jeudi 15 novembre 2018

Mieux travailler en équipe avec l'alliance co-créée

Il y a un outil que j’ai appris à utiliser il y a quelques années[1] et qui m’est vraiment très utile, au point que je me demande pourquoi il n’est pas enseigné dès le lycée, tellement il est simple et applicable dans toutes les situations.

Le problème

Quand on travaille avec quelqu’un sur un projet, il y a toujours un truc qui finit par coincer. C’est inévitable : on doit faire face à des surprises, des incompréhensions, des malentendus, et ça crée des aigreurs, de la perte de temps, parfois de la rancoeur.

Très souvent, ça vient du fait qu’on n’a pas pris le temps de discuter du projet avant de le commencer, et qu’on a tendance à imaginer que l’autre pense comme nous.

La solution : l’alliance co-créée

La solution est super simple, et on l’a appelée Alliance co-créée ou (Designed Alliance en anglais). Ça consiste à passer quelques minutes avec le/la/les collègue(s) qui vont travailler ensemble pour faire ensemble une alliance co-créée. On se pose ensemble dans une salle de réunion, si possible avec un paper-board. On désigne un animateur, peu importe qui. Objectif : poser quelques questions, y répondre, dégager un consensus parmi les participants, noter le consensus, passer à la question suivante. Parfois, le consensus est une liste de points listés par les participants

Les questions

  1. Quel est l’enjeu de ce projet pour moi, pour le groupe ? (Variante : comment définit-on le succès de ce projet ?) Question fondamentale et sujet de bien des malentendus, car chacun a un enjeu dans la réussite du projet qui est un peu différent de celui des autres. Apprendre un nouveau domaine ? Consolider sa place dans un nouveau poste ? Avancer vite pour pouvoir passer à un truc plus passionnant ou plus stratégique ? C’est très variable et c’est important de mettre ça sur le tapis. En plus, c’est inspirant : ça permet de commencer le projet d’un bon pied, avec optimisme.
  2. De quoi ai-je besoin pour que ça se passe bien ? C’est une question importante et qui nécessite de bien se connaître pour y apporter une réponse rapide. Par exemple, à titre personnel, j’ai besoin de bienveillance, de bonne humeur et d’esprit d’équipe.
  3. Qu’est-ce qu’il faut savoir pour bien bosser avec moi ? Ca peut être les choses que je ne supporte pas, ou mes habitudes. Par exemple : “Je suis distrait, j’oublie parfois des choses, il ne faut pas hésiter à me rappeler des trucs si on n’est pas sûr que j’ai bien noté. Promis, je ne me vexerais pas !”
  4. Quels outils va-t-on utiliser pour se coordonner ? L’occasion de parler des mails, des SMS, du téléphone (si on aime ou pas), si on préfère les réunions IRL. Il peut y avoir un petit aspect négociation dans cette question (et dans d’autres), pour se mettre d’accord.
  5. Comment on fait si ça ne se passe pas bien ? Dans tous les projets, même avec l’alliance co-créée, il va y avoir des malentendus, des bévues, des erreurs, de la frustration. Comment fait-on pour en parler ? Pour ma part, je préfère qu’on en parle le plus vite possible, honnêtement, sans témoins, si possible IRL ou sinon au téléphone, mais surtout pas par mail. Et si possible avec bienveillance ;-) [2].

Cette liste de questions n’est pas exhaustive : on peut en rajouter d’autres si nécessaire, demander à la cantonade si quelqu’un en a une à poser au groupe, et on y répond. En substance, l’idée de fond est d’aborder les points nécessaires avant de commencer à travailler ensemble.

Ensuite, on relit le paper-board ensemble pour valider qu’on est tous d’accord. Le modérateur transcrit le document et l’envoie par mail aux participants. On convient de mettre à jour l’alliance ainsi co-créée chaque fois que nécessaire, aussi bien pour enlever ce qui n’est plus nécessaire que de rajouter ce qui mérite de l’être. L’alliance co-créée pour le projet est un document vivant ! Pour chaque nouveau projet, on refait une alliance. Avec l’habitude, ça vient super vite !

Les domaines d’application

L’alliance co-créée est utilisable dans toute la vie. Au boulot, bien sûr. Je l’ai utilisée chez Mozilla (où j’ai appris l’outil), chez Cozy, chez Qwant. Mais c’est aussi très utile avec son conjoint (ça m’a sauvé plusieurs fois en particulier pour des soirées où nous n’avions pas les mêmes envies) et ses enfants. C’est simple, c’est super efficace. Ce qui est important, c’est que ça marche mieux avant de commencer un projet : ça n’est pas un outil à utiliser pendant une crise…

Notes

[1] Chez Mozilla, j’ai suivi le cycle de formation en coaching CTI.

[2] Un de ces jours je ferai un billet sur la Communication Non Violente. J’aime l’approche de David Servan-Schreiber : “le premier principe de la CNV est de remplacer tout jugement par une observation objective, afin d’éviter les réactions habituelles de son interlocuteur face à une critique. Le second principe est d’éviter tout jugement sur son interlocuteur pour ne parler que de ce que l’on ressent, l’autre ne pouvant contester cela. L’effort consiste alors à décrire la situation en commençant ses phrases par « je », pour être « dans l’authenticité et l’ouverture »”

mardi 18 juillet 2017

La fable des deux chiens

C’est l’histoire (extraite d’un livre de Raphaëlle Giordano) d’un homme qui va trouver un sage pour apprendre auprès de lui :

— Dites-moi, vous qui êtes sage, qu’est-ce qu’il y a dans votre esprit ?

— Dans mon esprit, il y a deux chiens, un noir et un blanc. Le noir est le chien de la haine, de la colère et du pessimisme. Le blanc est celui de l’amour, de la générosité et de l’optimisme. Ils se battent tout le temps.

Le disciple fut un peu surpris.

— Deux chiens ? Qui se battent ?

— Oui, pratiquement tout le temps.

— Et lequel gagne ?

— Celui que je nourris le plus.

dimanche 14 mai 2017

Syndrome de l'imposteur

J’ai une petite baisse de moral ces jours-ci, et je tombe (par hasard ?) sur un texte sympa écrit en anglais et que je traduis ici.

Voici ce que raconte Neil Gaiman, célèbre auteur de la fameuse BD Sandman entre autres, à propos du syndrome de l’imposteur (le fait de se sentir nul au milieu de gens bien meilleurs) :

Voici quelques années, j’ai eu la chance d’être invité à un rassemblement de gens connus : artistes, scientifiques, auteurs et inventeurs de tas de choses. J’avais l’impression qu’à tout moment ils allaient découvrir que je n’avais pas le droit d’être ici, au milieu de tous ces gens qui avaient vraiment fait tant de choses.

Le deuxième ou troisième soir sur place, j’étais debout au fond de la salle pendant une performance musicale, et j’ai commencé à parler à un vieux monsieur très poli à propos de plein de choses, comme le fait que nous nous portions tous les deux le prénom Neil. Il fit un geste désignant cette salle pleine de gens et m’a dit un truc du genre « je regarde tous ces gens et je me dis, mais qu’est-ce que je fais là ? Ils ont fait des tas de trucs incroyables. Moi, je n’ai fait qu’aller là où on m’a envoyé. »

J’ai répondu : « c’est vrai, mais quand même vous étiez le premier homme sur la lune, ça n’est pas rien ! »

Et je me suis senti un peu mieux. Si Neil Armstrong se sentait comme un imposteur, peut-être que c’est le cas de tout le monde. Peut-être qu’il n’y a pas de surhommes, que des gens qui ont bossé dur, ont aussi eu de la chance et ont eu du mal à garder la tête hors de l’eau, tous ayant fait du mieux qu’ils pouvaient, ce qui est vraiment la seule chose qui compte.

Mise à jour :

Lors du déjeuner, je me suis souvenu de cette vanne fort peu charitable, mais amusante tout de même :

Le jour où tu as un coup de mou, où tu ne te sens pas à ta place, souviens-toi que David Douillet a été ministre !

mardi 31 janvier 2017

Peter Thiel et Koober.com

J’ai essayé le service Koober.com, un site qui propose moyennant un abonnement de 8€/mois de lire ou d’écouter le résumé de certains best-sellers. C’est mon collègue Pierre qui me disait ce matin “ah, j’ai commencé à écouter From Zero to One de Peter Thiel sur Koober”. Et ça m’a motivé. D’une part, Peter Thiel est sur mon écran radar car je suis la politique américaine (C’est le soutien de Trump de plus visible de la Silicon Valley, il l’a conseillé pendant la phase de transition précédant l’investiture, et il est au coeur du scandale Hulk Hogan / Gawker) et d’autre part j’avais entendu parler du livre et je me demandais s’il y avait des choses à y apprendre, sans pour autant passer plusieurs heures de mon temps dessus.

Bref, je m’inscris sur Koober et j’installe leur application sur mon smartphone et c’est parti pour écouter dans le métro un résumé audio de Zero to One en 32 minutes.

Pour être clair, je n’ai pas aimé du tout, mais l’énervement suscité par l’écoute m’a poussé à deux choses : 1 — Aller jusqu’au bout du livre et 2 — écrire ce billet. Ca n’est pas rien !

J’ai donc détesté, mais je ne saurais pas bien dire pourquoi. Ce que j’ai entendu pendant 32 minutes, c’est une belle voix masculine grave qui parle lentement me débiter des platitudes sur les start-ups avec une régularité de métronome, un peu comme si Peter Thiel les enfilait comme des perles qui seraient autant de clichés sur l’entrepreneuriat.

Une fois de temps en temps, alors qu’on pourrait avoir tendance à s’assoupir, Thiel change de couleur de perle et au lieu de sortir une platitude, il décide de balancer une énormité sans crier gare. Quelques conneries entendues dans le livre :

  • Il faut que votre équipe soit homogène au maximum, il faut que les gens pensent tous la même chose[1] ;
  • Le télétravail est incompatible avec une start-up, idem pour le travail à temps partiel ;
  • Une situation de monopole est bonne pour l’innovation ?!
  • La rumeur dit que Palantir aurait aidé à trouver Ben Laden. AAAAAAhhhhhhhh. Le fondateur qui relaye par écrit des rumeurs flatteuses sur sa boite sans confirmer ni infirmer, c’est quand même le summum de la malhonnêteté intellectuelle !

Bref, j’ai passé deux sales quarts d’heure, mais dans un sens, c’était finalement distrayant.

Il me faut être honnête et préciser quelques points :

  • Il n’est pas impossible que l‘a priori négatif que j’ai sur Thiel ait joué sur mon expérience ;
  • J’ignore si la forme résumée, qui implique la suppression de la plupart des anecdotes du récit, n’est pas la source du préjudice ;
  • Je n’ai pas l’habitude d’écouter des audiobooks, donc peut-être qu’on s’y fait.
  • Il est probable que la diction monotone du lecteur ait eu un effet négatif sur mon expérience.

Enfin, ce n’est pas parce que cette expérience fut mauvaise qu’il faut éviter le service Koober.com. En effet, la promesse de pouvoir comprendre les grandes lignes d’un livre le temps d’un trajet de métro a beaucoup de valeur à mes yeux (ça veut infiniment mieux qu’une n-ième partie de 2048 ou de Candy Crush Saga). Je vais essayer d’autres livres audio chez Koober, le temps que s’écoule la période d’essai. On verra ensuite si je prolonge l’utilisation du service, quitte à lire “en vrai” les livres dont le résumé m’aura interpelé…

Et vous, vous avez essayé Koober ? Si oui, quelle est votre expérience avec le service ?

Mise à jour le lendemain :

Depuis la rédaction de ce billet, j’ai écouté deux autres AudioKoobs :

Une bonne nouvelle : l’expérience a été bien meilleure avec ces deux autres livres qu’avec le premier ! Difficile de dire pourquoi… Est-ce la qualité du livre de départ, la qualité de son résumé, le ton de son lecteur ? La biographie d’Elon Musk semblait bien plus vivante que le navet de Peter Thiel, même si le lecteur avait le nez un peu bouché.

Pour ce qui est du livre de psychologie, il faut savoir que l’original est très long et que l’auteur met longtemps d’avant d’arriver au fait. En version résumée audio, il faut parfois bien s’accrocher pour suivre (pas toujours facile dans le métro, quand il s’agit de descendre à la bonne station ou de prendre la bonne sortie !) mais on a le mérite de la concision et de la synthèse, à se demander finalement si l‘audiokoob n’est pas meilleur que l’original !

En conclusion, l’offre Koob semble plus alléchante que je ne le pensais : et si j’arrivais à lire absorber deux livres par jour pendant mes trajets de métro ? Voilà une idée carrément séduisante ! J’imagine assez bien que j’achèterais les livres dont les résumés m’ont semblé les plus intéressants pour les lire à tête reposés…

Mise à jour du 9 février 2017

Ma période d’essai étant terminée, j’ai finalement décidé de prendre un abonnement mensuel à Koober (si vous vous abonnez avec ce lien, ça vous fait économiser sur le prix et ça peut me donner des mois gratuits). Je compte mettre ce billet à jour suite à mon expérience.

Note

[1] De la part d’un mec qui a des opinions politiques tranchées et très différentes de son entourage géographique, en plus de faire partie d’une minorité sexuelle, ça ne manque pas d’air !

vendredi 30 décembre 2016

4 leçons de vie

Coucher de soleil depuis le pont de Bir-Hakeim

Ça fait longtemps (plus d’un an !) que je n’ai rien publié dans la catégorie Life Hacking, et je me dis que c’est une bonne façon de terminer 2016.

Nataly Kogan a publié une liste de 40 leçons de bonheur qu’elle aurait voulu connaître plus tôt, et c’est une belle liste. Voici 4 items parmi 40 que je retiendrai, 4 choses que j’ai apprises tardivement et que tout le monde gagnerait à savoir :

  • On ne peut changer que soi-même. Ni les autres, ni les relations, que soi-même. Si tu veux changer quelque chose, y compris le monde, commence par toi-même.
  • Les gens s’intéressent bien moins qu’on ne le pense à ce que tu fais ou ce à quoi tu ressembles. Nous sommes surtout préoccupés par nous, alors arrête de t’inquiéter de la façon dont tu es perçu et vis ta vie.
  • Être vulnérable n’est pas être faible, mais ça te rend vrai. Sois vrai. C’est un cadeau pour toi et aussi pour tous ceux qui sont autour de toi.
  • Prends soin de toi. Ça n’est pas égoïste, c’est ta responsabilité envers les personnes que tu aimes. Il n’y a aucune gloire à être un martyr.

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