Aujourd’hui encore, on constate deux choses qui sont graves à mon sens, à savoir exploiter le besoin de sécurité des utilisateurs en vue de tirer plus d’eux. Deux exemples récents le prouvent :

  1. Facebook, aux USA, a utilisé le numéro de téléphone que vous pouvez fournir pour sécuriser votre connexion[1] pour vous spammer par SMS. Et si vous répondez, Facebook publie vos réponses sur votre page
  2. Depuis quelque temps, Facebook vous propose — pour être plus en sécurité — d’utiliser gratuitement un service de VPN. Seulement voilà, Facebook est propriétaire de ce service et en profite pour pomper encore plus de données, comme par exemple le temps que vous passez chez les services concurrents (voir aussi en français) ;

Si Zuckerberg était si impatient de “réparer Facebook”, ne croyez-vous pas qu’il aurait pu mettre fin à ces deux pratiques scandaleuses qui visent à faire levier sur le sentiment d’insécurité des gens pour leur soutirer plus de data et plus d’attention ?

Pour moi, Facebook est un navire dont le capitaine a perdu sa boussole et son compas. Il affirme à qui veut bien l’entendre qu’il sait où il va, sans savoir où cela se trouve.

Un manque éthique ancré de longue date : l’affaire de la dopamine

L’errance morale de Facebook est profondément ancrée dans l’entreprise, la preuve en est dans l’affaire de la dopamine, qui date de 2004.

La dopamine est un neurotransmetteur qui est émis par le cerveau et provoque du plaisir quand on reçoit des likes, des citations ou des commentaires sur les réseaux sociaux. Sean Parker, ancien président de Facebook en 2004 et 2005, expliquait comment les neurosciences et les pics de dopamine étaient utilisés pour rendre les gens accros à Facebook.

Sean Parker et dopamine.png

Expliquer cela au grand public

Capitole du libre intro.jpg

J’en ai fait une ou plutôt deux conférences :

Argent partout, éthique nulle-part

Voilà, s’il fallait résumer le business de Facebook, on pourrait dire qu’ils se sont inspirés de la bonne vieille économie de l’attention (vous savez, quand le patron de TF1 expliquait qu’il “vendait à Coca Cola du temps de cerveau humain disponible”, en 2004) qui s’est transformée, grâce au numérique, en économie de l’addiction. Rendre les utilisateurs accros pour les gaver de publicité. Prendre leurs textes, leurs photos, leurs vidéos, leurs contacts, leurs données personnelles, filer de la dopamine en échange, pendant qu’on monétise les données avec de la publicité ciblée auprès d’annonceurs parfois douteux (russes ou racistes).

gratuite facebook pour les nuls.png

C’était déjà ça le modèle de Facebook en 2004. Alors retrouver une boussole morale pour “réparer Facebook” ? Bonne chance, Mark…

Note

[1] Les spécialistes parlent de 2FA / 2-Factor Authentication.

mercredi 13 avril 2016

Le défi informatique

Le_de_fi_informatique_-_Bruna_Lussato.jpg

Lors d’une récente conférence donnée au sein de CINOV-IT, l’organisateur me parle d’un livre qu’il a lu et marqué : “Le défi informatique”, de Bruno Lussato. J’ai acheté le livre (d’occasion, sur Amazon). En voici la 4eme de couverture :

Notre avenir dépend de la révolution informatique. Or dans ce domaine se déroule actuellement une véritable révolution dans la révolution. D’un coté, ce que Bruno Lussato appelle “le grand chaudron” : l’informatique lourde, centralisée, qu’on nous vante sous le nom de télématique. De l’autre, le “petit chaudron”, micro-informatique, privatique, ordinateurs individuels, outils proportionnés aux problèmes à résoudre : une informatique légère, souple, dès aujourd’hui rentable, et qui se révèle un incomparable instrument de décentralisation, de démassification - en un mot : de liberté.

Ce texte date… de 1981 !

C’est fascinant comme l’histoire a tendance à bégayer, et comment nous sommes passé de l’informatique centralisée des années 60 à la micro-informatique dans les années 80. L’arrivée du Web dans les années 1990, initialement très décentralisé, a vu arriver un mouvement massif de centralisation vers les silos que sont les GAFAMs. Mais il est temps de revenir vers une nouvelle décentralisation, plus respectueuse des libertés des utilisateurs et de leur vie privée, façon SIRCUS.

Ah, et si l’histoire bégaye, souvenons-nous que ceux qui ne la connaissent pas sont réduits à la revivre sans fin.

vendredi 27 novembre 2015

Raspberry Pi Zero, l'ordinateur à 5 EUR

raspberry_pi_zero.jpg

La Raspberry Foundation annonce Raspberry Pi Zero, un nouveau Raspberry Pi comparable au premier modèle mais plus rapide, pour un prix de 5EUR. Vous avez bien lu : un ordinateur à 5EUR.

Pour ce prix-là, on a les caractéristiques suivantes :

  • Processeur : Broadcomm BCM2835 à 1GHz
  • Memoire : 512Mo de RAM
  • Stockage via un connecteur microSD
  • Ports USB :
    • USB On-the-Go (OTG)
    • Micro USB
  • Sortie vidéo HDMI mini
  • Dimensions : 30mm × 65mm × 6mm

Le prix, ridiculement bas, permet d’envisager quantité d’applications. Il permet aussi de faire des coups marketing : le magazine MagPi en offrait un avec son numéro 40 !

MagPI_40_Cover.jpg

Il fut une époque où quand un magazine offrait un CD-ROM, c’était un événement :-)

Bien sûr, à ce prix là, ils ont du limiter au maximum le nombre de composants, d’où l’absence de ports Ethernet et USB supplémentaires. Mais pour cela, on peut encore se tourner vers les autres modèles. Rappelons que le modèle 2B propose un processeur quad-core et 1Go de RAM, avec 4 ports USB et un port Ethernet.

A voir aussi

vendredi 6 novembre 2015

Comité de prospective de la CNIL

Le comité de prospective de la CNIL se renouvelle, se renforce… et m’a fait l’honneur de me proposer d’y participer, ce que j’ai accepté. J’ai l’honneur de rejoindre des personnes que j’apprécie beaucoup, parmi lesquelles Antoinette Rouvroy, Dominique Cardon, Henri Verdier, Pierre-Jean Benghozi, Laurent Alexandre, Nicolas Colin et bien d’autres.

Nous avons déjà commencé à travailler sur un sujet très prometteur, « données personnelles, société et économie de partage ». Stay tuned! (comme on dit au pays de Google et de Facebook ;-)

mardi 29 septembre 2015

De l'irrésistible attrait de la gratuité

J’aborde souvent le problème de la gratuité et de son irrésistible attrait pour les utilisateurs de produits technologiques, ce qui permet l’échange de services  SaaS apparemment gratuits contre des données personnelles.

Dan Ariely, professeur de psychologie et d’économie comportementale a publié un livre étonnant, C’est (vraiment) moi qui décide (en anglais Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions). Dans ce livre, un chapitre porte sur le sujet de la gratuité. Il s’intitule très justement « rien n’est gratuit » et son élément central est l’expérience décrite dans l’extrait ci-dessous. Elle explique beaucoup de choses sur l’attrait de la gratuité.

Au dessus de notre étal, une grande pancarte annonçais : « Un chocolat par personne. ». Les clients attirés par cette offre découvraient, en s’approchant, les chocolats proposés, ainsi que leurs prix. Pour les profanes : Lindt est une marque suisse qui sélectionne les meilleurs cacaos pour ses chocolats depuis 160 ans. À l’unité, leurs délicieuses truffes coûtent environ 30 cts, quand on les achète en gros. Quant aux Kiss de Hershey, il s’agit d’honnêtes chocolats, tout ce qu’il y a d’ordinaire. Il s’en produit 80 millions par jour.

Que s’est-il passé quand les clients sont venus se masser devant notre stand ? Avec la truffe Lindt à 15 cts et le Kiss à 1 centime, la rationalité l’a emporté : comparant le rapport qualité/prix des deux chocolats, environ 73 % des clients ont choisi la truffe, et 27 % le Kiss.

Étape n°2 : introduction de la gratuité. Nous avons donc proposé la truffe à 14 cts, et le Kiss gratuit. Le prix de chaque chocolat n’avait diminué que d’un centime. Cela aurait-il la moindre influence ? Et comment ! Le modeste Kiss - gratuit - séduisit par moins de 69 % des clients (contre 27 % précédemment). Dans le même temps, la truffe Lindt vit sa popularité s’effondrer, passant de 73 à 31 % d’aficionados.

Analysons la situation. (…) Là où le bât blesse, c’est quand le produit gratuit entre en concurrence avec un autre. Par se seule présence, il nous conduit à prendre une mauvaise décision. (…)

À lui seul, le mot « gratuit » déclenche en nous une réaction émotionnelle si forte que nous affectons à l’article concerné davantage de valeur qu’il n’en a. Pour quelle raison ? À mon sens, c’est parce que l’être humain a une peur intrinsèque de la perte. Et que le charme réel de la gratuité est lié à cette crainte. En choisissant un produit gratuit, on n’a visiblement rien à perdre. En revanche, si l’on s’intéresse à un article payant, alors là, oui, on risque de prendre une mauvaise décision - et de se retrouver perdant. Par conséquent, face à un choix, on préfèrera le produit gratuit.

On comprend donc que, en matière de prix, le zéro n’est pas un chiffre comme les autres (…) rien n’est plus puissant que la charge émotionnelle de la gratuité.

- page 1 de 100