Depuis quelques années, j’ai entamé une démarche pour réduire considérablement mon empreinte environnementale, en particulier mes émissions de gaz à effet de serre. Plus d’avion pour partir en vacances depuis 2019, un job en France et plus à l’international, changement de mon régime alimentaire, etc. J’espérais abandonner ma pratique de la moto, mais même si je l’ai bien réduite, je n’arrive pas à la supprimer complètement. Voici donc le le récit du dernier voyage en date qui m’a permis de me ressourcer bien plus que je ne l’espérais. Le partager ici ajoute au plaisir de ces vacances.
Le plan de départ, c’était d’aller à une fête de famille en Auvergne, berceau de mes ancêtres, pour fêter les 80 ans de ma tante Nicole, le week-end du 14 juillet. L’Auvergne, l’été, forcément ça appelle la moto ! Mais je dois y aller avec mon épouse Bénédicte, moins amatrice de longs trajets tortueux que votre serviteur. Il va donc falloir faire des compromis entre pilote et passagère. Nous partons donc via l’autoroute histoire d’abréger ses souffrances, et tant pis pour le plaisir motard ! Première étape, Clermont-Ferrand, où nous passerons la nuit, après un dîner en ville (une truffade 4 fromages avec saucisse, une première pour moi !) alors qu’à coté, un groupe de rock joue live pour le plaisir de nos oreilles.

Une bonne nuit à l’hôtel, et nous prenons la direction d’Aurillac (Cantal), mais cette fois-ci, pas d’autoroute, ça serait pêcher ! Direction donc le Pas de Peyrol (le col du Puy Mary) par les petites routes avec une pause café à Besse.
Déjeuner à l’auberge du col d’Eylac, à quelques minutes du pas de Peyrol, avec l’avantage d’éviter la foule du Puy Mary. La vue sur la brèche de Rolland est imprenable ! (à ne pas confondre avec la vraie brèche de Roland (avec un seul L) dans les pyrénées).

Le Roussillon ou les Alpes ?
Je vous passe le week-end familial fort festif (60 personnes au dîner, tout de même !) avec une organisation au cordeau et forces retrouvailles. Bénédicte reprend le train pour Paris, me voici donc seul avec ma moto, prêt à me transformer en (lent) forçat de la route ! Un échange avec un copain à Perpignan, un coup de fil à un couple d’amis en Savoie, et me voilà face à un dilemme, avec deux directions possible : le Sud avec Perpignan ou les Alpes, ses cols, tout ça. L’appel du virolo et la crainte de la chaleur et de la foule sont les plus forts, ça sera la Savoie plutôt que les Pyrénées-Orientales. Mais Aurillac-Albertville, c’est un poil trop long pour une seule étape, surtout si on veut éviter les autoroutes. Car c’est bien connu, ce qui compte, c’est le voyage plus que la destination. Je décide donc de me diriger vers Aubenas, dans les monts d’Ardèche. Mais tout d’abord, une grosse tranche de petites routes cantaliennes, c’est à dire avec des grosses couches de gravillons et de l’herbe au milieu !

Pour la navigation, j’utilise l’application GPS Calimoto, qui me concocte des trajets farcis de virolos, c’est que du bonheur ! Après le Cantal, ses virages et ses gravillons, me voici à affronter l’Aubrac. C’est moins vallonné mais plus en altitude, souvent au dessus de 1200 m. Là, il ne pousse que quelques forêts, de l’herbe et beaucoup de cailloux. Je dévie de mon chemin pour aller à Nasbinals (très mignon) et fais un crochet jusqu’au mont Aubrac.

Arrivé à Aubenas, je réalise que mon hôtel est dans une zone d’activité dans la vallée, bien loin du centre ville qui est lui en altitude. Bon, ça fera de l’exercice pour aller dîner ! Je me retrouve sur la place du château, récemment refaite et donc superbe :

Le soleil se couche sur les monts d’Ardèche et une jolie échauguette.

Le lendemain devrait être excitant. On commence tout de même par une purge, la traversée de la vallée du Rhône, où il fait déjà chaud par rapport à l’altitude des jours précédents. Mais après, ça sera le bonheur !
Le col de la Chaudière, sans prétention aucune :

Et surtout, le Vercors, que j’aborde via le col de Rousset (l’entrée Sud de mon massif fétiche) :

L’arrivée en haut, juste avant le tunnel est toujours sublime :

Je compte déjeuner à Villard de Lans, endroit où j’ai déjà passé plusieurs fois des vacances. Cela implique un passage par les gorges de la Bourne, toujours incroyables (et un peu flippantes, il faut bien le reconnaître.)

Lors du déjeuner, je discute avec la patronne qui me recommande un itinéraire pour aller vers la Chartreuse, itinéraire d’autant plus alléchant qu’il comporte d’autres gorges et que je ne l’ai jamais pris, malgré ma tendance à explorer toutes les routes du coin quand j’y suis à moto ou à vélo !
Cela sera donc un passage par St Gervais :


Avec un tunnel que t’as l’impression que tu peux le toucher des deux cotés si tu tends les bras, sauf qu’il est à double sens !!!

La sortie du tunnel est elle aussi magnifique :

Ensuite, j’enchaîne par le massif de la Chartreuse, queje connais beaucoup moins. Voici le Mont Granier, qui s’est encore écroulé récemment (pierres jaunes en haut à gauche alors que le reste est plus gris):


Et c’est l’arrivée chez mes amis en Savoie : je dégaine deux bonnes bouteilles de vin, un saucisson d’anthologie acheté sur la route, et on peut commencer à festoyer (sans excès, on ne rajeunit pas !) avec les amis, qui me font part de leurs projets une fois qu’ils seront tous deux à la retraite.

La route des Grandes Alpes, vers le Sud
Départ le lendemain, un peu frustré de ne pas avoir pu rester chez eux une nuit de plus, mais l’appel de la route, des grands cols des Alpes est trop fort ! La route des Grandes Alpes est toute proche, je décide de partir vers Briançon et peut-être Barcelonnette si je ne traîne pas trop en route.
Alors j’enquille la vallée de la Maurienne, bifurque à St Michel de Maurienne vers le col du Télégraphe (sans grand intérêt à mon sens) pour me diriger vers le Galibier. Et là, la montée ressemble bigrement à un rêve :

Souci, je vois plusieurs panneaux “Attention, route du Galibier réservée aux vélos”, suivi d’une heure et d’une date que je n’ai pas le temps de lire (c’est pas que je roule vite, mais que mes yeux sont déjà occupés par la beauté des lieux traversé et les éventuels dangers de la route !). Pas de bol, c’est ce matin que c’est fermé… Heureusement, ça rouvre à midi, le temps de boire un coup dans un troquet paumé en pleine montagne. Puis quelques minutes avant l’échéance, je rejoins les collègues motards, qui sont chauds comme la braise…

À 12h00 pétantes, le policier municipal retire la barrière du travers de la route, et là, c’est le rush ! (enfin surtout pour les autres, moi je les laisse filer pour profiter de la route tout seul).
Parce que ça vaut le coup :

Arrivée en haut du Galibier, c’est un enfer, entre les cyclistes qui se congratulent, profitent du ravito et des motards qui affluent des deux cotés, on se croirait dans le métro aux heures de pointes. Un selfie et cassos !

De l’autre coté, tout près, le Lautaret et en descendant, le glacier de la Meije (enfin ce qu’il en reste) :

Je déjeune dans le premier village et c’est reparti. Je traverse Briançon aussi vite que possible pour me diriger vers un autre col mythique, le col d’Izoard (2360 m).

Après le col de Vars, j’arrive à Barcelonnette, je réserve un hôtel en centre ville avec une appli, je vais marcher dans la ville qui est très vivante avec ce beau temps. Tout le monde en terrasse, heureux, c’est sympa. Non loin de là où je suis assis joue un accordéoniste. C’est pas glorieux comme niveau, mais il fait des reprises des années 80, la foule chante, on compense la médiocrité par l’enthousiasme, et c’est déjà pas mal. J’échange des plaisanteries avec le serveur, et je partage avec lui cette citation de Tom Waits : “Un gentleman, c’est quelqu’un qui peut jouer de l’accordéon mais qui ne le fait pas”. J’apprendrais plus tard qu’en fait c’est une très vieille plaisanterie anglophone qui s’applique à toutes sortes d’instruments pénibles (cornemuse en tête, j’imagine).
Et maintenant ? Une dernière boucle avant de remonter ?
Le problème avec Barcelonnette, c’est que pour aller vers le Sud, on a 3 options toutes plus alléchantes les unes que les autres : la Bonnette, le col de la Cayolle (avec les Gorges de Daluis !) et le col d’Allos. Il va falloir faire des choix, et choisir c’est renoncer. Et renoncer, ça peut être douloureux.
Allez, c’est parti pour la Bonnette, juste parce que c’est la route la plus haute d’Europe (2802 m), même si le col de la Bonnette lui-même n’est pas le plus haut.
La montée, c’est fracture de la rétine à chaque virage :


En haut ? Pareil !

Bon, là, un animal velu au pelage blanc est venu gâcher le cliché :

On voit la route redescendre coté Nice :

Allez, PAF, panorama, pour la peine !

En redescendant, la route est en travaux et ne correspond pas à ce qu’indique Google Maps et je me retrouve embarqué en direction de Nice sans pouvoir faire demi-tour. C’est à 15 km de Nice que l’opportunité se présente. Il fait une chaleur à crever, la route est une 2 fois 2 voies presque moche (en vrai, le coin est tellement joli qu’ils n’y arrivent pas), et j’arrive à Entrevaux, un endroit extraordinaire, un village médiéval avec un joli pont, une forteresse Vauban qui le surplombe, avec des murailles entre les deux. Incroyable !

La forteresse :

Le pont :


J’ai très envie de faire pour la 3e fois les gorges de Daluis, autant pour la route que pour la couleur rouge des pierres.

Ça m’amène vers le col de la Cayolle, mais j’ai envie de nouveauté. J’ai vu sur la carte une route que je n’ai encore jamais parcouru : le col des Champs. Dit comme ça, c’est pas très vendeur, mais en fait si. Donc après les gorges de Daluis, je bifurque vers la gauche et le col des Champs, qui porte bien son nom :



La redescente aussi vaut le coup :

Et cette route me permet de rattraper le col d’Allos, comme ça j’ai pu avoir aussi bien les gorges de Daluis que ce dernier, en plus de la Bonnette. Super combo, le col des Champs en prime !!!



Le soleil baisse bien, j’en ai plein les pattes, et puis demain c’est le retour vers le Nord, avec de la flotte au menu, en plus ! Je bifurque donc vers Savines sur le Lac, qui est sur le lac de Serre-Ponçon.

En arrivant, des demoiselle coiffées (aka Cheminées de fées) :

Belle vue depuis l’hôtel :


Samedi : 1er jour du retour…
Bon, avec Paris en ligne de mire, de la flotte et les bouchons des juilletistes, cette journée sent un peu le sapin. Mais finalement, ça ira. Un coup de route Napoléon pour aller jusqu’à Grenoble, un coup d’autoroute pour éviter Grenoble et Lyon, sortie Mâcon-Sud comme me l’expliquait un vieux copain il y a 2 ou 3 décennies, et le soleil est revenu, c’est le moment de reprendre les petites routes ! Direction Cluny puis Autun avec le GPS spécial moto Calimoto, c’est du pur bonheur. Alors certes, ça n’est pas les Grandes Alpes, mais c’est bourré de charme, avec un peu de dénivelé, des vieilles pierres partout. Franchement, Calimoto a le don (comprendre “algorithme”) de trouver les routes qui déchirent. Lumière dorée, ciel bleu, virolos, je kiffe !

Un dernier col, quasiment symbolique :

Juste à coté, une auberge, je tente ma chance, mais ce soir ils font relâche. Tant pis, j’irais dormir à Autun, dans l’un des hôtels près de la gare où j’ai mes habitudes.
La ville est toujours aussi jolie :


Dimanche : la fin du retour
Le dimanche sera pluvieux, mais la matinée est belle, j’utilise l’appli RainToday pour voir comment se déplace l’orage et je fonce vers l’Ouest pour passer entre deux masses d’orage. J’y arrive ! Je chope l’A77 et je remonte vers Paris, toujours en éco-conduite, fatigué mais heureux, repu de moto et de paysages sublimes.
La vie est belle près de la nature !
Addendum pour les Climates Nerds :
- 2636 km parcourus
- 133,76 L d’essence consommés
- Consommation moyenne : 5,07L/100 grâce à l’éco-conduite. En montagne, je suis juste en dessous de 4L/100, mais j’ai eu 2 sections d’autoroute. Même à 110 km/h, ça plombe la consommation moyenne.
- Comme un 1l de SP95 ou 98 c’est 2,79 kgCO2e/litre (phase amont comprise), ça fait 373,2 Kg de CO2e.

