vendredi 11 avril 2014

Bienvenue à Axelle Lemaire

Comme tu le sais sûrement, cher lecteur, Axelle Lemaire vient d’être nommée secrétaire d’état au numérique. A cette occasion, le JDN publie un article intitulé Les personnalités du Web interpellent Axelle Lemaire. Pour ma part, j’ai proposé ceci :

  • Un choix politique en faveur de la neutralité d'Internet
  • Des mesures visant à favoriser le logiciel libre dans l'administration
  • L'utilisation de formats standards non-propriétaires dans les échanges entre l'administration et les citoyens
  • Des mesures favorisant l'accessibilité et les bonnes pratiques du Web telles que préconisées par Opquast.com
  • Des mesures fiscales favorisant encore plus les créateurs de start-ups
  • Des investissements sur le Très Haut Débit

J’ai oublié des choses, en particulier sur le thème de l’éducation et de la littératie numérique. Et vous, qu’auriez-vous proposé en plus ? Dites le moi dans les commentaires ci-dessous !

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mardi 28 mai 2013

Neutralité du Net aux USA

Julius Genachowski, patron de la FCC (Federal Communication Commission) termine son mandat. Il a donné son avis sur la neutralité du Net :

Net neutrality was essential for our economy, it was essential to preserve freedom and openness, both for economic reasons and free speech reasons and the government had a role in ensuring that Internet freedom was protected. And so, we jumped into that discussion and it took a number of months, a lot of heated back and forths, but ultimately we adopted a framework to preserve the freedom of openness of the Internet.

Version française, par mes soins :

La Neutralité du Net était essentielle pour notre économie. Elle était essentielle pour réserver la liberté et l'ouverture, aussi bien pour des raisons liées à l'économie qu'à la liberté d'expression. Le gouvernement a eu un rôle à jouer en s'assurant que la liberté d'Internet était protégée. Aussi, nous avons participé à la discussion, laquelle a pris plusieurs mois avec des aller-retours houleux. Mais au final, nous avons adopté un cadre qui préserve la liberté et l'ouverture d'Internet.

Voilà qui conforte la démarche du groupe de travail Net Neutralité du Conseil National du Numérique

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mardi 12 mars 2013

L'avis du CNNum sur la Neutralite du Net

Ce matin, le Conseil National du Numérique remettait à Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, son avis et un rapport sur la neutralité du Net. En tant que membre du groupe de travail Neutralité du Net, j'étais convié à cette présentation, où l'avis du CNNum a été présenté.

Dans le bureau de la ministre, remise du rapport

Le groupe de travail sur la neutralité du Net

L'avis et le rapport ont été rédigés par le groupe de travail Neutralité du Net, sous la direction de Christine Balagué (Institut Mines-Telecom), avec l'aide de Jean-Baptiste Soufron (secrétaire général du CNNum), composé des membres suivants :

L'avis

On retiendra de l'avis que :

  • La neutralité du Net est menacée par les pratiques de filtrage, de censure, de ralentissement et de blocage ;
  • Pour être protégée, la neutralité du net doit être intégrée dans la loi française, avec une valeur quasi-constitutionnelle ;
  • Le CNN propose donc une solution visant à modifier la loi de 1986, posant ainsi le principe de neutralité du Net. Les modifications recommandées sont :
    • changer le titre de la loi de 1986 pour l'intituler "loi relative à la liberté d'expression et de communication » et non pas seulement « loi relative à la liberté de communication".
    • dans le deuxième alinéa de l'article premier de la loi de 1986, indiquer : "La neutralité des réseaux de communication, des infrastructures et des services d’accès et de communication ouverts au public par voie électronique garantit l’accès à l’information et aux moyens d’expression à des conditions non-discriminatoires, équitables et transparentes."[1]

Trois autres points importants dans l'avis :

  • En tant que liberté fondamentale, son application doit être contrôlée directement par le juge (comprendre : pas de justice privée par les intermédiaires techniques)
  • A travers la liberté de communication et d’expression, le principe de neutralité valorise la liberté de création et d’innovation, et contribue à la citoyenneté numérique. (partie qui justifie l'avis et est amplement développée dans le rapport)
  • Son application doit être continuellement adaptée à l’innovation technologique, à la transition économique et à l’évolution des usages, notamment en direction des mobiles, du pair à pair et des objets connectés. (On va au delà de la neutralité des "tuyaux", en l'étendant aux "services d'accès". La neutralité des tuyaux est bien comprise. Il va par contre falloir définir ces services d'accès avant de déclarer leur neutralité).

Neutralité limitée aux tuyaux ou au-delà ?

Il y a un point qui a provoqué beaucoup de discussions au sein du CNNum, c'est de savoir s'il fallait se limiter à la neutralité des réseaux de communication ouverts au public ou s'il fallait étendre cela aux "service d'accès aux autres services". J'étais en faveur d'une réglementation a minima, focalisée sur la neutralité des réseaux, mais le consensus au sein du CNNum l'a emporté en faveur de l'inclusion des services d'accès aux autres services. L'idée est que ces services d'accès aux autres services sont de facto une extension logicielle des tuyaux. Ainsi, au lieu de légiférer pour protéger une neutralité qui est historique, on cherche à définir une voie vers la neutralité de ces services d'accès aux autres services. C'est une approche plus audacieuse, plus orientée vers le futur, et c'est celle qui a été choisie. Le choix d'une approche plus limitée aurait aussi eu comme défaut de se focaliser uniquement sur les fournisseurs d'accès à Internet, qui sont français, en laissant toute liberté aux acteurs internationaux qui gèrent les services d'accès. Une telle approche limiterait probablement les chances qu'une telle loi de passer en l'état...

Mon opinion personnelle

Je suis ravi de l'avis donné par le CNNum. J'ai participé au groupe de travail malgré un emploi du temps très chargé (Firefox OS, Mobile World Congress…) en ce moment, car je suis un fervent partisan de la neutralité du Net et que j'estime qu'elle est menacée. Voir le CNNum voter à l'unanimité en faveur de cet avis est un signal fort.

J'espère que le législateur va implémenter ce que nous recommandons, et que ça va donner à la France une impulsion pro-Internet qui sera en contraste fort avec les lois sur Internet qui faisaient parler de nous à l'international (HADOPI, LOPPSI et avant DADVSI).

Le rapport, dont l'intérêt est d'expliquer l'enjeu de l'avis est un plaidoyer en faveur d'un Internet Libre et Ouvert. On y retrouve des concepts chers aux "barbus de l'Internet", dont l'excellent Benjamin Bayart, que je remercie ici pour avoir pris le temps de mettre sa réflexion par écrit, ce qui m'a permis de la diffuser au sein du CNNum pour alimenter nos discussions. On retrouve donc dans le rapport la notion d'"Innovation sans permis", ou l'idée que les adresses IP sont égales en droit (il n'y a pas d'adresses "spéciales pour les serveurs" et d'autres "spéciales pour les clients").

On retrouve aussi des idées communes à Bernard Stiegler[2] et moi quant à la nouvelle révolution industrielle et la participation de tous à la métamorphose numérique de la société, idées que partagent beaucoup de Libristes et de défenseurs des libertés des citoyens sur Internet.

Au final, cet avis et ce rapport nous auront fait travailler sous la pression, mais pour obtenir un résultat qui est au delà de mes espérances :

  • L'unanimité du conseil
  • Une recommandation qui met la neutralité quasiment au niveau constitutionnel
  • La prise en compte des contraintes des acteurs économiques

Quelques liens

Dans la presse

Notes

[1] Pourquoi ne pas parler simplement de Neutralité de l'Internet ? Benjamin Bayart l'explique très bien : "Il suffit que l'offre commercialisée s'appelle « abonnement data Orange » ou « Orange Connect » et il n'y a plus aucune obligation. Il suffit de dire « dessert lacté » pour échapper aux contrôles sanitaires obligatoires quand ça s'appelle « yaourt »".

[2] Exprimée par exemple au sein d'Ars Industrialis.

[3] On notera que le rapport a été écrit sous LibreOffice 3.5 et que l'ordinateur de JB Soufron tourne sous Linux. Comment douter du contenu ? ;-)

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mardi 15 janvier 2013

Table ronde sur la neutralite du Net

Fleur Pellerin à la table-ronde sur la neutralité du Net à Bercy

Ce matin, j'étais à Bercy pour assister à la table ronde sur la neutralité du Net. Les discussions furent relativement intéressantes (des longueurs tout de même), et à mon goût certains aspects ont été trop peu abordés, notamment en faveur de propos sur l'économie :

  • Internet est un bien commun
  • L'accès à un Internet neutre devrait être un droit fondamental, comme le droit de se déplacer comme on le souhaite, ou le droit de s'exprimer.

La conclusion de la ministre, Fleur Pellerin, est de demander au Conseil National du Numérique, qui sera nommé vendredi, de donner son avis sur l'opportunité de faire une loi sur ce sujet.

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dimanche 13 janvier 2013

Mon coming-out

Aujourd'hui, 13 janvier 2013, c'est la "Manifestation contre le mariage homo" à Paris. et c'est aussi un bon moment pour révéler aux lecteurs du Standblog un secret de polichinelle un peu honteux.

Je suis catho.

Je suis catho, et ça n'est pas facile à vivre. Mais pour moi, être catho n'est probablement pas ce à quoi vous pensez. Et si je vis mal cet état, ça n'est probablement pas non plus pour les raisons que vous imaginez.

Je suis né au milieu des années 60, d'une famille de la bourgeoisie parisienne. Baptème, école primaire chez les soeurs, première communion et profession de foi, collège chez les frères. Mariage à l'église. Mon besoin de spiritualité, cette recherche spirituelle que je revendique, a été naturellement encadré par la religion dans laquelle j'ai toujours baigné. Ma foi est catholique, parce que c'était évident que ça ne pouvait pas être autre chose, vu l'environnement.

Avoir des aspirations spirituelles est passablement mal vu en ce début de 21° siècle. En effet, on a tendance à mélanger religion, Église, dogmes et foi et par là même, à jeter le bébé avec l'eau du bain. Alors on apprend à courber l'échine face à l'animosité ambiante contre tout ce qui est religion et spirituel. On ferme sa gueule. On aborde le sujet avec crainte. On ne cherche surtout pas à convaincre qui que ce soit.

Malgré tout, j'essaye de vivre ce en quoi je crois. Mon implication dans les formats ouverts, le logiciel Libre découle de ma foi et la nourrit. Je crois qu'il est de mon devoir de construire un monde meilleur, reposant sur le partage, l'empowerment de mes concitoyens, le respect de l'autre (en n'essayant pas de contrôler, en particulier pour ce qui est de sa vie numérique). Ca n'est pas un propos très populaire, alors je le tais. C'est pour cela qu'en plus de 4200 billets ici sur le Standblog, vous n'avez probablement pas entendu parler de cette facette de ma vie.

Mais ce silence ne peut plus durer, car il est pénible à vivre. En effet, la manifestation qui a lieu en ce moment même révèle à quel point mes coreligionnaires peuvent se montrer intolérants et rétrogrades, dans le cas présent en faisant preuve d'une homophobie qui ne dit pas (toujours) son nom.

J'ai de nombreux amis et collègues homosexuels. Je ne me sens pas le droit de leur interdire le mariage civil. Qui serais-je pour leur interdire cela ? De quel droit pourrais-je décider cela ? L'article premier de la déclaration universelle des droits de l'homme indique-t-il que "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (sauf les homos)" ? Non.

Je crois au respect de l'autre quel que soit sa couleur de peau et son orientation sexuelle. C'est une valeur fondamentale pour moi, en tant que citoyen et en tant que croyant. Que d'autres, se revendiquant de la même religion, aient un réflexe de rejet, d'homophobie, une contraction morale, une telle attitude réactionnaire m'afflige et m'indigne au plus au point.

Être catho en 2012 n'était pas facile. En 2013, c'est devenu beaucoup plus difficile.

Et d'ailleurs, je me demande si je me reconnais désormais sous ce terme. En d'autres lieux, en d'autre temps, ma recherche spirituelle aurait pu s'orienter vers d'autres religions ou d'autres philosophies. Faut-il que je continue à m'accrocher au catholicisme ? J'y ai rencontré des personnes formidables, respectueuses de l'autre. Il serait fort dommage que les gens ordinaires qui vivent leur foi catholique sans bruit et de façon authentique et généreuse soient mis dans le même sac qu'un groupe bruyant animé par la peur et exprimant l'intolérance. Alors aujourd'hui, je suis toujours catho, juste encore un peu moins fier de l'être.

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