« Une virée à moto en montagne
- Cyril Dion, Monopoly et systémique »
En vrac de juillet 2025
Des nouvelles de l’IA
- Meta/Facebook tente de rafler à OpenAI, Google et Anthropic ses meilleurs chercheurs en IA et leur fait des ponts d’or pour cela. On parle de 300 millions de $ sur 4 ans et 100 millions la première année. Par personne. Et un accès illimité à des GPU pour travailler. Évidemment, ces informations sont sujettes à caution et personne ne partage l’info exacte.
- En 2019, Google promet de réduire massivement ses émissions pour devenir neutre en carbone (ce qui est déjà une aberration) en 2030. Sauf qu’en 2024, ses émissions carbonées remontent de 51% à cause de l’IA. Sauf que c’était sous estimé, des chercheurs indépendants estiment que c’est plutôt 65% d’augmentation. “Don’t be evil, my ass!”
- Nouvelle mode : envoyer une IA prendre des notes à une réunion quand on a la flemme. Exemple de réunion : 16 personnes connectées sur une visio, 6 sont réelles, 10 sont des IA, dont quelques unes prennent des notes pour des humains présents. Aucun rapport avec la canicule en cours !? (Oh wait!). Je crois qu’on tient là un bon exemple d’effet rebond…
- Cloudflare to block AI crawlers by default with new Pay Per Crawl initiative. Cloudflare un un Content Delivery Network qui héberge 20 % du Web. Et mettant en place un mécanisme qui bloque les robots qui collectent les données du Web sauf s’ils payent, est un progrès intéressant danas l’utilisation des données. Rappelons que les IA pompent une bande passante énorme qui peut mettre à mal les sites comme Wikipédia.
- Misinformation by Omission: The Need for More Environmental Transparency in AI, un papier par Sasha Luccioni, Boris Gamazaychikov, Theo Alves da Costa et Emma Strubell. (version PDF). En substance, on manque terriblement d’information fiable sur l’empreinte environnementale de l’IA, et c’est de pire en pire. Ils passent ensuite en revue les rares informations qu’on entend en boucle dans les médias et en recherchent les sources (rarement bonnes !).
- McDonald’s AI Hiring Bot Exposed Millions of Applicants’ Data to Hackers Who Tried the Password ‘123456’ ;
- À propos de la flagornerie (volonté de plaire ou de flatter, de “faire de la lèche”, en anglais “sycophancy”) quasi-permanente de l’IA générative, un texte très intéressant : “ChatGPT’s constant sycophancy is annoying for the power users who want it to do actual work, but not for the bulk of users who want entertainment or company. Most people are dying to have their ideas validated by a world that mostly ignores them. Confirmation bias (tendency to believe what you already believe) + automation bias (tendency to believe what a computer says) + isolation + an AI chatbot that constantly reinforces whatever you say = an incredibly powerful recipe for psychological dependence and thus user retention and thus money.”
- La productivité des développeurs semble baisser quand ils utilisent l’IA générative ;
- Elon Musk lance Grok 4 et une offre à 300$ par mois, ce qui en dit long sur les ressources consommées (Datacentre, GPU, électricité, refroidissement, terrain artificialisé), d’autant que je suis prêt à parier que comme OpenAI, il perd de l’argent sur un tel prix. En effet, comme tout le monde, il est en phase de capture de parts de marché. Combien ça coûtera quand il faudra gagner de l’argent ? Qui sera capable de mettre autant d’argent tous les mois ?
- Ah, celle-là pique un peu : AI Project failure rates appear to be elevated, as organizations attempt to deliver generative AI projects at pace. “The percentage of companies abandoning the majority of their AI initiatives before they reach production has surged from 17% to 42% year over year, with organizations on average reporting that 46% of projects are scrapped between proof of concept and broad adoption.” En version française : “42% des entreprises abandonnent la majorité de leurs tentatives d’IA avant qu’elle n’atteigne l’étape de production. L’année dernière, c’était 17%. 46% des projets sont abandonnés entre la preuve de concept et l’adoption à grande échelle”.
- En tombant sur L’IA va « cloner » les comédiens phares de « Caméra Café » (article payant), je ne savais pas par où commencer. Heureusement, Olivier Ertzscheid est là et fait (bien) le job !
- The Hater’s Guide To The AI Bubble, où Ed Zitron explique bien pourquoi l’IA est une bulle, chiffres et sources à l’appui. L’auteur, comme à son habitude, a un style un peu exalté qui peut rebutter, mais c’est franc et argumenté. Extrait traduit par mes soins : “Écoutez, le boom de l’IA générative est un mirage, les revenus sont absents, les retours sur investissement aussi, l’efficacité produit manque aussi. Tout ce que vous voyez est un gâchis ridicule. Quand ce truc finira sur le flanc, je voudrais que vous vous souveniez que j’ai écris ceci et que j’ai essayé de prévenir le monde”. Il explique que Magnificent Seven (grosses entreprises technologiques américaines, NVIDIA, Microsoft, Alphabet/Google, Apple, Meta, Tesla et Amazon) sont toutes ou presque impliquées dans l’IA. Nvidia est la clé de voute du système, fournisseur des 6 autres et doit vendre sans cesse plus de GPU pour serveurs chaque trimestre pour éviter que la bulle n’explose. Les 6 autres représentent 42% du revenu de Nvidia. Si Nvidia trébuche, tout le monde dévisse. J’ajoute que si l’un des 6 doute de son retour sur investissement de l’IA et décide de ralentir l’allure, les 5 autres vont lui emboiter le pas, de peur d’y laisser des plumes. Nvidia chutera et la bulle explosera.
- Netflix uses AI effects for first time to cut costs. “AI, which produces videos and images based on prompts, was used to create a scene of a building collapsing in the Argentine science fiction show, The Eternaut.”
- La productivité des développeurs semble baisser quand ils utilisent l’IA générative. Mais mais mais… c’était pas le contraire qu’on attendait ? “Cette étude ne montre pas que l’IA générative n’augmente jamais la productivité des développeurs. Mais ses résultats suggèrent que les développeurs très expérimentés perdent du temps lorsqu’ils utilisent des outils d’IA générative pour coder, même s’ils pensent qu’ils vont améliorer leur productivité.”
- « J’ai paniqué, menti et détruit vos données » : une IA désintègre la base de données d’une entreprise en quelques instants ;
- Microsoft revolutionizes Edge as an AI-powered web browser with new experimental ‘Copilot Mode’ — here’s how to enable it right now. Allez, hop, de l’IA dans le navigateur. C’est gratuit mais ça va devenir payant, explique Microsoft. J’avoue, je n’ai pas essayé.
- Mur du çon, franchi avec allégresse par Sam Altman, patron d’OpenAI (oui, ceux qui font ChatGPT) : Sam Altman bouleversé par GPT‑5 : “Il n’y a plus personne pour arrêter ça”, puis il déclare “Ce n’est pas comme s’il y avait un adulte dans la pièce pour dire : “Très bien, on arrête tout. On coupe.”” Mais si, Sam, c’est toi le patron, le CEO, c’est toi qui peut tout arrêter ! Dans tous les cas, tu as plus d’argent que tu pourrais en dépenser d’ici la fin de tes jours…
Des nouvelles de l’empreinte de l’IA et du numérique en général
- Mistral publie une analyse complète du cycle de vie des modèles d’IA, et c’est bien ! Pour les abonnés au Monde, Mistral AI parie sur la transparence en rendant public son impact environnemental ;
- Datacenters et métriques environnementales : le SMART qui cache la forêt ? ;
- The Overlooked Contributor to AI’s Climate Impact: Cooling Fluids. En vrai, ça n’est pas que l’IA, mais tout équipement refroidi par air conditionné.
- Le paradoxe de Jevons appliqué à l’IA est déjà en marche, explique Sasha Luccioni dans un post LinkedIn. Comparons deux sources :
- Nvidia se vante que ses puces Blackwell de 2025 consomment 50 fois moins que les puces Hopper de 2022. C’est bien, sauf que…
- Pendant ce temps-là, Le volume de tokens passant par les API d’OpenRouter a été multiplié par 20 en un an, ce qui est beaucoup plus rapide que la baisse de conso des puces Nvidia. Petite précision pour les nuls en maths, si ça baisse d’un facteur 50 en 3 ans, c’est moins que fois 20 par an. Bah oui, fois 20 la première année, puis la seconde puis la troisième, au total ça fait fois 20 * 20 * 20, ce qui fait fois 8000 vs divisé par 50 ;
Des nouvelles du capitalisme
- Ça n’est pas récent (2024), mais c’est très bon : Pourquoi ne fait-on rien face aux enjeux écologiques ?. Cyril Dion en donne une réponse en moins de 5 minutes. C’est magnifique de clarté. Dans un post LinkedIn (désolé) Julien Devaureix (auteur du podcast Sismique) se félicite qu’il relève, comme dans son livre le caractère systémique du problème ;
- Je découvre le court métrage Jeu de Société qui a 9 ans déjà et qui illustre le point ci-dessus.
- Le milliardaire (et exilé fiscal) Pierre-Edouard Stérin au cœur d’une enquête sur le financement illégal de candidats du RN. Son objectif : influencer “les municipales de Marseille, Nice et Lyon en 2020, et les régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Normandie et Centre-Val de Loire.”
- Un néo-colonialisme technologique : comment l’Europe encourage la prédation minière au Congo. “À l’été 2025, la guerre en République démocratique du Congo (RDC) a fait fuir 7 millions de personnes, dont 3,9 millions sont menacées de famine” La raison : l’approvisionnement en métaux de l’Europe.
- les aides publiques aux grandes entreprises, estimées à 211 milliards d’euros en 2023. “Les sénateurs, qui ont notamment interrogé 33 dirigeants de très grandes entreprises, ont aussi épinglé d’autres groupes qui ont continué à percevoir des aides et à verser des dividendes à leurs actionnaires, tout en menant des plans sociaux.” Voir aussi la conférence de presse au Sénat : Aides publiques aux grandes entreprises : conclusions de la commission d’enquête ;
- Shein, le géant de l’« ultra fast-fashion », se voit infliger une amende record en France de 40 millions d’euros pour « pratiques commerciales trompeuses ». “« Ces pratiques de profusion de prix barrés et de promotions permanentes donnent ainsi au consommateur l’impression de réaliser de très bonnes affaires », explique également la DGCCRF. Elle a pourtant constaté que « 57 % des annonces vérifiées » au cours de l’enquête n’offrait « aucune baisse de prix, 19 % une baisse moins importante qu’annoncée et 11 % étaient en réalité des augmentations de prix ».” Eet, cerise sur le gâteau : “Autre agissement dénoncé : des « pratiques commerciales trompeuses » sur « la portée des engagements concernant les allégations environnementales » de Shein.”
- Microsoft licencie 9’000 personnes, après une vague de licenciements de 6’000 en mai dernier et 300 en juin. Ce dernier trimestre, la firme de Redmond a empoché 26 milliards de revenu net et 70 milliards de chiffre d’affaires.
- Ce lien aurait pu être listé dans la partie IA, dans la partie empreinte du numérique du présent billet. Mais voilà, il lie les deux avec le capitalisme, alors je le mets ici : Decomputing For a Better Future. En substance, le datacenters ont une empreinte écologique. Mais ils rendent aussi possible des formes d’oppression que sont Uber, Deliveroo et compagnie. L’IA, c’est toutes ces choses, mais en accéléré. C’est profondément politique. L’invité qui explique ça est Dan McQuillan, auteur du livre Resisting AI, an anti-fascist approach to Artificial Intelligence ;
Des nouvelles d’Elon Musk, ce génie
Des nouvelles de mon égo
- Décarboner les achats de la banque, avec ma trombine à 1 minute 15 avec ce qui ressemble bigrement à la loi de Moore et donc… à EROOM !
- Sur France Inter, à 14 minutes et 18 secondes (oui, comme la première guerre mondiale !), une brève intervention sur le fait que l’IA générative est dans une bulle… qui finira bien par exploser. En attendant, rien n’est rationnel, y compris débaucher des concurrents à coups de millions, voire de centaines de millions (en stock options). Le replay est disponible, il suffit de chercher “Le 18/20 : le journal de 19h00 du mercredi 02 juillet 2025” ;
- Sur B-Smart, J’étais invité par Delphine Sabattier à commenter l’actualité, de l’accessibilité numérique, l’empreinte environnementale des centres de données, ~~la souveraineté~~ l’autonomie stratégique, etc.
- J’étais l’invité de BFM Business, L’intégrale de Tech & Co, la quotidienne, du jeudi 10 juillet, pour parler empreinte de l’IA, autonomie stratégique et open source etc.
- Je rempile à la CNIL (bénévolement, faut-il le rappeler) : Le comité de la prospective, partiellement renouvelé, devient le Conseil scientifique et de la prospective de la CNIL ;
- Le cerveau humain, un obstacle à l’écologie ? Avec Albert Moukheiber, interrogé par Xavier de la Porte, où il se trouve que votre serviteur pose la dernière question : avez-vous des conseils actionnables pour qui souffre d’éco-anxiété ? Une synthèse de sa réponse : 1 - Se protéger soi-même ; 2 - Se fédérer, fréquenter des gens qui font pareil ; 3 - Agir au niveau collectif plus qu’individuel.
Des nouvelles de la mobilité
Des nouvelles de l’anthropocène
Des nouvelles du Web
- Perplexity et OpenAI se lancent dans la course au navigateur. L’idée consiste à faire un navigateur (probablement sur la base de Chromium) avec un assistant IA disponible à tout moment, qui utilise un moteur de recherche truffé d’IA générative. Les deux entreprises sont ouvertes à racheter Chrome si la justice américaine imposait à Google la revente de son navigateur.
- Dans un article réservé aux abonnés (désolé) Morgane Tual du Monde explique Comment les réponses générées par IA menacent les fondamentaux du Web. En substant, historiquement, un utilisateur tape des mots-clés dans un moteur de recherche, voit des liens vers des réponses, évite habilement les publicité (si seulement) et clique sur les liens potentiellement intéressants pour visiter les sites les plus prometteurs. Cela amène des visites aux sites Web, qui affichent des publicités. Ils sont rémunérés si le visiteur clique sur celles-ci. Mais ça, c’était avant que Google n’évolue (en 2015) pour passer de moteur de recherche à moteur de réponses. Le nouveau scénario : on tape des mots clés ou une question dans Google Search, il répond par une ou plusieurs réponses avec des extraits des sites. On ne clique presque plus sur les liens, on a déjà la réponse. D’où la chute importante de l’audience des sites en provenance de Google. Prochaine évolution probable : on pose une question, il affiche la réponse, on peut continuer la discussion avec le ChatBot. Encore moins de visites. Et donc encore moins de revenus pour le site, alors que la situation est déjà préoccupante : on constate bien que le maigre contenu est éparpille entre des publicités toujours plus envahissantes. Voir aussi (toujours pour les abonnés, encore désolé, « Les éditeurs de sites sont face au spectre d’un Web créé par et pour les IA »). Quelques chiffres tirés d’une source que j’ai égaré : “Depuis l’introduction de l’aperçu IA dans Google en mai 2024, les recherches Google n’apportaient pas de trafic aux sites d’actualité dans 56% des cas (les visiteurs de Google se satisfont de ce qu’ils lisent dans la page de résultat et ne cliquent pas sur le lien pour visiter le site dont vient l’info). En mai 2025, c’est monté à 69%.” Prochaine étape : remplir les sites Web avec du contenu généré par des IA génératives. Merdification du Web achevé !
- Celebrating 20 years of MDN, joyeux anniversaire MDN ! À cette occasion, je réalise que j’ai écris dans DevEdge, l’ancêtre de MDN. Je me sens vieux !
Des nouvelles d’EROOM et de l’optimisation logicielle
- Conférence technique pour rendre Vos requêtes SQL jusqu’à 10000 fois plus rapides, durablement ;
- Optimisation logicielle : Parsing JSON really quickly: lessons learned, assorti de l’article Parsing Gigabytes of JSON per Second
- Bert Hubert, auteur de PowerDNS a donné une présentation, Save the world, write more efficient code fait une présentation qui est délicieusement proche du concept d’approche EROOM sur laquelle je travaille. Une citation que j’adore : “There is easily a Factor 100 between wasteful and highly optimized code” / “il y a facilement un facteur 100 entre un code mal foutu et un code hautement optimisé” Autrement dit, on gaspille 100 fois trop de ressources quand on code mal. EROOM, c’est ça : trouvons tous les endroits qui sont vraiment mal fichus et réécrivons-les correctement et faisons juste un code correct qui tournera 10 fois plus vite. Pas besoin de faire un code “hautement optimisé” et difficile à maintenir. Non, juste un code correct, qui consommera 10 fois moins qu’avant, qui libèrera de la ressource informatique et qui permettra d’éviter de renouveler le matériel. Bert a un slide, le numéro 17, où il compare le site de l’assemblée nationale des Pays-Bas (un truc énorme fait par une grosse ESN française et qui tourne sur Azure) avec son site perso OpenTK qui marche beaucoup plus vite, fait la même chose et tourne… sur son PC de bureau !
- C’est vieux (mars 2025) mais j’avais loupé ça : La phase G : les GPU et les IA génératives comme nouvelle phase de l’histoire environnementale de la numérisation ? (Partie 1) par l’excellent Gauthier Roussilhe. L’article revisiste l’histoire du numérique comme je le fais dans mes présentations, évoque la loi de Moore, décrit l’effet de la loi de Wirth sans la nommer, pour ensuite expliquer comment les réseaux de neurones du deep learning combinés aux GPU ouvrent une nouvelle ère. J’attends la suite avec impatience ! Dans l’article, cette info délicieuse : “Nathan Myhrvold, directeur chez Microsoft, a compté le nombre de lignes de code des produits de l’entreprise : 4 000 lignes pour Basic en 1975, 500 000 en 1995 ; 27 000 lignes pour Word en 1982, 2 millions en 1995.” J’aime aussi “L’autre ‘loi’, dite ‘seconde loi de Moore’ ou ‘loi de Rock’, est souvent oubliée. Elle stipule que le prix d’une usine de fabrication de circuits intégrés (appelée une fonderie) double tous les quatre ans” (source) ;
- Anaïs Sparesotto : « On a habitué les internautes à des centaines de fonctionnalités inutiles », et en podcast ;
- J’ai été l’invité de Simon Icard du podcast Soluble(s) pour parler IA et EROOM. Simon a publié un article sur LinkedIn et l’audio sur Spotify ;
En vrac
« Une virée à moto en montagne
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