jeudi 2 juillet 2015

Pourquoi reprendre le contrôle de nos données

Il y a quelques jours, je participais à un événement assez extraordinaire, l’Échappée Volée, qui ressemble assez à un TED (pas étonnant, c’est organisé par l’équipe qui a lancé TEDxParis).

J’explique en 13mn comment on peut reprendre le contrôle de nos données et surtout pourquoi il le faut.

Voici la vidéo, aussi visible sur le site de l’Échappée Volée et sur Youtube :

Les bénévoles de l’association APRIL pour la promotion du logiciel libre ont fait un travail magnifique de retranscription du texte de la vidéo. Voici le résultat de ce travail, en espérant que vous me pardonnerez pour l’utilisation d’un langage parlé à cette occasion :


Que ceux qui ont un compte Facebook se lèvent s’il vous plaît, on va faire un peu d’exercice. Ah ! C’est bienvenu ! Bien ! Écoutez-moi bien parce que ce n’est pas fini. Que ceux qui ne payent pas ce compte se rassoient, les autres restent debout. D’accord. Alors il n’y a que ceux qui n’ont pas compris qui sont restés debout.

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Il y a un adage, c’est que si c’est gratuit, c’est vous le produit. Regardez, les cochons-là, vous les voyez les cochons ? Est-ce que quelqu’un peut vraiment croire que ces cochons sont les clients du fermier ? Je ne vous donne pas la réponse.

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Mais non, parce que le client c’est celui qui consomme le saucisson, c’est celui qui achète le saucisson et qui mange le saucisson. Si vous êtes le saucisson, vous n’êtes pas le client ! D’accord ?

Applaudissements

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Il y a un autre adage, c’est que les données, c’est le pétrole du 21e siècle.

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Évidemment, le pétrole attise les convoitises, j’en veux pour preuve, regardez cette copie d’écran quand j’ai installé l’application Facebook sur mon smartphone, avant que je ne dise non je ne veux pas accepter, parce qu’effectivement Facebook voulait me pomper mes toutes les données de mon téléphone. Regardez : l’historique des applications, mon identité, mon agenda, mon agenda ! Non mais sérieux, pour quoi faire ? Tous mes contacts. Ils voulaient lire mes textos aussi, vous voyez. Ma position GPS, et le contenu de mes fichiers et de mes photos. Tout. J’ai dit non, mais c’est clair que Facebook veut tout pomper. Si, vraiment, mes données c’est le pétrole du 21e siècle, ces sociétés comme Facebook, Google et autres sont en train de mettre un Derrick dans mon jardin.

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Exemple : j’utilise Google Maps sur mon téléphone mobile, ils me pistent au mètre près. Ça, c’est mon itinéraire du 2 décembre 2014, quand je me suis promené dans Paris et je suis allé le voir sur un site Google, je n’ai pas trouvé ça dans mon téléphone, ça c’est dans les serveurs de Google, et j’ai tout l’historique, de tous les jours. Google aspire mes données, lui aussi.

Alors, ce n’est pas évident de prendre conscience de ces choses-là, parce qu’on utilise Google Maps, on utilise Facebook, comme ça en disant c’est super, c’est gratuit, qu’est-ce que c’est pratique et tout… D’accord, mais il y a un moment il faut prendre conscience qu’on échange nos données personnelles contre un service, et un service qui ne vaut même pas très cher. Il faut savoir, j’ai fait le calcul, Facebook, ça coûte 5 euros par personne et par an. C’est-à-dire que pour le prix de deux cafés, j’échange toutes mes données personnelles, en échange de quelque chose qui vaut 5 euros. Ce n’est vraiment pas beaucoup !

Alors il y a des prises de conscience, quand même, des prises de conscience qui sont souvent dramatiques parce qu’on réalise à quel point c’est une arnaque. La première prise de conscience c’était l’été dernier où des starlettes ont pris des photos, extrêmement intimes, d’elles-mêmes, elles prennent ça avec leur téléphone, ça reste dans le téléphone, sauf que non il y en a une copie qui est faite sur le cloud d’Apple ou de Google. Et là, le cloud, pour ceux qui ne savent pas, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre.

Applaudissements

Donc dans le cloud, les photos sont piratées, et elles finissent sur Internet. Et là on réalise : « je ne comprends pas, j’ai toujours mon téléphone avec moi, comment ça se fait que les photos soient partout ? ». En plus ce sont des photos pornos, vous irez voir. Ça c’était la première prise de conscience.

La deuxième prise de conscience va être amenée par Edward Snowden. En juin 2013, Edward Snowden, lanceur d’alerte qui travaillait à la NSA, donc les services secrets américains, Edward Snowden est sorti avec des wagons de Powerpoint qui expliquent comment fonctionne la NSA. Et il explique, en gros, à la NSA on veut espionner toutes les conversations téléphoniques et internet de tout le monde. Évidemment ça coûte extrêmement cher d’écouter trois milliards de personnes, trois milliards de micros virtuels qu’il va falloir installer sur chacun de nous. Mais, Dieu merci, ça coûte trop cher, donc ils ne peuvent pas la faire. Sauf que comme on centralise toutes nos données chez Google, Facebook, Yahoo, Amazon, Apple et compagnie, en fait, il suffit de mettre cinq mégas micros chez ces cinq grosses sociétés et vous avez accès aux données de tout le monde. Et donc, en fait, cette concentration, cette centralisation des données Internet, elle permet, elle rend économiquement possible la surveillance de masse.

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Alors, la surveillance de masse, on s’en fout, on est des gens bien, des citoyens honnêtes, on ne fait rien de mal, bon, sur la feuille d’impôts, parfois, mais sinon, non ! Alors je vais vous expliquer que ce n’est pas tout à fait le cas. Je vous présente ma famille, soigneusement floutée pour l’occasion, j’en suis néanmoins extrêmement fier. Donc Bénédicte au centre mon épouse, Philippine et Robin, mes enfants. Je suis très fier d’avoir fait ces enfants avec ma femme, seulement je vous le dis tout de suite, je ne vais pas rentrer dans les détails. On a deux enfants, on assume, ils sont dans le cadre de la famille, etc, mais on ne dit pas exactement comment on les a faits, au point d’ailleurs qu’on a mis des rideaux dans notre chambre à coucher, pour être sûrs que les détails ne fuitent pas. De la même façon, je suis sûr que vous avez un loquet à votre porte des toilettes, très probablement. Vous ne faites rien d’illégal dans vos toilettes, normalement, et puis c’est chez vous, mais il y a quand même un loquet à votre porte de toilettes. Et puis il y a ceux qui ont changé de métier. Moi j’ai changé de job récemment, j’ai envoyé des CV, ce n’était pas illégal, mais je n’avais pas très envie que mon patron soit au courant. Bref, chacun de nous a des choses à cacher, qui ne sont pas forcément des choses illégales, mais on a besoin de secret.

La semaine dernière, au Sénat, ou plutôt cette semaine, on est samedi, a été votée une loi, un projet de loi sur le renseignement, qui était déjà passé à l’Assemblée nationale ; et, dans ce projet de loi, il y a quelque chose d’extrêmement inquiétant, il y a la mise en place, noir sur blanc, de quelque chose qu’on a appelé dans les débats les boîtes noires. Les boîtes noires, ça surveille Internet, pas tout Internet tout le temps, mais ça surveille des pans entiers de l’Internet. Donc, en fait, quand elles seront mises en place, autorisées par la loi, on sera sous surveillance. C’est ce qu’on appelle une société panoptique.

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Alors qu’est-ce que c’est que le panoptique ? Voici une prison, qui est une prison panoptique. C’est une prison qui existe réellement, elle est à Cuba, grand pays démocratique que connaît notre président. Et donc on a cette prison, vous voyez, les cellules sont concentrées sur l’extérieur du bâtiment et au centre il y a une tour, une tour où se trouve le gardien, et, il y a une porte, bon, qui a disparu depuis le temps, mais le gardien peut être là ou ne pas être là, mais il peut observer toutes les cellules quand il le décide. Et, du coup, les prisonniers se tiennent à carreau, ils ont une attitude conforme à ce qu’on attend de leur part, parce qu’ils savent qu’à tout instant ils peuvent être surveillés. Ça a été inventé par les frères Bentham, au 19e siècle, en Angleterre et les Bentham disaient : « Mais attendez, c’est génial, parce que même quand le gardien part pisser, les prisonniers se tiennent toujours à carreau. C’est formidable. Des économies de personnel, vous n’imaginez même pas quoi ! ». Donc vous avez un gardien pour surveiller tout le monde et même s’il n’est pas là, ça continue de marcher.

Donc le fait qu’on soit surveillé a un impact sur notre comportement. Et ça, c’est compliqué parce que quand on grandit, en tant qu’enfant qui devient adulte et même, on espère, citoyen, eh bien on apprend en faisant des erreurs, en inventant des trucs un peu à la con, on apprend en inventant des choses qui ne sont peut-être pas politiquement correctes et puis, après, on les regrette ou on ne les regrette pas, mais comme de toutes façons on n’est pas observé, on peut se permettre de les imaginer. Mais si on m’ose plus les imaginer parce qu’on se sait surveillé, eh bien, en fait, on fabrique une société de clones, une société où la création, la créativité deviennent impossibles parce qu’on n’ose pas. Voilà toute la problématique liée à cette société panoptique.

Cette société panoptique, en fait, elle fait partie d’une démarche, une vision de la société assez effrayante qu’on retrouve dans le film Minority Report, où on essaye d’arrêter les gens avant qu’ils ne fassent des crimes. Et, idéalement, quand ça réussit vraiment bien la société panoptique où on a surveillé tout le monde, on n’arrête que des innocents, c’est formidable ! C’est extraordinaire… Surtout en film !

Alors, la vraie question c’est qu’est-ce qu’on fait ? Puisqu’on donne toutes nos données à des géants, qui du coup sont espionnés par les États, on rend possible cette société panoptique. Évidemment, la première chose c’est « j’arrache le câble Ethernet de mon PC et je coupe le wifi ». Ce n’est pas la solution que j’ai retenue. Il y a un potentiel fabuleux avec la technologie et il ne faut pas pour autant se passer de la technologie, il faut juste inventer un futur différent qui est celui qu’on veut pas celui qu’on voudrait bien nous laisser.

Alors, il y a un certain nombre de principes, en fait, pour réinventer pour redécentraliser Internet, principes qui vont nous permettre, donc, d’avoir toujours les services du cloud, mais des clouds personnels, donc un ordinateur qui m’appartient, à moi, pour de vrai.

Le premier de ces principes c’est redevenir client, accepter de payer. L’homme a une fascination pour la gratuité, c’est difficile d’y résister, mais, moi, franchement je suis prêt à payer 5 euros pour avoir l’équivalent d’un service de Facebook, mais garder mes données personnelles. Donc premièrement redevenir client. C’est le premier principe.

Deuxième principe, du matériel que je contrôle. Idéalement ce matériel, il est chez moi. Ça existe, aujourd’hui, des PC qui sont tout petits, qui valent quelques dizaines d’euros, le Raspberry Pi 2 pour ne pas le citer, qui vaut, je crois, 35 euros, il pourra rajouter une alimentation, etc. Donc. pour moins de 100 ou 200 euros, on a, vraiment, un ordinateur personnel qu’on peut laisser chez soi, qu’on connecte à sa box ADSL, avec un disque dur, où sont stockées nos données qui nous appartiennent et donc sur lesquelles on a le contrôle.

Pour cet ordinateur, il faut du logiciel, et il faut du logiciel qui soit libre, qu’on appelle aussi de l‘open source. Pourquoi ? Parce que ce logiciel il doit être sûr qu’il fait ce qu’il dit qu’il fait. Ce n’est pas un truc, une boîte noire qui refile mes données à l’extérieur. Non ! Je veux être sûr que ce logiciel soit auditable, que je comprenne, que je puisse le modifier, que j’ai le contrôle dessus. Et donc, c’est du logiciel libre.

Ensuite il faut que mon accès à Internet et mes connexions soient toutes sécurisées, chiffrées, cryptées comme on dit parfois, pour être sûr que mes données ne sont pas interceptées et modifiées quand je me connecte à Internet depuis cette machine.

Et puis enfin, il faut une ergonomie avancée. C’est-à-dire que ça ça va marcher, cette décentralisation d’Internet, si jamais on arrive à faire des trucs vraiment sexys, vraiment sympas à utiliser, et pas un truc de geeks avec des fils qui dépassent de partout et des commandes à taper, en ligne de commande, avec des écrans vert sur fond noir. Non ! Ça, ça ne marche pas. Il faut vraiment un truc qui soit beau, qui soit facile. On branche, ça marche et c’est génial.

Bon, alors je sais, que ça paraît bien utopique. Qu’est-ce qu’on peut faire face à des Google et des Facebook et compagnie ? Ce n’est pas facile. Et pourtant, on l’a déjà fait.

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Moi j’ai donné 17 ans de ma vie à ce projet, Mozilla, qui fait Firefox. Ça paraissait hallucinant à l’époque quand on disait on va faire un logiciel, avec des bénévoles et on va aller botter les fesses de Microsoft qui a le monopole sur les navigateurs. C’est vrai que ce n’était pas gagné. On a réussi à le faire, à force d’acharnement, et de créativité et de collaboration. Donc c’est possible.

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Aujourd’hui, il y a des tas de systèmes comme cela qui vont vous remplacer Facebook, qui vont vous remplacer des data centers, qui vont vous remplacer Google Search , qui vont vous remplacer Dropbox, etc. Ils existent ces systèmes. Ils existent, ils ne sont pas encore parfaits, ils sont encore un peu compliqués, ils ne sont pas forcément finis, mais ils existent.

Alors ce que je vous demande c’est de les essayer, c’est que nous, technologues, on les améliore pour en faire quelque chose de vraiment bien, pour éviter qu’on ne finisse tous en saucisson du numérique.

Merci !

Applaudissements.

Sources des photos :

  1. Photo de cochons : domaine public
  2. Photo de saucissons : CC-BY-NC Tristan Nitot
  3. Photo de derricks : domaine public. ”The first oil district in Los Angeles, Toluca Street, ca.1895-1901”
  4. Photo de prison panoptique : CC-BY-SA par Friman
  5. Photo de la famille Nitot : © Tristan Nitot
  6. Copies d’écran réalisées par Tristan Nitot
  7. Les logos sont la propriété de leurs propriétaires respectifs et sont utilisés à des fins d’illustration

Tous mes remerciements vont à Marie-Odile, pour son travail de retranscription !

vendredi 28 janvier 2011

A propos de Firefox 4 Beta

Mozilla vient de sortir la Beta 10 de Firefox 4 pour Windows, Mac et Linux, et je vous encourage à le télécharger maintenant !

Pour ceux qui sont encore sous Firefox 3.6, voici un bref récapitulatif de ce qui change :

  • L'apparence de l'interface utilisateur, avec les onglets au dessus de la barre d'adresse et les menus rassemblés dans un bouton Firefox, pour libérer de la place sur l'écran
  • La gestion des onglets (notion d'onglets applicatifs "App tabs", "panorama", retrouver facilement un onglet déjà ouvert via la barre d'adresse "Switch to tab")
  • La rapidité, à tous les niveaux :
    • démarrage
    • chargement des pages
    • exécution de JavaScript
  • Nouveau gestionnaire d'extensions
  • progrès massifs sur le respect des standards et le moteur
  • Synchronisation (via Firefox Sync) du profil utilisateur entre plusieurs version de Firefox, dont Firefox Mobile
  • ... et des centaines d'améliorations en plus.

C'était l'occasion de rencontrer Lokan Sardari et son collègue Christian (tout aussi efficace que discret) pour un entretien vidéo fleuve (de 26 mn !)

Copie d'écran du blog Lokan.fr

Je vous encourage à télécharger Firefox 4, vérifier si vos sites et extensions préférés sont compatibles. Il existe une extension, Add-on Compatibility Reporter, qui vous permet de forcer Firefox 4 à accepter vos extensions. Vous pouvez alors signaler très simplement, d'un simple clic, si vous constater des dysfonctionnement ou pas de cette extension avec la nouvelle version de Firefox (comme quoi, c'est simple de contribuer à améliorer Firefox !) ;-)

mercredi 12 janvier 2011

En vrac

jeudi 2 septembre 2010

H.264 est toujours non-libre et non-gratuit

MPEG-LA a récemment fait une annonce qui jette le trouble dans le monde des codecs : MPEG LA’s AVC License Will Not Charge Royalties for Internet Video That Is Free to End Users Through Life of License, ce qui a fait croire à certains que H.264 était devenu gratuit. Rien n'est plus faux. Le fait est que dans certains usages très particuliers - la diffusion gratuite de vidéos par des sites Web - H.264 est devenu gratuit (mais toujours pas Libre, bien sûr)... alors qu'il l'était déjà, mais seulement jusqu'en 2014. Comme l'explique mon collègue Mike Shaver, rien n'a changé.

J'ai expliqué cela au journal Le Monde, qui a du coup publié La bataille des codec vidéo sur Internet se poursuit.

Pour faire simple, voici le problème :

Le cycle de vie d'une vidéo, c'est :

  1. Création (Enregistrement, montage, doublage, etc.) et encodage dans un format donné (il faut donc un codec H.264 dans la caméra et aussi dans le logiciel de montage).
  2. Diffusion (par exemple par streaming ou téléchargement sur Internet)
  3. Décodage par le spectateur (par exemple dans son navigateur)

Les fabricants de matériel encodant de la vidéo en H.264 payent des royalties à la MPEG-LA[1] pour utiliser le format. Il en est de même pour les éditeurs de logiciels de montage vidéo. Pareil pour les appareils (lecteurs de salon) et logiciels (navigateurs, systèmes d'exploitation) permettant de lire ce format. Les sites qui diffusent de la vidéo sont divisés en deux cas :

  • ceux qui offrent la vidéo gratuitement à leurs visiteurs (en échange de recettes publicitaires). C'est le modèle de rémunération indirecte. Ils n'ont rien à payer du tout, sauf si la MPEG-LA révoque sa licence. Ils s'en réservent le droit.
  • ceux qui font payer l'accès aux vidéos. Ceux-ci doivent payer des royalties.

Donc concrètement, les créateurs de vidéo et les spectateurs doivent :

  1. payer le droit d'utiliser H.264, et cela n'a pas changé
  2. utiliser du code propriétaire dans leurs produits. Correction : il est envisageable pour Mozilla - à première vue - de reprendre le code Libre de x.264 pour l'intégrer. Je me suis donc trompé sur le sujet. Merci à STL (commentaire 14) pour l'information.

Et l'approche de Mozilla dans tout ça ?

Trop de personnes ont tendance à voir le problème comme étant une affaire de gros sous. Le problème est en fait tout autre. L'aspect financier n'est pas négligeable, c'est certain on parle ici en millions de dollars, et je pense que cet argent pourrait être utilisé pour l'avenir d'Internet de façon bien plus intelligente. Mais ce qui est le fond du problème est ce que j'expliquais au Monde, et qu'Håkon Wium Lie, CTO d'Opera Software reprend mot pour mot[2] :

Si le Web a connu un tel succès, c'est parce que tous les formats sur lesquels il est basé sont libres, ouverts et gratuits. (...) Tous ces formats peuvent être utilisés de toutes les manières possibles, gratuitement ; c'est aussi le cas pour WebM, et c'est pourquoi nous pensons que c'est une approche plus simple et plus efficace, légalement et techniquement.

En fait, le choix actuel du codec a un impact énorme sur le long terme, car les formats ont la vie dure. Ils ont tendance à rester ancrés bien après être devenus obsolètes, et ils sont souvent adoptés par les utilisateurs qui n'ont pas conscience de cette importance. Juste un exemple : le MP3, qui est maintenant complètement dépassé pour le stockage de musique, est totalement incontournable, la faute à la gigantesque masse de données stockées dans ce format du siècle dernier.

Il faut se souvenir que les formats du Web (HTML, CSS, JS+DOM, JPEG) ont toujours été Libres et gratuits. C'est ce qui a permis son extraordinaire essor. Nous sommes en fait en train de choisir quel sera le format à long terme de la vidéo sur le Web. La question qui se pose c'est : faut-il faire une exception pour la vidéo et accepter un système à péage sur tout le contenu du Web, ou faut-il au contraire en faire une question de principe, pour que tout le monde puisse participer ? Pour Mozilla, en conformité avec le Mozilla Manifesto, c'est tout vu : il vaut mieux choisir un format Libre et ouvert tel que WebM, pour permettre la participation que nous recherchons.

Au final, pour la vidéo sur le Web : voulons-nous un système où les gens sont Libres, ou bien un système à péage ?

Extraits du Manifesto :

  • 1 - Internet fait partie intégrante de la vie moderne — il s'agit d'un composant clé dans l'éducation, la communication, la collaboration, les affaires, le divertissement et la société en général.
  • 2 - Internet est une ressource publique mondiale qui doit demeurer ouverte et accessible.
  • 5 - Chacun doit avoir la possibilité de façonner son utilisation d'Internet.
  • 6 - La réalité d'Internet en tant que ressource publique dépend de l'interopérabilité (des protocoles, des formats de données, du contenu), de l'innovation et d'une participation décentralisée mondiale.

Notes

[1] Chose très étonnante, tous les appareils ayant une licence pour encoder comme mon appareil photo sont strictement "pour un usage personnel et non-commercial".

[2] Je sais qu'Håkon et moi sommes exactement sur la même longueur d'onde sur ce sujet, mais je suis agréablement surpris de constater une telle communion d'idée, au point que j'ai cru que la citation était de moi :-)

vendredi 20 août 2010

Video+html5+Popcorn.js=hyper-video

You may have seen that Brett Gaylor is joining Mozilla (see also Mark Surman's post). For those who don't know Brett, he's particularly famous for his "Open Source documentary" Rip! A remix Manifesto[1].

One may ask why Mozilla has hired a film director[2], but it actually makes a lot of sense thanks to Mozilla Drumbeat, as Brett is working on a Drumbeat project called Web made movies.

Now Brett has been a Mozilla community member for quite some time, contributing with the good folks at CDOT / Seneca College to create popcorn.js, "a JavaScript library for merging video with semantic data". I understand that this is a bit of a mouthful, but don't close your browser window just yet! Popcorn.js is what I would describe as "hyper-video" ("hyper" as in "hypertext"): the ability to leverage data from the video and link to it, Web style. Such data include:

  • location. Where on earth was this video sequence made? Then display it on an interactive map
  • subtitles. What is being said on the soundtrack. Display it as text, and offer to translate it into the foreign language of your choice using an online translation service
  • license. Under which license is this video sequence made available? (Copyright, Creative Commons, etc.)
  • person. Who's on the screen? If we know, then link to his/her Twitter and Flickr streams in real time
  • topic. What is being discussed? Then link to the corresponding article in Wikipedia and in the news.

Screenshot of the demo

Go and see for yourself the PopCorn.js demo (in case you're stuck with an older browser that is not capable of running the demo, here is a video of the demo).

I think this is a very significant step further for video on the Web, which was until now a very TV-like, passive and linear approach, now merged with the hypertext nature of the Web (its ability to link to things in other places), so that users can click on links in order to learn more. Of course, this is just a demo. Tons of things need to be done, but I see this as a very cool way to show what HTML5 and its video element, combined with the power of JavaScript and mash-ups.

Notes

[1] I can't say how strongly I recommend watching this movie, starting with its trailer.

[2] It's actually the second one, as Henrik Moltke, co-author of Good copy, bad copy, is already working at Mozilla... on Drumbeat!

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