vendredi 13 juin 2014

42

Tristan Nitot à l'école 42, à Paris

J'étais mardi à l'école 42 pour y faire une présentation de Mozilla. Plutôt que d'y faire une présentation classique, j'ai décidé d'improviser sur les thèmes ci-dessous :

"Code is Law" dit Lawrence Lessig. "Le code, c'est la loi".

En effet, l'utilisateur d'un logiciel ne peut faire que ce que le développeur a permis au logiciel de faire. Les développeurs de logiciels ont donc un pouvoir énorme sur les utilisateurs. Ce sont les juristes du 21eme siècle. A moins que le code du logiciel ne soit Libre, l'utilisateur voit sa liberté contrôlée - donc bridée - par le développeur.

"Software is eating the world" dit Marc Andressen. "Le logiciel dévore le monde".

En effet, le logiciel gagne du terrain. La moindre machine à laver le linge - auparavant mécanique - est maintenant équipée d'un micro-contrôleur qui exécute du logiciel. Les applications de nos ordinateurs nous permettent d'interagir avec le monde qui nous entoure. Nos ordinateurs sont maintenant en permanence avec nous, dans nos poches. Tous les secteurs sont révolutionnés par le logiciel : la presse, l'éducation, le divertissement, même des secteurs comme l'hôtellerie avec Booking.com et AirBnB et les taxis avec Uber.

"With great power comes great responsibilities" dit l'oncle Ben dans Spiderman. "Avec de grands pouvoir viennent de grandes responsabilités".

Puisque les développeurs ont un énorme pouvoir sur nos vies et que ce pouvoir est croissant, ils ont d'énormes responsabilités. Ils ont le choix entre d'un coté écrire du logiciel propriétaire et donc devenir ceux qui limitent les libertés des utilisateurs, ou d'autre part être ceux qui libèrent ces utilisateurs en écrivant du logiciel Libre.

Références

J'ai indiqué plusieurs liens et concepts lors de la conférence. En voici les références :

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lundi 19 mai 2014

Mozilla et les DRM : une autre perspective

(Mise à jour : ce billet est aussi disponible en version italienne).

Ceux qui suivent mon blog savent à quel point je suis opposé aux DRM depuis longtemps, un épisode familial très désagréable ayant confirmé mon opinion. Mes collègues de Mozilla partagent la même opinion : les DRM ne sont pas là pour servir les utilisateurs ; les DRM sont là pour protéger les intérêts économiques de l'industrie du divertissement qui prétextent que c'est en fait pour protéger les artistes et la création.

Les DRM, présents depuis très longtemps

Pourtant, Firefox et tous les autres navigateurs intègrent des DRM depuis longtemps via les plug-ins Flash et Silverlight. Firefox est malgré tout un logiciel Libre, mais pour afficher du contenu protégé par DRM intégré à une page Web via les balises <OBJECT> et <EMBED>, il charge en mémoire un module propriétaire (Flash ou Silverlight) qui déchiffre le contenu et l'affiche. L'interaction entre Firefox et le plug-in en question se fait via une API, NPAPI (Netscape Plug-in API), API qui remonte à des temps immémoriaux[1].

Je n'ai pas une très haute opinion de Flash et Silverlight, et je n'en fais pas mystère sur ce blog qui est, rappelons-le, initialement dédié aux Standards du Web (le "Stand" de Standblog vient de là). Par ailleurs, les plug-ins sont autant de cauchemars en terme de sécurité et de performance pour les fabricants de navigateurs. En plus, leur contenu s'intègre mal dans les sites Web, ce qui est une difficulté supplémentaire pour les auteurs de sites Web. Heureusement, avec la montée en puissance de HTML5, le recours à Flash et Silverlight se justifie de moins en moins, sauf pour un cas, la distribution de contenu vidéo sous DRM. Là, HTML5 ne peut rien faire, vu qu'il y a encore peu de temps, rien n'était prévu pour qu'il puisse répondre à ce besoin.

On aurait pu imaginer les principaux fabricants de navigateurs faisant front pour ne pas avoir de DRM dans HTML5. Mais voilà, tous sont des acteurs commerciaux sauf Mozilla. Microsoft et Google et Apple ont commencé à négocier avec les majors d'Hollywood pour implémenter des DRM (forcément propriétaires) dans leurs navigateurs. Ils ont poussé à l'intégration de DRM dans HTML5. Mozilla s'y est opposé, sans succès.

Précisions techniques pour ceux qui veulent plonger dedans : l'intégration des DRM dans HMTL5 a donné la spécification EME (Encrypted Media Extensions), qui est en gros une API qui permet l'intégration d'un plug-in de DRM (propriétaire) appelé CDM (Content Decryption Module). Ne souhaitant bien évidemment pas écrire lui-même un tel CDM (code propriétaire), Mozilla propose celui d'Adobe. Son chargement est bien sûr facultatif. Son exécution se fait dans une "Sandbox" (bac à sable) pour limite ce que peut faire le CDM. Mon collègue Andreas Gal a une longue explication sur Mozilla Hacks.

Firefox ne fait pas le poids face à Games of Thrones

Pour Mozilla, être obligé de supporter les DRM est douloureux.

Mais l'alternative, c'est de ne pas le faire, de se retrouver comme seul navigateur grand public incapable d'afficher les vidéos sous DRM. C'est voir les utilisateurs de Firefox, avides de séries télé et de films en streaming, changer de navigateur dès qu'ils verront la page d'accueil de Netflix et consorts leur dire "désolé, vous devez utiliser Chrome ou Internet Explorer". Et c'est sûr que face à l'envie de regarder Game of Thrones ou House of Cards, la notion très vague que Firefox est plus libre qu'un autre navigateur ne fait pas le poids. Dès lors, Firefox va perdre ses utilisateurs. En perdant ses utilisateurs, Mozilla perd de son influence.

La question est de savoir si cela a du sens de sacrifier l'influence de Mozilla et donc son utilité sur ce point précis ou pas. Je ne le crois pas, car il y a tant de combats à mener, de la neutralité du Net à la liberté de l'utilisateur sur mobile.

aparté techniques : je considère que l'arrivée du couple EME/CDM va permettre d'enfoncer un ultime clou dans le cercueil de Flash et Silverlight. Les DRM était l'un des derniers trucs qui faisaient qu'on n'arrivait pas à s'en passer, malgré les trous de sécu et tous les problèmes de performance associés. Fonctionnellement, EME/CDM c'est un sous-ensemble de Flash et Silverlight. C'est plus sécurisé et ça permet de faire beaucoup moins.

Dans la guerre qui vise à sauvegarder la liberté de l'Internet, cette bataille contre les DRM est perdue. Il y aura toutefois une petite victoire contre Flash et Silverlight. Il y aura aussi d'autres batailles contre les DRM. Mozilla continue de se battre et tente de les remplacer par du watermarking (c'est ce qui est arrivé sur iTunes et a remplacé les DRM). Mais pour continuer de se battre, il faut avoir des forces, de l'influence. C'est ce que Mozilla a choisi en acceptant d'intégrer EME : garder son influence pour être présent et fort dans les prochaines batailles pour la liberté de l'Internet.

Perdre une bataille pour pouvoir continuer la guerre

Mozilla a perdu une bataille, et c'est bigrement désagréable. Au lieu de blâmer le perdant qui s'est vaillamment battu, essayons de le soutenir pour qu'il gagne les autres dans cette guerre permanente qu'est la défense de l'Internet, du Web et de ses utilisateurs. Utilisez Firefox, dites à vos proches d'utiliser Firefox. Ça donnera à Mozilla la force et l'influence dont il a besoin pour gagner les futures batailles. Car il est une fois de plus démontré qu'il ne faut pas compter sur les géants du Net pour nous donner un navigateur qui est à notre service et pas à celui de ses actionnaires.

Note

[1] Première implémentation dans Netscape 2.0 début 1996.

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jeudi 6 mars 2014

Un passage à la radio Ici et Maintenant (95.2FM)

Façade de la radio Ici et Maintenant

Juste avant de partir pour Barcelone et le salon Mobile World Congress, j'ai été invité par l'excellent Christophe Villeneuve, un garçon aux multiples talents (il est branché logiciels Libres, développement Web, demoscene et il écrit même des livres, en plus d'être animateur radio !). C'est cette dernière facette qui est concernée puisque l'invitation était dans les studios de Radio Ici et Maintenant (95.2FM), une radio libre et associative, ce qui résonne particulièrement avec l'approche de Mozilla.

Nous avons donc fait une émission fleuve de deux heures (!) qu'il est maintenant possible de télécharger au format MP3.

Je tiens à remercier les animateurs Olivier et William[1] pour leur patience avec le débutant que je suis, ainsi que pour l'excellent moment passé ensemble à discuter de l'avenir du Web, l'importance des standards ouverts, du logiciel Libre, mais aussi de téléphone mobile et même entrepreneuriat !

Chose sympathique, les animateurs étaient filmés par plusieurs Webcams qui sont retransmises en ligne, et un forum IRC permet d'échanger avec les auditeurs, permettant une certaine interactivité.

Copie d'écran de la Webcam pointant sur les intervenants dans le studio

Note

[1] J'avais oublié de citer leurs prénoms, mea culpa !

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mardi 3 décembre 2013

Social Good Week

Je profite d'une courte période d'accalmie pour vous parler d'un projet sympa alliant technologie et volonté de construire un monde meilleur, la Social Good Week :

SocialGoodWeek.png

La Social Good Week, c'est bientôt, du 7 au 15 décembre 2013, dans plusieurs villes de France.

Alors que le temps s'annonce... comme un temps de mi-décembre, pourquoi vous n'iriez pas donner un coup de main en participant à l'un de ces événements ?

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samedi 27 juillet 2013

Comment Google fait disparaître les résultats de recherche

Il y a quelques semaines, Jean-Baptiste Soufron, secrétaire général du Conseil National du Numérique et ex-Wikipédien, me faisait passer un article intitulé Comment Google tue la recherche organique. L'auteur, américain, démontre que quand on fait une recherche sur Google, seul 13% de son écran est consacré aux résultats de recherche, le reste étant soit de l'espace entre les rubriques, soit du contenu Google. Il démontre que c'est pire encore sur mobile[1].

C'est en vacances, alors que j'utilisais l'ordinateur sous Windows (et Firefox) de ma tante pour chercher un hôtel du coté de Moulins, dans l'Allier, que j'ai réalisé que c'était pire encore que ça. Voici ce que donne la requête Google 'Hotel Moulins' sur un écran de 1024x768 :

Resultats Google pour "hotel moulins"

  • En jaune, le contenu Google
  • En gris, les publicités
  • En violet, les résultats de recherche "naturels".

Ne cherchez pas le violet, il n'y en a pas, à moins de faire défiler la page : on ne voit aucun résultat de recherche par défaut. Que du contenu Google ou de la publicité Google.

A contrario, j'ai utilisé le moteur de recherche Startpage.com pour la même requête. Startpage (qui m'a été signalé par l'excellent Olivier Meunier), c'est un peu du Google sans Google. Les résultats sont de Google, la pub de chez Google, mais sans "l'éditorialisation" des résultats et un meilleur respect de la vie privée.

C'est un peu un Google à l'ancienne :

resultats startpage.com pour "hotel moulins"

Dans ce cas, même si la publicité (en gris) est toujours affichée avant le contenu (en violet), elle a au moins l'avantage de ne pas empêcher l'affichage du résultat des recherches, ce qui est quand même la raison première pour laquelle on a fait une recherche !

La seule façon d s'en sortir dorénavant, c'est d'acheter de la publicité chez Google. Comme l'indique l'auteur de l'article américain "It’s Google’s world, and from now on, you’ll have to pay to play in it." ("Le monde appartient dorénavant à Google, et il faut payer pour avoir le droit d'y jouer".)

Note

[1] Un blogueur a repris l'article américain en français : Google est en train de faire disparaître les résultats de recherche.

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