mardi 20 février 2018

En vrac du mardi

vendredi 16 février 2018

Facebook sans boussole morale

Mise à jour du 19/02/2018 : Le magazine Usbek & Rica me fait l’honneur de reprendre mon article : Facebook, un navire dont le capitaine a perdu sa boussole.

Je titrais récemment la mauvaise réputation de Facebook, qui vient juste derrière Marlboro quand on demande aux américains de choisir les entreprises qui sont toxiques pour la société. Cette semaine continue dans la même veine, avec Wired qui balance une couverture choc :

Wired cover bruised Zuck.jpg

“Réparer Facebook”

Début janvier, Zuckerberg, qui apparaît abimé sur le photomontage ci-dessus, promettait qu’il choisissait comme objectif personnel pour 2018 de “réparer Facebook”.

Un mois et demi plus tard, on constate à quel point Facebook ne peut pas être “réparé”, pour la raison toute simple que la notion même d’éthique a toujours été absente de la culture d’entreprise. Le slogan de départ chez Facebook était “move fast and break things”, “aller vite et casser des choses”. Et on le voit à l’œuvre : casser des règles, des lois, des concurrents, et même des gens.

Mais continuer à piller les gens en misant sur leur besoin de sécurité

Aujourd’hui encore, on constate deux choses qui sont graves à mon sens, à savoir exploiter le besoin de sécurité des utilisateurs en vue de tirer plus d’eux. Deux exemples récents le prouvent :

  1. Facebook, aux USA, a utilisé le numéro de téléphone que vous pouvez fournir pour sécuriser votre connexion[1] pour vous spammer par SMS. Et si vous répondez, Facebook publie vos réponses sur votre page
  2. Depuis quelque temps, Facebook vous propose — pour être plus en sécurité — d’utiliser gratuitement un service de VPN. Seulement voilà, Facebook est propriétaire de ce service et en profite pour pomper encore plus de données, comme par exemple le temps que vous passez chez les services concurrents (voir aussi en français) ;

Si Zuckerberg était si impatient de “réparer Facebook”, ne croyez-vous pas qu’il aurait pu mettre fin à ces deux pratiques scandaleuses qui visent à faire levier sur le sentiment d’insécurité des gens pour leur soutirer plus de data et plus d’attention ?

Pour moi, Facebook est un navire dont le capitaine a perdu sa boussole et son compas. Il affirme à qui veut bien l’entendre qu’il sait où il va, sans savoir où cela se trouve.

Un manque éthique ancré de longue date : l’affaire de la dopamine

L’errance morale de Facebook est profondément ancrée dans l’entreprise, la preuve en est dans l’affaire de la dopamine, qui date de 2004.

La dopamine est un neurotransmetteur qui est émis par le cerveau et provoque du plaisir quand on reçoit des likes, des citations ou des commentaires sur les réseaux sociaux. Sean Parker, ancien président de Facebook en 2004 et 2005, expliquait comment les neurosciences et les pics de dopamine étaient utilisés pour rendre les gens accros à Facebook.

Sean Parker et dopamine.png

Expliquer cela au grand public

Capitole du libre intro.jpg

J’en ai fait une ou plutôt deux conférences :

Argent partout, éthique nulle-part

Voilà, s’il fallait résumer le business de Facebook, on pourrait dire qu’ils se sont inspirés de la bonne vieille économie de l’attention (vous savez, quand le patron de TF1 expliquait qu’il “vendait à Coca Cola du temps de cerveau humain disponible”, en 2004) qui s’est transformée, grâce au numérique, en économie de l’addiction. Rendre les utilisateurs accros pour les gaver de publicité. Prendre leurs textes, leurs photos, leurs vidéos, leurs contacts, leurs données personnelles, filer de la dopamine en échange, pendant qu’on monétise les données avec de la publicité ciblée auprès d’annonceurs parfois douteux (russes ou racistes).

gratuite facebook pour les nuls.png

C’était déjà ça le modèle de Facebook en 2004. Alors retrouver une boussole morale pour “réparer Facebook” ? Bonne chance, Mark…

Note

[1] Les spécialistes parlent de 2FA / 2-Factor Authentication.

vendredi 9 février 2018

En vrac du vendredi

En vedette : la mauvaise réputation de Facebook

Un ancien employé de Google et de Facebook s’est demandé quelle était l’opinion des américains sur Facebook. Extrait :

we asked 2,000 Americans to identify (from a list) any companies that are having a negative impact on society (data below). When Facebook was shown in one survey beside brands that are known for being unhealthy or disliked, one in four people selected Facebook as having a “negative impact on society.” That’s almost twice the number of people who selected Wal-Mart. When Facebook was shown alongside other tech companies (in a separate survey), roughly one in three Americans identified Facebook as having a negative impact on society. That’s four times more than the number of people who selected Google.

Traduction par votre serviteur :

Nous avons demandé à 2 000 américains d’identifier dans une liste d’entreprises celles qui avaient un impact négatif sur la société. Quand Facebook était listé au milieu d’entreprises qui sont connue pour leur toxicité ou leur mauvaise réputation, une personne sur 4 a choisi Facebook comme “ayant un impact négatif sur la société”. C’est environ deux fois plus que nombre de personnes qui ont sélectionné Wal-Mart[1] Dans un autre sondage, quand Facebook était listé avec d’autres entreprises du numérique, un tiers des américains a identifié Facebook comme ayant un impact négatif sur la société. C’est quatre fois plus que pour Google.

On apprécie que Facebook est juste après la marque Marlboro quand il est comparé avec des marques d’autres industries et a une réputation pire que celle de MacDonald’s. Si on le compare juste avec d’autres marques du numérique, Facebook est le pire, de très loin…

En vrac

Note

[1] Géant de la distribution qui, parce qu’il sous-paye ses employés, interdit les syndicats et ruine les autres magazins, a une réputation effroyable dans le pays.

vendredi 2 février 2018

Données personnelles et droit de vendre des organes humains

Rein humain.png

Photo de Rainer Zenz sous licence CC-BY-SA[1]

Il semblerait que j’ai froissé Gaspard Keonig, en comparant la vente de données personnelles (qu’il veut rendre possible dans un récent rapport de son think tank Génération Libre) à la vente d’un rein lors d’un Facebook Live sur la vie privée[2]. Smashée façon punchline entre deux des questions d’internautes balancées en rafales, ma réponse manquait forcément de profondeur. Un tweet rageur et une série de mails de Gaspard plus tard, il est temps de donner une réponse plus claire et plus posée.

Pourquoi comparer la vente de données personnelles à la vente d’un rein ?

À propos de patrimonialité des données

Gaspard, avec qui j’ai d’excellentes relations par ailleurs, m’accuse de de “degré zéro” du débat. Certes, le format Facebook live (tout comme Twitter) laisse trop peu de place à la réflexion de fond et au débat, favorisant la phrase qui tue. Mais je revendique l’existence d’un fond de vrai, et même d’un vrai fond.

Tout d’abord, j’ai commencé à réfléchir au concept de “patrimonialité des données” du temps du CNNum (que j’ai quitté en fin de mandat il y a tout juste deux ans). À l’époque déjà, cela me semblait être une mauvaise idée. Plus tard, le CNNum suivant publiait un intéressant avis sur “La libre circulation des données dans l’Union Européenne”. La page 3 ne peut pas être plus explicite en s’intitulant “Écarter la propriété des données”. Cet extrait résume assez bien ma position :

l’introduction d’un système patrimonial pour les données à caractère personnel est une proposition dangereuse à plusieurs titres. Elle remettrait en cause la nature même de cette protection pour les individus et la collectivité dans une société démocratique, puisque la logique de marchandisation s’oppose à celle d’un droit de la personnalité placé sur le terrain de la dignité humaine.

De la non-patrimonialité du corps humain

Quel rapport avec les reins ? Il faut savoir qu’il est interdit, en France, de faire commerce de ses organes, et c’est bien. En effet, on considère l’humain comme une entité qu’on ne peut soumettre à des contrats. C’est ce qu’on appelle l’Indisponibilité du corps humain (on parle aussi de non-patrimonialité du corps humain), définit dans l’article 16-1 du code civil[3]

Article 16-1 : Chacun a droit au respect de son corps. Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial.

Peut-on séparer l’individu de ses données personnelles ?

Aral Balkan, en anglais et à l’occasion de la journée des données personnelles, s’expliquait ainsi (traduction approximative par mes soins) :

Séparer une personne de ses données, c’est retirer à celles-ci ses droits humains, c’est en faire un objet qu’on peut commercialiser. Tous les droits ainsi conférés à l’objet (les données) seront donc moindres que ceux protégeant le sujet (la personne). En traitant les gens et leurs données comme étant des notions différentes — l’une en sujet, l’autre en objet — ce qu’on finit par faire c’est de rendre commercialisable les gens en les découpant en tranches prêtes à être vendues au plus offrant. Voici, en substance, le business model de la Silicon Valley : numériser les gens et être propriétaire des versions numériques.

Voilà. Permettre la patrimonialisation des données personnelles, c’est — métaphoriquement — permettre de revendre par appartements son moi numérique, c’est faire commerce de son corps numérique, en quelque sorte, ce qui est interdit en France pour son corps physique, au nom de la dignité humaine.

Rapport de force

Quand bien même on changerait d’approche en France pour permettre la revente de ses données personnelles, reste une question cruciale : est-ce que ça pourrait vraiment changer la donne ?

On sait à quel point le fisc a du mal à faire payer les impôts sur les sociétés à Facebook, Google et consorts. Les fonctionnaires de Bercy, pourtant très compétents et bien payés (normal, le sujet est d’importance !) sont désemparés alors qu’il s’agit de récupérer quelques milliards ? Alors vous imaginez bien la totale impuissance de l’individu, déjà dépouillé de ses données personnelles à négocier seul face aux GAFAM.

Pour aller plus loin

Trois autres personnes, bien plus profondes dans leur analyse, ont écrit mieux que moi sur ce sujet :

Notes

[1] Rassurez-vous, il s’agit de reins de mouton…

[2] Là, déjà, on sent qu’on frise le WTF niveau 9000…

[3] Immense merci à @Cestmontwyter, @regissme; @Soufron.

mardi 30 janvier 2018

En vrac du mardi

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En vedette : Cozy Cloud

C’est forcément le sujet que je mets en vedette, car c’est celui qui m’a le plus occupé ces trois dernières années : le lancement du service Cozy auprès du grand public. Si vous lisez le Standblog, vous savez l’importance que je porte aux données personnelles et à la vie privée.

Voilà, depuis jeudi dernier, le service Cozy est ouvert à tous. Alors si vous avez les mêmes centres d’intérêts que moi, ou juste si vous avez envie de me faire plaisir, allez sur le site Cozy.io, cliquez sur le bouton bleu “Créer mon Cozy” et suivez la procédure. Si ça vous plaît, faites passer le mot autour de vous, dans la vraie vie, sur les réseaux sociaux, etc. Les journalistes trouveront tout ce dont ils pourraient avoir besoin dans la section presse de Cozy.io, y compris le communiqué de presse du lancement.

En vrac

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