dimanche 11 octobre 2020

Road trip électrique : l'itinéraire (partie 1 sur 2)

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

la Zero SR/S en bord de mer

Me voici donc de retour à Paris après 10 jours sur la route à faire un petit tour de France à moto électrique (pense à lire le billet d’intro si ça n’est pas déjà fait). Je récapitule ici l’itinéraire employé. On remarquera que mes traces ne sont pas toujours indiquées sur les cartes, car il m’est arrivé de ne pas enregistrer mon trajet sur certains tronçons.

0 - Dijon - Paris — 320 km

Comme je l’indiquais dans mon précédent billet, je suis allé chercher la moto à Dijon pour la ramener ensuite à Paris après un trajet épique d’environ 320 km. Je remets alors le compteur journalier à 0.

1 - Paris - Le Mans — 220 km

Le départ se fait sous la pluie. Veste étanche, pantalon de pluie, surbottes, sac étanche, je suis bien équipé, mais j’aurais préféré partir sous le ciel bleu, ou au moins sur une route sèche. Du coup, moi qui comptais prendre la vallée de Chevreuse, je change pour l’autoroute puis la nationale 12 direction Dreux avec la moto en mode Rain (couple et puissance moteur réduits). Pas folichon, mais plus sûr. Au bout d’un moment, la pluie cesse, et je peux plus sereinement emprunter les petites routes. J’ai prévu de recharger ma batterie à Châteauneuf-en-Thymerais après 100 km de route. La borne est libre, elle fonctionne, tout semble aller comme sur des roulettes (électriques). Sauf que nous sommes lundi et que l’activité déjà réduite habituellement dans ce village en limite de parc du Perche l’est encore plus. Finalement j’achèterais dans une boulangerie un très médiocre hot-dog béchamel que je vais manger tiède dans un bistro un peu glauque qui veut bien m’accueillir. L’ambiance est assez morose, mais on fait aller, après tout, je savais bien que c’était une idée à la con !

45 minutes plus tard, la batterie est à 100 % comme prévu, je suis content, la charge a bien marché du premier coup ! Je programme le GPS direction Le Mans via le Perche, toujours aussi joli. Je le traverse par les départementales, en respectant comme d’habitude les limitations de vitesse, d’autant plus que la route est humide et que je suis très chargé.

Malgré les conditions pas idéales, j’apprécie vraiment le confort de la Zero. Guidon large, suspensions très confortables. On pourrait regretter les jambes assez repliées, mais cela a le gros avantage de soutenir le poid du corps et donc de préserver mon arrière-train.

carte indiquant un trajet Paris - Le Mans

En rouge, le trajet. En bleu, des trajets précédents

J’arrive à l’hôtel du Mans où j’avais prévenu que j’avais une moto électrique. Le parking de l’hôtel m’accueille moyennant finances et me permet (sans supplément !) de me brancher sur la prise domestique toute proche. Je vais pouvoir charger en quelques heures pour repartir demain. En attendant, je sors dîner avec les organisateurs de l’événement Connect et l’autre conférencier, le champion olympique Edgar Grospiron, personnage très sympathique. Nous traverserons la vieille ville du Mans après la sympathique soirée. Le lieu est magique !

Le lendemain matin, j’ai mis le réveil, je tiens à assister à la présentation d’Edgar Grospiron, et j’apprécie sa simplicité et son humilité quand il raconte son histoire, entre bosses, blessures, erreurs et retour triomphant. C’est inspirant et très plaisant.

Mon tour vient de présenter ma conférence, où on fait un tour d’horizon des technologies du numérique pour conclure sur la Covid et changement climatique. C’est la première fois que j’aborde ce sujet en public, et il semble bien reçu. C’est un soulagement de voir que mon travail en amont me permet d’assurer ! Je fais quelques vidéos, quelques photos, discute avec des visiteurs et des exposants, et il est l’heure de reprendre la route. L’événement a eu lieu à la MMArena, le grand stade de foot du Mans, juste à coté du circuit auto/moto, d’ailleurs des motos sont en train de tourner. En me dirigeant vers la Zero, je vois un vélo cargo qui m’arrache un sourire et je pense à quel point il peut sembler incongru dans ce temple du moteur thermique et de la compétition. Il me paraît pourtant promis à un grand avenir, comme si c’était lui qui avait raison sur le long terme, dans un paysage où il semble étranger.

Je me dirige vers ma moto électrique, sangle mon sac et je pars en silence. Quelques minutes plus tard, je réalise que sans le vouloir, j’emprunte la célèbre ligne droite des Hunaudières qui fait partie du circuit. Quelle drôle de sensation de rouler ici, dans le sifflement discret du moteur électrique et de sa courroie de transmission, loin de toute idée de battre des records ou des concurrents, occupé juste par le plaisir de rouler calmement sur de longues distances pour découvrir de nouveaux paysages…

2 - Le Mans - Tours — 100 km

Je me dirige donc vers Tours. L’étape du jours est particulièrement courte car je savais que je ne pourrais quitter Le Mans qu’en fin de journée. J’arrive à l’hôtel en centre ville, très modeste, mais avec un atout de charme pour moi : il a une borne de charge rapide ! L’hôtel est vieillot et tarabiscoté, mais le patron est très sympa et le personnel aussi. Un rapide dîner en ville me laisse le temps de travailler sur mon speech de vendredi à Toulouse.

Carte indiquant un trajet Le Mans - Tours

3 - Tours - Périgueux — 315 km

Nouveau départ sous un temps menaçant, je mets (encore !) les vêtements de pluie. Mais en traversant le village de Barrou, je vois un garage comme dans le temps, qui répare des motos, des vélos et des tronçonneuses, je décide de m’arrêter pour faire une photo, le nom m’a interpelé :

Garage Barroudeur à Barrou

Le patron sort, on discute franchement, le tutoiement vient facilement, il me pose des questions sur l’électrique — c’est la première fois qu’il en voit une — super sympa. Il est temps de repartir vers Périgueux ! J’enfourche la Zero et m’éloigne dans un sifflement qui ne dérange personne.

Carte indiquant un trajet Tours - Périgueux

Je continue mon chemin sur les départementales. La pluie recommence, mais la route dans la forêt est belle :

route dans la forêt

Je charge à Chauvigny après 114 km.

Je longe la Dordogne et passe tout près du Bugue (ce qui ne manque pas de sel pour un informaticien !), et le soleil daigne pointer son nez :

La moto sur une route du Périgord

Ce soir, je dors à Périgueux. À l’hôtel, la réceptionniste me donne la chambre 007, je me dis que c’est l’effet “moto électrique du turfu” qui me vaut cet honneur, et puis juste après elle me montre où charger la moto, juste à coté des poubelles, que nous pousserons pour l’occasion. Mon égo, boursouflé quelques instants, revient à un état normal, et c’est tant mieux…

4 - Périgueux - Cahors - Toulouse — 257 km

Départ avec les vêtement de pluie… ça devient une manie ! Le temps se lève alors que j’approche de Cahors, où je déguste une salade comme on sait les faire dans le coin juste à coté du pont de Valentré, où je charge à nouveau :

Pont de Valentré à Cahors

carte indiquant un trajet Cahors - Toulouse

J’arrive à Toulouse habillé en marin pêcheur, ça fait un peu tache dans le bel hôtel réservé par les organisateurs de la Mêlée Numérique. Le réceptionniste, très sympathique, m’a réservé une place près d’une prise domestique. On branche, quand je redescends de ma chambre, je le voir courir partout : les plombs du parking ont sauté, la Zero tire trop de courant ! J’appelle mon contact chez Zero pour savoir comment résoudre le problème : il y a une manipulation à faire sur le câble pour réduire la puissance consommée par la charge. Ça mettra le double de temps, mais peu importe, j’ai la nuit devant moi. Ce soir, je mets la touche finale à ma présentation pour demain matin. Challenge : expliquer le changement climatique en 3 slides !

5 - Toulouse - Castelnaudary - Perpignan — 270 km

Hier, après ma journée à la Mêlée Numérique qui s’est déroulée sous la pluie, j’ai pris la moto pour aller dîner avec des copains motards. 9°C au retour, ça pique !

Au lever, je reçois un SMS d’un des copains qui me dit “si tu ne tardes pas, tu peux partir avant la pluie et rouler au sec”. Sauf que non, la pluie arrive avant mon départ. Bref, j’enfile encore la tenue de pluie, comme tous les jours sauf pour Le Mans - Tours… Qui disait que ce road trip était une idée à la con ? Moi ! (Et j’avais raison).

Je prends la rocade et un bout d’autoroute pour sortir de Toulouse. Coup de bol, le vent assez fort m’est favorable, je constate que l’autonomie augmente alors que je roule. Comme je n’ai pas utilisé mon GPS moto (Calimoto) pour le début de l’itinéraire, celui-ci n’apparaît pas sur la carte. Je sors vite de l’autoroute — elle n’a pas d’autre intérêt que d’aller vite et ça n’est pas mon approche — à Montgiscard et je prends la route qui longe. Arrivé à Castelnaudary, la météo est plus clémente, j’enclenche l’application Calimoto (celle qui m’a servi pour faire les copies de cartes) et je prends des petites routes, ça va être génial !

carte indiquant un trajet Toulouse - Castelnaudary - Perpignan

À un moment je me demande si je n’ai pas traversé l’océan atlantique par mégarde pour arriver… à Montréal !

La Zero à Montréal

Plus au sud, les Pyrénées sont bien enneigées :

Les Pyrénées

C’est que du bonheur que de rouler sur ces routes au revêtement inégal. Les paysages sont beaux, je suis rattrapé par deux motards en 4 cylindres. On roule de concert, je les dépose à la première sortie de virage, pourtant je ne suis qu’en mode Eco, ça aurait été pire en mode Sport ! Ils finissent par me rattraper dans les virages, étant beaucoup moins chargés que moi et connaissant la route. Un peu plus loin, on s’arrête pour boire un café pendant que je charge la moto, à Quillan. On discute moto, électrique vs thermique, un peu de mauvaise foi motarde pour épicer la conversation. C’est vraiment sympa, ils me proposent de m’accompagner encore. Ils feront demi-tour quelques dizaines de kilomètre plus loin après être passé par les gorges de la Pierre-Lys. C’est un aspect que j’apprécie à moto et à vélo, cette possibilité de faire des rencontres impromptues avec des gens qu’on n’aurait pas rencontré autrement, de plaisanter, échanger autour d’une passion commune.

Je continue donc la route seul. Ce soir, je loge pour quelques nuits chez un copain qui a une maison à Perpignan. Merci Alex !

6 - Boucle Perpignan - Cerbère — 120 km

Je profite d’être à Perpignan pour aller faire un tour plus au sud où j’ai des souvenirs (St Cyprien, Banyuls et Collioure). La route entre Collioure et Cerbère est sublime ! Bitume parfait, des virages à n’en plus finir, du ciel bleu et la mer juste en bas… Sortie de route interdite et probablement fatale !

carte indiquant un trajet Perpignan - Cerbère et retour

Collioure est encore plus joli, surtout hors saison :

Collioure, son fort et son église

Je demande à une policière municipale où je pourrais prendre une photo de la moto avec le panorama derrière sans que ça soit illégal (il est évidemment interdit de se garer sur l’allée piétonne qui longe le fort), elle me répond avec son accent du coin « Oh, moi je dirais juste pas vu pas pris ! ». Bon, on va faire comme ça :-)

Je repars, direction Banyuls où je déjeune, au bord de la plage, puis direction Cerbère :

Cerbère

L’ancien poste frontière avec l’Espagne, désaffecté :

L'ancien poste frontière avec l'Espagne

Un peu plus loin, la vue sur l’Espagne :

La Zero SR/S avec l'Espagne et la Méditerranée en arrière-plan

Au retour, petite séance photo en bord de mer et une bonne averse sur le coin de la figure fait que je rentre directement par la grande route plutôt que la les virages de la côte.

Demain, je vais faire un tour dans l’arrière-pays puis je rentre à la maison, toujours par les petites routes ! On en reparle dans le prochain billet

samedi 10 octobre 2020

La Fresque du Climat

Logo de la Fresque du Climat

Je crois qu’il est essentiel que chacun se mette à niveau et se forme sur le climat : c’est le plus grand problème que l’humanité ait à affronter, et comment faire face à un problème si on ne le comprend pas ?

Cela fait des années que je travaille dessus à titre personnel, à lire des tas de choses, à suivre des cours en ligne, écouter des conférences en vrai ou en ligne, à écrire, ici sur le Standblog ou à gribouiller sur du papier. Et c’est compliqué : on parle physique de l’atmosphère, chimie organique, économie, politique et gouvernance, sociologie et psychologie.

Comment comprendre comment fonctionne tout ce système, comment tout cela s’imbrique ? Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la meilleure solution pour comprendre vite et bien passe par la fresque du climat. C’est un atelier ludique où on apprend en groupe comment fonctionne le changement climatique et comment tout cela s’articule, le tout basé sur les travaux scientifique du GIEC. En 3 heures, on comprend beaucoup mieux, et cet apprentissage s’est fait dans la bonne humeur, avec d’autres personnes. C’est infiniment plus facile, plus rapide et plus entraînant que de lire un livre, et on fait ça en groupe !

Il y a plein de dates d’atelier déjà programmés, dans la vraie vie ou en ligne. Ça ne coûte que quelques euros et c’est même gratuit pour les chômeurs et étudiants.

Ça vaut vraiment le coup, allez-y, vous ne le regretterez pas !

dimanche 4 octobre 2020

Devenir technolucide

De trop nombreuses discussions à propos de technologie tendent à se polariser, et ça a le don de me rendre dingue. Il suffit de dire le mot 5G pour que ça parte en vrille. Mais je vous rassure, ça marche aussi avec le nucléaire !

D’un coté, les gens de l’industrie, forcément pour la technologie en question. On peut les croire influencés par le principe d’Upton Sinclair, qui affirme très justement qu’il est très difficile d’expliquer quelque chose à quelqu’un quand il est payé pour ne pas le comprendre.

De l’autre, des gens, au mieux qualifiés de techno-critiques (quand on est de leur avis) ou de tas de noms d’oiseaux (bobos, khmers verts, mangeurs de quinoa, amish, hommes des cavernes etc.).

Le problème des deux catégories, techno-béats contre techno-critiques, c’est que tout dialogue est impossible. Personne ne veut changer d’avis, tout le monde est persuadé d’avoir raison, on ne cherche plus à réfléchir, on veut juste montrer que l’autre bord a tort, puisqu’il est con.[1]

Le problème, c’est que ça n’est pas en essayant de trainer les autres dans la boue sans l’écouter qu’on va réussir à mieux comprendre comment résoudre les problèmes que nous devons affronter.

Il faut écouter l’autre, et le convaincre de nous écouter. Confronter nos idées, les sourcer, avec une approche rigoureuse et scientifique.

Il faut oser dire quand on ne sait pas, plutôt que redoubler d’invective pour camoufler les béances de notre savoir. Il faut faire preuve d’empathie (pourquoi l’autre me tient-il ce discours qui me parait aberrant ?).

Il faut être prêt à changer d’avis. À comprendre le contexte, à l’élargir. À arrêter d’être amoureux de ses idées comme si elles étaient les seules qui méritent d’être exprimées et partagées. À remettre en cause nos schémas de penser. À réfléchir en grand-angle, à avoir un regard critique sur nos certitudes.

Il faut être prêt à devenir non plus techno-béat ou techno-critique, mais techno-lucide, et voir les avantages d’une technologie (il y en a presque toujours) et ses inconvénients, en tenant compte d’un contexte large, comprenant autant les usagers, les futurs usages, que les externalités négatives sur l’ensemble du cycle de vie du produit ou du service.

Alors que l’humanité entre dans une phase de turbulences multiples (Covid, récession, changement climatique, effondrement de la biodiversité), nous avons plus que jamais besoin de trouver rapidement les meilleures solutions à ce que nous rencontrons.

J’essaye de le faire, je souhaite que vous fassiez de même.

Note

[1] On se souviendra de Desproges, qui démontrait que l’ennemi est con, puisqu’il pense que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui !

lundi 28 septembre 2020

Road trip : une idée (électrique) à la con

J’ai eu une idée à la con, laissez-moi vous l’expliquer :

J’ai été invité à intervenir prochainement à deux événements sur le numérique, Connect, au Mans, le 29/09/2020 et la Mêlée Numérique, à Toulouse, 3 jours plus tard, cela signifiait passer beaucoup de temps dans les transports, le TGV pour Le Mans, et pire, l’avion pour Toulouse (forcément). Mais moi, j’ai deux vices : le vélo et la moto. Le vélo, vu les distances, mon niveau, les bagages et le temps disponible, c’était raté. Par contre, à moto, c’était jouable, d’autant que de Toulouse, les Pyrénées sont “proches” et promettaient un superbe terrain de jeu. J’ai déjà fait ce genre de chose, d’aller à des rendez-vous lointains à moto : Malaga, Munich, Milan, Quimper, Épinal, et ça m’a laissé d’excellents souvenirs. Et puis les hasards de la vie ont fait que j’ai eu, pour d’autres sujets, le responsable France de Zero Motorcycles au téléphone, qui m’a proposé d’essayer la nouvelle Zero SR/S. Toujours prêt à dire une bêtise, je demande : « ça serait possible de l’avoir pour 15 jours ? ». Et là, contre toute attente, il répond positivement.

Et du coup la voilà :

Moto Zero Motorcycles SR/F

Pourquoi dis-je un peu plus haut que c’est une idée à la con ? Parce que je n’aime pas les sportives, mon truc c’était les customs, les néo-rétros et puis les trails, bref des machins souvent achetés d’occasion, au caractère agricole et prévus pour aller loin, longtemps et bien chargés (la moto, pas le pilote !). Et là, on me propose à peu près tout le contraire, à savoir une moto-super high-tech, sportive, avec une autonomie ridicule (de l’ordre de 160 km en conditions réelles) et juste un vide poche pour les bagages. Je vais sûrement le regretter, mais j’ai donc accepté. Je m’en mords déjà les doigts !

Mercredi, j’ai rendez-vous avec François, mon contact chez Zero Motorcycles, à Dijon. J’arrive en TGV avec mon casque sous le bras, et lui en camionnette avec la SR/S à l’arrière. Nous sortons de l’agglomération avant de s’arrêter sur un parking, à Sombernon, pour mon premier contact avec la moto.

Elle est belle, racée, d’un joli gris vernis sur le carénage. Éclairage à LED, écran numérique, connexion Bluetooth, c’est très moderne et ça change de mes habitudes (Suzuki V-Strom).

François a eu la bonne idée de mettre des sacoches Shad dessus, ce qui va m’aider pour transporter mes affaires, dont les deux câbles de recharge (un type 2 pour la charge rapide et un câble pour prise domestique pour la charge pendant la nuit). Le modèle est dit “Premium” car possédant quelques options, dont les poignées chauffantes et un chargeur 6 KW au lieux de 3 sur le modèle standard charge rapide (je reviendrais sur le sujet), avec en prime l’option charge rapide (12 kW).

Alors, on roule ?

La moto descend de la camionnette, j’enfile mon casque et je l’enfourche. Quelques explication d’usage de la part de François avant de partir :

  • Pas d’embrayage, pas de boite de vitesse, donc pas de sélecteur
  • Un tour de clé, on relève la béquille latérale, on vérifie le coupe-contact, le petit voyant est au vert, il suffit de tourner la poignée de gaz et la moto avance !
  • Les modes moteur sont multiples : Rain / Sport / Street / Éco / Personnalisé, on va commencer par Street.
  • Les commodos sont assez simples d’utilisation pour commander le tableau de bord.
  • Quand et comment recharger la moto (je reviendrais sur ce sujet).

Oui bon d’accord, mais on roule ou pas ?

Oui, oui, ça vient, j’ai juste un peu d’appréhension, malgré 30 ans de moto derrière moi. Ça me le fait à chaque fois que je monte sur une nouvelle moto où je n’ai pas mes habitudes, d’autant plus quand elle est chère (celle-ci dépasse les 25 000 € !) et différente de ce que j’utilise habituellement (surtout des trails en ce moment).

En fait, ça va. Les jambes sont un peu repliées pour mon mètre 85, mais je ne suis pas trop penché en avant, moins que ce que je redoutais, et ça me rassure.

Tristan sur la Zero SR/S

Je commence à doucement tourner la poignée, la moto avance lentement, je trouver la sortie du parking et hop, direction Paris par les départementales. Le pare-brise ne protège que le corps mais pas le casque, et donc les moucherons commencent à s’accumuler sur la visière. Plusieurs choses surprennent à bord. D’abord l’absence d’embrayage et de sélecteur, que je tenterais d’utiliser en vain à plusieurs reprises. Ensuite, le bruit, beaucoup plus faible que celui d’une moto thermique. On entend bien des sifflements, la courroie, le moteur, et bien sûr le vent, mais c’est vraiment une expérience zen. C’est génial !

Cela dit, la zenitude s’arrête brusquement quand on tourne un peu plus la poignée, et laisse la place au serrage de fesses. C’est très variable en fonction du mode moteur, mais à part le mode pluie, c’est juste monstrueux ! Le moteur a une capacité d’accélération hallucinante. Pour ceux qui s’intéressent à la valeur de couple : 19 m.kg, à comparer avec les 10 m.kg d’un moteur thermique de 1000 cc. Vous avez bien lu, cette moto a une patate digne d’un moteur de 2 L, du même ordre de grandeur qu’une Triumph Rocket III, qui pèse 140 kg de plus…

On en viendrait presque à oublier que la moto est très confortable : pas de turbulences dans le casque, pourtant très exposé, un excellent confort de suspension et une position pas trop penchée qui va permettre de rouler longtemps. Ça tombe bien parce que vu comment la jauge d’autonomie a tendance à chuter, ça incite à rouler aux vitesses légales. En effet, plus on roule vite, plus ça consomme, et ce, de façon exponentielle[1] !

Mais pourquoi tu t’arrêtes ?

Le souci, c’est que même avec mes habitudes d’éco-conduite, l’autonomie est réduite, de l’ordre de 160 km en roulant sur des départementales à vitesse légale (90 km/h en Côte d’Or). Je cherche une station de charge sur l’indispensable application ChargeMap, je trouve un Leclerc[2] tout proche, à Tonnerre, et la charge se passe à la perfection : toutes les places sont libres, ma carte de charge est tout de suite reconnue, les prises sont compatibles, et j’arrive donc à charger à 12 kW. 40 minutes plus tard, juste le temps de faire un tour sur Twitter et de passer un coup de lingette nettoyante et on repart !

Une borne de recharge de véhicule électrique

Je repars, la conscience tranquille, la jauge affiche 100 % de charge, et j’apprécie le moment à moto. Un temps correct, une moto haut de gamme, puissante, confortable et silencieuse, c’est vraiment plaisant. 110 km plus tard, je m’arrête à Donnemarie-Dontilly, près de Montereau-Fault-Yonne. Je trouve la borne, mais elle n’accepte de charger qu’à la moitié de la vitesse de charge nominale. Du coup ça va mettre deux fois plus de temps, on passe à une heure et demi ! Je me promène, je mange une pizza à un kiosque tout proche. La nuit tombe et la pluie, la vraie arrive. Heureusement, j’ai tout prévu : j’enfile mes surbottes, je sors mon pantalon de pluie de sa pochette et c’est là que je réalise… que j’ai pris par erreur une surveste de pluie à la place ! Grand éclat de rire devant mon erreur, je vais me faire tremper, c’est sûr !

La station service à coté de la borne, juste avant la pluie

La station service à coté de la borne, juste avant la pluie

Effectivement, quelque minutes plus tard, c’est la tempête. Je suis presque face au vent, et du coup l’autonomie baisse beaucoup plus vite que prévu ! Je prends des trombes d’eau sur le coin de la figure, les brindilles sont arrachées des arbres par le vent, du coup je ralentis pour limiter les risques. Malgré les bourrasques, la moto tient bien son cap, mais je ne suis pas du tout rassuré. Dans ces conditions, l’autoroute me semble plus sûre, mais c’est quand même compliqué : la visibilité est très limitée, je me fais parfois doubler par les camions. Une certitude : le scooter des mers sur autoroute, même électrique, c’est nul.

J’essaye de faire un coup de charge vers Corbeil-Essonnes, mais la borne que j’avais repéré sur ChargeMap est fermée la nuit alors que l’application indique qu’elle est disponible 24/7. Trempé jusqu’aux os, j’enrage avec mes 30 % de batterie restante. Je reprends l’autoroute, mais vers Longjumeau, le vent est plutôt en ma faveur et mon autonomie descend beaucoup moins vite. J’arriverais à la maison après 7 h de route, trempé mais heureux comme un gamin qui a fait une bêtise et qui s’en est sorti à bon compte.

Dans les jours qui ont suivi, j’ai tenté de recharger la moto (ça n’est pas possible dans mon parking) avec beaucoup de difficultés, avant de finalement trouver une borne à Issy les Moulineaux qui a fonctionné au troisième essai, en payant avec ma CB au lieu des cartes de charge que j’avais. Ça augure mal de la suite !

Hâtons nous lentement vers l’Ouest puis le Sud

Bon, c’est pas tout ça, mais nous sommes lundi et je dois être ce soir au Mans pour la conférence de demain ! Je compte y aller par les petites routes ce matin dès que la pluie s’arrête. Et après, Toulouse pour la Mêlée Numérique et peut-être, si ça se passe bien, les Pyrénées ! les Pyrénées, ça devrait bien se passer :-(

Souhaitez-moi bonne chance, parce qu’entre l’autonomie réduite, la météo pourrie et les stations de charge rétives, ça risque d’être long !

(Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles : )

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Notes

[1] C’est ce qui me fait dire que la mesure la plus écolo du quinquennat d’Emmanuel Macron est la limitation à 80 km/h, qui a pourtant été très mal reçue (et imposée par Édouard Philippe personnellement).

[2] L’épicier, pas le char ni le héros de guerre…

jeudi 24 septembre 2020

En vrac de septembre

Adieu Facebook ?

le réseau social est encore loin d’être exemplaire. En effet, le chiffre d’affaires déclaré au fisc pour 2019 reste environ deux fois moins élevé que le chiffre d’affaires réellement engrangé sur le territoire français, qui peut être estimé à 1,5 milliard d’euros. En effet, le réseau social revendique 37 millions d’utilisateurs par mois dans l’Hexagone fin 2019. Or chaque utilisateur européen a généré l’an dernier un revenu de 44,14 dollars, soit 40 euros, indiquent les comptes de Facebook. Le réseau social ayant réalisé globalement 35% de marge avant impôt l’an dernier, on peut donc estimer qu’il a engrangé environ 500 millions d’euros de bénéfices avant impôts en France, et donc qu’il aurait dû payer près de 150 millions d’euros d’impôts sur les bénéfices… soit dix-sept fois plus que la charge d’impôt effectivement passée dans les comptes de l’an passé.(…) un porte-parole de Facebook a répondu : “Nous prenons nos obligations fiscales au sérieux”.

Pendant ce temps-là, Facebook menace de se retirer d’Europe si le législateur européen ne change pas d’avis sur le fait que ça pose problème d’importer des données d’européens aux USA. CHICHE ! Facebook Says it Will Stop Operating in Europe If Regulators Don’t Back Down ;

En vrac sur la techno

Complètement en vrac, sur le climat

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