mercredi 8 avril 2020

Covid-19 et la surveillance

Tristan Nitot sur le plateau de LCI

Face à l’épidémie de Covid-19, au confinement qui s’éternise (plus de trois semaine au moment où j’écris ces lignes), nombreux sont ceux qui se demandent comment le numérique, et les applications pour smartphones en particulier, pourraient aider gagner cette « guerre » contre le virus. D’aucuns pointent les pays qui ont mis en place de tels moyens en place et se demandent comment la France pourrait les imiter.

C’est un sujet sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler au sein du comité national pilote de l’éthique du numérique, lequel vient de publier un premier bulletin sur le sujet. Ce matin, j’étais invité sur le plateau de LCI (photo ci-dessus) pour en débattre. Les textes écrits à plusieurs mains et les débats télévisés étant ce qu’ils sont, il me semble judicieux de livrer ici le fond de ma pensée, avec mes mots à moi.

Je pense que nous sommes dans une période où il faut être particulièrement prudent car le contexte est assez unique.

Une situation tendue

Nous sommes dans une situation très particulière. En effet :

  • Les français sont prêts à tout pour vaincre le virus car il fait peur à juste titre ;
  • Les français espèrent une sortie aussi rapide que possible du confinement qui leur pèse personnellement et économiquement ;
  • Le gouvernement doit démontrer son action et son leadership dans cette situation particulièrement difficile.

Par conséquent, la majorité des français est prête à signer un chèque en blanc et ainsi sacrifier beaucoup dans l’objectif de sortir du cauchemar Covid-19 aussitôt que possible.

Un enjeu colossal, la deuxième loi de Godwin

Décider ou non de mettre la population sous surveillance pour une noble cause (combattre le coronavirus) est lourde de conséquences. En effet, comme le dit Mike Godwin (l’inventeur du fameux point Godwin), “Surveillance is the crack cocaine of governments”. « La surveillance est une drogue dure pour les gouvernements ». Une fois qu’ils y ont goûté, impossible de s’en passer.

Un exemple tout simple confirme qu’en France, certains dispositifs temporaires peuvent durer : Vigipirate, créé en 1995[1] et toujours en vigueur aujourd’hui, au point même qu’il est entré dans le droit commun. C’était il y a vingt-cinq ans.

C’est à mon sens le plus grand danger : laisser l’épidémie nous convaincre d’accepter des limitation temporaires de nos libertés, mais avec un aspect temporaire qui dure indéfiniment.

Une large combinaison d’options technologiques et politiques

Dans ce contexte, différentes options s’offrent à nous. Il conviendra de choisir quelle type d’application est acceptable pour nous.

  • Approche centralisée ou stockage de données sur les terminaux ?
  • Approche visant la population dans son ensemble (anonyme)[2], ou visant chaque individu (nominatif) ?
  • Approche à l’esbroufe (‘regardez, on fait quelque chose”) ou efficace quant à l’épidémie ? (“Regardez, ça marche !”)
  • Approche propriétaire (code fermé) ou logiciel libre / open-source (code ouvert et auditable) ?
  • Données stockées en clair ou chiffrement des données ? En cas de chiffrement, qui contrôle la clé ?
  • App destinée à informer la police d’une violation du confinement ou à informer l’individu d’un risque de contagion ?

C’est sur ces options et sûrement d’autres que j’ai oublié qu’il va falloir juger l’intérêt d’éventuelles solutions applicatives.

Mettre en place aujourd’hui un système de pistage des individus n’est envisageable que si nous sommes sûrs qu’il est limité dans sa collecte de données, transparent, respectueux de la vie privée et surtout limité dans le temps, s’arrêtant dès que possible.

C’est sur la durée limitée du système qu’il nous faut être particulièrement vigilants. Nous éviterons ainsi, en France, de valider le coté prémonitoire des affirmations de Mike Godwin sur la surveillance.

mercredi 4 mars 2020

Au revoir, Qwant !

Neon affichant le mot Qwant

Voilà, aujourd’hui, 4 mars 2020, c’est mon dernier jour chez Qwant. Cela fait presque deux ans passés à construire et promouvoir un moteur de recherche Européen et respectueux de la vie privée, ce qui le différencie des géants américains.

Ce n’est pas facile de quitter l’entreprise et les équipes, après plusieurs centaines d’interventions médiatiques, institutionnelles et publiques, au service d’un projet audacieux, d’autant que de nombreuses amitiés se sont nouées avec des collègues à partager la même mission.

Résumons les épisodes précédents : après 16 mois en tant que VP Advocacy, j’ai été nommé Directeur Général par intérim de septembre 2019 à fin décembre 2019, au moment où intervenait un changement de la structure de gouvernance et une évolution de l’actionnariat.

Parmi les choses dont je suis fier, la réussite des audits de l’État qui permettront le déploiement de Qwant dans les administrations, et une réorganisation de l’entreprise visant à mieux se focaliser sur l’essentiel.

Comme prévu, j’ai retrouvé mon poste de VP Advocacy début janvier 2020, mais le cœur n’y était plus. La direction, les actionnaires et moi avons donc décidé ces dernières semaines que je partirai. Nous y voici donc.

Et maintenant, que vais-je faire ?

(Comme chantait Gilbert Bécaud, mais en plus enjoué)

C’est la vraie question… Où précisément que faire, pour quoi, chez/avec qui ?

Que faire ?

C’est en fait ce qui change le moins : je compte miser sur mes fondamentaux, faire ce que je sais faire, à savoir aider à monter un projet numérique éthique au service de tous, et à le promouvoir.

Pour quoi ?

C’est là que les choses peuvent évoluer un peu. Le numérique, le Web et ses standards, le logiciel Libre, les communs numériques, les communautés, l’impact du numérique sur la société, l’éthique du numérique, la vie privée, les données personnelles, voilà les sujets que je connais bien, qui m’intéressent, et sur lesquels j’ai pu travailler jusqu’à présent, et je compte bien continuer à creuser ce sillon.

Mais il y a un autre sujet sur lequel j’ai commencé à développer une expertise, fruit d’un intérêt personnel : la transition écologique et énergétique. J’ai lu, pensé et écrit là-dessus depuis plusieurs années en amateur, et j’ai commencé ces derniers mois un nouveau projet d’écriture (une fiction futuriste en lien avec la crise climatique) que j’ai du mettre en pause en prenant des responsabilités chez Qwant l’été dernier. J’ignore encore si je vais reprendre ce travail d’écriture, mais le sujet me passionne et je pense que mes compétences peuvent s’y exercer.

Chez/avec qui ?

C’est là la plus grande inconnue : où vais-je pouvoir travailler, et à quelle échéance ? Après 5 ans[1] au service de la startup nation, j’ignore encore si je souhaite y retourner. Restent le monde associatif (après 17 ans de Mozilla) ou la possibilité de rejoindre une entreprise existante non financée par le capital risque, voire enfin de monter ma propre structure. Il est trop tôt pour le dire.

Quoi qu’il en soit, si vous avez un projet autour du numérique et de l’environnement, pensez à moi ! Je suis joignable par mail à l’adresse que je vous laisse deviner (indice : c’est monprenom@monNomDeFamille.com)

Et mon moral ?

Il est possible que vous vous posiez la question, alors je l’anticipe : mon moral est au beau fixe. J’ai plusieurs mois devant moi pour avancer sur ce projet (délai de carence de Pole Emploi oblige). Du coup je vais en profiter pour donner des conférences, réfléchir à ce que je veux faire, prendre des vacances à vélo et à moto. Et peut-être écrire si ma recherche d’emploi m’en laisse le temps ?

En fait, si je regarde dans le rétroviseur, je constate que mes périodes entre employeurs ont été très bénéfiques :

  • En 2003 après mon départ d’AOL/Netscape, j’ai monté Mozilla Europe et préparé le lancement de Firefox ;
  • En 2015, lors de mon départ de Mozilla, j’ai écris le livre Surveillance ;
  • En 2018, en quittant Cozy Cloud, j’ai fait un grand voyage à moto (c’était avant ma redécouverte du vélo ;-)

Bref, sans préjuger de l’avenir, c’est enthousiasmant de voir tant d’opportunités s’ouvrir et d’avoir un peu de temps pour moi et mes projets créatifs…

Et si vous avez envie de prendre un café avec moi pour imaginer ce que pourrait être mon prochain job ou simplement pour boire un café, vous savez où me joindre !

Mise à jour du 11 mars 2020

Des centaines de messages de soutien, sur Twitter, LinkedIn, mails et textos génèrent à la fois un travail de réponse et surtout beaucoup de gratitude. Je suis désolé si mes réponses tardent à venir mais mon carnet de bal se remplit vite ! Déjà plusieurs rendez-vous très intéressants avec des gens que j’apprécie, qui me font phosphorer. C’est génial ! Si je ne vous ai pas encore répondu, soyez patients, ça va venir… promis !

Coté presse, quelques retombées :

Note

[1] sans compter mes 5 années chez Netscape / AOL !

vendredi 28 février 2020

En vrac sur l'environnement

Lever de soleil sur Paris

jeudi 27 février 2020

En Vrac transports et vélos

velo sur le point de la Concorde

mercredi 26 février 2020

En vrac sur le numérique

Lue dans HackerNews, via Clochix, une vue du numérique qui rejoint la mienne :

On dirait que toute le numérique a été empoisonné : des Smart TV qui prennent des copies d’écran, des applis Web qui pistent les utilisateurs et leurs clics, les smartphones qui repèrent votre position en temps réel et ainsi de suite… Je veux sortir de là, si j’ai fait des études difficiles et si j’ai continué à me former après pour réussir dans ce métier, ça n’est pas pour être un rouage de cette industrie monstrueuse et toxique est devenue, juste pour que quelqu’un (mon patron) se sente riche et puissant.

J’ai la chance d’être dans une entreprise où le respect de la vie privée est une valeur forte, mais j’ai du mal à accepter que l’industrie du numérique soit en train de se transformer aussi vite en monstre toxique. Et une bonne partie de la sélection des articles ci-dessous le démontre :

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