jeudi 11 décembre 2014

Edward Snowden en France

Hier, Edward Snowden, lanceur d'alerte qui a révelé la surveillance de masse de la NSA à l'échelle de la planète, était l'invité d'Amnesty International au théâtre de la Gaité Lyrique. Dans une interview de 30 minutes, il s'est avéré particulièrement précis dans ses propos. Je recommande vraiment le visionnage de la vidéo (en anglais ou en français) ou la lecture de la version texte. Un grand moment d'intelligence.

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mercredi 11 juin 2014

Tribune dans Les Echos

J'ai écris une tribune qui a été publiée aujourd'hui dans Les Echos (édition Web et papier). La voici, pour la postérité :

Stratégie numérique : ne nous trompons pas de combat

Arnaud Montebourg a récemment lancé l'idée de la construction d'une « stratégie numérique alternative » qui permettrait à la France de ne pas « devenir une colonie numérique ». A cet effet, un système d'exploitation français serait en projet. L'idée est intéressante, mais ne nous trompons pas de combat.

Certes, il y a urgence à agir : protection de la vie privée, liberté d'expression, éducation des générations futures... L'avenir économique et démocratique de la France se joue dans le numérique, dans ses infrastructures mais aussi dans ses plates-formes informatiques qui permettent à nos appareils de faire fonctionner des applications.

Or, depuis 2012, il se vend davantage de smartphones et de tablettes que de PC : la plate-forme que le ministre de l'Economie appelle de ses voeux devra donc toucher l'utilisateur chez lui et en mobilité. Cet usage mobile génère une masse de données personnelles qui est capturée par les plates-formes, sans aucun contrôle par l'utilisateur.

Il s'agit donc de construire une alternative aux plates-formes de Google, d'Apple et de Microsoft, et c'est un défi double : cette alternative doit reposer sur une technologie solide et disposer d'un écosystème applicatif riche. Construire une plate-forme est long, coûteux et sans intérêt si l'on n'attire pas de développeurs.

Un nouveau système d'exploitation national ne parviendrait pas à rattraper l'avance de ses concurrents - Windows et Mac sur les PC, Android et iOS sur les smartphones. Il ne résoudrait pas les problèmes auxquels la France est confrontée sur le terrain du numérique.

Pour séduire son 1,3 milliard d'utilisateurs, Facebook n'a pas écrit un logiciel pour Windows et un autre pour Mac. Facebook a écrit une application Web qui tourne dans un navigateur Web, lequel fonctionne sur PC et sur smartphone. Ce modèle est également celui de Wikipedia et de Google.

La France a une carte à jouer pour s'imposer à l'ère du numérique, c'est le Web. Il existe des dizaines de milliers de développeurs Web dans le monde, des centaines de milliers d'applications qui tournent déjà sur des centaines de millions de terminaux. Le système d'exploitation mobile qui fait tourner des applications Web est développé par Mozilla, il s'agit de Firefox OS.

Rappelons que Firefox OS est un logiciel libre, donc transparent et auditable. Deux caractéristiques essentielles qui répondent aux enjeux d'intelligence économique et de vie privée que l'affaire du programme de surveillance PRISM de la NSA a révélés.

Les grands opérateurs européens que sont Telefónica (Espagne), Telenor (Norvège), Deutsche Telekom (Allemagne) et TIM (Italie) ne s'y sont pas trompés : ils commercialisent des terminaux sous Firefox OS et travaillent de façon collaborative à son amélioration. Ils l'utilisent pour conquérir des parts de marché en Europe de l'Est et en Amérique du Sud, et desserrer l'étreinte du duopole Apple-Google.

J'espère que la France ne tardera pas à suivre leurs traces et à prendre une position de leadership dans ce domaine. C'est une chance formidable pour nos opérateurs et nos start-up de construire des offres locales et de créer des emplois.

Créer des services locaux est aussi le moyen de rétablir l'équilibre face aux services fournis par les géants américains. Leur centralisation et leur puissance leur ont permis de privatiser des parties stratégiques de cet espace, historiquement libre, qu'est le Web.

Décentraliser le Web, en redonner le contrôle aux utilisateurs, dynamiser l'entrepreneuriat dans l'économie numérique : Firefox OS est l'opportunité que la France doit saisir pour occuper la place qu'elle mérite dans le numérique. Et ce n'est pas un hasard s'il est en partie développé… en France.

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vendredi 11 avril 2014

Bienvenue à Axelle Lemaire

Comme tu le sais sûrement, cher lecteur, Axelle Lemaire vient d’être nommée secrétaire d’état au numérique. A cette occasion, le JDN publie un article intitulé Les personnalités du Web interpellent Axelle Lemaire. Pour ma part, j’ai proposé ceci :

  • Un choix politique en faveur de la neutralité d'Internet
  • Des mesures visant à favoriser le logiciel libre dans l'administration
  • L'utilisation de formats standards non-propriétaires dans les échanges entre l'administration et les citoyens
  • Des mesures favorisant l'accessibilité et les bonnes pratiques du Web telles que préconisées par Opquast.com
  • Des mesures fiscales favorisant encore plus les créateurs de start-ups
  • Des investissements sur le Très Haut Débit

J’ai oublié des choses, en particulier sur le thème de l’éducation et de la littératie numérique. Et vous, qu’auriez-vous proposé en plus ? Dites le moi dans les commentaires ci-dessous !

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mardi 28 mai 2013

Neutralité du Net aux USA

Julius Genachowski, patron de la FCC (Federal Communication Commission) termine son mandat. Il a donné son avis sur la neutralité du Net :

Net neutrality was essential for our economy, it was essential to preserve freedom and openness, both for economic reasons and free speech reasons and the government had a role in ensuring that Internet freedom was protected. And so, we jumped into that discussion and it took a number of months, a lot of heated back and forths, but ultimately we adopted a framework to preserve the freedom of openness of the Internet.

Version française, par mes soins :

La Neutralité du Net était essentielle pour notre économie. Elle était essentielle pour réserver la liberté et l'ouverture, aussi bien pour des raisons liées à l'économie qu'à la liberté d'expression. Le gouvernement a eu un rôle à jouer en s'assurant que la liberté d'Internet était protégée. Aussi, nous avons participé à la discussion, laquelle a pris plusieurs mois avec des aller-retours houleux. Mais au final, nous avons adopté un cadre qui préserve la liberté et l'ouverture d'Internet.

Voilà qui conforte la démarche du groupe de travail Net Neutralité du Conseil National du Numérique

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mardi 12 mars 2013

L'avis du CNNum sur la Neutralite du Net

Ce matin, le Conseil National du Numérique remettait à Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, son avis et un rapport sur la neutralité du Net. En tant que membre du groupe de travail Neutralité du Net, j'étais convié à cette présentation, où l'avis du CNNum a été présenté.

Dans le bureau de la ministre, remise du rapport

Le groupe de travail sur la neutralité du Net

L'avis et le rapport ont été rédigés par le groupe de travail Neutralité du Net, sous la direction de Christine Balagué (Institut Mines-Telecom), avec l'aide de Jean-Baptiste Soufron (secrétaire général du CNNum), composé des membres suivants :

L'avis

On retiendra de l'avis que :

  • La neutralité du Net est menacée par les pratiques de filtrage, de censure, de ralentissement et de blocage ;
  • Pour être protégée, la neutralité du net doit être intégrée dans la loi française, avec une valeur quasi-constitutionnelle ;
  • Le CNN propose donc une solution visant à modifier la loi de 1986, posant ainsi le principe de neutralité du Net. Les modifications recommandées sont :
    • changer le titre de la loi de 1986 pour l'intituler "loi relative à la liberté d'expression et de communication » et non pas seulement « loi relative à la liberté de communication".
    • dans le deuxième alinéa de l'article premier de la loi de 1986, indiquer : "La neutralité des réseaux de communication, des infrastructures et des services d’accès et de communication ouverts au public par voie électronique garantit l’accès à l’information et aux moyens d’expression à des conditions non-discriminatoires, équitables et transparentes."[1]

Trois autres points importants dans l'avis :

  • En tant que liberté fondamentale, son application doit être contrôlée directement par le juge (comprendre : pas de justice privée par les intermédiaires techniques)
  • A travers la liberté de communication et d’expression, le principe de neutralité valorise la liberté de création et d’innovation, et contribue à la citoyenneté numérique. (partie qui justifie l'avis et est amplement développée dans le rapport)
  • Son application doit être continuellement adaptée à l’innovation technologique, à la transition économique et à l’évolution des usages, notamment en direction des mobiles, du pair à pair et des objets connectés. (On va au delà de la neutralité des "tuyaux", en l'étendant aux "services d'accès". La neutralité des tuyaux est bien comprise. Il va par contre falloir définir ces services d'accès avant de déclarer leur neutralité).

Neutralité limitée aux tuyaux ou au-delà ?

Il y a un point qui a provoqué beaucoup de discussions au sein du CNNum, c'est de savoir s'il fallait se limiter à la neutralité des réseaux de communication ouverts au public ou s'il fallait étendre cela aux "service d'accès aux autres services". J'étais en faveur d'une réglementation a minima, focalisée sur la neutralité des réseaux, mais le consensus au sein du CNNum l'a emporté en faveur de l'inclusion des services d'accès aux autres services. L'idée est que ces services d'accès aux autres services sont de facto une extension logicielle des tuyaux. Ainsi, au lieu de légiférer pour protéger une neutralité qui est historique, on cherche à définir une voie vers la neutralité de ces services d'accès aux autres services. C'est une approche plus audacieuse, plus orientée vers le futur, et c'est celle qui a été choisie. Le choix d'une approche plus limitée aurait aussi eu comme défaut de se focaliser uniquement sur les fournisseurs d'accès à Internet, qui sont français, en laissant toute liberté aux acteurs internationaux qui gèrent les services d'accès. Une telle approche limiterait probablement les chances qu'une telle loi de passer en l'état...

Mon opinion personnelle

Je suis ravi de l'avis donné par le CNNum. J'ai participé au groupe de travail malgré un emploi du temps très chargé (Firefox OS, Mobile World Congress…) en ce moment, car je suis un fervent partisan de la neutralité du Net et que j'estime qu'elle est menacée. Voir le CNNum voter à l'unanimité en faveur de cet avis est un signal fort.

J'espère que le législateur va implémenter ce que nous recommandons, et que ça va donner à la France une impulsion pro-Internet qui sera en contraste fort avec les lois sur Internet qui faisaient parler de nous à l'international (HADOPI, LOPPSI et avant DADVSI).

Le rapport, dont l'intérêt est d'expliquer l'enjeu de l'avis est un plaidoyer en faveur d'un Internet Libre et Ouvert. On y retrouve des concepts chers aux "barbus de l'Internet", dont l'excellent Benjamin Bayart, que je remercie ici pour avoir pris le temps de mettre sa réflexion par écrit, ce qui m'a permis de la diffuser au sein du CNNum pour alimenter nos discussions. On retrouve donc dans le rapport la notion d'"Innovation sans permis", ou l'idée que les adresses IP sont égales en droit (il n'y a pas d'adresses "spéciales pour les serveurs" et d'autres "spéciales pour les clients").

On retrouve aussi des idées communes à Bernard Stiegler[2] et moi quant à la nouvelle révolution industrielle et la participation de tous à la métamorphose numérique de la société, idées que partagent beaucoup de Libristes et de défenseurs des libertés des citoyens sur Internet.

Au final, cet avis et ce rapport nous auront fait travailler sous la pression, mais pour obtenir un résultat qui est au delà de mes espérances :

  • L'unanimité du conseil
  • Une recommandation qui met la neutralité quasiment au niveau constitutionnel
  • La prise en compte des contraintes des acteurs économiques

Quelques liens

Dans la presse

Notes

[1] Pourquoi ne pas parler simplement de Neutralité de l'Internet ? Benjamin Bayart l'explique très bien : "Il suffit que l'offre commercialisée s'appelle « abonnement data Orange » ou « Orange Connect » et il n'y a plus aucune obligation. Il suffit de dire « dessert lacté » pour échapper aux contrôles sanitaires obligatoires quand ça s'appelle « yaourt »".

[2] Exprimée par exemple au sein d'Ars Industrialis.

[3] On notera que le rapport a été écrit sous LibreOffice 3.5 et que l'ordinateur de JB Soufron tourne sous Linux. Comment douter du contenu ? ;-)

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