lundi 14 avril 2008

L'homme (Libre) qui plantait du code

Je viens de découvrir le court métrage d'animation L'homme qui plantait des arbres, tiré d'un texte de Jean Giono (plus d'info sur Wikipedia). Jean Giono y raconte la vie d'un vieil homme solitaire en Provence, qui redonne vie à toute une région en y semant des glands de chêne. Le film datant de 1987, est magnifique, très bien servi par la voix off de Philippe Noiret.

Dans l'histoire, un homme ayant perdu sa famille est devenu berger. Il s'appelle Elzéard Bouffier. A ses heures perdues, il plante des glands en vue d'avoir une forêt de chênes. Il n'est pas propriétaire de la terre abandonnée. Il ne sait même pas à qui elle appartient. Il a juste constaté qu'elle était peu propice à la vie, alors il a décidé de faire quelque chose : planter des arbres, pour que la terre s'améliore. La forêt grandit, la vie renaît dans la région.

Il y a un parallèle très intéressant avec Jean Giono, qui a mis le texte de cette nouvelle dans le domaine public, comme il l'explique dans une lettre. Son objectif, en écrivant cette histoire, c'était, je cite, faire aimer à planter des arbres. Jean Giono, dans sa démarche, était désintéressé. Le berger aussi, était désintéressé.

Indécrottable Libriste que je suis, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un rapprochement avec la communauté du Libre. Souvent, mais pas toujours, le Libriste est désintéressé. Mais au lieu de planter des glands, il produit du code. Dans notre monde connecté, où les ordinateurs et le réseau ont un importance croissante, le code est ce qui fait tourner tout cela. Produire le code pour le donner, c'est un acte désintéressé. C'est en quelque sorte offrir une chance à la vie, aux générations futures et à leur liberté.

Vallée d'Auvergne

Vallée d'Auvergne

J'entends déjà ricaner bon nombre de mes lecteurs qui se demandent si je n'ai abusé de l'herbe de provence qui fait rire. Je suis conscient d'être complètement à contre-courant de la tendance blinb-bling / Rolex / pipole / 4x4 du moment, mais je crois fermement qu'aujourd'hui, faire du code Libre, partager son savoir, se battre contre les monopoles, la privatisation des technologies et des réseaux, c'est préparer l'avenir, quitte à passer pour un doux rêveur aux yeux de nos contemporains.

Dans la nouvelle de Giono, le narrateur revient voir le berger qui plante ses glands plusieurs années après, et découvre qu'il y a maintenant une forêt :

Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.

Un peu plus tard....

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner[1]. (...) J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection. (...) C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

Là encore, le parallèle est frappant, entre d'une part l'environnement saccagé par l'homme, qu'Elzéard Bouffier va sauver ; et d'autre part ce qui fait notre avenir : la technologie. Dans les deux cas, on tente de la privatiser en la détruisant, en favorisant l'intérêt à court terme. Chez Giono, ce sont les bûcherons qui font du charbon de bois. En ce début du 21° siècle, c'est la protection de la prétendue "propriété intellectuelle" qui empêchent le partage des idées, qui tentent de contrôler le destin de leurs concitoyens, via les DRM, la prétendue "informatique de confiance", les brevets logiciels, les logiciels propriétaires.

Dans les deux cas, des gens à contre-courant vont préserver l'avenir en écrivant du code Libre, en espérant que la puissance publique fasse son devoir et protège ce patrimoine... Ils oeuvrent pour les générations futures, pour une grande idée, ils en vivent plus ou moins bien, ils aiment ce qu'ils font, mais surtout ce travail les dépasse.

A titre personnel, je me retrouve dans ce personnage. Bien sûr, aujourd'hui Mozilla me verse un salaire, comme environ 159 autres salariés mozilliens, mais aucun de nous n'attend des millions de dollars d'une éventuelle IPO, même si Firefox est valorisé à 4 milliards de dollars... Le fait est que comme Elzéard Bouffier qui n'était pas propriétaire du terrain, nous n'avons pas le contrôle du code. Le code produit est utilisable Librement[2] par tous. Au moment où j'ai monté Mozilla Europe avec Peterv, rejoint par Pascal et d'autres, aucun d'entre nous ne pensait en vivre un jour. Mais on sentait que c'était quelque chose d'important à faire, pour plus tard. Pour le Web. Pour les autres. Bien sûr, c'était intéressant, passionnant, délirant, pour tout dire. Et notre entourage nous le faisait bien sentir (je reviendrai sur ce sujet). Mais surtout, ça nous dépassait. Il fallait qu'on le fasse. Et si ça n'était pas nous, on ne voyait pas qui ça serait. Alors on a plongé, malgré les regards des autres, malgré l'absence de perspectives économiques. Et aucun de nous ne le regrette... Et puis voilà, 4 ans et demi après la création de Mozilla Europe, je découvre le court-métrage de Giono, dont le texte a été écrit en 1953, bien avant l'invention d'Internet, du Web, et même du logiciel. Et pourtant, Giono, pacifiste, idéaliste, moraliste, né à la fin du 19° siècle, avait déjà tracé le chemin de sa plume.

Si vous avez 30 minutes à consacrer à un court métrage extraordinaire, je vous encourage à le regarder et à laisser un commentaire ci-dessous, sur la parallèle entre les Libristes et Elzéard Bouffier, le vieux berger qui a redonné vie à toute une région.

Notes

[1] Note de Tristan : de couper les arbres pour en faire du charbon de bois, qui avait été la raison pour laquelle la précédente forêt avait été détruite, ce qui avait rendu la vie impossible dans la région.

[2] Dans les limites décrites par les licences GPL, LGPL et MPL, sous lesquelles il est mis à disposition.

jeudi 7 février 2008

OCS-Inventory NG

Lors de Solutions Linux, j'ai rencontré l'un des contributeurs au projet OCS-Inventory NG, un logiciel qui permet de gérer un inventaire de parc informatique. Le logiciel est compatible avec les clients Windows, Solaris, Linux, OS X, BSD, etc. Que ceux qui pensent que tous les Libristes sont des barbus à sandales s'apprêtent à réviser leur jugement ;-)

Il est aussi possible de télécharger l'interview sur OCS-Inventory-NG au format MPEG4 (12Mo). La vidéo est sous licence Art Libre.

Merci beaucoup à Pascal pour cette trop courte interview. Vous pensez qu'il faille les faire plus longue la prochaine fois ?

jeudi 22 mars 2007

En vrac

Carte d'europe montrant les parts de marché de Firefox en mars 2007

Carte d'europe montrant les parts de marché de Firefox en mars 2007

vendredi 2 février 2007

Firefox, Thunderbird et OpenOffice.org pour 175 000 lycéens !

Non, vous ne rêvez pas ! C'est le Conseil Régional d'Ile de France qui vient d'annoncer que des clés USB seraient distribués aux lycéens de Seconde et aux apprentis. Dessus, des logiciels Libres en version portable, de façon à leur permettre d'avoir avec eux tout leur environnement bureautique, dans leur poche !

En substance : c'est énorme :-D

mardi 30 janvier 2007

Les Directeurs des Systèmes d'Information votent pour le logiciel Libre

Un dossier spécial Open Source[1] vient de paraître dans Le Monde Informatique daté du 26 janvier (N° 1142). La conclusion, affichée en couverture, tient en 4 mots :

Bilan : un verdict positif.

Et comment ! Voici un petit florilège de citations qui devraient vous inciter à acheter ce numéro en plusieurs exemplaires pour le faire circuler au bureau ! (l'emphase des citations ci-dessous est de mon fait).

Avantage économique

Bertrand Bigay, DSI et fondateur de Cityvox :

Les grands éditeurs de solutions propriétaires ont du souci à se faire devant le gain économique généré par l'Open Source. Il leur faudra trouver une valeur ajoutée qui soit en mesure de justifier coût et enfermement.

C'est un vrai plaisir de constater qu'un DSI a compris qu'au delà du coût de fonctionnement, il y a un coût d'enfermement. (en fait un coût de migration au cas où vous êtes pris en otage par votre fournisseur). Bravo !

Liberté de choix

Gagne-t-on en indépendance avec le Libre ? Peut-on bénéficier d'un partenaire au cas où on n'a pas les ressources en interne ?

Lorsqu'on ne possède pas à l'Open Source et qu'on ne possède pas les compétences en interne, on établit une dépendance vis-à-vis de la SSII qui apportera les ressources et l'expertise nécessaires pour accompagner la migration et le déploiement. Reste qu'il est préférable d'être lié à un partenaire de proximité à taille humaine que de tomber sous la coupe de géants tels que les grands éditeurs.

... ne serait-ce que quand il s'agit de négocier les tarifs...

Conditions de licences

A propos des licences, et de la GPL en particulier, Bertrand Eteneau, DSI de Faurecia, déclare :

La publication des modifications effectuées dans des logiciels sous GPL ne me pose pas de problème. Au contraire, c'est un véritable avantage de pouvoir bénéficier des travaux réalisés par les autres. (...) Certaines licences commerciales sont scandaleuses, notamment chez Oracle ou Microsoft, d'autres plus raisonnables.

(on m'informe que M. Eteneau est demandé au téléphone par un certain Steve B. ;-)

Sécurité

Christophe Leray, DSI du PMU :

Ouvrir le code pour montrer la conception des logiciels garantit un bien meilleur niveau de sécurité.

Contrôle des budgets

Didier Lambert, DSI d'Essilor et président du CIGREF

(...) le modèle libre contribue à répondre à une de nos principales préoccupations, celui d'mpêcher les situations monopolistiques qu'il s'agisse de monopole ou de duopole bien géré, aux dépens de nos budgets.

Interopérabilité et standards

Encore Didier Lambert :

Les deux seules choses qui importent pour nous (les DSI), ce sont l'interopérabilité et les standards. C'est dans ce sens que le phénomène du libre nous intéresse. Tant dans son approche, qui donne la priorité à l'interopérabilité, que dans la façon dont il pousse Microsoft, par exemple, à publier ses formats bureautiques sous la forme de standards. En tant que DSI d'Essilor, j'ai fait participer mon entreprise à la définition du standard Open XML du nouveau MS Office. Ce que je veux, c'est avoir toutes les garanties que des milliers de documents déjà produits seront lisibles par tous et que les futurs le seront aussi tant par MS-Office et OpenOffice(.org).

Notes

[1] Mais pourquoi s'entêter à dire Open Source alors qu'on a en français l'expression logiciels Libres, qui a le mérite d'être 1 - en français, et 2 - sans équivoque ? (Qu'en anglais, on évite free software pour éviter la confusion entre liberté et gratuité, je comprends, mais en français ?

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