octobre 2020 (8)

jeudi 22 octobre 2020

Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Moto Zero SR/S sur fond de mer méditerranée

Lors de conversation en ligne ou dans la vraie vie, sur Twitter ou Mastodon, j’ai eu beaucoup de questions. Les voici compilées pour la postérité.

  1. Quel ressenti à la conduite ?
  2. Et l’absence de boîte ?
  3. Et le poids ?
  4. Les sensations de reprise et de frein moteur ?
  5. Quelle autonomie sur route, en ville, autoroute ?
  6. Des problèmes sur le réseau de bornes de recharges ?
  7. Quels modes de recharge disponibles ?
  8. Comment as-tu vécu la contrainte de la recharge par rapport à une thermique ?
  9. T’es-tu senti en sécurité malgré le silence du moteur ?
  10. Ça fait combien en CO2 ? Ça fait quoi de rouler sans produire de CO2 ?
  11. Tu as estimé le coût de l’électricité chargée ?

Quel ressenti à la conduite ?

C’est simple, c’est un dragster mais facile à conduire, suivant les modes moteur. La Zero SR/S est super confortable, plus que la Zero SR/F (la version roadster). Position assez droite, suspensions souples. Du coup, elle est efficace sur départementales. Pour rouler de façon plus sportive, il faudrait sûrement régler autrement les suspensions, ce que je n’ai pas fait. On notera que malgré son couple hallucinant, elle ne pousse pas au crime. J’ai pu prendre au moins autant d’angle qu’avec ma V-Strom thermique. Il faut dire que la Zero est équipée de pneus sport-GT (des Pirelli Diablo III) plus tendre que ce que j’utilise d’habitude, donc on se sent très en confiance. Pourtant, j’étais très chargé !

L’adaptation n’a pas été trop compliqué, notamment pour les gaz et l’absence de boîte ?

L’adaptation a été très facile. La poignée « de gaz » est très douce et progressive. Cote boîte, j’ai parfois cherché l’embrayage et le sélecteur mais c’est pas dangereux (pas comme sur une voiture à boîte auto ou tu peux freiner violemment au lieu de débrayer.

Moto Zero très chargée : un gros sac à l'arrière plus deux grosses sacoches

Et le poids ?!

Coté poids, ça fait dans les 230 kg et quelques, je crois. La moto étant basse et le poids placé bas, c’est vraiment pas gênant. J’ai été gêné une fois, dans les gravillons, en pente, à vouloir faire marche arrière. Je l’avais bien cherché quand même !

Moto dans les gorges de l'Ardèche

Les sensations de reprise et de frein moteur ?

Le frein moteur existe et il est variable en fonction du mode moteur choisi, donc ça dépend du réglage. Quant aux reprises moteur, elles sont démoniaques / hallucinantes / féroces / incroyables (non, il n’y a pas de mentions inutiles à rayer). Juste pour donner une idée, le moteur délivre un couple de 19 m.kg à tous les régimes, c’est en gros comme si j’avais un moteur de 2 L de cylindrée… sur une moto de moins de 250 kg !

C’est simple, en reprenant ma moto thermique, j’ai été désagréablement surpris par les vibrations, le bruit et le manque de reprise ! Pourtant, c’est une Suzuki 1000 V-Strom que je trouvais jusqu’à présent trop puissante pour mon usage…

Moto électrique avec des éoliennes en arrière-plan

Quelle autonomie sur route, en ville, autoroute ?

C’est extrêmement variable ! Tout le principe de ce road trip, c’était de réaliser une idée à la con, utiliser la moto à rebours de ce pour quoi elle a été conçue. Donc forcément, mettre un garçon comme moi, qui dépasse le quintal, avec 40 kg de matériel et un physique imposant donc pas très aérodynamique, avec en prime deux grosses sacoches faisant aérofrein, c’est quand même pas idéal pour gagner des concours d’autonomie. Donc mes mesures sont probablement très pessimistes. Cela dit, quelques chiffres :

  • Sur petite route, environ 150 km d’autonomie, moins en cas de vent contraire (il y a eu beaucoup de vent à cause de la tempête Alex lors de mon voyage).
  • En montagne, en roulant cool, j’ai dépassé les 200 km d’autonomie
  • En ville, le constructeur indique sur son site 259 km d’autonomie. C’est assez plausible : dès qu’on roule en ville on voit l’autonomie calculée augmenter rapidement.
  • Sur autoroute, je l’ignore, j’évite autant que possible ce type de route qui m’ennuie, mais le constructeur indique 139 km en roulant à 113 km/h

Des problèmes sur le réseau de bornes de recharges ? J’ai le souvenir d’un article d’un(e) journaliste parti(e) pour passer un w.e. à Deauville qui n’avait pu arriver que jusqu’à mi-parcours

Une borne peut être déjà occupée, où en panne. C’est surtout en région parisienne que j’ai galéré (pas de prise à domicile). En région, franchement pas mal. Seul souci récurrent : la borne refuse parfois de délivrer les 12kW et se bride à 3, 6 ou 10 kW, ce qui fait qu’on perd un temps fou. Pénible !

J’en parle dans un autre billet,mais avec l’appli Chargemap, c’est facile de trouver une borne, et elles sont plus nombreuses que je ne le pensais — près de 30 000 en France — sauf en région parisienne, où elles sont souvent occupées ou en panne, un enfer.

Quels modes de recharge disponibles ?

La moto mise à disposition avait deux câbles :

  1. un type 2 qui permet la charge rapide jusqu’à 12 kW. Donc 45 mn voire 1 heure suffisent pour recharger la batterie si elle est presque vide. Il y a beaucoup de bornes équipées de prise type 2 dans les villages. Précisons que la moto que j’avais était un modèle premium avec l’option charge rapide, donc avec chargeur 12 kW.
  2. un avec une prise domestique 220 V classique. La puissance utilisée est réglable sur 4 paliers. C’est l’option pour recharger pendant la nuit et c’est plusieurs heures de charge (voir le site du constructeur pour les détails).

Comment as-tu vécu la contrainte de la recharge par rapport à une thermique ?

C’est vrai que c’est un gros changement d’habitude, mais une fois qu’elle est prise, c’est plus facile que ce qu’on pensait au départ. Il faut plus planifier son trajet qu’avec une thermique, mais avec l’appli Chargemap, on les repère facilement. Comme c’est une charge rapide, je déjeunais pendant la charge (45 mn env.) et parfois quelques minutes l’après-midi au cas-où. J’ai publié un article où je parle de Chargemap et des applications utilisées pendant le road trip.

On notera que la moto a une petite batterie, qui se recharge en mode rapide en moins d’une heure. Si j’avais eu une voiture, les choses auraient été beaucoup plus compliquées, car le temps de charge, même sur une borne rapide, prend beaucoup plus de temps, plusieurs heures en l’occurrence.

T’es-tu senti en sécurité malgré le silence du moteur ?

Oui, quasiment aucun souci. En ville, à Lyon, j’ai eu un tocard qui a traversé en biais sans regarder. Un vélo aurait eu le même problème, je roulais à 25 km/h. Mais je n’ai pas beaucoup roulé en agglomération donc c’est pas représentatif.

Sinon, que ce soit clair, l’absence de bruit est une chose très très positive ! Pour les autres mais aussi pour le confort du pilote, moins fatigué en fin de journée.

Ça fait combien en CO2 ? Ça fait quoi de rouler sans produire de CO2 ?

C’est la question qui fait mal à la tête ! En gros, le moteur électrique a un rendement très supérieur à un moteur thermique. En substance, le moteur thermique porte bien son nom, puisque l’essentiel de l’énergie est dépensée… sous forme de chaleur ! A contrario, le moteur électrique consomme l’équivalent de 0,55 L/100 km en ville et 1,08 L/100km sur autoroute (données constructeur). Pour ma part, j’estime que j’étais environ à 0,8 L/100km d’équivalent essence. Sur un trajet de 2520 km, ça fait 20,16 L seulement !

Sachant que l’électricité en France est largement décarbonée à hauteur de 92 % (Source), ça fait 20,16*0,08 = 1,61 L d’équivalent d’essence brulée (ça devient scabreux comme calcul, là !)

Sachant qu’un litre d’essence c’est 2392 g de CO2, j’ai produit 3,857 kg de CO2 pendant mon voyage. À comparer avec les 165,2 kg d’un aller/retour Orly-Blagnac (82,6 kg l’aller d’après la DGAC), soit environ 43 fois moins de CO2[1].

Pour autant, il ne faut pas s’arrêter à ce calcul simpliste : une voiture électrique (je n’ai pas l’info pour une moto électrique, mais j’imagine que c’est comparable) rejette sensiblement plus de CO2 lors de sa fabrication qu’une voiture à moteur thermique (voir par exemple la figure 2 par 8 du rapport Carbone 4 e-mobility and the energy transition[2]). Pour pouvoir bien comparer, il faudrait faire une analyse du Cycle de Vie aussi bien pour le véhicule électrique que pour l’avion en incluant le coût écologique des infrastructures qui leur sont nécessaire (respectivement les routes et les aéroports), et je n’ai ni le temps ni les capacités pour faire cela.

Moto électrique sous une ligne électrique

Tu as estimé le coût de l’électricité chargée ?

J’ai pas toute la data, et c’est très variable de borne à borne.

Un charge à la maison de 0 à 100 % : 2 € car 12 kWh à 0,16 cts le kWh (pour info, mon vélo à assistance électrique et ses 500 W.h c’est 8 cts).

Après, une borne peut être gratuite (souvent sur les parking de supermarché pour attirer le chaland) mais du coup les emplacements sont souvent occupés.

Une borne peut être payante à prix coûtant ou presque, ça dépend de l’opérateur. Ou sensiblement plus chère. Sur autoroute, c’est scandaleux, limite au prix de l’essence.

Ensuite, comme chaque opérateur a son propre système de carte et d’abonnement, c’est l’enfer, donc tu as des gens comme Chargemap ou NewMotion qui sont des “méta-cartes” qui prennent un pourcentage sur le prix mais te permettent de pas trimballer 36 cartes de 36 opérateurs. Mais c’est forcément un peu plus cher.

À titre indicatif, des deux charges dont j’ai pu avoir la facture : une à 2,5 €, l’autre à 3,5 €. Aucun doute, l’électrique est considérablement moins cher, de l’ordre de 7 fois moins cher. Mon calcul :

  • Électrique : 2 € (charge à la maison) pour 150 km, soit 1,3 € les 100 km
  • Essence : 6 L/100 km à 1,50 € le litre, ça fait 9 € pour 100 km

Mais comme le véhicule électrique coûte quand même plus cher qu’un véhicule thermique, Il va falloir faire beaucoup de kilomètres pour que ça devienne avantageux en terme de coût total de possession.

Une moto électrique devant le panneau indiquant le mont gerbier de jonc, altitude 1417 m

Notes

[1] Notons au passage que si j’avais fait un tel trip en Pologne, j’aurais une voiture alimentée essentiellement au charbon (83 % de leur électricité provient des hydrocarbures).

[2] On notera que Challenges.fr donne plutôt un facteur 2 : “le process de production d’un modèle de type Renault Zoé zéro émission entraînera le rejet de 6 tonnes de CO2 environ, contre 3 tonnes pour une voiture comparable de type Clio”.

lundi 19 octobre 2020

Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Moto Zero SRS/S chargée pour un long voyage

Il y a un pré-requis pour voyager loin avec une moto électrique (et c’est sûrement la même chose en voiture électrique : savoir éco-conduire pour consommer moins d’énergie et ainsi nécessiter moins d’arrêts pour la recharge. Par ailleurs, je choisis de rouler sur des jolies routes à virages quitte à ce que ça me prenne beaucoup plus longtemps que par l’autoroute (laquelle m’ennuie prodigieusement à moto). L’idée, c’est que je préfère m’amuser à moto toute la journée (sur petites routes) que de m’ennuyer pendant une demi-journée sur l’autoroute. Je reconnais que tout le monde n’est pas forcément de cet avis !

Quoi qu’il en soit, voici la liste de mes applications indispensable pour voyager loin et bien à moto électrique :

L’application ChargeMap

Copie d'écran de l'application Web Chargemap

Chargemap, ce sont l’application et le site indispensables pour trouver des bornes de charge. Il est préférable de créer un compte et d’enregistrer quels types de chargeur on veut voir. En effet, il existe plusieurs standards de connecteurs. La Zero SR/S est compatible Type 2 et dispose aussi d’un câble type prise domestique, mais la charge est alors beaucoup plus longue. Du coup, dans ChargeMap, je coche les options Type 2 et Type 2 câble attaché et j’indique, pour pouvoir tirer partie de mon chargeur rapide, que je veux des bornes de 18 kW ou plus.

Chargemap propose un abonnement est possible pour savoir plus simplement si des services de restauration sont disponible à proximité. J’ai essayé cet abonnement et je ne suis pas convaincu de l’utilité. Quand on a repéré une borne sur laquelle on veut aller, l’application propose d’utiliser une autre Appli de guidage (Google Maps ou Apple Plans) pour la rejoindre.

Chargemap propose aussi la carte de paiement Chargemap qui permet de payer dans beaucoup de bornes en effet, pour facturer les clients, chaque région propose sa propre carte. Chargemap est un genre de “méta-carte de paiement” qui permet de payer un peu partout moyennant un supplément.

Sans cette application, ou sans téléphone ou sans 4G nécessaires à son fonctionnement, le voyage devient brusquement très très compliqué…

L’application Calimoto

Copie d'écran Calimoto Web

Calimoto est un outil qui correspond bien à mon usage mais qui sera inutile à d’autres. En effet, mon parti-pris est de rouler doucement (comprendre aux vitesses légales) sans m’embêter. Et donc, pour cela, passer par des petites routes pittoresques au maximum, avec des virages, du dénivelé et de beaux paysages plutôt que par l’autoroute (très énergivore et pénible) ou les nationales (où les paysages sont souvent moches et les routes trop droites à mon goût).

Calimoto regroupe un site et une application mobile GPS qui fait passer par des routes à virages (en fait les routes bordées de vert des cartes Michelin). C’est vraiment un truc incompréhensible pour le commun des mortels. Pour vraiment en profiter, il faut aimer les routes compliquées, avoir envie de rouler lentement et avoir du temps. Ça tombe bien, c’est mon cas !

Calimoto est disponible pour Android, iOS et aussi sur le Web. Et, cerise sur le gâteau, elle utilise le fond de carte communautaire OpenStreetMap (salut les copains !). L’application est gratuite, mais limitée à une seule région de France. Il faut payer pour avoir les autres régions du monde (ce que j’ai fait) ou passer sur un abonnement Premium pour avoir en plus des fonctionnalités supplémentaires pas forcément indispensables (historique des angles pris et de l’accélération…)

L’application enregistre aussi les voyages effectués, pour peu qu’on pense à activer le suivi. Les cartes dans les comptes-rendus de ce voyage proviennent de Calimoto. Bref, pour moi, cette application est absolument indispensable à mon expérience moto (non, je ne suis pas payé pour vous dire ça).

A Better Route Planner

Copie d'écran de l'application Web ABRP

On m’a parlé de A Better Route Planner (ABRP), mais ayant trouvé un mode de fonctionnement entre ChargeMap et Calimoto et accessoirement Google Maps et Apple Plans, je n’ai pas vraiment utilisé ABRP. C’est visiblement une application très complète qui propose des itinéraires en fonction des véhicule et de son autonomie en s’arrêtant là où il faut. Sur le papier, c’est parfait. En réalité, il faut qu’elle connaisse précisément les caractéristiques du véhicule (rapidité de charge, capacité batterie, consommation) pour être pertinente, et ça n’est pas le cas des motos Zero, qui ne sont qu’imparfaitement modélisées par l’application. Pour des véhicules plus courants, c’est probablement plus efficace. Reste le fait qu’elle peut vous envoyer sur une borne qui ne fonctionne pas alors qu’il vous reste que très peu d’autonomie, ce qui serait alors très angoissant !

Pour réserver les hôtels

Il existe plusieurs plateformes pour réserver les hôtels, par exemple Booking.com et Expedia.com, disponibles sur le Web ou en applications mobiles. On notera que Booking permet de sélectionner les hôtels disposant d’un parking et d’une borne de recharge. On constate alors qu’ils sont une petit minorité. Dans la réalité, on n’a pas besoin, avec un véhicule qui a une si petite batterie, d’une borne à recharge rapide : une prise domestique est suffisante quand on dispose de toute la nuit pour charger. Du coup, il peut être préférable d’appeler l’hôtel et lui demander s’il est possible de charger un petit véhicule électrique dans un coin, sur une prise domestique. En plus, ça préserve la marge de l’hôtel plutôt que de passer par une plateforme qui prend une commission grassouillette.

Alors, c’est faisable ?

Oui, partir sur de longues distances est très faisable à moto, mais cela nécessite une planification autrement plus exigeante qu’avec une moto thermique. Avec une moto thermique, on ne se préoccupe pas de la consommation, on sait qu’on va trouver une station d’essence sans problème et que le plein sera vite fait. On cherche un hôtel sans se poser de question. À moto électrique, c’est tout de suite plus compliqué… Cela nécessite plus de planification : où déjeuner ? Près d’une borne ! où dormir ? Dans un hôtel où on aura appelé avant et accepté de se voir facturer des frais de parking.

La dépendance à la technologie

En vérité, sans les applications sont devenues indispensables, à commencer par Chargemap, ce qui pose quand même un problème : on devient particulièrement dépendant d’un empilement de technologies (4G + smartphone + application) pour pouvoir se déplacer. Il suffit que l’une de ces “couches” vienne à manquer et ça tourne au vinaigre : il y a des zones où la couverture 3G/4G est inexistante, un smartphone peut casser et rendre l’âme, on peut le perdre, etc. Cela veut aussi dire qu’on a pensé à équiper la moto d’un (bon) support de smartphone et qu’on dispose d’un smartphone étanche (ou une housse très efficace) ainsi que d’un abonnement Internet 4G un peu costaud. Quant à la couverture du territoire, il faut croiser les doigts ! Tout cela n’a rien d’infaisable, cela rajoute juste des contraintes, des incertitudes et finalement, c’est peut-être ce qui fait le goût de l’aventure !

samedi 17 octobre 2020

Savoir éco-conduire pour économiser de l'énergie

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Voilà un billet que j’ai envie d’écrire littéralement depuis des années pour partager un truc que j’ai appris il y a plus de 10 ans et qui m’a fait économiser des fortunes tout en limitant mon bilan carbone. Ce truc, c’est l’éco-conduite.

Éco-conduire, c’est conduire en consommant le moins possible d’énergie. Cela fait des années que j’éco-conduis, aussi bien en voiture thermique qu’à moto thermique. Et ça marche aussi avec un véhicule électrique, lui permettant de gagner en autonomie ! Avant d’expliquer comment éco-conduire, il faut passer par un petit moment de théorie (désolé !). En effet, pour savoir comment économiser l’énergie (pétrole ou électricité) utilisée pour faire avancer un véhicule (auto ou moto), il faut savoir ce qui fait qu’il en consomme…

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne

Ordinateur de bord indiquant 3,8 L/100 km de moyenne sur une moto Suzuki V-Strom 1000, là où la plupart des propriétaires et journalistes essayeurs consomment plus de 6,5 L aux 100 km

Qu’est-ce qui consomme de l’énergie quand on roule ?

En théorie, si vous avez eu des cours de physique, on sait qu’une bille peut rouler indéfiniment sur une surface horizontale, dans le vide, pour peu qu’il n’y ait pas de frottements. En pratique, nous ne sommes pas dans le vide, et il y a des frottements. En plus, la route est rarement horizontale ! Alors qu’est-ce qui fait qu’on consomme de l’énergie pour rouler ?

  1. l’air. Il suffit de sortir sa main par la fenêtre d’une voiture qui roule pour réaliser à quel point l’air oppose une résistance au déplacement. Et plus on roule vite, plus la résistance et forte, et plus il faut d’énergie pour vaincre cette résistance. En gros, plus on roule vite, plus on consomme. À l’inverse, plus on roule lentement, moins on consomme.
  2. l’accélération, le fait de prendre de la vitesse. Pour prendre de la vitesse, il faut donner de l’énergie. Quiconque a roulé à vélo sait cela. Une fois la vitesse acquise, c’est beaucoup plus facile de maintenir la vitesse
  3. le freinage. Quand on freine, l’énergie cinétique (l’élan, pour faire simple) est réduite et transformée en chaleur par le système de freinage. Donc moins on freine, mieux c’est pour conserver l’énergie. En électrique, il y a un système de récupération (on dit parfois régénération) d’énergie sur certains véhicules[1] où l’énergie cinétique est utilisée pour générer de l’électricité qui va dans la batterie et qui pourra servir plus tard à accélérer. La Zero SR/S dispose d’un tel système. Mais comme les batteries chargent lentement, ce système ne peut récupérer qu’un peu d’énergie à la fois et le reste de l’énergie est perdu… dissipé sous forme de chaleur par les freins.
  4. les frottements autres que l’air (pneus, roulements etc). On ne peut pas y faire grand chose, à part choisir des pneus de route, en évitant absolument les pneus à crampons. Bon, les tétracapillosecteurs[2] pourraient envisager de changer leurs roulements à bille pour des modèles plus performants, mais là, on pinaille !

L’éco-conduite en tant que telle

Une fois qu’on sait ce que je viens d’expliquer, on réfléchit un peu et on fait les choses suivantes :

  1. On roule doucement en respectant les limitations de vitesse. Comme ça on limite au maximum les frottements de l’air. Sur autoroute, on limite sa vitesse à 110 km/h (oui, je sais, ça n’est pas facile). Mais du coup, on s’embête au guidon ou au volant ? C’est possible, mais je partage avec les motards mon astuce : c’est beaucoup plus facile de s’amuser sans rouler vite en empruntant une jolie route qui tournicote que sur une autoroute ou une nationale toute droite. C’est pour ça que j’utilise l’application GPS Calimoto dont le slogan est « Fini les lignes droites », car elle fait justement passer par les routes à virages. Dans de telles routes, c’est facile d’avoir une moyenne de 60 km/h :-)
  2. On anticipe les changements d’allure pour freiner le moins possible. Par exemple, quand je vois un feu au loin, je me laisse glisser sur l’élan plutôt qu’accélérer pour piler au feu. En électrique, c’est encore mieux puisque les lentes décélérations rechargent (un peu) la batterie.
  3. On freine moins. On s’autorise à freiner bien sûr, mais si on freine beaucoup, c’est probablement qu’on a loupé son coup en terme d’anticipation. Et du coup on se demande comment on pourra faire la prochaine fois. Au bout d’un moment, ça devient un automatisme, au point que maintenant j’éco-conduis sans même y penser.
  4. On apprend à connaître son véhicule. Sur un véhicule thermique, on surveille l’ordinateur de bord en lui faisant afficher la consommation instantanée et on cherche le régime le plus efficace. Ni en sous-régime (moteur qui cogne) ni en sur-régime (moteur qui hurle), probablement plutôt en bas de la “zone de confort” du moteur, à un régime où le moteur tourne bien sans forcer. Quand on démarre après un stop ou un feu, on passe les vitesse en souplesse jusqu’à atteindre ce régime et on s’y tient. En cas de réduction de vitesse, au lieu de freiner, on débraye et on laisse les frottements du vent ralentir le véhicule. Pendant ce temps là, on constate que la consommation du moteur est quasiment nulle ! Mise à jour suite aux commentaires (merci à ceux qui ont laissé des commentaires en ce sens) : il y a plusieurs possibilités pour réduire sa vitesse :
    1. On débraye, et le moteur continue de tourner au ralenti et donc de consommer un peu d’essence (ce qu’indique probablement l’ordinateur de bord), et le véhicule ralentit très progressivement ;
    2. On lâche l’accélérateur sans débrayer, et normalement le moteur ne consomme pas d’essence, par contre le freinage (moteur) est plus franc, plus rapide. À vous de voir ce qui convient le mieux à la situation. On notera qu’il est interdit par le code de la route de rouler moteur éteint ou au point mort, pour des raisons de sécurité.
  5. Couper son moteur à l’arrêt. C’est le principe du système Start/Stop de plus en plus livré en standard dans les véhicules. Si un arrêt s’avère être assez long, on peut couper le moteur et le relancer quelques secondes avant de devoir repartir (par exemple quand le feu piéton passe du vert au rouge, on anticipe que le feu des voitures va passer du rouge au vert et on redémarre le moteur). (Merci Al pour la suggestion que j’utilise mais que j’avais oublié de lister ici).

538,8 km avant la panne sèche sur une moto de 2004 et un réservoir de 22 L

538,8 km avant la panne sèche sur une moto Suzuki V-Strom 650 de 2004 et un réservoir de 22 L, soit 4,08 L/100 km

Voilà, vous savez tout ou presque sur l’éco-conduite ! À vous de mettre cela en pratique, en voiture ou à moto, thermique ou électrique, pour faire des économies et rejeter moins de dioxyde de carbone (et en plus, faire des économies de plaquettes de freins et de pneus !).

Je ne vous cache pas que consommer moins, quand on a compris les enjeux du climat, c’est quand même très plaisant et en plus ça occupe pendant les voyages… (et que cela ne vous empêche pas de vous mettre au vélo ! ;-) )

Notes

[1] Mon vélo n’a pas ce système, par exemple.

[2] Ne cherchez pas ce terme dans le dictionnaire. Il signifie coupeurs de cheveux en quatre chez certains esprits malades (comme le mien).

mercredi 14 octobre 2020

Road trip Electrique : l'itinéraire (partie 2 sur 2)

Ce billet est la suite du précédent, Road trip Electrique : l’itinéraire, partie 1 sur 2 et fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Moto électrique sur fond d'éoliennes

Il ne me reste plus que quelques jours pour utiliser la moto et la rendre. Un coup d’oeil sur la météo me fait comprendre que le temps sera défavorable pendant le week-end (je regarde cela le lundi soir). Après-demain mercredi matin, j’ai un rendez-vous[1], mais je peux partir dans la foulée. Ça tombe bien, Nîmes est à portée d’une journée de route, et je peux rendre la moto vendredi en fin de journée à Lyon. Allez, on va essayer de faire ça ! Mais avant, on va profiter du coin !

7 - Boucle Perpignan - Limoux - Gorges de Galamus - Perpignan (242 km)

Avant de remonter vers le nord, j’ai le temps de faire une boucle pour voir un autre dino de l’Internet. Ca tombera à l’eau à la dernière seconde, mais tant pis. Je remonte décide de retourner à Limoux par les petites routes. Un coup d’application Calimoto plus tard, me voilà avec un itinéraire en or :

carte indiquant un trajet Perpignan - Limoux

Je n’irais pas dire que les routes sont parfaitement surfacées, mais la Zero s’en accommode presque aussi bien que si j’avais un de mes vieux trails. C’est incroyable comme cette moto est confortable avec un look sportif. Elle cache bien son jeu :

Moto électrique sur route abimée

Une côte s’annonce, au bout apparait l’étonnant château cathare de Quéribus !

Chateau de Quéribus

Un peu plus loin, je passerai le château cathare de Peyrepertuse.

carte indiquant un trajet Limoux - Gorges de Galamus - Perpignan

Je mets la moto en charge à Limoux. Un employé municipal, juste à coté, me voit la brancher, s’approche et me demande l’air étonné si elle est électrique. Quand je lui répond par l’affirmative, il enchaine en boucle « Oh putain, oh bordel, oh putain, oh bordel » et prend une photo pour ses collègue « sinon ils ne me croiront jamais ».

J’improvise une visite de Limoux (très sympa), je déjeune et je reviens vers la moto. Coup de fil avec Alex, qui connaît bien le coin et me suggère un itinéraire par les gorges de Galamus, que j’ai déjà visitées par le passé. Un coin superbe !

L’Agly, le cours d’eau qui passe par les gorges de Galamus :

Un ruisseau dans la montagne

Les gorges elles-mêmes :

Les gorges de Galamus

Après le gorges, j’approche de St Paul de Fenouillet. Le soleil descend sur l’horizon, la lumière devient dorée. Un grand moment à rouler nez au vent, au milieu des vignes et dans le silence :

Une moto près des vignes avec la montagne au fond

Je reviens à Perpignan et je prépare mes affaires pour le lendemain !

8 - Perpignan - Nîmes (260 km)

La maison fermée, les affaires chargées sur la moto, je me prépare à passer par des petites routes, mais le vent est fort et je fais une entorse à mes habitudes en prenant un bout d’autoroute puis la nationale vers Béziers où je déjeune en même temps que la moto se charge, juste devant l’hôtel de ville. Avec tout ça, je pense aux copains cyclistes de Montpellier (JeSuisUnDesDeux) que je n’aurais pas eu le temps de voir. Ça sera pour une prochaine fois. À vélo ?

carte indiquant un trajet Perpignan - Nîmes

En arrivant à Nîmes, je pose mes bagages à l’hôtel, je branche la moto à une borne de recharge proche pour avoir l’esprit libre demain au moment de partir. Et je rejoins à pieds un autre dino de l’Internet, pour déguster une blanquette (maison) et prendre livraison de nougat (maison aussi).

Nîmes et ses arènes sont belles sous la lumière dorée :

Les arènes de Nîmes

Je vous épargne les photos de chat et de vieux schnocks de l’Internet lors de cette très plaisante soirée…

9 - Nîmes - gorges de l’Ardèche - Gerbier de Jonc - Le Puy en Velay (265 km)

Il a été convenu avec Laurent (l’autre dino), qui est aussi motard, d’aller faire un tour à moto ensemble jusqu’à Uzès boire un café avant de repartir chacun de son coté.

Nous tombons sur une référence inattendue à Gilles Deleuze.

Nous sacrifions à la cérémonie du selfie (so 2015!) masqué (so 2020!) avec l’air aimable et je pars vers le nord et Laurent vers le sud.

Tristan Nitot et Laurent Chemla portant des masques contre la Covid

J’ai un un bien joli programme moto pour la journée :

carte indiquant un trajet Nîmes - gorges de l'Ardèche - Gerbier de Jonc - Le Puy en Velay

En effet, on va commencer par les gorges de l’Ardèche, les monts d’Ardèche avant d’arriver au Puy en Velay où j’ai réservé un hôtel.

D’abord, un petit coup de charge à Villeneuve de Berg, où je ne résiste pas à goûter le nougat, le meilleur que j’ai jamais mangé !

un couteau et un nougat sur un sac de moto

Bitume parfait, météo idéale, moto d’exception, le bonheur :

Moto dans les gorges de l'Ardèche

Je m’arrête à chaque fois que c’est possible. La moyenne en prend un sacré coup, mais c’est trop bon, surtout qu’à chaque aire d’arrêt il y a des motards ont des tas de questions sur la Zero. Comme j’ai eu les mêmes sur Twitter, je prépare un billet avec les questions et mes réponses.

boucle de l'Ardèche

Pont d'Arc

Je reprends ensuite les petites routes au bitume aléatoire :

Petite route

Les monts d’Ardèche sont magnifiques, du bonheur à moto :

Ça monte, ça monte, on arrive au mon Gerbier de Jonc, source de la Loire, avec ses 1417 m d’altitude. Il fait carrément frisquet, mais la lumière est sublime !

Gerbier de Jonc, 1417m d'altitude

Ça continue vers le Puy en Velay

moto et route de campagne

J’approche du Puy en Velay, dont la silhouette est reconnaissable entre 1000 :

Le Puy en Velay sur fond de coucher de soleil

Je pose mes affaire, je branche la moto, je dîne et je vais visiter la ville by night. C’est magnifique !

Une rue de la ville haute du Puy en Velay de nuit

10 - Le Puy en Velay - Lyon (185 km)

C’est le dernier jour du voyage ! C’est rarement un moment facile, se dire qu’il va en plus falloir rendre la moto, et ce temps… Il ne pleut pas, mais il fait très gris et très froid. 9°C. Je sors de la ville et c’est un fort brouillard qui m’attend sur la route. Bon, tant pis pour les petites routes, c’est trop dangereux, on va attendre que ça se lève. Je n’aurais pas à attendre longtemps, car en montant dans les hauteurs, le brouillard se dissipe. Je prends la première sortie, j’ai vue sur la vallée où les nuages se sont accumulés, c’est magique :

Vallée dans le brouillard

Le reste du trajet du jour, jusqu’à Lyon, sera fort sympathique, toujours avec beaucoup de virages.

carte indiquant un trajet Le Puy en Velay - Lyon

Avec un rythme aussi tranquille (brouillard et gravillons obligent), l’autonomie monte. J’ai utilisé 8 % de batterie (92 % de SoC) mais il me reste 214 km d’autonomie ! (Chez Zero on dit « portée ») :

compteur numérique de moto indiquant 214 km d'autonomie

Je fais une petite pause déjeuner à St Sauveur en Rue (quel drôle de nom !) où j’en profite pour recharger la moto par précaution, même si elle me dit que je devrais avoir assez.

Arrivée au col de Gratteau (1205 m), avec une vue superbe sur la vallée du Rhône et, de l’autre coté, le Vercors, à 70 km à vol d’oiseau.

Vallée du Rhône

Derrière, l’émetteur TDF du mont Pilat :

Emetteur TDF du mon Pilat

Ensuite, ça descend vers Lyon. Arrivé avec un peu d’avance, je fais un crochet pour rendre visite à deux anciens collègues, Lapalice et Matt. La moto semble plaire, à l’un pour ses performances (il est motard) et à l’autre pour son silence (elle n’en peut plus des bruits des motards).

Il est temps de me diriger vers la concession Zero de Lyon où j’ai rendez-vous (coucou CityBike 69 !).

À peine descendu de moto, un type m’aborde et me dit : « C’est vous que je viens voir, le vendeur va me vendre la moto, mais moi je veux parler à l’utilisateur de la moto, à son pilote. Alors, c’est comment ? » Je lui raconte le voyage, la moto, ses accélérations hallucinantes, son silence, son étonnant confort, sa bonne volonté à jouer une partition pour laquelle elle n’a pas été conçue, comment je m’y suis pris pour contourner les limites de l’autonomie. J’ai le sourire aux lèvres car tout s’est bien passé. Pas de « panne sèche », pas de panne tout court. Trop de pluie au début, certes, mais des paysages fabuleux, le plaisir de retrouver de vieilles connaissances et d’en faire de nouvelles.

Tristan explique son voyage à un passant devant la concession Zero

Le compteur annonce 2198 km depuis Paris, auxquels il faut ajouter les 320 km entre Dijon et Paris, soit un total de 2518 Km, avec au moins 95 % de petites routes. Aucun souci avec la moto, qui s’est comportée merveilleusement bien, malgré son lourd chargement (150 kg en comptant pilote et bagages) et les routes empruntées, bardées de gravillons et composées de milliers de virages.

Compteur de moto affichant 2198 km parcourus

Comme je le disais plus haut, je prépare un autre billet pour partager ce que j’ai appris lors de ce voyage (autonomie, recharge, bilan carbone, applications mobiles pour rouler), et il y en a plein !

À bientôt… sur le Net ou sur la route, à moto ou à vélo.

Note

[1] Un débat télévisé sur Bsmart.fr (vidéo à partir de 12:30).

mardi 13 octobre 2020

En vrac du mardi

Ciel parisien avec lumière dorée

Climat

Vous savez, j’ai écrit mon premier article sur le réchauffement climatique en 1972. Puis vingt ans plus tard, j’ai décidé de ne plus jamais écrire sur ce sujet parce qu’il est devenu un objet uniquement politique. La plupart des gens qui en parlent n’ont jamais suivi un cours de physique atmosphérique ni de chimie atmosphérique. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’est le méthane ou le dioxyde d’azote. Ils n’ont aucune idée de ce que représente potentiellement le réchauffement.

Numérique

Storytelling

  • L’auteur des discours d’Obama liste 5 astuces de Storytelling :
    • L’histoire est plus importante que les mots
    • Faire simple et court, moins de 20 mn dans tous les cas, et réduire l’histoire à l’essentiel
    • Toujours aborder les arguments contre votre position pendant la présentation, pas après.
    • L’empathie est la clé : parler le langage de l’audience, en adressant les problèmes auxquels ils font face ;
    • Le rôle de l’émotion, indispensable pour la persuasion

Note

[1] Article lisible en mode lecture dans Firefox.

dimanche 11 octobre 2020

Road trip électrique : l'itinéraire (partie 1 sur 2)

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

la Zero SR/S en bord de mer

Me voici donc de retour à Paris après 10 jours sur la route à faire un petit tour de France à moto électrique (pense à lire le billet d’intro si ça n’est pas déjà fait). Je récapitule ici l’itinéraire employé. On remarquera que mes traces ne sont pas toujours indiquées sur les cartes, car il m’est arrivé de ne pas enregistrer mon trajet sur certains tronçons.

0 - Dijon - Paris — 320 km

Comme je l’indiquais dans mon précédent billet, je suis allé chercher la moto à Dijon pour la ramener ensuite à Paris après un trajet épique d’environ 320 km. Je remets alors le compteur journalier à 0.

1 - Paris - Le Mans — 220 km

Le départ se fait sous la pluie. Veste étanche, pantalon de pluie, surbottes, sac étanche, je suis bien équipé, mais j’aurais préféré partir sous le ciel bleu, ou au moins sur une route sèche. Du coup, moi qui comptais prendre la vallée de Chevreuse, je change pour l’autoroute puis la nationale 12 direction Dreux avec la moto en mode Rain (couple et puissance moteur réduits). Pas folichon, mais plus sûr. Au bout d’un moment, la pluie cesse, et je peux plus sereinement emprunter les petites routes. J’ai prévu de recharger ma batterie à Châteauneuf-en-Thymerais après 100 km de route. La borne est libre, elle fonctionne, tout semble aller comme sur des roulettes (électriques). Sauf que nous sommes lundi et que l’activité déjà réduite habituellement dans ce village en limite de parc du Perche l’est encore plus. Finalement j’achèterais dans une boulangerie un très médiocre hot-dog béchamel que je vais manger tiède dans un bistro un peu glauque qui veut bien m’accueillir. L’ambiance est assez morose, mais on fait aller, après tout, je savais bien que c’était une idée à la con !

45 minutes plus tard, la batterie est à 100 % comme prévu, je suis content, la charge a bien marché du premier coup ! Je programme le GPS direction Le Mans via le Perche, toujours aussi joli. Je le traverse par les départementales, en respectant comme d’habitude les limitations de vitesse, d’autant plus que la route est humide et que je suis très chargé.

Malgré les conditions pas idéales, j’apprécie vraiment le confort de la Zero. Guidon large, suspensions très confortables. On pourrait regretter les jambes assez repliées, mais cela a le gros avantage de soutenir le poid du corps et donc de préserver mon arrière-train.

carte indiquant un trajet Paris - Le Mans

En rouge, le trajet. En bleu, des trajets précédents

J’arrive à l’hôtel du Mans où j’avais prévenu que j’avais une moto électrique. Le parking de l’hôtel m’accueille moyennant finances et me permet (sans supplément !) de me brancher sur la prise domestique toute proche. Je vais pouvoir charger en quelques heures pour repartir demain. En attendant, je sors dîner avec les organisateurs de l’événement Connect et l’autre conférencier, le champion olympique Edgar Grospiron, personnage très sympathique. Nous traverserons la vieille ville du Mans après la sympathique soirée. Le lieu est magique !

Le lendemain matin, j’ai mis le réveil, je tiens à assister à la présentation d’Edgar Grospiron, et j’apprécie sa simplicité et son humilité quand il raconte son histoire, entre bosses, blessures, erreurs et retour triomphant. C’est inspirant et très plaisant.

Mon tour vient de présenter ma conférence, où on fait un tour d’horizon des technologies du numérique pour conclure sur la Covid et changement climatique. C’est la première fois que j’aborde ce sujet en public, et il semble bien reçu. C’est un soulagement de voir que mon travail en amont me permet d’assurer ! Je fais quelques vidéos, quelques photos, discute avec des visiteurs et des exposants, et il est l’heure de reprendre la route. L’événement a eu lieu à la MMArena, le grand stade de foot du Mans, juste à coté du circuit auto/moto, d’ailleurs des motos sont en train de tourner. En me dirigeant vers la Zero, je vois un vélo cargo qui m’arrache un sourire et je pense à quel point il peut sembler incongru dans ce temple du moteur thermique et de la compétition. Il me paraît pourtant promis à un grand avenir, comme si c’était lui qui avait raison sur le long terme, dans un paysage où il semble étranger.

Je me dirige vers ma moto électrique, sangle mon sac et je pars en silence. Quelques minutes plus tard, je réalise que sans le vouloir, j’emprunte la célèbre ligne droite des Hunaudières qui fait partie du circuit. Quelle drôle de sensation de rouler ici, dans le sifflement discret du moteur électrique et de sa courroie de transmission, loin de toute idée de battre des records ou des concurrents, occupé juste par le plaisir de rouler calmement sur de longues distances pour découvrir de nouveaux paysages…

2 - Le Mans - Tours — 100 km

Je me dirige donc vers Tours. L’étape du jours est particulièrement courte car je savais que je ne pourrais quitter Le Mans qu’en fin de journée. J’arrive à l’hôtel en centre ville, très modeste, mais avec un atout de charme pour moi : il a une borne de charge rapide ! L’hôtel est vieillot et tarabiscoté, mais le patron est très sympa et le personnel aussi. Un rapide dîner en ville me laisse le temps de travailler sur mon speech de vendredi à Toulouse.

Carte indiquant un trajet Le Mans - Tours

3 - Tours - Périgueux — 315 km

Nouveau départ sous un temps menaçant, je mets (encore !) les vêtements de pluie. Mais en traversant le village de Barrou, je vois un garage comme dans le temps, qui répare des motos, des vélos et des tronçonneuses, je décide de m’arrêter pour faire une photo, le nom m’a interpelé :

Garage Barroudeur à Barrou

Le patron sort, on discute franchement, le tutoiement vient facilement, il me pose des questions sur l’électrique — c’est la première fois qu’il en voit une — super sympa. Il est temps de repartir vers Périgueux ! J’enfourche la Zero et m’éloigne dans un sifflement qui ne dérange personne.

Carte indiquant un trajet Tours - Périgueux

Je continue mon chemin sur les départementales. La pluie recommence, mais la route dans la forêt est belle :

route dans la forêt

Je charge à Chauvigny après 114 km.

Je longe la Dordogne et passe tout près du Bugue (ce qui ne manque pas de sel pour un informaticien !), et le soleil daigne pointer son nez :

La moto sur une route du Périgord

Ce soir, je dors à Périgueux. À l’hôtel, la réceptionniste me donne la chambre 007, je me dis que c’est l’effet “moto électrique du turfu” qui me vaut cet honneur, et puis juste après elle me montre où charger la moto, juste à coté des poubelles, que nous pousserons pour l’occasion. Mon égo, boursouflé quelques instants, revient à un état normal, et c’est tant mieux…

4 - Périgueux - Cahors - Toulouse — 257 km

Départ avec les vêtement de pluie… ça devient une manie ! Le temps se lève alors que j’approche de Cahors, où je déguste une salade comme on sait les faire dans le coin juste à coté du pont de Valentré, où je charge à nouveau :

Pont de Valentré à Cahors

carte indiquant un trajet Cahors - Toulouse

J’arrive à Toulouse habillé en marin pêcheur, ça fait un peu tache dans le bel hôtel réservé par les organisateurs de la Mêlée Numérique. Le réceptionniste, très sympathique, m’a réservé une place près d’une prise domestique. On branche, quand je redescends de ma chambre, je le voir courir partout : les plombs du parking ont sauté, la Zero tire trop de courant ! J’appelle mon contact chez Zero pour savoir comment résoudre le problème : il y a une manipulation à faire sur le câble pour réduire la puissance consommée par la charge. Ça mettra le double de temps, mais peu importe, j’ai la nuit devant moi. Ce soir, je mets la touche finale à ma présentation pour demain matin. Challenge : expliquer le changement climatique en 3 slides !

5 - Toulouse - Castelnaudary - Perpignan — 270 km

Hier, après ma journée à la Mêlée Numérique qui s’est déroulée sous la pluie, j’ai pris la moto pour aller dîner avec des copains motards. 9°C au retour, ça pique !

Au lever, je reçois un SMS d’un des copains qui me dit “si tu ne tardes pas, tu peux partir avant la pluie et rouler au sec”. Sauf que non, la pluie arrive avant mon départ. Bref, j’enfile encore la tenue de pluie, comme tous les jours sauf pour Le Mans - Tours… Qui disait que ce road trip était une idée à la con ? Moi ! (Et j’avais raison).

Je prends la rocade et un bout d’autoroute pour sortir de Toulouse. Coup de bol, le vent assez fort m’est favorable, je constate que l’autonomie augmente alors que je roule. Comme je n’ai pas utilisé mon GPS moto (Calimoto) pour le début de l’itinéraire, celui-ci n’apparaît pas sur la carte. Je sors vite de l’autoroute — elle n’a pas d’autre intérêt que d’aller vite et ça n’est pas mon approche — à Montgiscard et je prends la route qui longe. Arrivé à Castelnaudary, la météo est plus clémente, j’enclenche l’application Calimoto (celle qui m’a servi pour faire les copies de cartes) et je prends des petites routes, ça va être génial !

carte indiquant un trajet Toulouse - Castelnaudary - Perpignan

À un moment je me demande si je n’ai pas traversé l’océan atlantique par mégarde pour arriver… à Montréal !

La Zero à Montréal

Plus au sud, les Pyrénées sont bien enneigées :

Les Pyrénées

C’est que du bonheur que de rouler sur ces routes au revêtement inégal. Les paysages sont beaux, je suis rattrapé par deux motards en 4 cylindres. On roule de concert, je les dépose à la première sortie de virage, pourtant je ne suis qu’en mode Eco, ça aurait été pire en mode Sport ! Ils finissent par me rattraper dans les virages, étant beaucoup moins chargés que moi et connaissant la route. Un peu plus loin, on s’arrête pour boire un café pendant que je charge la moto, à Quillan. On discute moto, électrique vs thermique, un peu de mauvaise foi motarde pour épicer la conversation. C’est vraiment sympa, ils me proposent de m’accompagner encore. Ils feront demi-tour quelques dizaines de kilomètre plus loin après être passé par les gorges de la Pierre-Lys. C’est un aspect que j’apprécie à moto et à vélo, cette possibilité de faire des rencontres impromptues avec des gens qu’on n’aurait pas rencontré autrement, de plaisanter, échanger autour d’une passion commune.

Je continue donc la route seul. Ce soir, je loge pour quelques nuits chez un copain qui a une maison à Perpignan. Merci Alex !

6 - Boucle Perpignan - Cerbère — 120 km

Je profite d’être à Perpignan pour aller faire un tour plus au sud où j’ai des souvenirs (St Cyprien, Banyuls et Collioure). La route entre Collioure et Cerbère est sublime ! Bitume parfait, des virages à n’en plus finir, du ciel bleu et la mer juste en bas… Sortie de route interdite et probablement fatale !

carte indiquant un trajet Perpignan - Cerbère et retour

Collioure est encore plus joli, surtout hors saison :

Collioure, son fort et son église

Je demande à une policière municipale où je pourrais prendre une photo de la moto avec le panorama derrière sans que ça soit illégal (il est évidemment interdit de se garer sur l’allée piétonne qui longe le fort), elle me répond avec son accent du coin « Oh, moi je dirais juste pas vu pas pris ! ». Bon, on va faire comme ça :-)

Je repars, direction Banyuls où je déjeune, au bord de la plage, puis direction Cerbère :

Cerbère

L’ancien poste frontière avec l’Espagne, désaffecté :

L'ancien poste frontière avec l'Espagne

Un peu plus loin, la vue sur l’Espagne :

La Zero SR/S avec l'Espagne et la Méditerranée en arrière-plan

Au retour, petite séance photo en bord de mer et une bonne averse sur le coin de la figure fait que je rentre directement par la grande route plutôt que la les virages de la côte.

Demain, je vais faire un tour dans l’arrière-pays puis je rentre à la maison, toujours par les petites routes ! On en reparle dans le prochain billet

samedi 10 octobre 2020

La Fresque du Climat

Logo de la Fresque du Climat

Je crois qu’il est essentiel que chacun se mette à niveau et se forme sur le climat : c’est le plus grand problème que l’humanité ait à affronter, et comment faire face à un problème si on ne le comprend pas ?

Cela fait des années que je travaille dessus à titre personnel, à lire des tas de choses, à suivre des cours en ligne, écouter des conférences en vrai ou en ligne, à écrire, ici sur le Standblog ou à gribouiller sur du papier. Et c’est compliqué : on parle physique de l’atmosphère, chimie organique, économie, politique et gouvernance, sociologie et psychologie.

Comment comprendre comment fonctionne tout ce système, comment tout cela s’imbrique ? Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la meilleure solution pour comprendre vite et bien passe par la fresque du climat. C’est un atelier ludique où on apprend en groupe comment fonctionne le changement climatique et comment tout cela s’articule, le tout basé sur les travaux scientifique du GIEC. En 3 heures, on comprend beaucoup mieux, et cet apprentissage s’est fait dans la bonne humeur, avec d’autres personnes. C’est infiniment plus facile, plus rapide et plus entraînant que de lire un livre, et on fait ça en groupe !

Il y a plein de dates d’atelier déjà programmés, dans la vraie vie ou en ligne. Ça ne coûte que quelques euros et c’est même gratuit pour les chômeurs et étudiants.

Ça vaut vraiment le coup, allez-y, vous ne le regretterez pas !

dimanche 4 octobre 2020

Devenir technolucide

De trop nombreuses discussions à propos de technologie tendent à se polariser, et ça a le don de me rendre dingue. Il suffit de dire le mot 5G pour que ça parte en vrille. Mais je vous rassure, ça marche aussi avec le nucléaire !

D’un coté, les gens de l’industrie, forcément pour la technologie en question. On peut les croire influencés par le principe d’Upton Sinclair, qui affirme très justement qu’il est très difficile d’expliquer quelque chose à quelqu’un quand il est payé pour ne pas le comprendre.

De l’autre, des gens, au mieux qualifiés de techno-critiques (quand on est de leur avis) ou de tas de noms d’oiseaux (bobos, khmers verts, mangeurs de quinoa, amish, hommes des cavernes etc.).

Le problème des deux catégories, techno-béats contre techno-critiques, c’est que tout dialogue est impossible. Personne ne veut changer d’avis, tout le monde est persuadé d’avoir raison, on ne cherche plus à réfléchir, on veut juste montrer que l’autre bord a tort, puisqu’il est con.[1]

Le problème, c’est que ça n’est pas en essayant de trainer les autres dans la boue sans l’écouter qu’on va réussir à mieux comprendre comment résoudre les problèmes que nous devons affronter.

Il faut écouter l’autre, et le convaincre de nous écouter. Confronter nos idées, les sourcer, avec une approche rigoureuse et scientifique.

Il faut oser dire quand on ne sait pas, plutôt que redoubler d’invective pour camoufler les béances de notre savoir. Il faut faire preuve d’empathie (pourquoi l’autre me tient-il ce discours qui me parait aberrant ?).

Il faut être prêt à changer d’avis. À comprendre le contexte, à l’élargir. À arrêter d’être amoureux de ses idées comme si elles étaient les seules qui méritent d’être exprimées et partagées. À remettre en cause nos schémas de penser. À réfléchir en grand-angle, à avoir un regard critique sur nos certitudes.

Il faut être prêt à devenir non plus techno-béat ou techno-critique, mais techno-lucide, et voir les avantages d’une technologie (il y en a presque toujours) et ses inconvénients, en tenant compte d’un contexte large, comprenant autant les usagers, les futurs usages, que les externalités négatives sur l’ensemble du cycle de vie du produit ou du service.

Alors que l’humanité entre dans une phase de turbulences multiples (Covid, récession, changement climatique, effondrement de la biodiversité), nous avons plus que jamais besoin de trouver rapidement les meilleures solutions à ce que nous rencontrons.

J’essaye de le faire, je souhaite que vous fassiez de même.

Note

[1] On se souviendra de Desproges, qui démontrait que l’ennemi est con, puisqu’il pense que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui !