mardi 21 avril 2020

Imaginer un futur souhaitable

Il y a quelques jours, Charles Dassonville, un ami de Montpellier, me contacte à propos d’une conversation d’un an plus tôt sur l’importance d’avoir des récits positifs permettant d’imaginer un avenir serein. Il me propose d’écrire à quatre main un tel récit visant à imaginer une sortie positive de la crise sanitaire et économique du Covid-19. Texte sous licence CC-BY par Charles Dassonville et Tristan Nitot. Photo CC-BY-NC-SA Barbara ‘aurorologue’ Crimi.

A l'aube d'une nouvelle époque  — Lever de soleil avec un cycliste en contre-jour par Barbara Crimi

Préambule

Il nous est apparu, en cette période de confinement, que de nombreux contemporains s’interrogent sur l’émergence éventuelle d’un “nouveau monde” après le coronavirus. Comme le citoyen est le plus souvent abreuvé de scénarios catastrophe, nous avons souhaité stimuler son imagination avec des futurs meilleurs, souhaitables, qui ouvrent des horizons. En substance, pour paraphraser Clemenceau, le futur est un sujet bien trop sérieux pour le laisser aux politiques, enclins à le sacrifier pour accéder ou rester au pouvoir, ou aux écrivains de science-fiction, trop tentés par la dystopie, qui donne des récits plus poignants que l’utopie.

Voici donc notre vision utopique du monde d’après la pandémie. Utopique ? Certainement, mais au sens noble du terme : il s’agit ici de dépeindre un futur souhaitable, désirable, si nous jouons bien les cartes que nous avons en main. Car sinon, comment aller vers le meilleur si on n’arrive pas à l’imaginer ?

11 mars 2020

L’OMS annonce officiellement que le Covid-19 est désormais une pandémie. Dans le monde entier, les États annoncent des mesures radicales de confinement pour éviter une catastrophe humanitaire. Les écoles ferment, l’économie marche au ralenti, les rues se vident. Il semble bien loin, le temps de l’insouciance !

10 avril 2020

Alors que le confinement se prolonge, les chefs d’État, les élus et la population s’organisent pour que la vie continue malgré tout, notamment à travers la multiplication d’initiatives citoyennes. L’espace urbain paraît soudainement inadapté. Les personnes se déplaçant pour des raisons légitimes ont du mal à trouver l’espace de distanciation nécessaire à pied ou à vélo. En voiture, il y a désormais trop d’espace. L’urbanisme tactique, qui consiste à rapidement mettre en place des aménagements temporaires pour voir s’ils fonctionnent, entre dans les bonnes pratiques de villes dans le monde entier, qui se mettent à tester des aménagements visant à rééquilibrer l’espace urbain afin de l’adapter au contexte de la crise sanitaire. Onze ministres de l’environnement européens appellent à mettre le Green Deal au cœur du plan de relance post-coronavirus.

11 mai 2020

La France et la majorité des pays occidentaux sortent progressivement et de manière très prudente du confinement. Pour autant, l’hygiène, les gestes barrières et la peur de relancer l’épidémie sont au centre de toutes les préoccupations. De nombreuses personnes cherchent un mode de transport alternatif aux transports en commun, dans lesquels la distanciation est difficile. Or, depuis un mois, l’urbanisme tactique en a surpris plus d’un et la réalité d’une ville plus silencieuse, où l’on respire mieux, et où les enfants peuvent se réapproprier l’espace urbain en toute sécurité, séduit l’opinion publique. Dans les médias, de nombreux spécialistes de la santé appellent à des mesures urgentes et fortes pour limiter la pollution, fortement liée au taux de mortalité du Covid-19. Alors que de plus en plus d’hôpitaux utilisent ses masques de plongée comme respirateurs de fortune, l’enseigne Decathlon, après avoir fait don de centaines de milliers de ses masques à travers le monde, abandonne son droit de licence, mettant ainsi la production du masque à portée de tous. Des projets Open-Source comme le Minimal Universal Respirator et MakAir permettent à chacun de fabriquer localement et à moindre coût des respirateurs. Chaque retour d’expérience, chaque amélioration est partagée librement avec les autres utilisateurs et producteurs de ces systèmes, permettant des progrès de façon fulgurante, plus rapidement que si le projet avait été mené avec des modes d’entrepreneuriat plus classiques reposant sur la compétition darwinienne. Selon Tedros Adhanom, directeur-général de l’OMS, ces initiatives sont déjà en train de « sauver des centaines de milliers de vie ».

La Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore le Portugal annoncent que leurs plans de relance n’incluront aucun investissement dans les industries aéronautiques ou automobiles, qui présentent trop d’externalités négatives. Les budgets sont plutôt alloués à des plans de résilience sociétale (PRS), qui visent notamment à adapter les réseaux logistiques ou combler la fracture numérique. Jacinda Ardern, première ministre néo-zélandaise, promet un débat sur le revenu universel au parlement et se prépare à réduire de 20 % son salaire et celui de ses ministres.

04 novembre 2020

Au lendemain de sa courte victoire sur Donald Trump aux présidentielles américaines, Joe Biden annonce, comme promis lors de sa campagne, qu’il souhaite mettre en place une sécurité sociale universelle d’ici la fin de son mandat, le désormais célèbre “Health for All Act”. Mesure encore inimaginable pour l’opinion publique américaine quelques mois auparavant, la catastrophe humanitaire dans la plus grande puissance du monde a fait bouger les lignes. En effet, suite au fort taux de mortalité chez les millions de personnes qui ont dû refuser le dépistage par manque de moyens, l’exécutif américain réalise qu’il aurait été bien meilleur pour l’économie de subventionner les services de santé plutôt que de voir le pays s’enfoncer dans la récession.

Au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson met en route son plan de décarbonation des transports. En France, on avait pu observer dès décembre 2019 que les grèves avaient mis l’Ile de France en selle sans retour en arrière grâce à un effet cliquet. C’est désormais sur tout le territoire qu’on observe une forte augmentation de la pratique du vélo. Pour faire face à cet afflux de nouveaux usagers, de nombreux aménagements temporaires qui avaient été mis en place pendant le confinement sont pérennisés. Il faut dire qu’il a été démontré que le coronavirus survivait particulièrement longtemps dans l’habitacle des voitures. L’automobile, un temps présentée comme idéale pour respecter les distances sociales, perd beaucoup de son aura.

De nombreuses entreprises qui avaient été obligées d’expérimenter le télétravail pendant les grèves ont dû le reconduire pendant la période de confinement. Il est maintenant généralisé, au moins à temps partiel, d’autant que le gouvernement soutient cette approche. En conséquence, les émissions de CO2 baissent. Les objectifs des accords de Paris, qui semblaient hors de portée, ne paraissent plus si inatteignables : l’Occident, qui semblait avoir fait le deuil de ces accords, se remet à croire en la possibilité d’échapper à la catastrophe climatique. Plus généralement, les esprits changent sur la vision de la société et de l’écologie. Chez les puissants comme chez le grand public, l’heure n’est plus à la fatalité mais à la possibilité d’un réel changement.

01 janvier 2022

En ce début d’année, de nombreux chefs d’État font preuve d’optimisme. Le Covid-19 semble désormais maîtrisé. Le développement du vaccin par une équipe multinationale financée via l’OMS est unanimement salué comme un des meilleurs exemples de coopération entre États de notre histoire. Comme la formule du gel hydro-alcoolique qui fut si utile pour faciliter l’hygiène des mains tout au long de la pandémie, la formule du vaccin est libre de droit pour une accessibilité universelle. Un thème clé de la campagne des présidentielles française est la résilience, notamment face à une nouvelle crise sanitaire éventuelle. La pandémie a permis une prise de conscience collective de l’importance de rester en bonne santé, avec une nette hausse de l’activité physique, mais aussi un rejet de la malbouffe, aidé il est vrai par la révolution numérique des producteurs et des services de distribution locaux en France et ailleurs. Les travailleurs étrangers saisonniers non déclarés, à qui les agriculteurs avaient souvent recours par le passé, ont été remplacés par des travailleurs locaux déclarés, réduisant ainsi le chômage et améliorant la protection sociale. Les batailles commerciales autour du manque de masques et de respirateurs ont clairement démontré les limites de la mondialisation. Aussi, la relocalisation partielle de l’industrie est bien intégrée par le politique et les citoyens. Des usines désaffectées sont rouvertes, des emplois sont créés, d’autant que la Chine, qui pensait être sortie d’affaire, subit malheureusement une nouvelle vague de Covid-19.

05 mars 2030

Après des discussions jusqu’au bout de la nuit, 185 chefs d’État signent l’accord de Bogota sur la santé et le climat. Celui-ci va au delà des accords de Paris, désormais considérés comme trop peu ambitieux et n’explicitant pas assez les liens directs entre santé et climat. En France, les rapports sociaux sont méconnaissables. La remise en cause de beaucoup de principes d’organisation du monde économique a fait éclater au grand jour l’absurdité des discriminations qui étaient pourtant couramment acceptées au siècle précédent, en particulier celles fondées sur les caractéristiques physiques et en premier lieu le sexe biologique. Marqueur économique, pour la 4ème année consécutive les salaires de femmes sont supérieurs à ceux des hommes. Dans l’éducation, suite à la grande réforme de 2025 le nombre d’élèves par classe est plafonné à 15 dans le primaire et 20 dans le secondaire, et chaque enfant a “le droit au numérique”, c’est à dire qu’un terminal numérique et une connexion internet sont fournis gratuitement à tout enfant dont les parents en font la demande. En s’inspirant du modèle finlandais, la confiance individuelle de l’enfant est mise au centre du processus éducatif, et les différents types d’intelligence humaine sont reconnus et valorisés. L’imagination et la créativité sont considérés comme des compétences clés, et deviennent donc des matières à l’égal des mathématiques ou du français.

Née à Montpellier, la campagne #LocalPride a fait le buzz sur les réseaux sociaux l’été dernier, bien au delà des frontières nationales : elle consiste à se photographier en vacances dans son propre pays, fier et convaincu que l’esprit de voyage et de découverte n’est pas proportionnel aux kilomètres parcourus. Il est devenu inconvenant de poster des photos de lieux exotiques et lointains. Ce mouvement est d’ailleurs encouragé par les algorithmes des plateformes qui sont programmés pour moins relayer les photos prises loin de leurs pays d’origine, répondant ainsi aux aspirations des utilisateurs. L’envie profonde des citoyens de rester en bonne santé couplé avec la création de réseaux véloroutes un peu partout dans le monde font que les vacances à vélo ont remplacé les vacances en avion.

Parallèlement, la coopération internationale n’a jamais été aussi importante. Au delà de l’accord de Bogota, l’importance d’une population bien informée en cas de crise majeure est désormais évidente. Aussi, tous les journaux et publications scientifiques ont convenu que les articles sur les épidémies ainsi que sur le changement climatique seraient gratuits et publiés sous licence Creative Commons, facilitant ainsi la mise en commun des connaissances. De même, le projet HAND, initié à la fin des années 2010, permet l’alerte des populations et leur information en un temps très réduit, gagnant du temps de réaction face aux catastrophes naturelles. Pour lutter contre l’obsolescence programmée, l’État fait passer la garantie des objets électroniques grand public à 5 ans en prévoyant de la passer à terme à 10 ans, poussant ainsi les constructeurs à produire des objets plus solides, plus fiables et plus réparables.

14 juillet 2050

Place de la Bastille, le défilé des docteurs, infirmiers, pharmaciens, travailleurs sociaux, chercheurs, agriculteurs, caissiers, et autres professions essentielles bat des records d’audience et rassemble comme chaque année autant d’hommes que de femmes. Il faut dire que ces professions sont les grandes gagnantes de ce qu’on appelle désormais “la révolution sociale de 2040”. Sous l’impulsion de la présidente de la république qui l’avait promis lors de sa campagne, cette série de mesures a permis de transformer l’impressionnante sympathie qu’ont développé les français pour ces personnes depuis 2020. Entre 2030 et 2049, le sondage annuel sur la personnalité préférée des français récompense des experts de la santé à 9 reprises, des responsables associatifs à 4 reprises, et des sportifs seulement 2 fois. Cela s’est aussi traduit, quelques décennies plus tôt, par une revalorisation sensible des salaires des professions de santé. Il avait été argué dans les années 2010 que les entrepreneurs prenaient plus de risques que les autres professionnels, raison pour laquelle ils devaient être plus rémunérés. Le principe a été appliqué aux professions les plus exposées à des risques sanitaires.

A l’échelle mondiale, le PIB « différentiel » a remplacé le PIB brut comme marqueur de succès économique. Celui-ci fait la distinction entre les secteurs d’avenir dans lesquels il faut investir (santé, éducation, énergies renouvelables, agriculture biologique, infrastructures cyclables…) et ceux qu’il faut aider à décroître (industries pétrolières et minières, publicité, automobile, aviation…).

La crise sanitaire de 2048 liée au nouveau virus HIV-3, bien plus contagieux que ses prédécesseurs, a été bien gérée par la communauté internationale, confortée par les enseignements qu’elle a tiré de la crise du Covid-19 trente ans auparavant. Seuls les rares pays encore dirigés par des gouvernements populistes voient leurs systèmes de santé submergés et leurs économies repartir en récession.

L’atteinte des objectifs climatiques fixés par les accords de Paris et Bogota semblent à portée de main. Il reste encore 50 ans pour mesurer si les objectifs globaux seront durablement atteints, mais une chose est sûre : la France est plus paisible qu’avant, avec plus de justice sociale, moins de pollution et son chômage a nettement baissé. On retrouve la Douce France et sa « tendre insouciance » de Charles Trenet, tout juste un siècle après l’écriture de sa chanson.

samedi 18 avril 2020

Le point sur les applications de pistage pour lutter contre Covid-19

Ce billet est un peu une suite du précédent, Covid-19 et la surveillance, avec des liens sur le sujet pour compléter :

mercredi 8 avril 2020

Covid-19 et la surveillance

Tristan Nitot sur le plateau de LCI

Face à l’épidémie de Covid-19, au confinement qui s’éternise (plus de trois semaine au moment où j’écris ces lignes), nombreux sont ceux qui se demandent comment le numérique, et les applications pour smartphones en particulier, pourraient aider gagner cette « guerre » contre le virus. D’aucuns pointent les pays qui ont mis en place de tels moyens en place et se demandent comment la France pourrait les imiter.

C’est un sujet sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler au sein du comité national pilote de l’éthique du numérique, lequel vient de publier un premier bulletin sur le sujet. Ce matin, j’étais invité sur le plateau de LCI (photo ci-dessus) pour en débattre. Les textes écrits à plusieurs mains et les débats télévisés étant ce qu’ils sont, il me semble judicieux de livrer ici le fond de ma pensée, avec mes mots à moi.

Je pense que nous sommes dans une période où il faut être particulièrement prudent car le contexte est assez unique.

Une situation tendue

Nous sommes dans une situation très particulière. En effet :

  • Les français sont prêts à tout pour vaincre le virus car il fait peur à juste titre ;
  • Les français espèrent une sortie aussi rapide que possible du confinement qui leur pèse personnellement et économiquement ;
  • Le gouvernement doit démontrer son action et son leadership dans cette situation particulièrement difficile.

Par conséquent, la majorité des français est prête à signer un chèque en blanc et ainsi sacrifier beaucoup dans l’objectif de sortir du cauchemar Covid-19 aussitôt que possible.

Un enjeu colossal, la deuxième loi de Godwin

Décider ou non de mettre la population sous surveillance pour une noble cause (combattre le coronavirus) est lourde de conséquences. En effet, comme le dit Mike Godwin (l’inventeur du fameux point Godwin), “Surveillance is the crack cocaine of governments”. « La surveillance est une drogue dure pour les gouvernements ». Une fois qu’ils y ont goûté, impossible de s’en passer.

Un exemple tout simple confirme qu’en France, certains dispositifs temporaires peuvent durer : Vigipirate, créé en 1995[1] et toujours en vigueur aujourd’hui, au point même qu’il est entré dans le droit commun. C’était il y a vingt-cinq ans.

C’est à mon sens le plus grand danger : laisser l’épidémie nous convaincre d’accepter des limitation temporaires de nos libertés, mais avec un aspect temporaire qui dure indéfiniment.

Une large combinaison d’options technologiques et politiques

Dans ce contexte, différentes options s’offrent à nous. Il conviendra de choisir quelle type d’application est acceptable pour nous.

  • Approche centralisée ou stockage de données sur les terminaux ?
  • Approche visant la population dans son ensemble (anonyme)[2], ou visant chaque individu (nominatif) ?
  • Approche à l’esbroufe (‘regardez, on fait quelque chose”) ou efficace quant à l’épidémie ? (“Regardez, ça marche !”)
  • Approche propriétaire (code fermé) ou logiciel libre / open-source (code ouvert et auditable) ?
  • Données stockées en clair ou chiffrement des données ? En cas de chiffrement, qui contrôle la clé ?
  • App destinée à informer la police d’une violation du confinement ou à informer l’individu d’un risque de contagion ?

C’est sur ces options et sûrement d’autres que j’ai oublié qu’il va falloir juger l’intérêt d’éventuelles solutions applicatives.

Mettre en place aujourd’hui un système de pistage des individus n’est envisageable que si nous sommes sûrs qu’il est limité dans sa collecte de données, transparent, respectueux de la vie privée et surtout limité dans le temps, s’arrêtant dès que possible.

C’est sur la durée limitée du système qu’il nous faut être particulièrement vigilants. Nous éviterons ainsi, en France, de valider le coté prémonitoire des affirmations de Mike Godwin sur la surveillance.

mercredi 10 avril 2019

Citation du jour : Hanna Arendt et l'importance de la vérité

Le chomage baisse monte et se stabilise simultanement.PNG

Copie d’écran par h16

Hannah Arendt, politologue et journaliste allemande, qui a travaillé sur le totalitarisme, expliquait en 1974 une chose qui résonne fortement en cette période de désinformation, de fake news, autant sur la politique que sur l’environnement et bien d’autres choses :

Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu’il vous plaît.

lundi 3 septembre 2018

La démission de Nicolas Hulot

paysage d'Auvergne

Paysage d’Auvergne

C’est arrivé par surprise à la radio, quand Nicolas Hulot a annoncé « Je prends la décision de quitter le gouvernement ».

Mais l’article qui m’a le plus intéressé, parce qu’il touche le fond du problème, c’est celui d’Usbek et Rica : Notre « lassitude de l’apocalypse » nous empêche-t-elle de sauver le climat ?. On y trouve une conférence TED dont la transcription est disponible en français.

J’ai (très maladroitement, je le concède) extrait quelques notes de ce TED talk, qui sont autant de source pour comprendre puis agir face à ce sujet.

5 raisons pour lesquelles on n’entend plus les infos concernant le climat

  1. Distance (le problème est lointain géographiquement ou dans le temps)
  2. Lassitude de trop de catastrophisme depuis des décennies
  3. Dissonance
  4. Déni : je refuse de voir le problème
  5. Identité : je suis attaché à des valeurs[1] qui vont contre le climat.

5 solutions pour rendre le message plus audible et les progrès en faveur du climat plus socialement acceptables :

  1. Social : rendre le progrès écologique plus proche des gens pour le rendre contagieux ;
  2. Supportive, avoir une approche positive des choses faites contre le changement climatique plutôt que de parler de catastrophes à venir ;
  3. Simple : simplifier l’action par exemple avec des techniques de Nudge ;
  4. Signal : disposer d’indicateurs qui montrent régulièrement les progrès réalisés au niveau individuel ;
  5. Story : imaginer un futur excitant compatible avec le respect de la planète.

Mise à jour du 4 septembre : Rugy au poste de Hulot, mais toujours la même politique de Macron . Extrait (l’emphase est de mon fait) :

au-delà de l’organisation de l’Etat, ce qui cloche, ce qui nous mène dans le mur et que les chefs d’État doivent corriger de toute urgence, c’est le modèle économique dominant. Pendant que «la planète est en train de devenir une étuve, que nos ressources naturelles s’épuisent, que la biodiversité fond comme la neige au soleil», Emmanuel Macron, Edouard Philippe comme tous les dirigeants de la planète, pensent croissance, PIB, relance de la consommation… Bref, dixit Hulot, « on s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres ». Et alors que «l’enjeu écologique est un enjeu culturel, sociétal, civilisationnel, on ne s’est pas du tout mis en ordre de marche pour l’aborder comme cela». […]

Puisqu’il y a fort à parier que la nomination de François de Rugy ce mardi ne signe pas un sursaut écologique à la tête du gouvernement, c’est à la société civile de se réveiller massivement et de peser de tout son poids. Ces dernières années, c’est grâce à elle, à sa pression sur le politique, que les forages de gaz de schiste ne transforment pas l’Hexagone en fromage suisse. Ou que l’usage des insecticides néonicotinoïdes comme de l’herbicide glyphosate a été (certes encore trop peu) freiné. L’unique espoir est là.

Note

[1] Ces valeurs sont très différentes suivant les gens. Ça peut venir de plein de choses, du genre “il faut faire beaucoup d’enfant” à “le shopping me remonte le moral” ou “gagner beaucoup d’argent est signe de réussite sociale” ou “il me faut une voiture plus belle que celle du voisin”, ou “il faut manger de la viande à tous les repas” etc.

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