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Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

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mercredi 27 juin 2012

Citation du jour : Laurent Chemla

Tirée de ils sont trop forts ces voleurs 2.0, publié sur l'indispensable Reflets.info :

Ah, Facebook. A ce jour (à ma connaissance) ce sont les plus grands voleurs du monde. (…) les clients de Facebook ce sont les régies publicitaires, pas ses utilisateurs. Les utilisateurs de Facebook ne sont pas ses clients, ils sont ses petites-mains.

Il faut lire tout l'article, c'est que du bonheur. Pour ceux qui ne connaissent pas Laurent Chemla :

vendredi 15 juin 2012

Pas Sage En Seine 2012

Tristan Nitot à Pas Sage En Seine 2012

(Crédit photo : Mac_Call)

Hier matin, je donnais le coup d'envoi de l'excellent événement Pas Sage en Seine, un événement sur la culture Libre, l'hacktivisme et bien d'autre choses. L'événement dure jusqu'à dimanche, l'entrée est libre (forcément) et gratuite, et je recommande à tout le monde d'aller y faire un tour. On y apprend des choses, on peut y soulever le capot de l'Internet et aussi ressentir une énergie qui fait plaisir.

Voici quelques liens suite à mon intervention :

Envie d'aller à Pas Sage En Seine ce week-end ? C'est au 158 rue Montmartre, à Paris, dans le 2eme arrondissement.

Notes

[1] 1200 vues en moins de 24h, j'ai du mal à y croire !

[2] Oui, l'ignoble effet pyrotechnique sur HTML5, c'est de sa faute ! ;-)

[3] Elle figure dans le [Top 5 des vidéos de la semaine.

jeudi 12 avril 2012

Promouvoir une société numérique libre

Jeudi dernier, j'ai eu l'honneur de recevoir le prix 2012 du "promoteur de la société numérique" dans le cadre du Prix des Technologies Numériques organisé par Telecom ParisTech et l'associations des anciens Telecom ParisTech Alumni. Les autres lauréats sont Eric Carreel (serial entrepreneur) et Jean-Paul Bailly (PDG du groupe La Poste). J'ai bien sûr pris des photos à cette occasion. Voici les notes du discours prononcé à cette occasion.

La cérémonie, vue depuis la scène

Bonsoir,

Me voilà donc distingué par le prix de "Promoteur de la Société Numérique". Je tiens à remercier tout particulièrement Telecom ParisTech et son association de diplômés pour avoir ajouté mon nom à une liste prestigieuse, où l'on trouve Tariq Krim, Jean-François Abramatic, Daniel Kaplan ou plus récemment Jean-Michel Billaut.

Si j'en crois les organisateurs - je le rappelle pour ceux qui sont venus juste pour le cocktail - "le Prix du Promoteur de la Société Numérique est décerné à une personnalité ayant contribué à l’essor de la Société Numérique par son action personnelle ou ses travaux".

Les sentiments que j'éprouve à cet instant tiennent à la fois de l'évidence, de l'étonnement et de l'embarras. Permettez-moi de m'en expliquer.

L'évidence, parce que j'ai toujours été à la fois un promoteur de tout ce qui m'intéresse et un enfant du numérique. En substance, comme Obélix, je suis tombé dans ces deux marmites quand j'étais petit. Je peux vous parler d'Internet, de Web, et de logiciels Libres sans jamais m'arrêter. Et je peux aussi vous parler de moto et de photo avec le même enthousiasme, et ce depuis que je m'intéresse à ces sujets. Je vous encourage à en parler à ma maman, présente dans la salle, ou à mon épouse, elle vous le confirmeront : il a toujours été difficile de décoller de mon écran d'ordinateur, de mon appareil photo ou de ma moto, trois passions qu'elles qualifieront sans aucun doute d'envahissantes. Je suis un passionné, c'est dans mes gênes, et je partage mes passions... avec passion !

Le deuxième sentiment, c'est l'étonnement. L'étonnement que cette passion soit ici reconnue. Je me qualifie comme étant un vieux natif du numérique, un des premiers "digital natives". J'ai eu la chance d'avoir accès à un ordinateur depuis tout petit, en 1980, je crois. Cela fait donc 32 ans que je suis "scotché" à la micro-informatique et aux réseaux. 32 ans que je réfléchis aux possibilités de ces outils, que j'agis et que je discute sur les changements de la société provoqués par l'informatique et les réseaux.

Le 3eme sentiment, c'est l'embarras. Accepter ce prix à titre personnel serait source d'embarras, et peut-être même une imposture, car il m'est impossible de mentionner ces 14 dernières années passées à promouvoir la société de l'information sans parler d'une projet que vous connaissez tous : Mozilla.

Il y a 14 ans et une semaine, le projet Mozilla était annoncé, et je commençais à en faire la promotion en Europe puis dans le monde. Mais ne nous méprenons pas. Ca n'est pas l'individu que je suis qui importe, mais le projet que je promeus, Mozilla.

Cela fait une vingtaine d'années que le Web existe, 42 ans[1] que les premiers données ont été transférées sur Internet. Et pourtant, nous n'en sommes qu'au tout début. Cela pose la question de la société numérique que nous voulons construire.

Alors voilà, même si je suis devant vous ce soir pour accepter ce prix, je pense que c'est à Mozilla qu'il devrait être attribué, à ces milliers de bénévoles qui oeuvrent dans l'ombre pour que la technologie soit au service du citoyen et pas le contraire.

Il faut dire que les défis sont nombreux. Le Web était initialement un outil de communication et de partage de la connaissance, mais par certains aspects comme la surveillance, le filtrage, et les menaces de déconnexion, il connait une dérive sécuritaire à la "1984" qui est inquiétante. Ne nous voilons pas la face, dans ce domaine la France rivalise avec les leaders mondiaux que sont Chine, la Tunisie de Ben Ali et la Corée du Nord.

Le problème n'est pas franco-français, ni même européen. Notre identité en ligne n'est plus garantie par nos gouvernements mais par des sociétés privées américaines. Quiconque ayant eu son compte Google ou Facebook clôturé par erreur - et il y en a sûrement dans cette salle - saura vous expliquer à quel point il est douloureux de se voir confisquer sa vie numérique par une entreprise sans visage.

Le téléphone mobile, interface de tous les instants entre l'individu et sa vie numérique, ses amis, ses sources d'information, son travail, n'est pas sous contrôle des utilisateurs. Certains Appstores monopolistiques offrent une pléthore d'applications, mais ils décident pour nous, utilisateurs, ce qu'on a le droit d'installer comme logiciel sur nos smartphones, avec toutes les dérives que cela implique en terme de liberté.

Les livres numériques sont un formidable moyen d'accéder au savoir et de transporter avec soi toute une bibliothèque, mais il est toujours impossible de prêter un livre numérique à un ami.

L'apparente gratuité des services sur Internet est trop souvent un marché de dupe où l'utilisateur échange des données personnelles - sur lesquelles il et impossible de mettre un prix - contre un service qui ne coûte presque rien à faire tourner. Ceci est bien résumé par cette phrase à laquelle je vous invite à méditer : "si vous ne payez pas un service Web, vous n'êtes pas le client, vous êtes le produit qui est vendu".

Tous ces défis peuvent être relevés pour construire la société numérique dans laquelle nous voulons voir vivre nos enfants. C'est pourquoi je fais appel à vous, personnalités du numérique, pour que dans nos efforts au quotidien, nous construisions un avenir dont nous pourrons être fiers.

Je considère qu'Internet est une promesse faite à l'humanité, et il ne tient qu'à chacun de nous pour qu'elle se réalise de la meilleure façon possible. Comptez sur moi pour que Mozilla, comme d'autres associations, mais aussi certaines entreprises (les vôtres ?), soit à la hauteur de cette tache qui nous attend.

Merci.

Note

[1] Forcément.

lundi 20 février 2012

Sarkozy censurerait Twitter ?

Non au Minitel 2.0

C'est le buzz du moment : l'équipe de Nicolas Sarkozy aurait demandé à Twitter de suspendre des comptes parodiques. Les twittos commencent à crier à la #SarkoCensure, et on imagine déjà des têtes (virtuelles) portées triomphalement au bout de cyberpiques, et on s'indigne qu'une pareille chose arrive au pays des droits de l'homme.

Pourtant, les règles de Twitter sont claires, quand on lit Parody, Commentary, and Fan Accounts Policy. Twitter autorise des comptes comme "@FauxNicolasSarkozy", mais pas (ou plus) "@_NicolasSarkozy", car c'est sujet à confusion. (On notera que cette règle est récente, il y a encore peu de temps un tel compte était autorisé, à condition qu'il soit précisé dans la courte bio Twitter qu'il s'agissait d'un compte parodique ou de fan). Le propriétaire du nom ou son représentant légal peut donc demander la suspension du compte parodique. Mais ça n'explique pas le zèle malvenu de Twitter pour fermer des comptes comme @SarkozyCaSuffit ou @DehorsSarkozy, qui ne peuvent pas raisonnablement être pris pour des comptes officiels du candidat Sarkozy.

Je suis moi même très préoccupé par ce problème de censure sur Internet. Mais il y a une chose que tout le monde semble oublier en criant à la censure : on pense que Twitter, c'est du Web ouvert, mais non. Twitter, c'est l'exemple type du Minitel 2.0 : un machin centralisé, contrôlé par une société commerciale qui décide de ce qui s'y passe.

J'aime beaucoup Twitter, j'ai plusieurs amis qui y travaillent, mais il ne faut pas prendre ce service propriétaire, centralisé et commercial pour ce qu'il n'est pas, à savoir un protocole ouvert et décentralisé, comme le sont http (le Web) ou smtp/pop/imap (le mail), pour lesquels n'importe qui peut avoir un serveur et participer sans demander l'autorisation à qui que ce soit...

Du coup, si on n'est pas d'accord avec Twitter, on n'a qu'a fermer sa gueule et/ou quitter le service. Mais pour aller où ? L'intérêt de tels réseaux sont justement dans le fait que leur intérêt croit avec le carré du nombre d'inscrits (Loi de Metcalfe). Comme il n'existe pas de concurrent, et qu'il est improbable qu'il s'en crée un jour, on a le choix entre arrêter d'utiliser ce service ou bien fermer sa gueule.

Il faut se souvenir qu'à choisir des services centralisés de ce genre, on donne à des organisations commerciales (Facebook, Google, Twitter, Apple, etc.) des pouvoirs inouïs sur nos vies numériques. Mais à vouloir choisir le service branché, on réalise trop tard qu'on lui a attribué des vertus qu'il n'avait pas. Le réveil n'en est que plus difficile…

Pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, je vous encourage à visionner ou à lire l'excellente conférence Internet libre ou Minitel 2.0.

Mise à jour : Bon papier du monde.fr : Twitter : le camp Sarkozy a signalé des comptes pour 'usurpation d'identité'.

vendredi 17 février 2012

Apple OS X Mountain Lion : le problème Gatekeeper

Apple a annoncé hier une pré-version réservée aux développeurs de son futur système d'exploitation, appelé OS X Mountain Lion. La presse en ligne s'est précipité pour annoncer les nouveautés. Certains pour dire que c'était génial, d'autres pour dire que c'est complètement nul. Finalement, les gens qui font les titres sont un peu comme Steve Jobs, avec une perception binaire du monde : soit c'est génial, soit c'est nul.

Pour ma part, je vais me concentrer sur une seule fonctionnalité, appelée GateKeeper.

Mais avant, un petit rappel :

  • Pour installer une application sur un ordinateur de bureau (Windows ou Mac), on va traditionnellement sur le site de l'éditeur du logiciel, on clique sur "Télécharger", et on installe le logiciel en question.
  • Depuis peu, Apple propose un App Store, comme sur l'iPhone. La grande différence entre les deux, c'est que sur l'iPhone (et l'iPad), c'est la seule option offerte. Et il n'y a qu'un seul App Store, celui d'Apple.
  • Il est fréquent que les éditeurs "signent" (c'est un genre de chiffrement) les applications pour s'assurer qu'elles n'ont pas été modifiées pendant le téléchargement. Un "pirate" pourrait en effet essayer d'intercepter le téléchargement et injecter un code malicieux aux dépends de l'utilisateur.
  • Pour l'instant, n'importe qui ayant les compétences peut écrire une application pour Windows ou Mac, et la publier sur son site Web, sans demander l'autorisation à qui que ce soit. C'est ce qui a permis l'explosion de la micro-informatique (avec la baisse de prix du matériel) : chacun peut faire un logiciel et le proposer au téléchargement.

La nouveauté appelée GateKeeper, c'est que l'utilisateur va disposer de 3 options dite de sécurité.

copie d'écran GateKeeper. Origine : Apple

La copie d'écran ci-dessus indique bien ces trois options. "Autoriser les applications téléchargées depuis :"

  1. Map App Store (uniquement)
  2. Mac App Store et les développeurs identifiés (option par défaut dans OS X Mountain Lion)
  3. N'importe où.

Je suis très préoccupé par l'approche d'Apple. Au nom de la sécurité (ce qui est louable en tant que tel), Apple se réserve le droit de bloquer l'utilisation de toutes les application d'un développeur qui aurait fait quelque chose qui n'est pas du goût d'Apple.

  1. C'est donner beaucoup de pouvoir de façon centralisée à une organisation. De plus, Apple a d'innombrables casseroles aux fesses (interdictions indues de l'iOS App Store).
  2. Je suis persuadé qu'à terme, l'option #1 sera cochée par défaut. L'option 2 n'est qu'une étape intermédiaire entre la 3eme option (situation actuelle) et la #1 (où Apple a tous les pouvoir sur la distribution des logiciels Mac, comme c'est déjà le cas sur iOS). Et même s'il est possible d'aller dans les préférences changer la valeur par défaut, les gens ne le feront pas, car ils ne l'ont jamais fait.
  3. Apple encourage déjà les éditeurs de logiciels à passer sur l'App Store. Par exemple certaines fonctionnalités du système, dont iCloud et Notification Center ne semblent pas être disponibles ni aux applications non signées, ni celles signées mais ne passant pas par l'App Store. Il n'y a pas de raisons techniques à cela, comme le remarque le Panic Blog.

Au final, Apple joue sur la peur des utilisateurs et l'envie des développeurs d'utiliser des fonctionnalités innovantes pour gagner encore plus de contrôle sur son écosystème, aux dépends des utilisateurs. Je pense que c'est un modèle de société qui est à l'opposé de ce que je souhaite : je préfère la liberté et le désordre occasionnel à l'ordre parfait.

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