
Les vacances furent bonnes ?
C’est la question que tout le monde pose à tout le monde. C’est normal, c’est la rentrée. Sauf que j’ai passé des vacances de merde. Et je me retrouve donc face à une alternative : soit je mens et je dis “très bien, et toi ?” et on passe à autre chose, soit je dis la vérité et j’étale ma colère.
Manque de bol pour les gens dont je suis proche, avec lesquels j’ai une relation franche, j’ai tendance, avec eux, à opter pour la 2e solution. Mais pourquoi ai-je passé des vacances pourries ?
C’est simple, la première vague de chaleur, avant même l’été, m’a mis en rogne. Ce qu’il faut savoir, c’est que d’une part je ne supporte pas la chaleur et d’autre part mon appartement monte rapidement en température. Je n’habite pas sous les toits (spéciale dédicace à Yann Barthès qui aurait mieux fait de se taire), mais c’est tout comme. Franchement, une vague de chaleur si tôt dans l’année, ça augurait mal. Et ça s’est confirmé : les vagues de chaleur, les canicules, se sont accumulées. La sécheresse s’est installée, et c’était visible au quotidien. On battait des records de température, des records de durée presque quotidiennement. Par dessus ça, les multiples feux de forêts nous ont tenu en haleine. Ça n’est pas juste qu’il faisait beaucoup trop chaud, mais des villages, des maisons, des campings étaient menacés et disparaissaient.
Là dessus, j’ai du annuler mon voyage à vélo prévu en Bretagne. On avait pourtant choisi la Bretagne précisément pour éviter la chaleur. C’était loupé. Alors on a décidé de faire plus court, avec moins de kilomètres et en Normandie à la place. Encore loupé. Nous avons eu le droit à la canicule et fait de ce fait beaucoup moins de kilomètres que prévu. Il y a eu des fois où, avec 35°C et un vélo chargé de bagages et un soleil de plomb, je ne pouvais juste pas pédaler (cardio dans le rouge), et donc obligé de pousser le vélo pendant plusieurs kilomètres. Pas exactement des vacances de rêve.
En fait, c’était pénible, mais c’était amplifié par deux choses. La première, c’est la solastalgie, la souffrance de voir s’abimer des endroits que j’aime, et donc de devoir en faire le deuil.
La deuxième chose qui s’est combinée et a amplifié la douleur, c’est que ça fait des années que j’aborde ces sujets, que j’ai fait évoluer ma carrière dans ce sens. Il y a quelques années, juste après le COVID, j’ai cru que les gens allaient enfin s’intéresser au sujet du changement climatique et des limites planétaires. En 2026, il est devenu clair que ça n’avait été qu’une mode, forcément passagère, et qu’on était revenu comme avant à prôner la croissance infinie dans notre monde fini, il faut dire que l’IA, c’est beaucoup plus excitant que l’écologie. Bref, j’ai aussi du faire le deuil de ma capacité à pousser l’écologie dans mon métier et dans les entreprises. Et franchement, le deuil, c’est super pénible.
Voilà pourquoi j’ai passé des vacances de merde. Alors, si vous me posez la question, sachez que je pourrais bien vous raconter tout ça. Ou vous envoyer lire cet article sur le Standblog ?
À lire aussi sur le même sujet
- Les limites planétaires et l’IA (2024) ;
- Pourquoi ne fait-on rien face aux enjeux écologiques ?, l’explication imparable de Cyril Dion (2025) ;
- Le Syndrome de Pénélope (2007) ;
- Dr Jekyll, le syndrome de Pénélope et le climat (2009) ;
- 7 milliards de surendettés (2003) ;


6 réactions
1 De Franck - 10/09/2026, 14:33
Ué, saynul toutes ces cramicules ! Sauf en Bretonnie du Sud où ça reste encore presque supportable :-p
2 De Tristan - 10/09/2026, 15:18
Tu parles : au début les vacances à vélo étaient prévues entre La Baule et Carnac. C’est pas tout en Bretonnie, mais presque ! Le reste du temps, j’ai fait du télétravail depuis la Normandie, franchement on allait pas se plaindre par rapport au reste de la France. Par contre, j’ai fait une virée à moto Cantal Dordogne Haute-Vienne au départ de Paris, il y a eu des jours où je préférais ne pas rouler car le bitume fondait et le trajet à moto était trop dangereux (et chaud) à mon goût… S’ils nous privent aussi de moto pendant l’été, rien ne va plus !
3 De karl - 10/09/2026, 15:19
Courage à toi. :/
C’est particulièrement frustrant quand on tente de faire avancer une changement d’état d’esprit et que tout le monde s’en cogne.
4 De Tristan - 10/09/2026, 15:20
Merci Karl, je sais que toi-même tu sais !
5 De Maël - 12/09/2026, 23:32
Je comprends le côté vacances de merde. Ca a été pareil pour moi, à ceci près que je n’avais pas encore pris conscience de ce qu’était réellement le changement climatique. Je me le suis pris en plein dans la gueule et ça fait mal, surtout quand on a quand même l’impression de faire sa part d’effort et d’adaptation. Je sais pas ce que je vais faire ni comment, mais j’ai beaucoup avancé sur la question. Et pour avancer, il a fallu accueillir avis, influences, idées, concepts et solutions de ceux qui ont réfléchi avant. Tu fais partie de ceux-là, ceux qui réfléchissent plus vite que moi, donc merci et désolé de m’éveiller si tardivement.
Et pour avoir passé la majeure partie de l’été en Bretonnie méridionale (celle que l’on appelle l’orient sans apostrophe), je peux assurer que c’est dans ce que l’on appelait jadis les côtes septentrionales que l’air était le plus respirable… À condition d’avoir une rangée de chênes à disposition, mais les rangées d’arbres me paraissent plus nombreuses sur la côte d’émeraude qu’ailleurs. A bon entendeur, kenavo.
6 De Gilda - 13/09/2026, 20:19
Ce billet fait écho à une réflexion que je me faisais hier soir en revenant d’une soirée où j’ai revu d’ancien·ne·s. camarades de promo, pour la plupart perdu·e·s de vue non par choix mais par vies trop chargées, et particulièrement par le travail. Entre temps grâce à l’internet j’ai plutôt fréquenté des personnes qui partageaient des écrits et des photos, et la plupart de ces personnes étaient et sont très conscientes des enjeux écologiques et de combien dans un système économique de la croissance infinie est condamné à aller dans le mur.
Ça m’a fait tout bizarre de constater que bah, sur un échantillon de vieilles et vieux comme moi, alors oui, OK un peu d’écologie, quand on peut prendre le train au lieu de l’avion on le fait, mais surtout pas au point de remettre les choses en cause. Et que des choses évidentes pour moi, dont le fait que l’été écoulé n’est pas une exception mais le début de la nouvelle façon dont seront en France les étés, étaient pour la plupart d’entre eux quelque chose de type, peut-être mais ça se discute.
À la différence de toi, je n’ai pas fait grand chose pour tenter de faire évoluer les choses, je n’ai comme pouvoir que d’éviter d’utiliser la voiture et fermer la clim du bureau le soir en partant, des bricoles, mais je partage la déception d’avoir cru que tout le monde avait enfin pigé, alors qu’en fait : ben non.